jeudi 13 mai 2021

Boutographies 2021 – Rencontres Photographiques de Montpellier


En dépit des conditions incertaines, l’association Grain d’Image, en accord avec les photographes, a choisi de maintenir les Boutographies 2021.

Cette édition 2021 des Rencontres Photographiques de Montpellier se déroulera du 15 au 30 mai avec les expositions de la sélection et les projections du jury au Pavillon Populaire. Une exposition des vingt ans du festival prendra place à l’espace Saint Ravy et probablement plusieurs présentations « Hors les murs ».

Dans son éditorial, Christian Maccotta, directeur artistique des Boutographies, commence par évoquer les mutations et les bouleversements qui, écrit-il, « se succèdent les uns aux autres avec une rapidité jamais expérimentée » pour souligner immédiatement et avec lucidité que ceux-ci « recouvrent des mouvements plus lents qui ne s’interrompent pas pour autant ». Il précise ensuite :

« Parmi ces évolutions, certaines ont trouvé un écho particulier dans les séries d’images que nous avons reçues l’an dernier et cette année, et notamment celles qui concernent l’identité culturelle, l’identité sexuelle et la parentalité. Les principes qui voudraient que l’on soit assigné pour toujours à un territoire, à un genre, à un statut social, sont fréquemment remis en cause, alors que, à l’opposé, l’aspiration à des identités locales, nationales ou familiales réaffirmées se répand, parfois sous des formes autoritaires. Les photographes de la sélection 2021, immergés dans un monde qui est intensément le leur, sont sensibles à ces questions perpétuelles, mais particulièrement aiguisées aujourd’hui »

Comme chaque année, on attend avec intérêt et curiosité de découvrir les propositions des 60 photographes présentées au Pavillon Populaire (expositions et projections).

Les Boutographies 2021 devraient accorder une large place au collectif VOST dont on a pu apprécier le travail à plusieurs occasions ces dernières années et notamment lors de Manifesta Marseille. L’installation Proxima B, imaginée pour la grande salle du Pavillon Populaire devrait interroger « les métamorphoses et les altérations de l’époque »…

© VOST_Manifesta - Manifesta 13 Marseille - Traits d’union.s
© V© VOST_Manifesta Manifesta 13 Marseille – Traits d’union.s

Chronique à suivre après l’ouverture des Boutographies 2021.

A lire ci dessous, extraits du dossier de presse, l’édito de Christian Maccotta et la présentation des expositions de la sélection officielle au Pavillon Populaire avec :

Agata Wieczorek Fetish of the Image »), Antoine Lecharny Même pas morts »), Celia Ovejero-Gomez, Collectif VOST (« Proxima B »), Doro Zinn Future Kids »), Fernando Marante The Question Concerning the Thing »), Jagoda Wisniewska Ma Mère est une hippie »), Julie Joubert Mido »), Lucia Peluffo L’opacité des corps »), Marc Avila Català Homo et Natura »), Marco Marzocchi Oyster »), Marianne et Katarzyna Wasowska En attendant la neige »), Natalia Kepesz Niewybuch »).

La Projection du Jury rassemblera des séries de Ahmad Tahmasi Alejandra Fayad Caceres • Alex Llovet • Alexandra Dautel • Alexandre Silberman • Alexis Pazoumian • Ambre Husson • Annemie Martin • Arnaud Teicher • Arthur Gau • Christiane Blanchard • Corentin Fohlen • Didier Bizet • Dmitry Ermakov • Florine Thiebaud • Francesca Todde • Gianluca Abblasio • Giorgia Ortalli • Ioanna Sakellaraki • Irina Shkoda • Jana Kiesser • Jean Abou Faysal & Swen Renault • Laetitia d’Aboville • Lilly Urbat • Lisa Gervassi • Louisa Ben-Zangue • Louise Honée • Marie Meneau • Matei Focseneanu • Natalia Kepesz • Natalya Reznik • Pascal Bastien • Robin Lopvet • Sasha Maslov • Tamara Eckhardt • Thierry Motard • Thomas Brasey • Thomas Jorion • Victoria Novak • Vincent Es-Sadeq

Le jury des Boutographies 2021, présidé par François-Nicolas L’hardy, directeur de l’Hôtel Fontfreyde est composé de : Sarah Carlet, conservatrice et consultante en photographie et directrice de Phototales ; Camilla De Maffei, photographe et créatrice de El Observatorio ; Eric Sinatora, directeur du GRAPh ; Christian Maccotta, directeur artistique des Boutographies.

