vendredi 17 septembre 2021

Emeka Ogboh – Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai


Jusqu’au 24 octobre 2021, Emeka Ogboh présente « Stirring the Pot » un projet passionnant qui investit plusieurs espaces de la Friche la Belle de Mai. Il y multiplie les interventions artistiques où s’entremêlent des œuvres multisensorielles et un ensemble d’événements (propositions culinaires, conception de bières, Dj sets et sessions radiophoniques). « Stirring the Pot » est une production de Fræme s’inscrit dans le cadre de la Saison Africa2020.

Deux expositions magistrales occupent le plateau du quatrième étage avec l’installation Ámà 2.0 et le Panorama avec Migratory Notes.

Emeka Ogboh - Ámà 2.0, 2021 - Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai
Emeka Ogboh – Ámà 2.0, 2021 – Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai

Ces deux propositions de Emeka Ogboh sont exceptionnelles. Elles engagent physiquement le visiteur dans des expériences singulières où les frontières entre les disciplines s’estompent. Ámà et Migratory Notes sont deux moments incomparables qu’il faut vivre et partager et qui imposent absolument un passage par la Friche !

Emeka Ogboh - Migratory Notes, 2021 - Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai
Emeka Ogboh – Migratory Notes, 2021 – Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai

Afin de ne pas gâcher le plaisir de la découverte de ces deux installations, on renvoie leur description à la fin de cette chronique.

Sur le Toit-terrasse, Emeka Ogboh a installé un Danfo, taxi collectif typique de Lagos, où sont servies Uda et Uziza, les deux bières qu’il a élaborées pour « Stirring the Pot » avec la brasserie artisanale du Castellet à Signes (Var). Ce travail sur la bière est une pratique que l’artiste africain qui vit entre Lagos et Berlin a commencée en 2014.

Construit comme une extension des deux expositions, cet investissement du Toit-terrasse se déclinera par trois cartes blanches musicales et deux soirées pendant lesquelles Emeka Ogboh, également cuisinier, composera et cuisinera avec la cheffe Georgiana Viou (Marseille-Benin) une performance culinaire, dans une scénographie conçue avec Marie-Josée Ordener des Grandes Tables.

Il faut une fois de plus saluer le remarquable travail de production réalisé par l’équipe de Fræme (Véronique Collard Bovy, Léa Lascaud, Audrey Pelliccia, Benjamin Marianne, Élodie Rougeaux, Maud Chavaillon) qui sait offrir aux artistes comme aux curateurs invités les moyens de créer et de montrer des œuvres fortes dans des expositions innovantes qui placent à chaque fois le visiteur dans des situations nouvelles et l’oblige à sortir de la position trop confortable, rassurante et distante du simple regardeur.

Jusqu’au 11 juillet, avec Here Comes Africa, La Friche devient le QG à Marseille de la Saison Africa2020.
La salle des Machines est transformée en un chaleureux et riche espace d’accueil qui, par ailleurs, met en évidence combien un tel lieu manque ordinairement pour les visiteurs qui ne sont des habitués de la Friche.

Here Comes Africa multiplie pendant 5 semaines les événements avec :
Les Cuisines Africaines qui proposent découvertes culinaires, débats, ateliers et un Grand Marché avec des chef·fe·s d’Afrique et de la diaspora dont Nadjatie Bacar, Hugues Mbenda, Gagny Sissoko, Siradji Rachadi et Georgiana Viou.
Le festival des Rencontres à l’échelle avec une immersion dans la scène théâtrale et chorégraphique imaginée avec plusieurs festivals du continent africain.
– Des projections de films conçues avec Shellac et la Cinémathèque de Tanger pour les soirées Belle & Toile.
Here Comes Africa s’achèvera avec Afriques Fantastiques — Fantastic Africa, un week-end festif du 9 au 11 juillet où de multiples performances investiront les espaces intérieurs et extérieurs de la Friche.

