lundi 29 novembre 2021

Retour sur La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

Si l’exposition que Centre Photographique Marseille présentait pour « La Relève III – Habiter » s’est terminée le 30 janvier dernier, elle mérite toutefois un rapide retour sur les 7 projets proposés par Sam Krack, Adrien Vargoz, Olivia Hespel-Obregon, Mathias Roche, Gaël Sillère, Oscar Veyrunes et Léa Guintrand.

Pour sa première participation au festival Parallèle, le Centre Photographique Marseille montrait une exposition très bien construite offrant à chaque photographe de larges espaces pour partager leurs regards sur la thématique « Habiter ».

Sam Krack - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Sam Krack – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille. Photo ©Centre Photographique Marseille

À l’entrée, sur la gauche, Sam Krack exposait avec Artemis (ou 10 rue Magnol) (2020) exposait un projet qui répondait parfaitement au sujet de cette troisième édition de La Relève, mais qui surprenait par sa forme. En effet, il s’agit d’une série d’huiles sur toile qui font référence à l’état des lieux signé lors de la remise des clefs de l’appartement loué par l’artiste à Montpellier.

Le confinement a transformé logement en atelier. Sam Krack y a peint grandeur nature les éléments des photographies prises par l’agence immobilière avec une tablette. L’accrochage respecte la hauteur des objets représentés dans les œuvres sélectionnées dans cette série que l’on avait pu découvrir dans « Requiem pour un centaure », l’exposition des diplômés de MO.CO. Esba, à la fin septembre 2020.

Adrien Vargoz - Solspeilet, 2018-2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Adrien Vargoz – Solspeilet, 2018-2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

En face, avec beaucoup de soin, de rigueur et une précision millimétrique, Adrien Vargoz avait accroché un ensemble d’impressions jet d’encre de sa série en cours, Solspeilet (2018-2020).

Adrien Vargoz, Solspeilet, 2018
Adrien Vargoz, Solspeilet, 2018

Les photographies d’Adrien Vargoz montrent la singularité d’un lieu bouleversé par l’installation d’un héliostat (dispositif permettant de suivre la course du soleil, afin d’orienter ses rayons vers un point fixe) sur l’un des versants de Rjukan, une ancienne cité industrielle norvégienne. La lumière du soleil ne pénètre pas dans cette étroite vallée pendant les mois d’hiver…

Le parcours se poursuivait avec deux projet d’édition :

Olivia Hespel-Obregon - Mi casa es mi casa, 2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Olivia Hespel-Obregon – Mi casa es mi casa, 2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

Olivia Hespel-Obregon présentait Mi casa es mi casa, construit à partir d’une série de photographies sur les résidences pavillonnaires en bordure des villages, dans les Pyrénées-Orientales.
Une sélection de ses images était déclinée sous plusieurs formes imprimées et disposées sur une table : posters, autocollants et livrets…

Olivia Hespel-Obregon - Mi casa es mi casa, 2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Olivia Hespel-Obregon – Mi casa es mi casa, 2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille


Les objets à toucher, comme forme d’exposition, semblent essentiels dans la démarche d’Olivia Hespel Obregon. On se souvient d’un dispositif similaire quelle avait montré à Montpellier dans « Requiem pour un centaure », au MO.CO. Esba, sous le commissariat de Céline Kopp, à la fin septembre 2020.

Mathias Roche - Pare-soleil, 2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Mathias Roche – Pare-soleil, 2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

Avec Pare-soleil (2020), Mathias Roche proposait une autre installation éditoriale construite à partir d’une chaise longue en plastique face à une affiche où l’on voit un phare de voiture dans la nuit.

Mathias Roche - Pare-soleil, 2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Mathias Roche – Pare-soleil, 2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

Sur le transat, un album rassemble des photographies que Mathias Roche décrit comme « des images d’étés, des scènes de vie, des lieux, des espaces habités “partiellement” sur une courte durée… Des lieux où l’on se reconstruit “un chez-soi”, une imitation de notre habitat personnel, son environnement falsifié… plastifié »…

Le mobilier de jardin conduit assez logiquement vers l’installation vidéo de Gaël Sillère qui signe également le visuel de l’ensemble des expositions de « La Relève III ».