La rétrospective présentée à l’espace Saint Ravy proposera les séries présentées en projection et primées depuis 2011 et une image extraite d’une exposition par édition depuis 2001.

En savoir plus :
Sur le site des Boutographies
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Boutographies 2021 : La sélection officielle

Agata Wieczorek – « Fetish of the Image »

« Fetish of the Image » est un projet qui associe photographie et vidéo pour présenter une subculture étonnamment présente dans le monde entier : le fétichisme de masquage. Le projet dépeint les utilisateurs de masques corporels féminins en silicone, étudie les évolutions concernant la conception binaire du genre et explore comment la mondialisation et l’interconnectivité accrues ne conduisent pas nécessairement à une « démocratisation de la visibilité ».

​Agata Wieczorek - « Fetish of the Image »
​Agata Wieczorek – « Fetish of the Image » – Boutographie 2021

Les masqueurs sont majoritairement des hommes, alors que leur pratique est basée sur un déguisement qui vise à devenir quelqu’un d’autre : une femme. Le déguisement vise non seulement à se déguiser en femme, mais littéralement à le devenir, en se glissant totalement dans une apparence de corps féminin. Ainsi, les éléments de costume – masques réalistes en silicone et combinaisons corporelles – sont appelés « secondes peaux » car ils reconstituent l’intégralité de la surface du corps humain.

​Agata Wieczorek - « Fetish of the Image » - Boutographie 2021A
​Agata Wieczorek – « Fetish of the Image » – Boutographie 2021

Bien que l’idée d’entrer dans la peau d’une autre personne puisse apparaître comme une extravagance érotique, le masquage est un concept éloigné de la simple volonté de divertissement. La communauté des masqueurs s’oppose aux conventions sociales et politiques fondées sur une vision binaire du genre, de l’identité et du corps. Le masquage assume l’idée que l’identité humaine est constituée de deux sexes et non d’un seul, mais considère que l’identité sexuelle est une question de choix individuel, et ne peut être une assignation imposée ou autorisée de l’extérieur.

​Agata Wieczorek - « Fetish of the Image » - Boutographie 2021A
​Agata Wieczorek – « Fetish of the Image » – Boutographie 2021

Agata Wieczorek (1992, Pologne) vit à Lodz, où elle termine actuellement un master à l’École nationale de cinéma. Elle a auparavant obtenu son diplôme avec mention de l’Académie des arts Strzeminski de Lodz, où elle a étudié les arts graphiques et la peinture. La pratique d’Agata Wieczorek combine le cinéma, la photographie et l’animation. Son travail a été exposé et récompensé au niveau international, notamment au Festival de photographie Obscura, à Penang (finaliste), aux Journées de la photo de Varsovie (Grand Prix), au Festival international de photographie Organ Vida, à Zagreb, et au GESTE à Paris, entre autres. Parallèlement à sa pratique artistique, elle contribue à la rédaction du magazine Lynx Contemporary.

https://agatawieczorek.com/

Antoine Lecharny Même pas morts »

« À l’origine de ce travail il y a la mort de Dadou, mon grand-père. Quelque temps après son enterrement, ma grand-mère m’a donné sa chevalière en héritage. Je l’ai longtemps portée avant de la perdre en jouant dans la mer avec ma sœur et mon père au mois d’août il y a deux ans. En lien avec cet évènement, j’ai progressivement choisi d’écrire sur les objets qui nous rattachent à ceux que nous avons perdus.

​Antoine Lecharny -« Même pas morts » - Les Boutographies 2021
​Antoine Lecharny -« Même pas morts » – Les Boutographies 2021

Le point de départ de ce travail, c’est la perte, c’est quelqu’un qui n’est plus là, mais j’ai essayé de ramener beaucoup de monde, beaucoup de proches, beaucoup de vie intime, comme s’il s’agissait déjà d’un début de réponse à l’absence ».

