mardi 30 novembre 2021

Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

Baptiste Meyniel, Marion Pinaffo & Raphaël Pluvinage et Jean-Simon Roch


Jusqu’au 26 septembre 2021, le Studio Fotokino présente, en collaboration avec le Cirva, « Pirouettes » une incontournable exposition qui rassemble des travaux de quatre designers : Baptiste Meyniel, le duo Marion Pinaffo et Raphaël Pluvinage et Jean-Simon Roch.

« Pirouettes » est sans aucun doute une des propositions les plus inattendues et réjouissantes de cette rentrée de l’art contemporain à Marseille.
En faire l’expérience, c’est partager un moment ludique et poétique, joyeux et lumineux, loin des perspectives angoissantes. Le regard et le sourire des enfants qui s’approprient immédiatement l’univers de « Pirouettes » sont éloquents… Après quelques instants d’observation, l’engagement des adultes est tout aussi manifeste.

Baptiste Meyniel, Marion Pinaffo & Raphaël Pluvinage et Jean-Simon Roch - Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille
Baptiste Meyniel, Marion Pinaffo & Raphaël Pluvinage et Jean-Simon Roch – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

Après quelques semaines de résidence au mois d’août, les quatre designers, diplômes de l’ENSCI – Les Ateliers, proposent le résultat de recherches et d’interrogations autour « de la finalité de ce qui est produit » pour reprendre les termes du dossier de presse qui souligne également :

« Tout en cherchant à révéler des effets singuliers, ils restent dans une forme d’économie de moyens : faire avec peu ou avec ce qui existe déjà. Le passage de la 2D à la 3D (et inversement), la relation entre le mouvement et la forme produite, la surprise pour soi et pour les autres – autant de points communs dans leurs approches – au centre de cette exposition collective ».

Le dispositif scénographie mise en place dans l’espace d’exposition mêle avec beaucoup d’adresse et d’intelligence les propositions de Baptiste Meyniel, de Pinaffo & Pluvinage et de Jean-Simon Roch.

Baptiste Meyniel, Marion Pinaffo & Raphaël Pluvinage et Jean-Simon Roch – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

Il est clairement inspiré par Blueprints room (2020), une installation commandée à Pinaffo & Pluvinage par Hermès pour l’événement Heurêka à New York, en 2020. À une cinquantaine de centimètres du sol, un plateau de bois se déploie au centre de la salle avant de s’incurver vers le plafond. Une grille, numérotée de A à W et de 1 à 5, définit 115 cases où sont installées les propositions des quatre designers, accompagnées de collections diverses, d’ouvrages et des vidéos qui dévoilent quelques secrets de fabrication.

Marion Pinaffo & Raphaël PluvinagePapier Machine N°2, 2021 – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

L’attraction provoquée « Pirouettes » est évidente et instantanée. Encadré par une équipe de médiation remarquable, les enfants, comme les adultes, sont immédiatement captivés par les machines en carton, activées par du sable de Pinaffo & Pluvinage (Papier Machine n° 2, 2021) ou par les robots suiveurs de ligne de leurs Circuits Stories (Le Danseur, Le Ballet et Le Labyrinthe, 2021).

Marion Pinaffo & Raphaël Pluvinage - Circuit Stories, Le Ballet, 2021 - Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille
Marion Pinaffo & Raphaël Pluvinage – Circuit Stories, Le Ballet, 2021 – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

« Nous voulons fabriquer des objets récréatifs et intuitifs qui provoquent l’engagement du public et stimulent son imaginaire », confiait Marion Pinaffo à l’occasion d’une précédente exposition au Musée des arts décoratifs et du design de Bordeaux, peu après une première invitation du duo par Fotokino en 2018 pour le lancement de MP2018 – Quel Amour !.

La fascination du public par les objets en bois de Jean-Simon Roch est aussi éclatante. Animés par d’étranges et vibratoires danses de Saint Guy (La danse des fous, Vibrato, 2021), ils se dandinent parfois sur un pan incliné (Pachydermes, 2021) ou sont tirés par une tortue (Tortuemobile, 2021)…

Jean-Simon RochLa danse des fous, Marathon et Tortuemobile , 2021 – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

Ses constructions (Château, fous et ménestrels, Le Donjon, Puit à souhaits, 2021), ses saynètes (Gepetto, Boules Quies et Living things, 2021) et ses collections (Chute et formes diverses, Jouets en bois tourné, Bouchons de pêche) sont d’extraordinaires machines à rêver, à évoquer de multiples et émouvants souvenirs et à imaginer d’invraisemblables histoires.

Jean-Simon RochCollection chutes et formes diverses, Château, fous et ménestrels, Gepetto, Puit à souhaits, Living things, Le Donjon, Jouets en bois tourné et Bouchons de pêche, 2021 – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

Lauréat de l’appel à projets du Cirva en 2019, Baptiste Meyniel réalise pendant sa résidence à Marseille, un ensemble de contenants en verre soufflé libre ou contraint par des moules qu’il fabrique à partir de sections d’IPN, poutrelles métalliques utilisées en architecture ou de tôles ondulées.

Plusieurs créations, notamment de ses séries UPN et Ondulé (2020-2021) sont installées sur le plateau de « Pirouettes ».

Baptiste MeynielSéries UPN et Ondulé, Cirva 2020-2021Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

Comme pour l’exposition « Souffles » accueillie par le Château Borely jusqu’en novembre, il est important pour le Cirva de ne pas se limiter à la présentation de pièces finies réalisées dans les ateliers, mais de faire comprendre les processus de la création qui ont conduit à ces œuvres.

Baptiste Meyniel - Moule carafe Beam et moule du verre, Cirva 2021 et Carafe Beam, verre et expérimentation, cirva 2020 - Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille
Baptiste Meyniel – Moule carafe Beam et moule du verre, Cirva 2021 et Carafe Beam, verre et expérimentation, cirva 2020 – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

On trouve donc dans « Pirouettes » plusieurs éléments semi-finis qui ont été utilisés dans la réalisation des pièces produites pendant la résidence de Baptiste Meyniel : Tôle ondulée, IPN, tubes d’acier, essais en pâte de verre…

Baptiste MeynielCylindre et déformations, Cylindres déformés, Cirva 2020 et UPN, Essais en pâte de verre, Cirva 2021 – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

Baptiste Meyniel présente également une série de dessins balayés (2019, 2021) ou extrudés (2021) réalisés à partir d’outils en bois et en feutre. Plusieurs séquences vidéo (Série Outils à dess(e)in, 2021) montrent comment ces outils glissés à la surface du papier « permettent d’obtenir une mise en volume par le geste de la forme »…

Baptiste MeynielDessin balayé, déformation d’un gros cylinde #3, 2021, Série Outils à dess(e)in des briques, Mon Oeil, 2021, Dessin extrudé, tube vert diam 9cm, 2021, Série Outils à dess(e)in composition, Mon Oeil, 2021 et Dessin extrudé, composition de cylindes, 2020 – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

Il y a quelque chose de fascinant dans la simplicité et la précision du mouvement et une singulière cohérence entre ces dessins balayés ou extrudés et les volumes en verre produits au Cirva

À noter également les Affiches Artifices de Pinaffo & Pluvinage accompagnées de leur étonnant et détonant Making of…

Marion Pinaffo & Raphaël PluvinageAffiches Artifices, le vaisseau, 2021 – Pirouettes au Studio Fotokino – Marseille

« Pirouettes » est accompagnée par une remarquable et attentive équipe de médiation. Une fiche de salle remise au visiteur présente en regard des textes, reproduits ci-dessous, une grille de A à W et de 1 à 5 où l’on trouve l’ensemble des cartels des pièces exposées.

Commissariat : Vincent Tuset-Anrès
« Pirouettes » s’incrit dans le cadre de la Saison du Dessin 2021

Faut-il ajouter qu’un passage par le Studio Fotokino, avec ou sans enfants, s’impose avant la fin du mois de septembre ?

En savoir plus :
Sur le site du Studio Fotokino
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Sur le site de Marion Pinaffo et Raphaël Pluvinage et sur celui de Jean-Simon Roch
Suivre Baptiste Meyniel sur Instagram

« Pirouettes » au Studio Fotokino – Textes de la fiche de salle

Baptiste Meyniel

Baptiste Meyniel est un designer qui vit et travaille à Paris. En 2017, il est diplômé de I’ENSCi -Les Ateliers en création industrielle, avec son projet « En mouvement, en flux, en variation ». Celui-ci pose les fondements d’une pratique ancrée, d’un côté, dans une compréhension de ce que la matière dessine et de l’autre, du dessin comme acte graphique qui ouvre à l’objet, à sa matérialisation. Il en ressort cette manière de faire qui s’impose comme une nécessité : travailler de ses mains, dans un rapport étroit au geste et au mouvement, pour conduire à l’émergence de formes et laisser affleurer des usages potentiels. Cette pratique, qui se déploie au sein de l’atelier, l’amène à répondre à l’appel à projet international lancé par le Cirva (Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts Plastiques) duquel il est le lauréat en 2019. Débute alors une résidence sur deux années, à Marseille, pour mettre en œuvre cette approche de l’objet autour d’un matériau particulier, le verre. Se posant fermement comme un constructeur de choses qui ont des usages. plutôt que comme un concepteur de produits qui répondent à des besoins, les objets issus de sa démarche sont néanmoins interprétés pour s’adapter à différents contextes.

Dessins extrudés

Les dessins extrudés sont réalisés à partir d’outils spécifique en bois et en feutre (T2). Glissés à la surface du papier, ils permettent d’obtenir une mise en volume par le geste de la forme. Un outil cercle permet par exemple de dessiner des tubes (B4, G3 J5, P5, Q3, Si, V1, U3).

Série UPN, résidence au Cirva

UPN est une série de contenants en verre soufflé dans des moules fabriqués à partir de sections de poutrelles métalliques utilisées en architecture (B5, F3, M2, 01, P3). Ces formes sont le fruit d’allers-retours entre représentation par le dessin et matérialisation en verre (Q3, U3). Une ligne d’épaisseur variable court le long de chaque forme, signe que la matière a des choses à nous dire. C’est le procédé même du soufflage, en relation à la forme anguleuse du moule, qui génère ce plein et ce délié sur le bord de chacune des pièces.

D’autres produits semi-finis ont été utilisé dans la réalisation de pièces au cours de sa résidence de recherche au Cirva : la tôle ondulée (H3, N4), les poutrelles IPN (J2, K3). du tube acier (J2, K3)…

Pinaffo & Pluvinage

Marion Pinaffo et Raphaël Pluvinage sont tous deux diplômé.e.s de l’ENSCi – Les Ateliers et travaillent en duo depuis 2015. Leur collaboration produit une approche singulière traversant plusieurs champs tels que le jouet, l’installation interactive, l’objet ou la scénographie. Mais quelle que soit l’échelle ou le contexte, leur travail s’articule toujours autour de la recherche d’une esthétique de l’interaction. Leur sensibilité graphique, leur goût pour les usages intuitifs et leur attachement à une économie de moyen, les conduisent à créer des dispositifs à la fois surprenants et accessibles, pour donner à voir des phénomènes qui peuvent sembler complexes. Leurs travaux ont été exposés en France et à l’international (Gaîté Lyrique, MADD Bordeaux, MAD, Tripostal, Fotokino, Studio 13-16/Centre Pompidou, Biennale de Saint-Etienne, CIVA Bruxelles, Triennale de Milan, MUDAC, Design Museum Gent, Hoion Design Museum). II-elle-s ont notamment été lauréates de la résidence Te Ataata en Nouvelle-Zélande (2015), du prix Audi Talents (2016), du Red Dot (2016), du DIA award (2018), et du Hublot Design Prize (Pierre Keller award, 2019).