Gaël Sillère - Un Dimanche chez Geneviève, 2019-2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Gaël Sillère – Un Dimanche chez Geneviève, 2019-2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

Un Dimanche chez Geneviève (2019-2020) est une boucle de trois vidéos qui montrent un personnage très occupé par l’entretien de sa maison dans des situations parfois absurdes et poétiques. Le nettoyage au Karcher au bord de la piscine dans Faire les pavés est particulièrement croustillant !

Deux autres installations vidéo complètent le parcours de l’exposition.

Oscar Veyrunes - En attendant Daegu, 2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Oscar Veyrunes – En attendant Daegu, 2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

Oscar Veyrunes occupe un large espace au centre du CPM avec son installation En attendant Daegu (2020). Plusieurs écrans posés au sol, accrochés au mur ou installés sur un trépied diffusent une série de 7 vidéos où l’on voit l’artiste chez lui, pendant le premier confinement, dans l’attente d’un départ pour une résidence en Corée…

Oscar Veyrunes - En attendant Daegu, 2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Oscar Veyrunes – En attendant Daegu, 2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

Sur un sol en PVC sont dispersés divers objets du quotidien (tasses, verre, paquets de pâtes et de chips, boites de conserves, tee-shirts, médicaments, etc.). Certains sont présents dans les vidéos et créent un curieux jeu entre le dehors et le dedans…

Oscar Veyrunes - En attendant Daegu, 2020 - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Oscar Veyrunes – En attendant Daegu, 2020 – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille

Dans sa note d’intention pour « La Relève III », Oscar Veyrunes raconte les circonstances qui ont conduit à la réalisation de cette installation, mise en espace une première fais à Berlin, avant cette présentation à Marseille :

« Après avoir obtenu mon diplôme de fin d’études de l’UdK en été 2019, j’ai été invité à participer à la Daegu Photo Biennale (direction artistique Britta Schmitz) en septembre 2020 avec mon travail “À l’atelier”. Par la suite, j’ai été sélectionné pour une résidence de 3 mois au Gachang Art Studio (Corée du Sud) pour la session de mars à mai 2020. Avec l’évolution de la situation sanitaire dans le monde, cette résidence de 3 mois et la Biennale ont d’abord été repoussées puis finalement annulées.
De mars à mai, pendant cette période d’attente indéfinie qui pour moi ressembla tant à la pièce “En attendant Godot”, j’ai produit une nouvelle série de vidéos appelée “En attendant Daegu” »…

La fin du parcours est consacrée à Léa Guintrand qui présente une série photographique intitulée Red hot poker (2021) et Rancho mirage (2020), une projection d’un peu plus de 20 minutes.

Léa Guintrand - La Relève III - Habiter au Centre Photographique Marseille
Léa Guintrand – La Relève III – Habiter au Centre Photographique Marseille. ©Centre Photographique Marseille

En multipliant les outils de captation, elle propose un journal de bord d’un séjour à Los Angeles.
À propos de ses images, elle précise : « Il s’agit de construire un récit photographique conceptuel à partir d’une expérience, la mienne, pour la proposer au lecteur. Je veux donner à voir les décalages et leur mécanique visuelle. Car ces images, en se répondant, révèlent aussi ce qu’elles ne contiennent pas : leur propre vacuité, le blanc qui les sépare, le sentiment de déjà-vu qu’elles nous inspirent ; et ce qu’elles appellent : le désir ».

Pour Rancho mirage, Léa Guintrand souligne : « Les enjeux de “Rancho Mirage” s’articulent autour du regard : un regard zoologique, un regard-machine, qui hante le film et teinte les images d’une artificialité glaçante. Dans cette cité du cinéma monstrueuse et fantasmé, ces images provoquent le scepticisme du spectateur et le pousse à s’interroger sur la manière dont elles ont été filmées. S’agit-t-il d’un œil machine, d’un bras robotisé, d’un drone… Reste-t-il un corps derrière la caméra ? »

À lire, ci-dessous, les textes de la fiche de salle.

En savoir plus :
Sur le site du Centre Photographique Marseille
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« La Relève III – Habiter » au Centre Photographique Marseille : Fiche de salle

Léa Guintrand – Red hot poker, 2021, photographies et Rancho mirage, 2020, projection – 22 minutes 14

« Comme pour un journal de bord, je récolte des images au quotidien – dans le métro, au cinéma, sur internet, dans les magazines – ou comme ici, à Los Angeles. Mon regard se pose sur des lieux, des artifices et des corps de mon âge, qu’ils soient iconiques, familiers ou inconnus, conscients ou non des représentations qui leur sont associées. En utilisant des moyens de captation pour leurs caractéristiques propres – Canon 5D, iPhone, Olympus mjuII, moyen format – je saisis des sujets dans des espaces et les transforme en images fixes ou en mouvement.

