Heta-Uma , 40 ans d’avant-garde graphique japonaise au MIAM, Sète

AFFI Heta UMA - MIAM SETE_1Après Séville, Manille ou Winnipeg, Le MIAM (Musée International des Arts Modestes) nous invite à découvrir avant-garde graphique, contre-culture, art brut et art modeste du Japon à travers le Heta-Uma, lʼart du « mal-fait – bien fait »… du 18 octobre 2014 au 1er mars 2015.

Heta-Uma  est le résultat d’un projet de collaboration à l’initiative du Dernier Cri pour le Cartel de la Friche la Belle de Mai et du MIAM.
À Marseille, Le Cartel présente Mangaro, au 5e étage de la Tour Panorama de la Friche, jusqu’au 2 février 2015. Une prochaine chronique sera bientôt consacrée à ce volet marseillais qui présente un panorama historique de la scène graphique japonaise, à partir du magazine Garo (1964-2002), fondateur du mouvement Heta-Uma. Ces deux propositions ont été produites sous la direction des commissaires Pakito Bolino (Le Dernier Cri, Marseille) et Ayumi Nakayama (librairie Taco Ché, Tokyo).

L’exposition au MIAM, c’est une plongée dans le monde foisonnant et subversif du Heta Uma, la découverte fascinante d’univers underground et de trois générations d’artistes rarement exposés en Europe. Parmi ces 45 artistes japonais, une quinzaine se sont déplacés à Sète et à Marseille pour réaliser, In Situ, des œuvres originales. Dans un tourbillon sonore étourdissant, le parcours réunit des œuvres originales sur divers supports (peinture, sculpture, dessins, vidéo, installations) et des multiples (sérigraphies, gravures, éditions sur papier, photographies, objets…). Une sélection d’artistes publiés par le Dernier Cri complètent le parcours de visite.

Le projet annonçait une immersion « dans une rue sublimée de Tokyo où tous les univers underground tokyoïtes se télescopent dans une surenchère visuelle et sonore »…
Cet objectif est atteint grâce à une scénographie intelligente et un accrochage pertinent. On retrouve avec beaucoup de plaisir le « black cube » du MIAM, la démarche immersive, l’approche sensible et la diversité des propositions artistiques qui nous avaient séduits dans Manila Vice.  L’évocation de l’ambiance nocturne dans les rues de Tokyo est un succès. Les espaces ménagés dans le dédale des circulations au niveau de la mezzanine offrent à la fois des éclairages particuliers sur certains artistes ou groupe d’artistes, tout en montrant le foisonnement et la diversité de cette avant-garde graphique japonaise.

Heta-Uma  est  une vraie réussite qui mérite un déplacement à Sète.

Attention, l’exposition est très dense… Il est impossible de découvrir les multiples univers et d’apprécier la richesse des œuvres proposées sans prévoir un temps de visite suffisant.

L’accrochage multiplie les œuvres provocantes. Plusieurs artistes qui se réclament de l’ero guro, combinent violence, sexe, scènes macabres et mauvais goût…
Inutile de venir avec des enfants… Et, si vous maudissez les mouvements alternatifs, la contre-culture, la provoc, la vulgarité et le mauvais goût… restez chez vous !

Heta-Uma  et Mangaro sont des contre-pieds railleurs et trash aux hommages parisiens à Hokusai (Galeries nationales du Grand Palais) et aux dessins du studio Ghibli de Takahata & Miyazaki (Art Ludique – Le Musée).

En savoir plus :
Sur le site du MIAM
Sur la page Facebook du MIAM
Sur le site du Cartel

