Agnès Varda et Mahatsanga Le Dantec à la Galerie Gourvennec Ogor, Marseille

Pour les habitués de la Galerie Gourvennec Ogor, l’exposition de la série photographique « Les beaux quartiers de Marseille » d’ Agnès Varda pourrait avoir de quoi surprendre, intriguer ou faire cancaner…

Ceux qui connaissent le travail plastique d’ Agnès Varda, et qui, par exemple, gardent un souvenir ému du projet « Y’a pas que la mer » au musée Paul Valéry de Sète (2011/2012), ceux qui aiment ses patates, ses vaches et ses installations seront moins étonnés de sa présence dans la galerie de la rue Duverger.

De plus, la rencontre inattendue avec Mahatsanga Le Dantec est étonnamment réussie.

Agnès Varda, « Les beaux quartiers de Marseille »

« Les beaux quartiers de Marseille » fait partie, à l’origine, d’une commande du conseil général des Bouches du Rhône, dans le cadre de Marseille-Provence 2013, pour la défunte galerie du cours Mirabeau à Aix. À l’époque, dans un entretien avec Sandro Piscopo-Reguieg, pour le blog de Télérama, elle précisait que son projet photographique devait circuler dans tout le département… Mais, l’exposition n’a, semble-t-il, connu que la seule étape aixoise.

Saisissant l’occasion d’une rencontre avec Didier Gourvennec Ogor, Agnès Varda demanda au galeriste s’il accepterait de montrer (enfin) à Marseille les portraits de groupe de cette série pris dans différents quartiers de la ville… Comment refuser une telle proposition ?

On peut donc (re)découvrir, jusqu’au 24 décembre 2016, sur les cimaises de la galerie, la dizaine de photographies réalisée en 2012 dans les quartiers. L’accrochage  commence avec « L’arrivée du train en gare de La Ciotat » et s’achève avec « Citoyennes radieuses de la Cité radieuse » sur le toit du « Corbusier ».
Entre temps, on aura pu apprécier dans le kitch savoureux, l’humour, la gentillesse et la fraternité de Varda pour « des Marseillais de conditions différentes, d’âges différents, qui ne se connaissaient pas, mais qui étaient regroupés par mon choix. (…) À la Rose, j’ai apporté des roses. Et on les offrait aux gens après qu’ils aient posé avec. Pareil à la Pomme, où j’ai apporté des pommes ; à La Criée, où tous les gens sont en train de crier, ainsi qu’au Panier, au Merlan… ».

La série « Les beaux quartiers de Marseille » est complétée par un retour sur une photographie, « La Terrasse du Corbusier à Marseille », prise par Agnès Varda, en 1956, pour la revue Réalités dans le cadre d’un reportage sur l’unité d’habitation de Marseille.

Bien entendu, l’image en noir et blanc fait écho aux « Citoyennes radieuses de la Cité radieuse » de 2012. Entre les deux photographies, Varda choisit de montrer un petit film, « Les Gens de la Terrasse », réalisé en 2007, pour lequel elle a reconstitué le décor de la Cité Radieuse au théâtre de la Mer à Sète. Avec une certaine tendresse, elle y met en scène la photographie de 1956, avec des figurants habillés de la même façon et ressemblants aux personnes de la photo… imaginant ainsi la vie des personnages de l’image, l’instant d’avant et l’instant d’après.

L’accrochage sobre est efficace. La lumière un peu crue valorise très bien les tirages numériques contrecollés sur Dibon de la série « Les beaux quartiers de Marseille », mais un peu moins la projection du film « Les Gens de la Terrasse » et l’agrandissement de « La Terrasse du Corbusier à Marseille ».

On lira avec intérêt les commentaires de la photographe à propos de sa série dans le billet de blog de Télérama en 2012 et son texte pour cette exposition à la Galerie Gourvennec Ogor (reproduit ci-dessous). À voir également la vidéo savoureuse, tournée à la galerie du conseil général à Aix, en 2013.

http://dai.ly/xwqukm

Mahatsanga Le Dantec, « Pas de côté »

« Là 440 »

C’est avec à-propos que Gourvennec Ogor accueille, dans sa project room, l’artiste Mahatsanga Le Dantec avec « Là 440 », une installation vidéo qui fait un écho très réussi à l’exposition de Varda.

Le dispositif oppose deux écrans. Le premier présente un film co-réalisé en 2013 avec Lorien Raux. Dans une série de séquences tournées dans différents quartiers de Marseille, la sonnerie d’une cabine téléphonique interpelle les passants…
« Le principe d’écriture repose sur un dispositif audiovisuel simple : repérer une cabine téléphonique potentielle, appeler la cabine et attendre qu’un passant décroche. Au bout du fil une actrice répond et questionne d’abord sur le lieu où se situe la cabine, puis peu à peu commence à s’intéresser à la vie de l’interlocuteur. L’enregistrement sonore est pris directement au téléphone. Les deux cadreurs sont dissimulés et filment la cabine téléphonique en plan fixe ».

Les séquences vidéo constituent une galerie de portraits étonnants de Marseillais. Elles résonnent de façon remarquable avec les photographies d’ Agnès Varda !
Une fois la boucle terminée, il faut prendre le temps de regarder le deuxième écran… qui ne montre pas, malgré les apparences, les mêmes séquences que le premier…

« Wild urban planning » et « Urban entropy »

Il occupe avec beaucoup de pertinence l’espace public devant la galerie avec deux pièces de sa série « Wild urban planning / Urbanisme sauvage » débutée en 2013. « Ce projet s’infiltre dans les répétitions géométriques du mobilier urbain, en y inscrivant des exceptions plastiques. Un stimulus dans la séquence métronomique de la voirie, perturbant l’état de veille de l’attention visuelle. Les potelets descellés sont récupérés dans la rue, découpés, soudés, repeints à l’identique et rebétonnés à leur emplacement d’origine. La forme donnée tient compte de l’usage dans une ergonomie en équilibre entre le flux piéton et automobile ».

Cette intervention dans l’espace urbain est complétée par une sélection de photographies collées sur les murs extérieurs. Certaines appartiennent à un ensemble intitulé « Urban entropy ». Ici, plus de présence humaine, mais un regard décalé, un « pas de côté » dans le paysage urbain… « une errance photographique proche des plaies de la ville, dans des cycles de destruction et construction, vanité ».

Mahatsanga Le Dantec est accueilli par la galerie Ogor dans le cadre de la cinquième édition du Prix ESADMM (École Supérieure d’Art et Design Marseille Méditérannée). On avait pu apprécier son installation « Instinctive Geometry#2 » lors d’Art-O-Rama 2016, à la rentrée. Son travail, déjà important, merite sans aucun doute d’être suivi…

Avec humour et espièglerie, Agnès Varda annonçait, en 2012 : « Je me suis dit que si je faisais une dizaine de photos de groupes, j’allais faire venir 150 personnes dans cette galerie. Il y aura donc beaucoup de monde durant cette exposition… au moins sur les images ! »
On conseille vivement à ceux qui cheminent avec Varda (et aux autres) d’aller à la rencontre des « acteurs » de ses portraits de groupe marseillais et de découvrir l’intéressant travail de Mahatsanga Le Dantec.
Merci à Didier Gourvennec Ogor pour son accueil chaleureux !

En savoir plus :
Sur le site de la Galerie Gourvennec Ogor
Sur la page Facebook de la Galerie Gourvennec Ogor
Mahatsanga Le Dantec sur le site de la Galerie Gourvennec Ogor et en particulier son dossier artistique.
Sur le site de Mahatsanga Le Dantec

« Les beaux quartiers de Marseille » présentation par Agnès Varda

« Mon arrière grand-mère maternelle était Marseillaise.
C’est dans les années 50 que j’ai découvert Marseille et sa région.

Un peu plus tard, en 1956, j’ai pris une photographie sur la terrasse de la Cité radieuse du Corbusier. Des passants étaient là, placés par le hasard comme une mise en scène.
Cette image m’a inspiré deux projets : un film de fiction en vidéo, un scénario que j’ai inventé en imaginant la vie des personnages de l’image, l’instant d’avant et l’instant d’après cette photographie.
Plus récemment, sur cette même terrasse, j’ai fait un portrait de groupe. Des femmes qui sont des Citoyennes radieuses version 2012.
Ce sont elles que je présente à la galerie Gourvennec Ogor, parmi d’autres photographies des quartiers de Marseille dont les noms m’ont amusée et inspirée. Je les ai illustrés tout simplement : la Pomme, le Merlan, la Rose, la Criée, le Panier, le Vélodrome…
Cette série de portraits de groupes raconte la diversité des habitants de Marseille.
J’ai beaucoup aimé rassembler des personnes qui ne se connaissaient pas ou peu.
Ils ont souri, ils m’ont parlé, ils ont posé.
Je les remercie de s’être prêtés de bonne grâce à mon album local. »

Agnès Varda.
Septembre 2016

« Pas de côté » de Mahatsanga Le Dantec
Présentation de la galerie Gourvennec Ogor

Comme un léger glissement de terrain peut changer le paysage, un simple pas de côté peut changer la perspective d’une rue, et transformer un trajet en une flânerie. C’est dans ce décalage qu’opèrent les travaux que présente Mahatsanga Le Dantec.
Il est question de rythme, celui de la voirie comme celui d’une journée, il est question de prendre le temps, de jouer avec les formes de la ville, ses répétitions, ses dispositifs, ses signes ses gestes et ses passants, comme une invitation à danser, à faire un pas de côté, et piquer la curiosité pour l’infra-ordinaire.
Urbanisme sauvage est un projet qui s’infiltre dans les répétitions du mobilier urbain, en y inscrivant des exceptions plastiques. Un stimulus dans la séquence métronomique de la voirie, perturbant l’état de veille de l’attention visuelle.
Là 440 est un essai documentaire basé sur un dispositif simple qui utilise la cabine téléphonique pour interpeller le passant. En contact intime dans un espace privé de l’espace public, une voix prend des nouvelles des quartiers de Marseille par ses habitants.

Formé à la charpente, aux arts du spectacle et aux beaux-arts, Mahatsanga est un artiste multiple qui interroge l’architecture, l’urbanisme, la sculpture, l’installation, la musique, la vidéo, la photographie et la danse dans un travail sensible aux rythmes, aux structures, au son, à la géométrie élémentaire, au mouvement et l’entropie. En contact au contexte, son travail procède volontiers par hybridation, et interférence.
Ici, l’approche formelle s’assimile à l’instinctif, cherchant à atteindre dans l’épaisseur de l’ordinaire, une part de liberté incompressible et farouche

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