Ces images, je les manipule, les classe, en sélectionne et les assemble pour en proposer des séries formelles évocatrices. Je recherche l’apparition parfois aléatoire de correspondances visuelles, des échos, ou plus simplement des associations de couleurs. Le séquençage et la variété des formats présentent des corps et objets ambigus qui habitent ensemble l’espace d’exposition, des projections vidéo aux tirages papier. Je construis ainsi des séries où se glissent des anomalies visuelles et s’opèrent des glissements perceptifs et culturels. Il s’agit de construire un récit photographique conceptuel à partir d’une expérience, la mienne, pour la proposer au lecteur.

Je veux donner à voir les décalages et leur mécanique visuelle. Car ces images, en se répondant, révèlent aussi ce qu’elles ne contiennent pas : leur propre vacuité, le blanc qui les séparent, le sentiment de déjà-vu qu’elles nous inspirent et ce qu’elles appellent : le désir. »

« Les enjeux de Rancho Mirage s’articulent autour du regard : un regard zoologique, un regard-machine, qui hante le film et teinte les images d’une artificialité glaçante.

Dans cette cité du cinéma monstrueuse et fantasmée, ces images provoquent le scepticisme du/de la spectat.eur.rice et le/la pousse à s’interroger sur la manière dont elles ont été filmées. S’agit-t-il d’un œil machine, d’un bras robotisé, d’un drone… ? Reste-t-il un corps derrière la caméra ? »

Née en 1991, Léa Guintrand vit et travaille à Montreuil. Elle est diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon (DNSEP obtenu en 2017). En 2019, elle a reçu la bourse de la région Île-de-France FoRTE qui lui a permis de réaliser Rancho Mirage.

Olivia Hespel-Obregon – Mi casa es mi casa, 2020, édition, posters, autocollants et photographies

Mi casa es mi casa est une série de photographies sur les résidences pavillonnaires dans les Pyrénées- Orientales réalisée en 2018.

« J’ai habité ces lieux sans les comprendre. En bordure des villages, dans les Pyrénées- Orientales, les pavillons résidentiels se multiplient et s’étalent. Ils se ressemblent tous, ils sont blancs, ils sont beiges, ils sont crépis et en parpaings. Hermétiques, les murs, les portails et les grillages sont si hauts qu’on ne voit quasiment plus que les toits ou les antennes paraboliques. Souvent à moitié en construction, je ne vois pourtant pas d’ouvriers.

Souvent à moitié habités, je ne croise pourtant pas de résident.e.s.

Des lotissements fantômes aux haies bien taillées et aux voitures bien garées.

Ils semblent rejeter tout ce qui vient de l’extérieur et avaler entièrement tout ce qui est à l’intérieur. « 

Objet à toucher, à utiliser, à posséder, le livre, comme forme d’exposition, est primordial dans la démarche d’Olivia Hespel Obregon. Le projet permet la diffusion, et la multiplication d’un projet éditorial photographique décliné sous plusieurs formes imprimées ; autocollants, posters, éditions.

Née en 1996, Olivia Hespel Obregon vit et travaille à Saint-Etienne. Elle est diplômée du MO.CO.Esba de Montpellier (DNSEP obtenu en septembre 2020) et est actuellement étudiante en Master 2 Professionnel Edition d’art Livre d’artiste à l’université Jean Monnet à Saint-Etienne.

Par l’image, Olivia cherche et cultive les fétiches, les objets de désir, de culte, ces choses pour lesquelles certains impliquent corps, temps, argent. Ceux et celles qui croient, prient, adorent, aiment et chérissent.

Sam Krack – Artemis (ou 10 rue Magnol), 2020, série de peintures, huile sur toile

La série de peintures se réfère au document de l’état des lieux d’entrée signé lors de la remise des clefs de l’appartement loué par Sam Krack à Montpellier. Acte imposé par la loi et annexé au contrat de bail, l’état des lieux constitue une condition incontournable pour habiter. Ce document comporte un corpus de photos prises avec une tablette par l’agente immobilière lors de l’exercice qui consiste à déterminer l’état respectif des différentes pièces. Ces photos laissent apercevoir un appartement quelconque au moment précis où il devient son lieu d’habitation. Elles sont à la fois de grande neutralité et étrangement intime. Sans que l’artiste soit l’auteur des images en question, elles sont validées par sa signature.