Antoine Lecharny est né en 1995 et vit à Paris. Il est diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle. Il a obtenu le Prix Audi talents, pour le projet Trou, triangle, jonc doucine et dissonance en 2020 et le « coup de coeur » du Grand Prix Paris Match du photoreportage étudiant pour la série À Deva, les roms ne sont pas nomades en 2019.
Sa série Comme un Lego a été présentée aux Boutographies en 2019.

https://antoinelecharny.com/

​Celia Ovejero-Gomez

« Je montre le processus et le résultat du geste, pour mieux montrer la disparition.
La photographie est utilisée ici comme seul moyen de montrer « ce qui a été ».
En gravure, une épreuve d’état est une estampe que l’on tire d’une planche pour juger de l’état d’avancement de son travail. Pour voir où nous en sommes.

​Celia Ovejero-Gomez - Les Boutographies 2021
​Celia Ovejero-Gomez – Les Boutographies 2021

Après, une fois la planche à nouveau préparée, on rajoute du noir. Et on recommence. Jusqu’à la fin. Quelle fin ? Où ça se finit ? Peut-être que c’était déjà fini avant ?

Comme je le faisais en gravure, dans mon travail photographique je rajoute du noir.
Je rajoute du noir, comme le fait la vie
».

Celia Ovejero-Gomez est née en 1973 à Bilbao (Espagne). Elle vit et travaille à Toulouse.
Titulaire d’un master en arts de l’université du Pays Basque en 1995, elle s’inscrit ensuite à l’Accademia di Belle Arti de Bologne, puis obtient un doctorat en Gravure à l’université Complutense de Madrid.

https://celiaovejerogomez.format.com/

Collectif VOST – « Proxima B »

Conçue une première fois en 2019, cette installation a pour thèmes l’effondrement qui vient et la collapsologie, les métamorphoses et les altérations de notre époque, une « fin du monde » qui serait le commencement d’un autre. Cette série associe des images aux statuts différents : archives, photojournalisme, mises en scène…

Collectif VOST - Olivier Sarrazin - Les Boutographies
Collectif VOST – Olivier Sarrazin – Les Boutographies

L’installation souhaite ainsi soulever un questionnement sur l’utilisation des images et leur impact, créer une atmosphère étrange et intemporelle, parfois dure et brutale, mais aussi habitée de résonances positives, d’éclats et de possibilités de changement. Les images veulent apparaître comme une vibration, un bredouillement, un bruissement du réel.
L’exposition comporte trois parties : L’effondrement, La rupture, La métamorphose.

Collectif VOST – Tifenn Ripoll et Olivier Sarrazin – Les Boutographies

Né à Arles en 2012, VOST est un collectif d’artistes photographes basé à Marseille dans les locaux de Coco Velten, à Toulouse et à Paris. Tournés vers le monde proche et lointain, les membres du collectif mêlent les approches documentaires et plasticiennes, et associent divers moyens d’expression : vidéo, son, écriture, scénographie. VOST a par ailleurs une activité de commissariat d’exposition et travaille régulièrement avec des artistes invités.

Les membres :
Françoise Beauguion (ENSP Arles)
Oriane Bault (E.H.E.S.S – Icart photo Paris)
Lilie Pinot (ENSP Arles)
Matthieu Rosier (Beaux-Arts Cergy-Pontoise et ENSP Arles)
Olivier Sarrazin (ENSP Arles)
Tifenn Ripoll (Photo documentaire et écritures transmédia, Université de Perpignan)

https://collectifvost.com/

Doro Zinn – « Future Kids »

« Je ne suis rien de ce que vous imaginez, et bien plus que ce que vous pouvez imaginer » Coco, 2017
Leila, Coco, Mohammed et İlhan vivent à Berlin, entre Kottbusser Tor et les cités de la périphérie, entre le monde de la gentrification et celui des aides sociales. Ce sont les enfants d’immigrants musulmans venus du Liban, de Turquie, de Jordanie et de Palestine. Leurs parents sont arrivés en Allemagne en tant que « Gastarbeiter » (travailleurs invités) ou bien en tant que réfugiés. Leila, Coco, Mo et İlhan appartiennent à la première génération née en Allemagne et qui a grandi dans ce pays.

