Maxime Rossi – Christmas on Earth Continued au MRAC

Du 5 novembre 2017 au 18 mars 2018, le MRAC (Musée régional d’art contemporain Occitanie / Pyrénées-Méditerranée) accueille «  Christmas on Earth Continued » une proposition de Maxime Rossi.

Maxime Rossi, Christmas on Earth Continued, 2017. