samedi 23 octobre 2021

Pierre Combelles et Marius Girardot – « Je vous ai compris » au Château de Servières


Jusqu’au 27 mars 2021, Pierre Combelles et Marius Girardot présentent « Je vous ai compris » au Château de Servières à Marseille. Cette remarquable exposition s’inscrit dans le cadre des Tremplins. Elle est l’aboutissement d’un projet porté par le centre social et familial Saint Gabriel Canet Bon Secours, installé dans le 14e arrondissement de Marseille et copiloté avec le Château de Servières, Art-cade Galerie des grands bain-douche de la plaine, le Zef Scène nationale de Marseille.

Depuis 2001, Tremplins est conçu comme un temps de partage pour les habitants du territoire et pour les artistes invités, salariés du centre social pendant la durée du projet. Ils co-construisent avec les habitants, regroupés dans le collectif Tremplins, des actions sur les représentations et l’engagement des habitants dans une démarche qui inclut pratiques artistiques et sorties culturelles.

Pierre Combelles et Marius Girardot – Je vous ai compris au Château de Servières

« Je vous ai compris » était l’axe de recherche choisi pour l’édition 2020/2021 des Tremplins.
Dans le cadre de la résidence, Pierre Combelles a multiplié les interventions dans l’espace urbain (passerelles et praticables à la Cité des Rosiers, cabanes et aires de jeu, création de mobilier urbain et notamment de bancs à la Cité des Marroniers…). De son côté, Marius Girardot a travaillé sur la représentation des paysages urbains, sur la réappropriation design du mobilier du centre social et sur les histoires libres et personnelles en lien ou pas avec les confinements. Ces rencontres et ces pratiques se traduisent naturellement dans l’exposition présentée au Château de Servières.

Pierre Combelles et Marius Girardot - Je vous ai compris au Château de Servières
Pierre Combelles et Marius Girardot – Je vous ai compris au Château de Servières

Le parcours s’articule à partir d’un étonnant chemin de planches imaginé par Pierre Combelles qui vient du large, 2021). L’installation s’appuie sur un pilier porteur de l’espace. Les faux plafonds ont été dégagés pour mettre en évidence les structures originelles et industrielles du bâtiment.

Pierre CombellesÀ qui vient du large, 2021 – Je vous ai compris au Château de Servières

Comme le souligne Didier Gouvernec-Ogor, Pierre Combelles joue subtilement d’un va-et-vient entre l’intérieur et l’extérieur. Le titre évoque un accueil ouvert et généreux de ceux qui arrivent à Marseille et évidemment des visiteurs du château. Pour l’artiste, « c’est le lieu qui engendre la pièce produite ». Dès les premiers pas sur cette passerelle, on perçoit l’espace de manière singulière qui surprend celui qui ne le connaît que dans sa configuration habituelle.

Pierre Combelles - Ici loin du monde, 2021 et Marius Girardot - Dessins d’instants, 2019-2020 - Je vous ai compris au Château de Servières
Pierre Combelles – Ici loin du monde, 2021 et Marius Girardot – Dessins d’instants, 2019-2020 – Je vous ai compris au Château de Servières

Dans la première salle, une deuxième installation de Pierre Combelles, Ici loin du monde (2021), invite les visiteurs à monter sur un plateau mouvant, constitué d’un assemblage de planches et de panneaux de bois de récupération.

Pierre Combelles - Ici loin du monde, 2021 et Marius Girardot - Dessins d’instants, 2019-2020 - Je vous ai compris au Château de Servières
Pierre Combelles – Ici loin du monde, 2021 et Marius Girardot – Dessins d’instants, 2019-2020 – Je vous ai compris au Château de Servières

En équilibre instable, il lui faut coopérer avec d’autres pour stabiliser la ligne d’horizon que propose Marius Girardot avec ses 72 Dessins d’instants (2019-2020).

« Les moments que nous avons vécus avec toutes ces personnes : Le groupe Tremplin, les adolescent. e. s du pôle jeunesse, les enfants du centre de loisir, les salarié. e. s du centre et les habitant. e. s du quartier ont été prolifiques à la création et très enrichissants. J’ai ressenti le besoin de les sauvegarder à ma manière, ne pas en garder de simples photographies numériques stockées ici ou là, mais consacrer un moment de traitement personnel, un traitement par le dessin à l’adresse de ces moments et de toutes ces personnes.
Faire d’une pratique artistique, un geste du quotidien ».