​Doro Zinn - « Future Kids » - Les Boutographies
​Doro Zinn – « Future Kids » – Les Boutographies

Leurs histoires racontent le passé et le présent, les lieux d’existence (imaginés), le devenir-adulte et, en fin de compte, la recherche d’une identité. Doro Zinn raconte leur quotidien en usant de la photographie documentaire et de portraits intimes, mais aussi de matériel d’archives, de textes et de chansons qui lui ont été donnés par les protagonistes. L’ensemble interroge les récits que la société et les médias produisent à l’égard des immigrants et de leurs enfants, pour les remettre en cause d’une manière très personnelle.

Doro Zinn, né en 1987, a grandi à Munich. Elle a obtenu une licence en sciences politiques et une licence en psychologie à Vienne. En 2017, elle obtient un diplôme de photographie à l’Ostkreuzschule für Fotografie de Berlin. Son travail, qui traite principalement de sujets sociaux et de questions liées à l’identité, a été exposé et récompensé au niveau international, et a été publié dans différents magazines et journaux. Elle travaille comme photographe et rédactrice photo indépendante à Berlin et à Munich.

https://dorozinn.com/

Fernando Marante – « The Question Concerning the Thing »

Partant de l’hypothèse qu’il n’y a pas de photographie abstraite, puisqu’elle est toujours liée à son référent dans le monde concret, cette série de photographies joue avec cette pseudo-contrainte en préservant un objet d’identification, et simultanément en lui échappant. Nous savons que ces images représentent une chose, mais cette représentation est ambivalente dans sa relation à son contexte, produisant une perturbation des codes de représentation eux-mêmes.

Fernando Marante - « The Question Concerning the Thing » - Les Boutographies 2021
Fernando Marante – « The Question Concerning the Thing » – Les Boutographies 2021

Ces images-hypothèses, addition de mouvement et de durée, sont synthétisées par l’œil mécanique de l’appareil photo et existent seulement comme une possibilité théorétique* dans le monde des objets. Est-ce que le mouvement en repos est encore du mouvement ? Ce projet s’intéresse à l’exploration des mécanismes de représentation dans la photographie, en opérant des jeux de visibilité que seule la “grammaire” de la photographie peut nous proposer.

En tant qu’essai visuel, il tire son nom du cours fameux “Die Frage nach dem Ding” de Martin Heidegger, les images s’intéressant davantage à la question: “Qu’est-ce qu’une chose ?“ qu’à ses réponses.

* Qui a pour objet la connaissance, qui vise à la connaissance.

Fernando Marante (Matosinhos, Portugal, 1973) est un artiste visuel basé à Lisbonne. Il a fait ses études au Centre de communication visuelle Ar.Co à Lisbonne, où il a bénéficié de deux bourses d’études parrainées par Leonor et António Parreira (2015/2016) et par la Fondation Victor e Graça Carmona e Costa (2018/2019). Il est l’un des quatre lauréats de la section Carte Blanche Etudiants 2019 de Paris Photo et a été finaliste de la section Descubrimientos de PHotoEspaña 2019. Au Portugal il a montré son travail dans diverses expositions y compris la Biennale de la photographie de Vila Franca de Xira (VF18) et la Biennale internationale d’art de Cerveira (2018). Il a été finaliste du Carpe Diem Millennium BCP Award en 2018. Depuis avril 2019, il est représenté par la galerie Módulo, à Lisbonne.

https://www.fernandomarante.com/

Jagoda Wisniewska – « Ma Mère est une hippie »

« Le projet « Ma Mère est une hippie » s’inscrit dans ma fascination de longue date pour la figure maternelle. Dans cette série, je m’attaque à ce poncif qui voudrait que l’amour d’une mère pour son enfant soit « inconditionnel ». J’explore la façon dont pouvoir et impuissance se côtoient et s’imbriquent profondément dans la relation mère-enfant. Les notions de besoin et de désir sont des éléments cruciaux dans la construction de la relation mère-enfant, et j’essaie de le montrer dans mes photos.