Scénographie et Direction artistique de Clémence Farrell
Design olfactif de Carole Calvez
Production : Fræme et Les Grandes Tables. Coproduction : Friche de la Belle de Mai

Carole Calvez, Clémence Farrell, Emeka Ogboh et Véronique Collard Bovy - Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai
Carole Calvez, Clémence Farrell, Emeka Ogboh et Véronique Collard Bovy – Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai

À lire, ci-dessous, un bref portrait de Emeka Ogboh et les présentations de Ámà et Migratory Notes extraites du dossier de presse.

En savoir plus :
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Sur le site de Fræme
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Sur le site de Emeka Ogboh

À propos de Emeka Ogboh

Artiste de renommée internationale, vivant entre Berlin et Lagos, Emeka Ogboh s’intéresse aux questions de migration et aux liens que tissent les hommes et les femmes avec leurs lieux de vie, de mémoire ou de passage. L’artiste travaille différents médiums, tels que le son et la vidéo tout comme les denrées alimentaires qui indistinctement deviennent des instruments de lecture et de compréhension des villes en tant que territorialités cosmopolites, migratoires et globalisées, incluant les dissonances qu’elles génèrent. Il procède par prélèvements et agencements, brouillant volontiers les frontières entre les disciplines artistiques au même titre que les barrières mentales et géographiques, pour mieux faire apparaître les hyperliens sensoriels entre les différents territoires traversés et convoqués, sans cesse bousculés par la puissance du présent et l’interprétation de l’histoire. Les lieux, les personnages et les panoramas surgissent comme des apparitions furtives de mémoires lointaines faisant coexister le temps suspendu de l’œuvre à la frénésie contemporaine.

Emeka Ogboh
Emeka Ogboh

Emeka Ogboh a participé à de nombreuses expositions internationales, dont la Biennale de Dakar en 2014, la 56ème Biennale de Venise en 2015, documenta 14 à Athènes et Cassel en 2017, Skulptur Projekte Münster en 2017, à la Tate Modern à Londres en 2018, à la Fiac à Paris en 2019. L’artiste est également le co-fondateur du réseau d’art vidéo Video Art Network Lagos. En 2016, il a reçu le prix Böttcherstraße à Brême. En 2018, il est parmi les finalistes du prestigieux prix Hugo Boss pour l’art contemporain et en 2019 il reçoit avec Otobong Nkanga le prix de la Biennale de Sharjah.

Ámà 2.0, 2021

L’installation sonore Ámà 2.0 est une variation d’une commande du Cleveland Museum of Art à Emeka Ogboh en 2019. Intitulé Ámà : The Gathering Place, le projet occupait la totalité d’un immense atrium à la fois lieu d’accueil, de rencontre et de célébration. Il se composait d’une sculpture monumentale représentant l’arbre autour duquel s’organisent les villages d’Afrique subsaharienne signalant, à distance, leur cœur. Complétée par un ensemble d’assises réalisées en tissus Akwété et d’une vaste installation sonore, cette œuvre chorale de chants traditionnels Igbo est ici diffusée par douze enceintes autonomes. L’ensemble, enveloppant, laisse également la possibilité au visiteur de créer, par les mouvements de son corps, son propre cheminement auditif. L’œuvre met en lumière la puissance de la musique dans la communauté dont Emeka Ogboh est originaire. L’usage du son dans le travail de l’artiste, induit souvent ce transport vers un espace inconnu, mémoriel ou encore lointain, dont nous sommes physiquement absents.

Emeka Ogboh – Ámà 2.0, 2021 – Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai – Photo ©jeanchristopheLett

Internationalement reconnu pour ses paysages sonores de Lagos, Emeka Ogboh initie en 2015, avec l’œuvre intitulée Song of the Germans, présentée lors de la Biennale de Venise la même année, un mouvement vers l’introduction des langages vernaculaires dans son travail. À Venise, dix enceintes diffusaient l’hymne national allemand entonné en dix langues de migrants présents sur le territoire germanique : le Bamun, le Kikongo, le Yoruba, le Sango, le More, le Twi, l’Ewondo, le Lingala, le Douala et l’Igbo. Elles produisaient un assemblage du chant national totalement inédit, jouant avec nuance des va-et-vient entre les langues des populations issues des migrations et la puissance de l’hymne comme un premier trajet vers ce qui fait de part et d’autre culture commune : le langage et l’emblème sonore d’une nation. Avec Ámà 2.0, Emeka Ogboh transpose ici, en partie, l’installation de Cleveland afin de révéler le cœur de la communauté Igbo. Il modifie le rôle social de l’espace d’exposition pour y créer ce lieu de rassemblement où les conditions favorables à l’échange, à la compréhension et à la réflexion sont proposées comme autant de cheminements personnels vers l’Autre.

Fabrication des tissus de AMA 2.0 : Chinenye Gloria Ijoma, Gladys G. Chuta, Ihuoma Obiakwa, Ngozi Obiakwa, Rose Znfinna, Rose Onyedikachi, Eziuche Benson, Hassiet Maduacouchi, Nkechi Nwankwo, Nkechi Rennes, Nwaobtasa George, Odinakachi Edward, Amarachi Ugochukwu, Grace Osdor-Elijab, Nwanfinna Otuka, Ngozi Asomfe-George, Ihuoma Akuata, Mescy Nwuzor, Queen Abonta, Ugwueze Abonta, Nne Brown, Ezinne Ikedi, Eberechi Odoemena, Chimezie Ndubuisi, Caroline Herbert et Chiyindu Ibeh

Migratory Notes, 2021

Installation multisensorielle et immersive, Migratory Notes est une nouvelle production spécifiquement conçue pour Stirring the Pot. L’œuvre prend ses origines dans la géographie aux visages multiples de Marseille, métropole portuaire du sud, cosmopolite, dont l’existant témoigne autant de son histoire que du présent. Migratory Notes s’étend sous nos yeux, emplit notre paysage sonore, sollicite notre mémoire olfactive, créant ainsi d’incessants allers-retours entre ce qui est visiblement montré et ce qui est signifié en creux. Dans un mouvement équivalent, l’artiste bouscule la hiérarchie des sens et des sujets.

Emeka OgbohMigratory Notes, 2021 – Stirring the Pot à la Friche la Belle de Mai – Photo ©jeanchristopheLett

Les objets, les gestes, les personnages, les produits, les lieux, les évènements, les pays, les quotidiens constituent simultanément les éléments d’un tout où les sens sont sollicités et deviennent les vecteurs d’une compréhension du monde globalisé et de ses identités hybrides. L’installation nourrit le sentiment diffus d’être à la fois ici et d’appartenir à ce lointain, d’être en même temps perdu et de s’être trouvé, comblant les failles de la légitimité à être. L’artiste déplace les thèmes récurrents de la migration, des identités et des rituels à travers un voyage retour. Migratory Notes réunit différentes temporalités, espaces et contextes, dans une double dynamique, le souvenir des origines et la projection vers un futur où se déploieraient des identités réconciliées.

Réalisation : Emeka Ogboh
Scénographie : Agence Clémence Farrell
Conception et design des fragrances : Carole Calvez
Diffusion : Natarom
Équipe Cameroun et Ghana – Production executive : Muséomaniac – Clémence Farrell, Yvonnick Le Fustec – Cadrage : Renaud Barret – Prise de son : Jules Lahana – Montage et étalonnage : Liam Farrell
Équipe Marseille – Cadrage : Studio Lemon – Pierre-Sylvain Vaïsse, Pierre Armand – Labo d’Images – Jean-François Comminges, Lucas Giacometti – Pré-montage : Studio Lemon – Cyrielle Faure – Prise et montage son : Studio Lemon – Fred Bielle
Avec la participation de : Anrchidine Foundi, Georgiana Viou

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