Marius GirardotDessins d’instants, 2019-2020 – Je vous ai compris au Château de Servières

À gauche de l’entrée, la vidéo projection du court métrage La mer des dieux (2020) permet de découvrir, filmés par Marius Girardot, des habitants du quartier, vêtus de gilets jaunes, qui déroulent une banderole…

Marius GirardotLa mer des dieux, 2020 – Je vous ai compris au Château de Servières

Avant de quitter cette première salle, Marius Girardot a accroché une des toiles de sa série « Peintures urbaines » réalisées pendant Tremplin. Sur une toile déchirée, objet abandonné et récupéré à l’endroit de sa prise de vue, il y représente La cité des Rosiers (2020) sous une étonnante lumière. Ce tableau est issu d’une série de 8 peintures représentant différents lieux du quartier Bon-Secours.

Marius Girardot - La cité des Rosiers, 2020 - Je vous ai compris au Château de Servières
Marius Girardot – La cité des Rosiers, 2020 – Je vous ai compris au Château de Servières

Le chemin de planches conduit vers une petite salle dont trois murs sont couverts de lourds pendrillons de velours noir. Dans l’enduit bleu nuit du quatrième mur, Pierre Combelles a gravé trois mots éclairés par un plafonnier : « Le temps long ». Face à cette invitation à méditer, un banc semble avoir été arraché à l’espace public… Cet espace intime suggère un paisible moment nocturne, un peu étrange et envoutant, une invitation à échanger et imaginer tous les possibles…

Pierre CombellesLe temps long, 2021 – Je vous ai compris au Château de Servières

La passerelle de Pierre Combelles emmène ensuite le visiteur vers un dernier espace dédié à Nos lignes mises en images (2021), une imposante installation d’images murales peintes in situ à partir de dessins produits pour une bande dessinée réalisée dans le cadre du projet Tremplin.

Marius Girardot - Nos lignes mises en images, 2021 - Je vous ai compris au Château de Servières
Marius Girardot – Nos lignes mises en images, 2021 – Je vous ai compris au Château de Servières

On retrouve au fond de l’espace, dans un petit salon de lecture 10 planches originales de l’édition et des albums à consulter. Nos lignes mises en images racontent simplement des histoires écrites pendant le confinement. Dans son introduction pour l’album, Marius Girardot souligne :

« Des histoires qu’on pourrait penser banales font advenir de manière simple un passé lié à notre histoire, un sentiment universel sur la vie. (…) Les trajectoires de tout un chacun croisent celles des autres, retentissent dans nos vies, éclaircissent l’Histoire, que nous avons en commun ».

Marius GirardotNos lignes mises en images, 2021 – Je vous ai compris au Château de Servières

Au-delà de l’important travail de résidence de Pierre Combelles et Marius Girardot dans le cadre des Tremplins, « Je vous ai compris » mérite sans aucun doute un passage par le Château de Servières où on peut également découvrir un volet particulièrement réussi du projet « La Relève III – Habiter » jusqu’au 27 mars.

Commissariat de Martine Robin, directrice du Château de Servières.

À lire, ci-dessous, quelques repères biographiques à propos des artistes et les textes de Didier Gouvernec-Ogor et de Marie Brines à propos de Pierre Combelles, celui de Adèle Morland sur Marius Girardot et ceux des deux artistes sur leurs intentions pour « Je vous ai compris ». Ces documents sont extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site du Château de Servières
Suivre l’actualité du Château de Servières sur Facebook et Instagram
Sur le site du Centre social St Gabriel
Sur le site de Marius Girardot

Pierre Combelles

Né à Bagnères-de-Bigorre en 1990. Formé à l’école Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence de 2013 à 2018, il vit et travaille à Marseille.

Passioné de construction, d’exploration et d’occupation de l’espace, il développe sa pratique artistique en usant de formes, de matériaux et de gestes simples. Cela le mène à établir une prose entre contemplation et déambulation au travers de la rencontre de lieux, de contextes et de publics divers.

Formation :
2016-2018 : DNSEP félicitations du jury – Ecole supérieur d’Art d’Aixen-Provence
2013-2016 : DNAP mention pour l’évolution des pratiques – Ecole supérieure d’art, Aix en Provence

Expositions collectives & Installations éphémères :
2019 : Mulhouse 019, Biennale d’Art Contemporain
2019 : Hypersensibles, La Compagnie, Marseille
2018 : Monumental 4, Nuit des Musées, Pavillon Vendôme, Aix-en-Provence
2018 : Les Arts Éphémères, Parc de Maison Blanche, Marseille
2017 : Monumental 3, Nuit des Musées, Pavillon Vendôme, Aix-en-Provence
2016 : Faits et gestes, WATERGAME #4, Bastide du Jas de Bouffan, Aix-en-Provence
2016 : Monumental 2, Nuit des Musées, Pavillon Vendôme, Aix-en-Provence
2016 : Fanzines art & culture, Festival Rebel Rebel, Frac PACA
2015 : Voyages Immobile, Fondation Vasarely, Aix-en-Provence

