lundi 21 septembre 2020

Florin Stefan, La boîte rouge – Iconoscope à Montpellier

Jusqu’au 13 juillet 2017, Iconoscope présente « La boîte rouge », une exposition personnelle consacrée au peintre roumain Florin Stefan.

Remarquablement accrochée, une sélection réduite de toiles permet de pénétrer dans l’univers très personnel de l’artiste.

Florin Stefan, La boîte rouge chez Iconoscope à Montpellier. Photo Galerie Anne-Sarah Benichou. Courtesy de l'artiste et galerie Anne-Sarah Bénichou
Florin Stefan, La boîte rouge chez Iconoscope à Montpellier. Photo Galerie Anne-Sarah Benichou. Courtesy de l’artiste et galerie Anne-Sarah Bénichou

L’espace de la galerie qui ouvre au carrefour de la rue du général Maureilhan et de la rue du faubourg du Courreau ne présente que trois œuvres. La lumière naturelle les met particulièrement en valeur.

Florin Stefan, The Kiss, 2015 - La boîte rouge Iconoscope, Montpellier
Florin Stefan, The Kiss, 2015 – La boîte rouge Iconoscope, Montpellier

« The Kiss, 2015 », une huile sur toile de grand format (140 x 200 cm) est un morceau de peinture étonnant. Son cadrage cinématographique en légère plongée et le flou d’une touche très « juste » procurent un sentiment étrange où se combine la sensation d’un équilibre instable et l’impression de jouer au voyeur…

Florin Stefan, Interior architecture 3, 2017 - La boîte rouge Iconoscope, Montpellier
Florin Stefan, Interior architecture 3, 2017 – La boîte rouge Iconoscope, Montpellier

Sur le côté, « Interior architecture #3, 2017 », un autre regard en contre plongé sur le coin d’une cour vide, fait écho à la toile précédente et renforce ce sentiment trouble…

Florin Stefan, Camera obscura 2, 2017 - La boîte rouge Iconoscope, Montpellier
Florin Stefan, Camera obscura 2, 2017 – La boîte rouge Iconoscope, Montpellier

Avec un cadrage qui évoque certaines vues d’intérieur de la peinture hollandaise, « Camera obscura #2, 2017 » conduit de regard vers l’intimité d’une chambre… qui se cache en quelque sorte de l’autre côté de la cimaise.

Florin Stefan, Jeune femme, 2016 - La boîte rouge Iconoscope, Montpellier
Florin Stefan, Jeune femme, 2016 – La boîte rouge Iconoscope, Montpellier

Avant de découvrir ce qui se dérobe aux regards, il faut passer devant le torse d’une jeune femme dissimulé par un voile « impudique ».

Dans le petit cabinet de la galerie, on découvre trois scènes intimes qui occupent l’essentiel de la surface de chaque panneau.
Pas séduction facile ni d’érotisme éculé dans la toilette, le nu endormi ou le profil enfoui dans un oreiller que nous propose Florin Stefan. Mais, une fois encore, on éprouve un léger trouble, l’étrange sensation d’être dans la position d’un voyeur.

Avec sobriété et tact, Iconoscope soulève le couvercle de cette « boîte rouge » pour nous offrir une exposition remarquable. Utilisé avec pertinence, l’espace de la galerie valorise parfaitement la peinture de Florin Stefan.

L’exposition est organisée en partenariat avec l’Institut culturel roumain (Paris) et avec l’aide de la galerie Anne-Sarah Bénichou

On lira, ci-dessous, « L’infidèle », un texte de Benoit Bavouset, Directeur délégué de l’Institut français de Roumanie à Cluj-Napoca à propos de cette « boîte rouge » ainsi qu’une présentation de Florin Stefan par Ami Barak.