Artistes invités : Suzy Amakane • Marthes Bathory  • Antoine Benhart  • Mark Beyer  • Pakito Bolino  • Andy Bolus  • Laetitia Brochier  • Marc Brunier Mestas  • Oki Chu  • Craoman  • Dave 2000  • Mathieu Desjardins  • Mike Diana  • Victor Dunkel  • Yoshikazu Ebisu  • Fredox  • Chihiro Fukushi  • Pyoshifumux Fumix  • Yuka Goto  • Carmen Gomez  • Mischa Good  • Dave Guedin  • Céline Guichard -Matti Hagelberg  • Emu Et Arizono Hamadaraka  • Yusaku Hanakuma  • Masayoshi Hanawa  • Motohiro Hayakawa  • Ichasu  • Daisuke Ichiba  • Laurent Impudeglia – Kanado Inuki  • Atsuhiro Ito  • Keiji Ito  • Jiro Ishikawa  • Judex & Cedric Cailliau  • Jurictus  • Wataru Kasahara  • Shintaro Kako  • Kosuke Kawamura  • Olaf Ladousse- Mathias Lehmann  • Leo  • Ludovic Levasseur  • Pascal Leyder  • Liquide  • Vida Loco  • Maki  • Keenan Marshal Keller  • Suehiro Maruo  • Jérome Minard  • Hideyasu Moto  • Tomi Musturi  • Nekojiru-Y  • Takashi Nemoto  • Nirotaka  • Hiroyuki Nisougi  • Maya Nukumizu  • Nuvish  • Hitoshi Odajima  • Shigehiro Okada  • Keiti Ota – Picopico Progeas – Remi – Riton La Mort  • Arnaud Rochard  • Imiri Sakabashira  • Samrictus  • Vincent Sardon  • Norihiro Sekitani  • Kotobuki Shiriagari  • Stumead  • Caroline Sury  • Keiichi Tanaami  • Tetsunori Tawaraya  • Gwen Tomawak  • Mimiyo Tomozawa  • Kyoichi Tsuzuki • Tagami  • Muddy Uehara  • Nadia Valentine  • King Terry Yumura • Zven

Heta-Uma , 40 ans d’avant-garde graphique japonaise au MIAM, Sète.
Heta-Uma , 40 ans d’avant-garde graphique japonaise au MIAM, Sète.

Communiqué de presse :

Lʼexposition Mangaro / Heta-Uma est le fruit d’une collaboration inédite entre le Musée International des Arts Modestes (Sète) et le Cartel de la Friche la Belle de Mai (Marseille) rassemblant pour la première fois en France trois générations dʼartistes japonais. A lʼinitiative des commissaires Pakito Bolino (Le Dernier Cri, Marseille) et Ayumi Nakayama (librairie Taco Ché, Tokyo).

Lʼexposition Heta-Uma

Le Heta-Uma signifie littéralement lʼart du « mal-fait – bien fait », il est aussi défini comme le style « mauvais dessin », « sale mais beau », « brut mais parfait ». Le Heta-Uma se caractérise par une technique volontairement maladroite, un jeu avec lʼiconographie populaire, créant une forme de pop art brut. Le style est né au Japon sous lʼimpulsion de King Terry Yumura, véritable pionnier qui le créa en rébellion contre la perfection et l’esthétique glacée de la culture japonaise traditionnelle. L’influence des artistes Heta-Uma japonais révélés par la revue Garo a marqué plusieurs générations de dessinateurs internationaux comme Gary Panter, Mike Diana, le magazine RAW, les éditions Le Dernier cri

L’exposition Heta-Uma au MIAM immerge le visiteur dans une rue sublimée de Tokyo où tous les univers underground tokyoïtes se télescopent dans une surenchère visuelle et sonore. Véritable plongée dans la vitalité du style Heta-Uma, ses influences et ses résonances l’exposition met en parallèle graphzines (micro édition française et japonaise), musique « japonaise » travaux dʼartistes proches de l’art brut et de lʼart populaire (collections de jouets, peintures de freakshow traditionnelles, dessins, videos, installations, créations in situ…). Une salle « ASIATROMA » présente un hommage au Japon à travers une sélection d’artistes publiés par le Dernier Cri*.

*le Dernier Cri est une structure éditoriale indépendante installée au sein de la Friche la Belle de Mai à Marseille, sʼattachant depuis vingt ans à promouvoir une forme dʼexpression décalée, à lʼinterface de lʼart brut, de la bande dessinée hors cadre et du graphisme déviant. Grâce à son catalogue de plus de trois cent publications, le Dernier Cri représente la création contemporaine alternative, originale et sans concession.

Editorial d’Hervé Di Rosa

HETA-UMA. Et sur Sète le soleil se leva.

Les derniers feux de la fête sévillane s’estompent et déjà le soleil japonais jette ses premiers rayons sur Sète !

Mon premier voyage à Tokyo en 1984 fut une révélation et influença durablement mon travail. En ces temps lointains, les images et les informations ne se déplaçaient pas aussi rapidement : du Japon nous venaient des séries dʼanimation comme le Goldorak de Go Nagai, les films de monstres de Ishirô Honda et son célèbre Godzilla, et de rares traductions de mangas publiés par le magazine défricheur Le cri qui tue et surtout lʼimage dʼun pays à la pointe de lʼinnovation technologique depuis lʼexposition universelle dʼOzaka de 1970. Mais lʼimmersion dans le tourbillon de la mégapole japonaise, me fit découvrir la richesse et la profondeur de la création dans ces îles lointaines. Enfin émergeait une vraie alternative à la pop culture anglo-saxonne -qui déjà dominait le monde- et qui profita de l’emballement de la mondialisation et des nouvelles techniques de diffusion : une nouvelle imagerie nous submergea alors. Les films d’animation de Myazaki commencèrent à inquiéter lʼEmpire Disney, Cobra de Buichi Terasawa et Sangoku de Akira Toriyama firent vieillir avant lʼheure les super-héros des comics américains et le Akira de Katsuhiro Otomo stupéfia les créateurs de bandes-dessinées européennes les plus exigeants. À l’industrie du divertissement que nous connaissions venait sʼajouter une nouvelle galaxie à découvrir.