Résidences & expérience
2020 : Les Tremplins, Centre Social Saint Gabriel 13014
2019 : Montage La Suite finira bien par arriver, Olivier Nattes, Château de Servières

Ouvertes et généreuses, les installations de Pierre Combelles sont bien plus tournées vers le dialogue avec les autres, l’observation et l’inspiration de ce, et ceux, qui l’entourent que vers une réflexion égocentrée ou le monologue intérieur. Dans une recherche d’interaction entre ses oeuvres et le public, Combelles imagine et produit des univers d’apparences simples dans leur conception, mais dont l’économie des moyens matériels, le plus souvent de la récupération, n’implique pas l’économie du labeur fourni dans leur production.

Si plusieurs formes spécifiques reviennent régulièrement dans son travail : passerelles, planchers, certains éléments de mobiliers …, ses installations à l’échelle du corps finissent par envahir l’espace dans un jeu de va-et-vient : intérieur / extérieur. Elles le revisitent en épousant harmonieusement l’architecture ambiante. Selon lui, « C’est le lieu qui engendre la pièce produite ». Il y invite le spectateur à une autre vision, une sorte de parcours praticable entre interprétation et méditation. Ce qui semble le plus intéresser Pierre Combelles, ce sont les Autres. S’il a son propre univers, qu’il déclare parfois ne pas savoir vraiment définir, ce qui l’amuse, c’est à la fois l’instant de la création et de la mise en place du projet et, par la suite, de pouvoir laisser son oeuvre vivre par le regard ou l’expérience-même / la sensation engendrée pour et par le spectateur.
Didier Gouvernec-Ogor

Les installations praticables de Pierre Combelles sont conçues pour des espaces et architectures dont elles donnent à voir l’essentiel. Culminantes et stables, telles des vigies, elles ouvrent le lieu et permettent de l’appréhender avec un regard neuf. À l’inverse, posés sur le sol et bancals, les éléments de mobilier et les planchers mouvants attirent, trompent les utilisateurs et les font dériver. Enfin, les passerelles ou les cimaises qu’il construit modifient les flux de circulation dans un environnement donné. Une économie du geste qui engendre des déplacements : se mouvoir, regarder, être présent à des lieux réinventés. Une économie de la production surtout : toutes les pièces sont réalisées en matériaux de réemploi et, dès lors qu’elles sont démontées, renaissent ailleurs et autrement.
Habiter, simplement.

Marie Brines

Rétrospective de la résidence

« En s’appuyant sur mes réalisations et expériences passées, sur les architectures et aménagements urbains locaux autant que sur leur absences, nous pourrons dégager des formes structurelles à exploiter en tant qu’oeuvres praticables et immersives. Une aire de jeu, une façade d’immeuble, une place publique, un intérieur d’appartement etc. sont autant de sources d’inspiration pour laisser vagabonder les imaginaires. Là ou les réalisations se feront avec et pour les habitants des arrondissements concernés, quelles soient implantées au sein du centre social St-Gabriel ou dans l’espace publique (places, parcs etc). Formellement, cela peut donner lieu à des espaces de vie et de convivialité, via du mobilier créé pour l’occasion, à des fragments d’architectures incorporant des dispositifs vidéographiques, photographiques ou textuels. L’essentiel étant que la ou les pièces présentées témoignent du parcours et de l’émulation de la diversité des sensibilités impliquées dans leur réalisation.»
Pierre Combelles

Marius Girardot

Né à Besançon en 1991. Formé à l’école Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence de 2012 à 2019, il vit et travaille à Marseille.
Intérréssé par la modélisation de phénomènes perceptifs à travers des assemblages d’idées et d’images, ces travaux questionnent les relations entre nature et artifice, mécanisme d’assimilation et de retranscription de l’information. Il interroge la relation entre le créateur et le spectateur. Sa pratique prend différentes formes : peinture, vidéo, scultpure et dessin. Elle marque un désir d’exploration de l’art et de ses possibles.