Sam Krack peint ces images en cherchant à reconstituer les éléments des photos grandeur nature. Le passage des photos en peinture anéantie leur valeur juridique, leur faculté de certifier. Elles passent d’un régime comptable à un régime artistique.

« Le contexte particulier lié au confinement a transformé le lieu représenté dans les images en atelier de peinture. Le lieu qui sert de modèle à la peinture devient aussi mon lieu de production. La mauvaise résolution des images oblige à compléter le manque d’information en observant au plus près les détails qui constituent mon appartement. Cela a profondément modifié mon appréhension de ce lieu, ma façon de l’habiter. »

Sam Krack, né en 1993 à Dudelange au Luxembourg est diplômé de l’Ecole Supérieure des Beaux Arts de Montpellier, il obtient le DNSEP en 2020 avec félicitations du jury. Il vit et travaille à Sète et Montpellier

Oscar Veyrunes – En attendant Daegu, 2020, installation de 7-canaux série vidéo, 4K, silencieuse, boucle infinie, sol PVC imprimé 430 x 300cm, compositions d’objets du quotidien

Dans sa chambre, l’artiste se présente comme une figure d’anti-héros entourée de flux d’informations, de moments de choc, d’incompréhension et de difficultés à se positionner politiquement ou émotionnellement. Les dimensions du dedans et du dehors qui s’entremêlent deviennent un jeu de dualités et d’oppositions qui occupent l’ensemble des tableaux et ouvrent différents espaces de pensée. La série de vidéos montre certains moments de cette période inattendue de COVID-19, de mars à mai 2020, dans laquelle l’artiste aimerait aborder sa prochaine résidence à Daegu.

Mais alors que la pandémie mondiale paralyse progressivement le cours prévu de tous les individus et, en fin de compte, des événements mondiaux, traiter de la résidence prometteuse de Daegu (un des épicentres de la pandémie) devient le protocole d’une utopie face à la crise mondiale.

Dans ces mises en scène habitées de tentatives, de rêves, de peurs et d’inconnues, une cartographie de son processus émerge.

Né en 1992, Oscar Veyrunes vit et travaille à Berlin. Il a étudié les arts plastiques à l’UdK de Berlin dans les classes de Hito Steyerl et Robert Lucander. Dans des séries de tableaux vivants à base autobiographique, il cherche à donner corps aux processus qui nous habitent et qui façonnent notre manière d’appréhender ce qui nous entoure. En 2020, il a été sélectionné par Britta Schmitz pour participer à la Daegu Photo Biennale avec sa pièce À l’atelier. Sélectionné pour une résidence de 3 mois au Gachang Art Studio (Corée du Sud) pour la session de mars à mai 2020, l’évolution de la situation sanitaire a d’abord repoussé la résidence puis conduit à son annulation. La série En attendant Daegu a été réalisée de mars à avril 2020 pendant cette période d’attente qui pour l’artiste ressembla tant à la pièce En attendant Godot.

Mathias Roche – Pare-soleil, 2020, installation éditoriale

« J’ai une séduction toute particulière envers les espaces en suspens : les salles d’attentes, les couloirs ou les lieux déserts ; poétiques à mes yeux et illustrant des non-lieux, où l’idée d’infini émerge. Comme les « Tokonoma » : ces espaces de mise en scène précis et étudiés lors d’expositions de bonsaïs. Ces « mises en présence » nourrissent un imaginaire sensible ainsi que mes productions qui prennent forme par la photographie, l’édition, l’objet/le fétiche ou encore l’installation.

L’idée d’habiter réside pour moi avant toute chose, dans la notion de « vivre », d’exister, d’évoluer et d’appréhender un espace quel qu’il soit. Cette édition regroupe des images d’étés, des scènes de vie, des lieux, des espaces habités « partiellement » sur une courte durée… Des lieux où l’on se reconstruit « un chez soi », une imitation de notre habitat personnel, son environnement falsifié… plastifié.