La nouvelle génération d’artistes pop japonais comme Murakami, le comprit très vite. Son exposition Superflat au musée d’art contemporain de Los Angeles en 2001 réunissait lʼinvention débridée de la série animée EvangelionHideaki Anno mais aussi Osamu Tezuka, parfaite synthèse asiatique dʼ Hergé et de Walt Disney, créateur de milliers de pages de mangas et de dizaines de films d’animation, père dʼAstro le petit robot et biographe de Boudha, jusqu’à l’illustrateur des boîtes contenant les maquettes en plastique dʼengins de la seconde guerre mondiale. Le phénomène devint culture ! Pourtant déjà, à lʼaube des années 80 dans cette gigantesque librairie du quartier de Shinjuku, entre les volumes soigneusement rangés des stars du manga, je découvris des créateurs plus marginaux souvent extrêmes et très sombres comme Maruo, mêlant nazisme et surréalisme, inventant de nouvelles illustrations faussement naïves et mal dessinées (« Heta-Uma ») comme King Terry Johnson, revisitant le psychédélisme comme Tanaami Keiichi.

Cette nouvelle culture populaire industrielle et commerciale secréta ses propres exceptions, ses propres marges. Depuis les années 70, de nombreux créateurs japonais n’acceptent plus ces règles, et nous proposent une autre voie parfois violente et dérangeante! Pakito Bolino dévoile aujourdʼhui au MIAM cette histoire parallèle de la culture visuelle populaire nippone!

A la fin des années 80, à l’autre bout du monde au bord de la Méditerranée, Le dernier cri fédère et va donner un nouveau souffle à l’édition d’art qui s’était peu à peu embourbée dans la bibliophilie : pour cela lʼéditeur continue la voie ouverte par les comics underground nord-américains, les collectifs parisiens de la fin des années 70 comme Bazooka et Elles sont de sortie, et le phénomène des fanzines qui deviennent grafzines en 1980. Mélange de punk et d’éditeur dʼart, collectif à lui tout seul, Pakito Bolino va d’abord enluminer ses propres oeuvres, puis bientôt celles d’autres créateurs émergents ou reconnus venant de tous les coins du monde, de toutes les générations, illustrateurs, auteurs de bandes-dessinées et artistes confondus. Il les imprime sur toutes sortes de papiers, dans tous les formats possibles et même impossibles, utilisant des reliures insensées, sacs en plastique ou dépliants gigantesques ! Dominé par une forte odeur d’encre sérigraphique, le livre bien-fait-mal-fait devient ainsi unique. C’est le résultat de son militantisme, de sa curiosité, de ses recherches incessantes et ses connections tentaculaires que nous présente aujourd’hui Pakito Bolino: des artistes qui, depuis leur lointaine île, ont influencé des générations de créateurs, de Providence à Winnipeg, de Marseille à Manille, dʼAmsterdam à Paris en passant par Sète bien sûr! En leur rendant hommage, en les exposant et en les imprimant, il perpétue sur la scène internationale cette énergie indispensable et cette liberté inexorable que nous procurent les choses étranges et différentes !

Installé depuis 18 ans à la Friche de la Belle de mai, lʼatelier de Pakito Bolino participe pleinement au renouveau culturel marseillais. Le MIAM a, quant à lui, toujours démontré sa détermination à travailler en réseau avec d’autres structures locales, nationales et internationales. Après la Maison rouge, le Musée du Quai Branly, la fondation dʻAuberive, le Musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne, cʼest avec la Friche de la Belle de mai que le MIAM sʼassocie pour coproduire cette exposition qui se visite en deux espaces, pour explorer deux facettes de cette culture.

Comme à son habitude, le Musée International des Arts Modestes nous ouvre les yeux sur un univers visuel marginal, peu vu en Europe, mais dont les images puissantes et inclassables fascinent créateurs et amateurs : un mouvement irrévélé, informel, troublant et envoûtant d’artistes japonais de tous horizons présentés par l’artiste le plus talentueux et le plus fédérateur de nos souterrains européens !

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