Jagoda Wisniewska - « Ma Mère est une hippie » - Les Boutographies 2021
Jagoda Wisniewska – « Ma Mère est une hippie » – Les Boutographies 2021

Je travaille avec différents «masques» de la maternité, pour contester la représentation univoque de cette situation et de cette relation à l’enfant. Aujourd’hui, la notion de maternité est en refondation. Des voix s’élèvent, qui parlent ouvertement des côtés sombres de la maternité, revendiquant le droit d’être fatiguée, d’en avoir assez du rôle assigné, ou tout simplement de ne pas être irréprochable. Je suis profondément intéressée par tous les aspects sociaux et psychologiques de la relation mère-enfant, cruciale à tous égards. Par ce travail, je cherche à remettre en question les définitions admises de la figure et de l’amour maternels, en montrant des femmes qui mettent en scène de nouvelles représentations ».

Photographe polonaise, Jagoda Wisniewska (1987) vit et travaille actuellement en Suisse. Elle est sortie diplômée de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) en 2016, dans le cadre d’un programme de Master en direction artistique, après un cursus Photography & Film studies à Edimbourg. Sa pratique photographique se concentre principalement sur l’exploration de la physicalité et de la fragmentation du médium photographique. Elle travaille souvent sur la famille, notamment sur les concepts de perte et de préservation photographique. Elle s’intéresse spécialement aux formes et à la fabrication du livre photo, qui lui permettent d’explorer la narration non linéaire à travers les possibilités infinies de dialogue entre les images. Elle cherche également à expérimenter les relations entre les personnes photographiées, mais aussi ses propres démarches et positions en tant que photographe par rapport à ces personnes.

https://www.jagodawisniewska.com/

Julie Joubert – « Mido »

« J’ai rencontré Ahmed en 2017 dans un centre de réinsertion pour jeunes en difficulté. Via les réseaux sociaux, nous nous sommes retrouvés deux ans plus tard. Diminutif, surnom, pseudonyme : MIDO est un moyen de brouiller les pistes de sa trajectoire incertaine.

Julie Joubert - « Mido » - Les Boutographies 2021
Julie Joubert – « Mido » – Les Boutographies 2021

Se présentant sous différentes identités au fil de ses rencontres, Ahmed se cache autant qu’il a l’envie d’être découvert. A travers un parcours de vie chaotique ponctué d’éléments douloureux, il survit avec le rêve de devenir modèle. Sa grande fragilité, son caractère autodestructeur ainsi que sa capacité à se dévoiler m’ont tout de suite convaincue de la nécessité de le suivre dans son quotidien sur une durée indéterminée ».

Julie Joubert est née en 1989 à Paris. Après un Master 2 en photo/vidéo à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (2013), elle développe plusieurs projets photographiques à thématique sociale.
Son travail a été présenté lors de différentes expositions en France (Magasins Généraux et galerie Houg à Paris, festival L’image Satellite à Nice). Elle est lauréatre du prix Caisse d’Epargne 2020 et finaliste de la première édition du prix Caritas Photo sociale 2020 présidé par Agnès B. Elle vit et travaille actuellement à Montreuil.

http://www.juliejoubert.com/

Lucia Peluffo – « L’opacité des corps »

« Le projet « L’opacité des corps » cherche à représenter et analyser les différentes parties de mon corps en créant un lien entre sa fonction mécanique, sa manifestation symbolique, et l’évolution des techniques de représentation scientifique utilisées à travers l’Histoire.

Lucia Peluffo - « L’opacité des corps » - Les Boutographies 2021
Lucia Peluffo – « L’opacité des corps » – Les Boutographies 2021

Il étudie l’évolution de la photographie avec celle de la représentation visuelle scientifique et la façon dont l’une a permis à l’autre de se développer et de s’installer. En même temps, je fais dialoguer mon corps physique avec l’idée du “corps photographique” en créant une carte de mon territoire intérieur ».

Lucia Peluffo est née à Buenos Aires en 1989. Elle est designer industrielle de formation (UBA 2013) et artiste de profession depuis 2014. Ses projets naissent de ses expériences personnelles et prennent forme dans des livres et des expositions où elle combine sa sensibilité créative avec ses compétences de designer. Ses photographies ont été exposées en Argentine, au Mexique, en Espagne, au Portugal, en Grande-Bretagne, au Japon, en Géorgie, ainsi qu’au Creative Image Lab d’Arles. Elle est lauréate de la résidence 1+2 Photographie et Sciences de Toulouse en 2020.

https://lulupeluffo.com/

Marc Avila Català – « Homo et Natura »

« Cette série est l’écho d’une relation de voisinage durable avec l’usine pétrochimique Solvay de Martorell (Barcelone). Un gigantesque réseau de ferraille rouillé qui n’a cessé d’émettre d’étranges fumées, 365 jours par an, depuis ma naissance.

