vendredi 21 février 2020

César à Marseille, musée Cantini


Cesar-a-Marseille_1Le musée Cantini de Marseille rend hommage à César avec l’exposition César à Marseille jusqu’au 16 Mars 2014.

Pour cet hommage, la trentaine d’œuvres que le sculpteur avait léguées aux musées de sa ville natale, en 1998 ont été complétées par quelques pièces prêtées par le FRAC et des collectionneurs privés. Au total, c’est donc une cinquantaine de sculptures, dessins et lithographies qui sont présentées dans les salles au rez-de-chaussée du musée.

Un breve section d’introduction présente  la personnalité de César, avec quelques éléments biographiques et un émouvant montage de photographies.
On y rappelle que le jeune César Baldaccini, né dans le quartier de la Belle de Mai (1921), décide de devenir sculpteur à l’âge de six ans. Après des cours du soir des Beaux-Arts de Marseille (1935), il  entre aux Beaux-Arts de Paris en 1943, comme boursier.
En 1947, il réalise ses premières sculptures en fer.
En 1954, il installe son atelier dans une usine de Villetaneuse (banlieue nord de Paris). Il produit un ensemble de sculptures figuratives en « Fers soudés » à partir de ferraille et de matériaux de récupération peu coûteux.
À la fin des années 50, il execute ses premières « Compressions » qui font scandale en 1960. La même année, il rejoint le groupe des Nouveaux Réalistes fondé par Pierre Restany et il expose pour la première fois au musée Cantini.
La découverte du pantographe en 1965 lui permet d’agrandir ses sculptures. Il expose le Pouce, premier élément de la série « Empreintes humaines ». L’année suivante, il réalise son dernier fer forgé avec la Pacholette et présente sa seconde exposition à Cantini.
En 1967, César expérimente l’utilisation de la mousse de polyuréthane. Il propose ses premières « Expansions ».
En 1970, il devient professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris. À Marseille, il installe le mémorial des rapatriés d’Algérie sur la Corniche.
En 1983-1985, il réalise le Centaure, en hommage à Picasso.
En 1993, une rétrospective César est présentée à la Vieille Charité, Marseille.
César meut en 1998.

L’exposition propose un parcours thématique construit autour des différentes techniques et inventions du sculpteur : Fers soudés, Compressions, Expansions et Empreintes.

Fers_1Fers

Cette première section commence paradoxalement avec la Pacholette, 1966, sa dernière sculpture en fer soudé. Elle met un terme à une abondante production d’œuvres  dans laquelle les représentations d’animaux imaginaires sont nombreuses. L’exposition en présente deux  exemplaires remarquables : La Cigale, 1954 ; L’Aile, 1955.

Nu de la Belle de Mai, 1957 est une œuvre emblématique de cette période qui témoigne de l’intérêt que César porte à la figure humaine et au corps de la femme.

Au fond de cete première galerie, deux sculptures (Petit déjeuner sur l’herbe, 1957 et Plaque, 1960) et un dessin (Sans titre, 1960) issus des collections du [mac] montrent clairement comment, au tournant des années 50-60, le travail de César évolue vers des formes plus abstraites et se dirige vers la problématique des futures compressions.

La présentation de ces œuvres est accompagnée d’un intéressant entretien de César avec Christian Megret, réalisé dans son atelier de l’usine de Villetaneuse en 1960 : « une certaine sculpture ».

L’exposition du Centaure, 1984 dans cette section pourrait paraître comme un peu anachronique. Mais elle demontre qu’il est impossible de réduire la succession des techniques et des matériaux mis en oeuvre par César comme la marque d’une évolution dans sa production.  César a souvent déclaré que les matériaux n’avaient guère d’importance…
L’œuvre exposée est un tirage en bronze de 1984 de la collection de FRAC PACA. Il s’agit d’un , hommage  à Picasso, son ami et son Maître. César a multiplié les modèles en cire, plâtre, bronze avant d’aboutir au monument de cinq mètres de hauteur, installé en 1985, dans le VIe arrondissement de Paris.
Pourquoi choisit-il un centaure ? En référence aux multiples représentations d’animaux mythologiques dans l’œuvre de Picasso… Parce qu’à l’inverse du Minotaure, tête de taureau sur un corps d’homme, le Centaure a une tête d’homme sur le corps d’un cheval… Parce que Picasso est un être mythique…

Son visage est celui du Centaure, mais celui de Picasso est figuré sur la visière de son casque… Le sculpteur a porté un soin particulier à la réalisation des différentes parties de cette sculpture qui est une des œuvres à laquelle il était particulièrement attaché. Un modèle en bronze est placé sur sa tombe au cimetière du Montparnasse.