En savoir plus :
Sur le site d’Iconoscope
Sur la page Facebook d’Iconoscope
Sur le site de la galerie Anne-Sarah Bénichou

L’infidèle

Lorsqu’est venu le temps des femmes, la fuite en avant fut permanente. Elles virevoltaient autour de lui et il les saisissait sans vergogne. Florin Ştefan s’est alors mis à entasser tous ces souvenirs narcissiques dans une boîte rouge en carton (celle-ci dont il dit qu’il ne l’a pas choisie, mais plutôt l’inverse). Il y a déposé des photographies d’Elles, de nombreux autres moments de vie intime. De celles qui sont passées dans sa vie, sa mémoire ; de Celle qui est restée hors de sa vie, mais dans son esprit. Il s’adonnait alors plus à la photo qu’à la peinture. Ces photos aujourd’hui disposées les unes sur les autres dans la fameuse boîte ont un peu jaunies. Il les a exhumées progressivement.

Florin Ştefan est un artiste d’aujourd’hui qui nourrit paradoxalement sa sensibilité et sa fascination pour le Beau dans le modernisme du XIXème siècle. Il fait en effet partie de ces créateurs qui émergent dans ces périodes de ruptures industrielle et sociétale. Il se saisit de la technologie numérique pour documenter son travail de voyeur et pour le réinterpréter à l’appui d’une technique picturale sûre et académique. Toujours armé de son I Phone 7 Plus, devenu excroissance de sa main, il vole les moments des autres en « observateur du voisinage de proximité », comme aime à le définir Ami Barak. Le besoin de transformer en peinture ces captations numériques relève d’un processus d’analyse à la fois très intellectuel et documenté par l’histoire de l’art, mais aussi d’un acte rituel et primitif, simple et direct.

Dans un pays issu de l’hybridité latine, slave, et austro-hongroise, Florin Ştefan est happé par le goût russe, lui qui est né dans le Pays de Maramureş, à proximité de l’Ukraine. Empreint de l’académisme russe, il développe un travail au traitement narratif, réaliste et nostalgique. La femme moldave, celle de l’Est du pays (archétype populaire roumain de la femme facile et dévoratrice), est d’ailleurs l’un de ses thèmes féminins de prédilection.

Réanalyser ces photos de femmes, de moments ou d’espaces familiers, les détacher de leur réalité première pour en faire une fiction d’aujourd’hui, tel est l’enjeu de son travail. Les nombreux livres disposés sur les sièges et les étagères de son atelier témoignent, lorsqu’on tourne les pages de ces ouvrages, des filiations du travail de Florin Ştefan. De Velasquez (et sa Venus) à Félix Vallotton (et sa paire de fesses). Au travers de sa fidélité à ces maîtres d’amour, Florin Ştefan manifeste sa dévotion à l’Art.

Benoit Bavouset
Directeur délégué de l’Institut français de Roumanie à Cluj-Napoca

Florin Stefan une présentation par Ami Barak

Florin Stefan est un artiste roumain, qui vit et travaille à Cluj, l’autre capitale artistique de la Roumanie après Bucarest où il dirige également un centre d’art. Cette ville a retenu l’attention ces dernières années, par l’émergence de ce que certains appellent son « école de peinture », à l’instar de Leipzig.
Florin Stefan construit une peinture figurative et narrative à souhait qui donne l’impression de réinventer, avec enchantement, autant une cuisine interne de la modernité que de retrouver une normalité du sujet. Il importe de se rappeler que l’Histoire n’a pas épargné cette région du monde et que la traversée du désert, ces dernières années, fut rythmée inlassablement par des références aux évènements tragiques et aux figures négatives qui ont marqué le pays sur plusieurs générations. Florin Stefan est l’un des premiers à s’être affranchi du poids du passé et à s’investir corps et âme dans un présent qui n’est pas anodin mais qui est rythmé par ses doutes, ses inquiétudes, et surtout un combat aussi bien avec lui-même qu’avec la peinture. Toutes ses oeuvres soulignent cette confrontation avec les défis de l’intime et ce tiraillement qui n’épargne pas la réflexion comme ressort du rebond.

Ami Barak

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