Marc Avila Català - « Homo et Natura »
Marc Avila Català – « Homo et Natura » – Les Boutographies 2021

Une présence métallique qui, le jour, était sale, grise et vaporeuse, et de nuit, prenait une apparence futuriste, entourée d’un halo blanc mystérieux et menaçant. Ce paysage, constant dans ma vie, a pris forme dans une dualité paradoxale de répulsion et de plaisir ».

Marc Avila Català est né en 1992 à Barcelone. Dans cette ville, il a successivement suivi les formations de l’ITES School, de l’Université de Barcelone (Bachelor’s Degree of Fine Arts) et de l’Université Pompeu Fabra (Master in Contemporary Film and Audiovisual Studies).

https://www.marcavilacatala.com/

Marco Marzocchi – « Oyster »

Réalisé sur une période de dix années, Oyster est un journal intime visuel. Avec cette accumulation d’images, Marco Marzocchi recherche des indices pour comprendre la destinée de ses parents absents. Nourries de frustrations et parfois de violence, les images cherchent les causes d’une enfance profondément perturbée par son environnement.

Marco Marzocchi - « Oyster » - Les Boutographies 2021
Marco Marzocchi – « Oyster » – Les Boutographies 2021

À l’aide d’images d’archives et d’images originales, l’artiste malmène son passé pour reconstruire un présent fondé sur le pardon et le lâcher-prise, à la recherche d’une possibilité d’amour et de guérison. « Ce travail est une expérience pour retrouver et comprendre mes parents, leur vie et leur relation avec moi-même. Je ne les ai pas bien connus parce qu’ils se sont séparés quand j’avais six ans, et ils sont morts jeunes tous les deux. Drogues, dépendances, prison et environnement dysfonctionnel ont été des constantes pendant toute cette période. Ce travail a été mené pour dépasser les doutes et les peurs, pour exorciser la douleur et le besoin perpétuel de recherche de l’amour. » Marco Marzocchi

Marco Marzocchi - « Oyster » - Les Boutographies 2021
Marco Marzocchi – « Oyster » – Les Boutographies 2021

« Les enfants nés dans des familles en difficulté peuvent porter le fardeau injuste de la honte et de la culpabilité. La peur que cette histoire personnelle ne soit révélée peut isoler, la peur du rejet paralyser, l’angoisse de la perte nourrir les pires craintes. C’est pourquoi il peut être si important de faire face à cette peur et de mettre à jour son histoire personnelle. » GUP Magazine

Marco Marzocchi - « Oyster » - Les Boutographies 2021
Marco Marzocchi – « Oyster » – Les Boutographies 2021

La photographie de Marco Marzocchi est à la recherche de personnes, d’atmosphères et de lieux du passé qui se mêlent au présent pour le définir et lui donner un sens. C’est la beauté du quotidien et des infimes détails où se cachent la joie, la peur ou la douleur, les éléments qui se combinent comme dans un poème. Le récit, intime et autobiographique, est construit parfois dans l’urgence et parfois à l’issue de patientes recherches. Son travail alterne l’impulsivité et la rationalité, au moment de la prise de vue comme dans les phases d’editing. Mais rien n’est laissé au hasard. Tout part d’un récit à la fois introspectif et ouvert sur le monde extérieur. La démarche est une succession de questions-réponses et d’autres questions encore, pour donner du sens à des mouvements profonds, à des faits du passé, à l’amour, à la photographie elle-même.
Marco Marzocchi a participé à l’atelier Smedsby et à un workshop avec Jim Goldberg en 2016-2017. Il est lauréat du Gomma Grant en 2017 et du prix Tabo (Fotoleggendo, Rome) en 2018. Il a exposé, entre autres, au Copenhagen Photo Festival, au Helsinki Photo Festival, à Athènes Photo festival et dans le cadre de Temps Zéro à Foto Wien.

https://www.marcomarzocchi.com/

Marianne et Katarzyna Wasowska – « En attendant la neige »

« En attendant la neige » est un projet sur la migration polonaise en Amérique du Sud, centré tout particulièrement sur le Brésil et l’Argentine, qui furent les principaux points de destination.