Compressions_1Compressions

C’est certainement pour ses compressions que César est aujourd’hui connu du grand public et en particulier pour les statuettes remises chaque année par l’Académie des arts et techniques du cinéma.
L’exposition propose dans la grande salle du rez-de-chaussée une intéressante sélection de compressions montrant la diversité des matériaux utilisés par César : Automobiles et pièces de carrosserie (Renault  977 VL 06, 1989 ; Coque Vallelunga N°2, 1986 ; Hommage à Louis, 1965) – Papier (Compression de journaux, le Provençal, 1977) – Bois ( Compression de cageots, 1976) – Tissus ( Portraits de compression-jeans, 1983 ; Compression murale, 1976).

La pièce la plus spectaculaire est sans conteste une compression monumentale de lamelles de plastique : les portes de la bibliothèque de Marseille Saint-Charles, vers 1972 (actuellement l’Alcazar).

Expansions_1Expansions

Un ensemble caractéristique d’expansions partagent la grande salle avec les compressions.
On y remarque deux expansions horizontales laquées (Expansion N°19, 1968 et Expansion N°3 La Lunaire, 1970).

Parmi les expansions verticales, plusieurs adoptent les formes d’objets (Expansion, La Bouée, 1967) s’en échappent (Expansion murale mauve, 1969 ou les recouvrent (Expansion N°20, 1968 et Expansion murale laquée blanche, 1970).

La présentation de ces œuvres est  accompagnée d’un reportage réalisé à l’occasion d’une exposition au CNAP en 1970. Avec sa faconde, César y raconte les usages qu’il fait de sa découverte des propriétés de la mousse de polyuréthane en particulier lors de happenings.

Empreintes_1Empreintes humaines

Deux événements conduisent César vers cette nouvelle approche de la sculpture. En 1965, il est invité à participer à l’exposition collective La Main, de Rodin à Picasso. La même année, il découvre le pantographe à trois dimensions. Il expose un agrandissement d’un moulage de son Pouce réalisé avec cet outil. Cet « autoportrait » ironique lui permet de travailler des matières et des techniques « nobles » comme la fonte et le bronze.
Il réalise plusieurs éditions du Pouce de taille et de matériaux divers.  Un exemplaire de grande dimension est réalisé en bronze à l’occasion des jeux olympiques de Séoul en 1988.
À Marseille, une version en bronze de 6 mètres et 4 tonnes du Pouce, 1988 est installée place Bonneveine,  face au musée d’art contemporain [mac].
César réalisera des empreintes de seins, de poing de taille variable et plusieurs moulages de son propre visage.

La dernière salle de l’exposition présente quelques œuvres de cette série. On retrouve le Pouce,1965 en bronze poli des collections du [mac] accompagné par une version en cristal de 1975, d’une collection particulière.
On remarque également un autoportrait de 1989 et un moulage de la main de Gaston Defferre qui fait face à deux lithographies Hommage à Mao, 1973… Faut-il y voir un message caché ?!?

La mise en espace est sobre et aérée. Elle offre au visiteur d’excellentes conditions pour apprécier la sélection des œuvres présentée.
Les textes de salles sont clairs et suffisamment complets pour assurer une bonne compréhension des différentes étapes dans le travail de César.
L’éclairage est dans l’ensemble correct. Mais il nous a semblé insuffisant au début du parcours pour permettre d’admirer convenablement les détails de la Pacholette.
Les vidéos qui jalonnent le parcours sont pertinentes, mais parfois un peu trop longues. Le volume sonore est assez souvent insuffisant dès que le public est un peu important.

Le commissariat de l’exposition est assuré par Christine Poullain, Directrice des Musées de Marseille.
Il ne semble pas que l’édition d’un catalogue soit prévue pour accompagner cette exposition. La boutique du musée propose le catalogue  de l’exposition César : Anthologie par Jean Nouvel en 2008 à la Fondation Cartier.

Pendant la durée de l’exposition, une riche sélection des chefs-d’œuvre de la collection permanente est présentée au premier étage du musée et une très intéressante exposition de photographies sur le pont transbordeur est proposée au second niveau.

Pour en savoir plus :
Sur le site de la ville de Marseille
Présentation par Christine Poullain, commissaire de l’exposition sur Tv.Marseille.fr
Sur le site de l’INA, plusieurs vidéos dont certaines sont présentées dans l’exposition :
Une certaine sculpture. Visite à Villetaneuse dans l’usine atelier de César. Interview par Christian Megret
César dans son atelier des Arts Décoratifs. Entretien avec Michèle Arnaud et Frantz André Burguet
César, mon Centaure par Jean-Charles Hachet


César dans son atelier – 1969


Entretien  du 12/02/1963 avec Georges Charbonnier (émission de radio)

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