Cette édition est avant tout habitée par la lumière et surtout celle du soleil. J’ai voulu ce cahier comme une ôde à cet astre qui à donner vie à « l’existence ». Cette édition s’inspire des albums photos de famille ; un espace où l’on fait « habiter » et exister nos souvenirs, nos « deplacements mentaux » : nos exotismes. »

Né en 1991, Mathias Roche vit et travaille à Valence. Il est diplômé de l’École Supérieure d’Art et de Design de Grenoble-Valence, DNSEP obtenu en 2017. Il mène actuellement un projet dans une clinique de la Drôme où il développe un questionnement sur le pouvoir et l’importance des images dans les lieux souvent peu agréables d’attente.

Gaël Sillère – Un Dimanche chez Geneviève, 2019-2020, boucle de trois vidéos, 11min C L E A R, 2019, 1’30 Faire les pavés, 2019, 8’ Un horizon à soi, 2020, 1’30

Un Dimanche chez Geneviève montre un personnage affairé à l’entretien de sa maison. Au travers de trois situations différentes, les appareils domestiques, normalement bien rangés à leur place, sont ici les protagonistes d’actions à caractères absurdes et poétiques.

Le ménage désigne simultanément la composition du foyer et les tâches domestiques relatives à son entretien. Habiter, c’est donc en quelque sorte, nettoyer. Qu’il soit rudimentaire ou appliqué, l’entretien d’un lieu de vie se décline en une multitude de gestes rituels que chacun effectue à sa manière. Dans Un dimanche chez Geneviève, ces gestes sont mis en scène et détournent la finalité première de ces petits rituels ménagers. Certes, ça taille, ça frotte, ça fait pschitt, ça décape mais on écrit avec de la vapeur, on lave un peu trop les tableaux et on change la couleur de la haie.

Si, quand nous étions enfants, le jardin et la maison étaient des univers à part entière nous offrant une infinité de possibles, l’âge adulte se caractérise par cet imaginaire qui s’atténue pour ne voir plus que des surfaces à nettoyer. Ici, on tente de rompre la monotonie en se laissant aller à une douce folie.

Né à Montpellier en 1994, Gaël Sillère vit et travaille à Marseille. Diplômé de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, Gaël Sillère puise dans l’immense production de la culture de masse pour venir créer des moments de fictions. Les espaces standards, le discount, l’aliment hyper-transformé ou les objets produits en quantité industrielle sont les territoires où son travail se déploie. Son travail qui prend la forme d’images, de performances et de dessin a été exposé pour les Rencontres d’Arles 2019 dans le cadre de l’exposition Une attention particulière.

Adrien Vargoz – Solspeilet, 2018-2020, photographies en couleurs, dimensions variables, impression jet d’encre

Solspeilet est un projet en cours. Il prend place à Rjukan, une ancienne cité industrielle de l’arrière-pays norvégien, au creux d’une étroite vallée où la lumière s’absente au cours des mois les plus rudes. En 2013, un héliostat (dispositif permettant de suivre la course du soleil, afin d’orienter ses rayons vers un point fixe) est installé sur l’un des versants. La lumière s’accapare maintenant l’espace central. Solspeilet cherche à révéler, par une proposition d’arpentage, une réflexion sur ce qui fait paysage dans cette vallée. D’une photographie à l’autre, le travail nous confronte aux surfaces, où chaque vue est un marqueur à la marge, sans repère distinct au sein de cet espace. Les êtres quant à eux semblent disparaître laissant le dispositif et la nature se confondrent.

En isolant volontairement de ce cheminement, ces miettes de paysage, celui-ci met en crise la notion d’orientation et nous plonge par ces traces entre la mémoire de l’ombre et l’action de la jeune lumière qui fait la singularité du lieu.

Adrien Vargoz est né en 1987 à Belley et vit/travaille à Arles. Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2020, il développe actuellement un travail de recherche et de création autour de l’élasticité du paysage. Adrien Vargoz déploie son travail par photographies, vidéos, objets et documents collectés.

Ses travaux ont été exposés notamment à la galerie ENSP et au gymnase Mistral lors des Rencontres de la Photographie d’Arles (2019), à l’Artothèque Ouest-Provence à Miramas (2019) et à l’espace Van Gogh à Arles (2018). Il assure le co-commissariat de l’exposition Modernité Des Passions, exposition associée des Rencontres de la photographie (2019) : curation des photographies de la collection d’agnès. b et d’étudiants en cours de cursus. Il participe également au prolongement de la commande photographique de la DATAR à Fos sur Mer (2018-19).

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