Formation :
2019-2020 : Couveuse CADO, par l’AMI (aide aux musiques innovatrices) Friche la Belle de Mai 2016-2019 : DNSEP – Ecole supérieure d’art, Aix en Provence
2012-2016 : DNAP – Ecole supérieure d’art, Aix en Provence

Expositions collectives :
2019 : Présentation de l’oeuvre Ensemble de sculptures sensibles, Espace Rossetti, Nice
2019 : 32, Cours Lieutaud, ArtZap
2018 : Hybrid Art, Centre d’art Fernand Léger, Port de Bouc
2018 : La thérapie du dimanche, Kinoscope, Lyon
2017 : Hortus 2.0, Ancien grenier à sel, Avignon
2014 : Oops I dit it again, Fondation Vasarely

Résidences :
2020 : Les Tremplins, Centre Social Saint Gabriel 13014

Publications :
2021 : Publication Méta-Shoké Marseille, invitation de l’artistes Badr El Hammami avec le soutien de Documents d’Artistes PACA

La résidence Tremplin pose notamment la question du rôle que peut jouer l’artiste dans une structure comme un centre social. Que peut-il y apporter quand les territoires couverts par le centre social font fasse à tellement d’autres «urgences»?
La réponse qu’apporte Marius Girardot par son travail sur la bande dessinée a ceci d’original qu’il a su créer avec le quotidien des publics concernés : des individus aux histoires et aux trajectoires transcrites dans toutes leurs diversités et leur chaleur. La vie courante d’un territoire laissant parfois des reliques, devient alors le support de paysages peints, sublimés par le regard de l’artiste. Mais ce travail, c’est aussi la régularité journalière d’une présence dans un temps prolongé, d’interventions concrètes comme la réappropriation design du mobilier du centre social ou l’aménagement d’une salle de cinéma. Si toutes ces touches personnelles ne figurent pas matériellement dans l’espace d’exposition, elles permettent ici de réaffirmer le rôle essentiel (dans un contexte particulier – qui plus est lors du premier confinement intervenu des suites de la COVID 19) des artistes dans nos sociétés.

Adèle Morland

Lettre d’intention

En arrivant au centre social, je souhaitais interroger la place de l’art et son intégration dans la vie quotidienne. Le cadre de cette résidence m’a permis d’y répondre en renouvelant ma pratique motivée par ce contexte .
Mon projet était à l’origine de générer un ensemble d’affiches urbaines. Un travail de dessin et de textes se basant sur des récits d’habitants. En lançant le travail d’écriture, confrontés aux contraintes du confinement, nous nous sommes concentrés sur des histoires libres et personnelles en lien ou pas avec ce moment spécial. Cela a donné lieu à des témoignages sur la vie pendant le confinement et les histoires qu’il a soulevé dans les pensées de chacun. J’ai été agréablement surpris par leur volonté toujours plus grande de participer au projet en dépit des circonstances.
Une édition est née de ces échanges.

Il était important pour moi de découvrir le territoire du centre social, le 14è arrondissement. Début des quartiers nord, frontière mentale distinguant deux facettes de Marseille. Le sud, clair et sécurisant, et le nord, sombre et dangereux. Une image altérée de la réalité vécue. J’y ai découvert un lieu plein de contraste, où la joie et la tristesse sont en dialogue permanent, où les architectures et les lieux donnent un sentiment de beauté délaissée.
Nous incitons le public du centre social à découvrir au-delà de notre pratique, les oeuvres d’autres artistes.
L’exposition ‘‘Ecce homo’’ d’Ernest Pignon Ernest vue ensemble à Avignon m’a conduit à ré-imaginer mes affiches. Elles étaient jusqu’alors réalisées à partir d’ agrandissements de mes dessins et sont pensées désormais comme des oeuvres originales présentées sur le lieu qui les ont inspirées. Un nouvel axe de travail est né : le dessin performé.
Les moments que nous avons vécus avec toutes ces personnes : Le groupe Tremplin, les adolescent.e.s du pôle jeunesse, les enfants du centre de loisir, les salarié.e.s du centre et les habitant.e.s du quartier ont été prolifiques à la création et très enrichissants. J’ai ressenti le besoin de les sauvegarder à ma manière, ne pas en garder de simples photographies numériques stockées ici ou là, mais consacrer un moment de traitement personnel, un traitement par le dessin à l’adresse de ces moments et de toutes ces personnes
Faire d’une pratique artistique, un geste du quotidien.
Après l’exposition où je présenterais ces différents travaux, j’aimerais inviter le public à un parcours à travers le quartier. Parcours dans lequel nous retrouverons mon travail de peinture et de dessin performé aux endroits où ils ont été pensés.

« Suis-je un technicien qui oeuvre sans relâche sur un médium bien défini sans prise de risque et qui s’inscrit dans les lois du marché par une production uniforme et régulière. Ou une personne sensible au regard singulier qui par une volonté quotidienne et créatrice ressent le besoin d’agencer de la matière pour en faire art à ses propres yeux ?
A l’intersection de ces questionnements je me donne pour premier rôle, celui de créateur, créateur de rencontres, de lien social, d’objet à médiation, un artiste pluridisciplinaire selon ce qu’il produit et la structure qui l’accueille.»

Marius Girardot

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