Marianne et Katarzyna Wasowska - « En attendant la neige » - Les Boutographies 2021
Marianne et Katarzyna Wasowska – « En attendant la neige » – Les Boutographies 2021

Il est né de la volonté de mettre en lumière un aspect méconnu de la colonisation des Amériques : en Europe Centrale, la conquête de ces nouvelles terres fit l’objet de véritables campagnes publicitaires qui vantaient “l’aventure coloniale” comme moyen d’ascension sociale, s’adressant ainsi aux populations les plus dépourvues, paysans et ouvriers délestés par les guerres successives. Le but réel de ces invitations était de recruter des travailleurs capables de construire le rêve moderne de ces sociétés en pleine expansion industrielle. Ces travailleurs devaient être blancs, “civilisés”, en opposition de facto aux populations autochtones.

Marianne et Katarzyna Wasowska - « En attendant la neige » - Les Boutographies 2021
Marianne et Katarzyna Wasowska – « En attendant la neige » – Les Boutographies 2021

Leurs descendants racontent que, lorsqu’ils arrivèrent sur place, ils se mirent à travailler d’arrache-pied pour préparer l’hiver, sans savoir qu’il n’arriverait jamais.

Marianne et Katarzyna Wasowska - « En attendant la neige » - Les Boutographies 2021
Marianne et Katarzyna Wasowska – « En attendant la neige » – Les Boutographies 2021

Marianne Wasowska (1988) est franco-polonaise. Elle a suivi des études d’Ethnologie et de Photographie au Mexique, en Pologne, puis en France, où elle intègre finalement l’ENSP d’Arles, dont elle sort diplômée en 2014. Elle vit actuellement au Mexique, où elle suit le Programma para Artistas Soma.

Katarzyna Wasowska (1990) est la cousine de Marianne. Polonaise, elle est diplômée en Photographie (Université de Poznan, Grand Prix Photo Diploma Awards 2019) et en Psychologie (Institut de Psychologie de Poznan). Elle a exposé à plusieurs reprises en Pologne, et à Braga au Portugal. Elle est actuellement assistante-tutrice à l’Ecole des Beaux-Arts de Szczecin.

Marianne et Katarzyna ont été finalistes du Women Photographers Grant en 2019.

https://www.katarzynawasowska.com/

Natalia Kepesz – « Niewybuch »

Les camps d’été militaires pour enfants sont devenus incroyablement populaires en Pologne, et le patriotisme a pris une place importante dans l’enseignement primaire.

Natalia Kepesz - « Niewybuch » - Les Boutographies 2021
Natalia Kepesz – « Niewybuch » – Les Boutographies 2021

Ce qui est frappant, c’est le caractère récréatif de ces camps, qui minimise le sérieux et la réalité de l’environnement militaire. Il n’est pas certain que ces jeunes veuillent poursuivre leur formation militaire à l’avenir.

Natalia Kepesz - « Niewybuch » - Les Boutographies 2021
Natalia Kepesz – « Niewybuch » – Les Boutographies 2021

Pour eux, il s’agit plutôt d’appartenir à un groupe, de mimer ce qu’ils ont vu dans les films et les médias, et de vivre une aventure passionnante. L’impact sur leur développement psychologique et émotionnel reste à évaluer.

Natalia Kepesz - « Niewybuch » - Les Boutographies 2021
Natalia Kepesz – « Niewybuch » – Les Boutographies 2021

Natalia Kepesz est née en 1983 en Pologne. Elle vit et travaille à Berlin depuis 2008. Après avoir obtenu un diplôme en études culturelles et en histoire de l’art à l’université Humboldt de Berlin, elle a étudié la photographie à l’Ostkreuzschule Berlin de 2017 à 2020. Ses œuvres ont été exposées au Künstlerhaus Bethanien, Schloss Biesdorf, pendant la Biennale Fotofestival Mannheim 2019 et pendant le Mois de la Photo OFF 2018.
En photographiant, elle transforme ses propres souvenirs d’enfance. Grandir a toujours été accompagné par l’envie de découvrir autre chose. Elle photographie pour mieux comprendre sa réalité, et pour exprimer son interprétation du monde qui l’entoure.
Natalia a été nominée pour le C/O Berlin Talent Award 2020, a été sélectionnée pour le Festival de la photo d’Athènes 2020 et a remporté la troisième place du Muenzenberg Art Competition 2020 à Berlin.