Au côté de projets précédents, liés au mouvement, Marion et Raphaël présentent dans cette exposition trois nouveaux projets en cours de développement :

Papier Machine n°2 : Sable

Livre de six jouets animés en papier, propulsés par du sable. Ces petites machines, à assembler par le joueur. fonctionnent sans électricité. Leurs effets visuels se font d’abord remarquer. à la fois magiques et presque programmés, puis en les retournant et en les manipulant. on commence à saisir les différents phénomènes physiques dont chacun se joue. Le livre en E4 et les jouets montés en B2, El, G5, L1, NI, N5 et Q4. Issus de la collection Papier Machine.

Précommande sur le site -› www.papiermachine.io

Affiches Artifices

Pssshttt, tssss, paf paf, paf ! Série de feux d’artifices imprimés. Utilisant différents assemblages de poudres pyrotechniques organisés dans un dessin de réactions en chaînes, chaque affiche est un petit spectacle couché sur le papier (12 modèles à ce jour, tirés à trois exemplaires). Vidéo de la série en U4 et une sélection de posters brûlés en W4, Ul, S5, R2, M3 et E3.

Circuit Stories

Série de micro-scènes interprétées par des robots «suiveurs de ligne ». Principe fonctionnel hérité de l’industrie automatisée, ce sont ici ses potentiels esthétiques et chorégraphiques qui sont explorés. « Le Danseur» en H4, «Le Ballet» en M4 et «Le Labyrinthe» en L2.

Jean-Simon Roch

Comment animer l’inanimé ? C’est la question qui habite le travail de Jean-Simon Roch. Diplômé de I’ENSCi – Les Ateliers, Jean-Simon Roch est remarqué dès 2016 lors de l’obtention du prix Émile Hermès pour son projet « Vibrato ». Pour lui, le design c’est avant tout donner vie et raconter des histoires. Un peu comme pour Geppetto, tout part souvent d’un petit morceau de bois qui s’anime grâce à la vibration, la gravité ou d’autres phénomènes physiques simples. Que ce soit à l’atelier ou à l’occasion de ses collaborations, Jean-Simon colore le design d’une teinte animiste. Il chine, manipule. expérimente et interroge le comportement des objets ainsi que leur façon de prendre vie. En créant des objets intelligents, qui interagissent avec leur environnement. ce sont des récits que le designer met en place. Il bâtit ainsi des mondes envoûtés au travers desquels notre relation aux « choses » et à leur valeur symbolique est remise en perspective.

Ça tourne en rond : que ce soit par leur mouvement ou par leur méthode de réalisation (principalement au tour à bois), toutes les pièces qu’il a rassemblées ou produites pour cette exposition présentent un point commun : la révolution. Ça tourne sur soi, ça pivote, ça virevolte, ça pirouette.

La rotation : mouvement primitif (des planètes à l’invention de la roue) et mouvement spirituel (des derviches à la spirale hypnotique) qui captive l’attention. C’est la possibilité d’un mouvement sans fin, c’est la fascination universelle pour la toupie, que l’on voudrait ne jamais voir s’arrêter.

Ces productions n’ont ni début ni fin, comme un des points d’une boucle. Une idée en entraîne une autre, s’arrête à un moment, reprendra plus tard, chargée de nouvelles histoires rencontrées sur sa route. Chaque proposition est la mise en forme d’une idée partagée à un instant T. Elles peuvent donc être plus ou moins abouties, simples comme une prise d’élan ou narratives comme en fin de course. Il y a des choses à observer, d’autres à manipuler, des histoires de château, des danseurs fous, des spirales noires et une souris qui nous joue des tours.

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