Invité par la jeune galerie Jam-Teery à Ollioules, Marc Chostakoff a imaginé un accrochage où s’entremêlent des œuvres sérielles qui, toutes, marquent son parcours : Évanescence, Horizon, La Peau du monde.
Si Marc Chostakoff se définit avant tout comme « un plasticien de l’image » et non comme « un photographe », et « s’il n’est pas un enfant de l’ordinateur », il fut très tôt attiré par cet outil, adoptant ainsi « une position marginale par rapport à l’art contemporain » quand il s’est agi de fusionner prises de vue argentiques et travail numérique. Comme le soulignait Bernard Muntaner dans son texte Horizon immuable et insondables vides, au début de sa réflexion artistique, l’image produite se situait dans une approche essentiellement plastique, avant de « délaisser la pure plasticité de l’image » pour y introduire l’idée d’une fiction. D’une science-fiction, même, dans laquelle il nous entraine volontiers. Particulièrement dans le diptyque La Peau du monde – présenté pour la première fois à l’Artothèque Antonin Artaud en 2011 à Marseille -, qui trouve dans la blancheur de la salle voûtée de la galerie Jam-Teery une résonance particulière : ici, les tirages pigmentaires sur papier brillant numéros # 5.2 et # 5.3 encadrent un tirage hypnotique (Sans titre, 112 cm x 112 cm) semblable à une constellation abstraite. Comme si les images « tronquées » s’évanouissaient de part et d’autre pour se diluer dans ce vaste ciel de lumière… Un ciel pictural qu’aurait sans douter aimer Turner…

En vis-à-vis, la série Horizon, Ceyreste composée de huit tirages dessine un long cheminement entre terre, mer et ciel, sorte de manifeste fondateur de son talent d’observateur de la nature qui, dès le premier plan, introduit le spectateur dans l’image et le guide vers l’horizon. La terre, une corniche, des pins noyés dans un jeu d’ombre et de lumière au soleil couchant, contre-jour inimaginable dans une photo académique (!) ; l’eau, à peine suggérée et réduite à une trace, élément fondamental de son travail ; le ciel, comme ultime paysage.
La gravure, une seconde peau

Aux travaux photographiques s’acoquinent délicieusement des gravures miniatures – par opposition aux formats des tirages photographiques – dont le vocabulaire plastique diffère, fourmilières de détails, de lignes illusoires, de signes et de métaphores. Un monde étranger pénètre notre regard, impossible à définir, ni réaliste, ni surréaliste ni fantastique, une sorte de paysage mental tout entière offerte à notre sensation. A nous de nous l’approprier, d’en faire notre…
Comme Marc Chostakoff se plaît à transgresser la photographie en créant une troisième dimension (« Ces transgressions du statut de la photographie, ces détournements de son fonctionnement symbolique ou ces débordements de son apparence objectale, mettent en jeu une poïesis matinée de métis » écrit Jean Arrouye), ses gravures transgressent le statut de l’œuvre gravée pour flouter un peu plus une réalité intangible. Un nouveau pas de côté qui nous enchante.
REPÈRES
Né à Casablanca (Maroc), Marc Chostakoff, qui se définit lui-même comme plasticien de l’image, vit et travaille à Marseille. Diplômé des Beaux-arts (juin 1985), il se consacre à la gravure taille-douce contemporaine. Quatre ans plus tard, il début ses premières recherches de créations numériques. Des maquettes numérisées – mélange de photos et de collages d’objets – qui aboutissent à un ensemble d’images cibachrome en grands formats. Puis il s’intéresse à « l’horizon » et construit des vides dans des paysages marins.
En 2000, il reçoit le premier prix d’art contemporain de la Fondation Regards de Provence. De Marseille à Shenyang, ses images ont fait l’objet de nombreuses expositions en France : Marseille, Saint-Etienne, Martigues, Château-Arnoux, Bormes-les-Mimosas, Aix-en-Provence, Le Lavandou, Draguignan, Toulouse, Le Pradet, Le Revest-les-Eaux, Six-Fours, La Ciotat, Toulon, et à l’étranger : Espagne (Institut français, Valence), Egypte (Alexandrie), Chine (Luxun Academy of Fine Arts, Shenyang).
À LIRE
« Félix Ziem à Martigues, Égarements et certitudes », textes de Gilbert Beaugé, photographies de Marc Chostakoff, Images en Manœuvres Editions, 2004, 20 €.
« Eau de là », photographies de Marc Chostakoff, catalogue de l’exposition à l’Artothèque Antonin Artaud, Marseille, du 25 mars au 3 juin 2011
« Horizons », Marc Chostakoff, photographies. Préface de Bernard Muntaner, « De l’eau forte aux pixels…, texte de Jean-Benoît Zimmermann, éd. Photo#graphie, 2022, 15€.