https://www.nataliakepesz.de/

Boutographies 2021 : l’édito de Christian Maccotta

Le terme de mutation, qui a souvent servi à caractériser le contemporain, prend aujourd’hui une acuité nouvelle et spécialement critique. Des phénomènes biologiques accélérés, à l’échelle de la planète tout entière, sont venus rappeler la fragilité de nos organismes humains, sociaux et économiques. Ces bouleversements, qui se succèdent les uns aux autres avec une rapidité jamais expérimentée, recouvrent des mouvements plus lents qui ne s’interrompent pas pour autant.

Parmi ces évolutions, certaines ont trouvé un écho particulier dans les séries d’images que nous avons reçues l’an dernier et cette année, et notamment celles qui concernent l’identité culturelle, l’identité sexuelle et la parentalité. Les principes qui voudraient que l’on soit assigné pour toujours à un territoire, à un genre, à un statut social, sont fréquemment remis en cause, alors que, à l’opposé, l’aspiration à des identités locales, nationales ou familiales réaffirmées se répand, parfois sous des formes autoritaires. Les photographes de la sélection 2021, immergés dans un monde qui est intensément le leur, sont sensibles à ces questions perpétuelles mais particulièrement aiguisées aujourd’hui.

Du refus de l’enracinement ad vitam eternam dans l’endroit qui nous a vu naître, mais aussi de l’impossibilité d’oublier sa propre origine, d’effacer toute précédence, témoignent deux séries sur l’immigration des européens en Amérique du Sud aux XIXème et XXème siècles, et une troisième sur les mouvements de population entre Allemagne et Pologne après guerre. Le complexe travail d’émancipation, lorsqu’il s’agit de ne renier ni les provenances ni les traditions, est lui observé chez de jeunes allemands issus de l’immigration. Nous assisterons également, dans cette édition, à des tentatives d’échapper à la détermination de genre, et à une mise en cause sans ménagement des représentations souvent univoques de la maternité. Assignation, émancipation : associer ces deux termes, c’est venir au cœur des questions posées à la parentalité. Entre incarnation de la loi et mise en retrait, voire effacement, la fonction de père se situe au cœur de ces tensions. De cette figure paternelle sans cesse appelée à rassurer, à protéger, et pourtant condamnée à défaillir, traitent plusieurs travaux présentés cette année, principalement sous l’angle de la relation père/fille. Le deuil, ses rites en évolution et ses difficultés sont également présents dans les préoccupations de plusieurs jeunes photographes. L’attention au devenir des territoires périphériques de la ville et des paysages est perceptible dans trois propositions, en exposition ou en projection. Sur un plan plus conceptuel, et comme c’est souvent le cas aux Boutographies, plusieurs séries toucheront directement aux questions de représentation par la photographie, et notamment au rapport entre celle-ci et son référent.

Enfin, et sans être exhaustif sur cette édition qui programme soixante auteurs au total (expositions et projections confondues), une large place est donnée cette année à un collectif de jeunes photographes français. Comme en point d’orgue sur la question des déplacements de repères auxquels nous assistons de toutes parts, le collectif VOST nous propose sa vision des métamorphoses et des altérations de l’époque avec son installation Proxima B, spécialement conçue pour la grande salle du Pavillon Populaire. Comme chaque année, la sélection officielle est prolongée par les sites du Hors les murs disséminés dans la ville et alentours, et par les évènements autour de la photographie que nous serons en mesure de maintenir dans le contexte sanitaire. Parmi ceux-ci, signalons l’exposition rétrospective des vingt années du festival, salle Saint Ravy, conçue pour vous remettre en mémoire ou vous faire découvrir les grandes étapes et les moments forts de ce long compagnonnage avec les talents stimulants de la photographie de création européenne.

Christian Maccotta, Directeur artistique des Boutographies

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