samedi 23 octobre 2021

Helga Stüber-Nicolas – Ralentir Travaux à la N5 Galerie -Montpellier


Jusqu’au 17 juillet 2021, la N5 Galerie présente avec « Ralentir travaux » une sélection d’œuvres singulières de Helga Stüber-Nicolas. Toutes sont réalisées à partir de crayons sur des supports et avec des processus divers… Le titre choisi pour l’exposition renvoie à une pratique du « Slow Art » revendiquée par l’artiste.

La découverte de son travail mérite sans aucun doute un passage par la N5 Galerie. Les deux pièces installées dans la salle voûtée pourraient certainement attirer l’attention de responsables de collections publiques…

Helga Stüber-NicolasLa colonne invisible. Pneu de tracteur diamètre 100 cm, 101 cordes à pianos, 101 bouts de crayons taillés – Vue de l’expoistion Ralentir Travaux à la N5 Galerie – Montpellier. Photo En revenant de l’expo ! et N5 Galerie.

Le mot « pneumatique » est emprunté au mot latin « pneumaticus » » relatif à l’air ». Le mot latin est emprunté au grec « pneumatikos » dérivé de « pneuma », « souffle », « respiration », puis « esprit ». « Pneumatique » a été introduit en français comme adjectif au sens de subtil, « pneumatique esprit ». On est clairement dans l’aérien, le léger, la respiration. Ensuite ce mot est utilisé dans le domaine de la physique pour qualifier ce qui se sert des propriétés de compressibilité de l’air comme source d’énergie (pompe pneumatique).
Après la disparition du système de distribution de courrier rapide par tuyauteries mises sous pression, le mot’ pneumatique « désigne aujourd’hui un bandage de roue (caoutchouc) contenant de l’air sous pression. On est loin de « souffle, esprit » pour atteindre des sommets de lourdeur en parlant des « pneus » d’engins, de camions…
L’artiste s’empare de cette situation pour montrer que la réversion est possible dans la création. Un pneu de tracteur très lourd et très abimé par une utilisation intensive est ici en lévitation et devient léger comme l’air du fait de sa position au sommet d’une colonne de cordes de piano légère, transparente et quasi invisible, délimitée en bas par une couronne de pointes de crayons semblant provoquer une réaction, une poussée verticale. Le pneu a quitté le sol, la corde à piano a quitté le piano et le crayon a quitté la feuille de dessin. On est de retour dans l’aérien de par une intervention mystérieuse et magique. C’est une démonstration de plus que des matériaux peuvent être utilisés à contre-usage de leur fonction habituelle et nous entrainer dans une réflexion sur l’interprétation d’un objet dont on croit tout connaître mais qui peut réserver encore bien des surprises. L’objet devient œuvre. (Texte N5 Galerie)

Helga Stüber-Nicolas - Cercle Rouge, 2021 - Ralentir Travaux à la N5 Galerie – Montpellier
Helga Stüber-Nicolas – Cercle Rouge, 2021 – Ralentir Travaux à la N5 Galerie – Montpellier

Helga Stüber-Nicolas – Cercle Rouge, 2021. Roue en métal diamètre 120 cm, 465 bouts de crayons taillés et collés.

Au fil des siècles le symbolisme du cercle évolue. Platon parlait de perfection. Pour les Égyptiens, il symbolisait le cycle du temps et de l’éternité. Chez le philosophe Ralph Waldo Emerson, le cercle est l’image de l’imperfection, n’évoquant plus la constance et la répétition mais les déplacements et les changements. Le cercle, pour Helga Stüber-Nicolas, est une forme fondamentale comme la sphère.

Pour cette installation, un cercle de roue de fer abandonné a servi d’ossature après avoir été fixé à la verticale. 465 bouts de crayons du même rouge y sont disposés sur la périphérie, collés debout, les uns contre les autres, dans un nouvel encerclement épineux et flamboyant. Ces bouts de crayons résultent de la taille de crayons neufs. Ils proviennent de réalisations antérieures de l’artiste. Leurs mines ont été utilisées pour réaliser des toiles monochromes et des œuvres sur papier (que vous pouvez découvrir dans la première salle d’exposition). Les crayons ont été taillés jusqu’à ce que les doigts ne puissent plus les tenir. A l’encontre de notre société de consommation de masse, l’artiste valorise les “déchets” qui sont ici récupérés et “anoblis”. Ce cercle de roue abandonné et ces crayons agonisants deviennent œuvre. Les crayons acérés et violents nous alertent sur le cercle infernal du gaspillage.

Saluons une fois de plus l’accueil chaleureux du galeriste et son engagement auprès des artistes qu’il défend.

À lire, ci-dessous, le texte de présentation extrait du communiqué de presse…

En savoir plus :
Sur le site de la N5 Galerie
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Sur le site de Helga Stüber-Nicolas

Helga Stüber-Nicolas – Ralentir Travaux : une présentation par la N5 Galerie

En entrant dans l’atelier d’Helga Stüber-Nicolas, nous sommes surpris par la senteur délicate du bois tout d’abord, puis notre regard est attiré par les couleurs qui inondent l’espace.

Cet atelier est en effet « envahi » de crayons, rangés avec minutie sur des étagères, dans des tiroirs, savamment classifiés, répertoriés dans des boites. Mais ce ne sont pas n’importe quels crayons !

Ce sont des crayons hauts de gamme, en bois, avec des mines composées de pigments de qualité, que l’artiste considère avec préciosité … et qu’elle manipule avec une dextérité chirurgicale. Bien sûr le crayon lui sert à s’exprimer, mais d’une façon évidemment différente de ce que nous pourrions imaginer, car elle le détourne de sa fonction initiale.

La mine est séparée de son bois par le taille-crayon puis l’artiste explore les potentialités de ces deux matériaux que rien ne prédestinait à la fragilité, à la légèreté, à l’abstraction. C’est dans la lente déconstruction du crayon que la création se fait. La notion du temps est en effet essentielle pour Helga Stüber- Nicolas, la minutie de son travail « slow art » étant à contre-courant du temps social, du zapping.

L’exposition présente une large sélection d’œuvres réalisées sur des supports et avec des processus divers. L’artiste joue avec les codes de la peinture, d’une part par les nuances multiples de la couleur qu’elle extrait des mines de crayons et d’autre part par ses compositions « abstraites » et géométriques qu’elle crée en disposant sur sa toile les poussières de mines colorées. Par leurs effets de couleur, de matière ou de spatialité les réalisations sur toile ou sur papier de l’artiste élargissent le champ des références vers l’impressionnisme ou les « colors fields » de Rothko et d’autres. Helga Stüber-Nicolas se fait ici également sculptrice : elle expérimente d’autres possibilités du matériau et agit sur l’espace du lieu, avec le cercle et la sphère comme symbolique de l’infini, tout en jouant sur la dialectique fragilité/force et légèreté/gravité.

Ainsi, le crayon qui est usuellement destiné à s’effacer devient ici l’élément essentiel, constitutif de l’œuvre d’Helga Stüber-Nicolas, à travers sa matérialité et non plus sa fonction. Ce crayon n’est plus à percevoir comme un outil, mais comme l’œuvre elle-même…

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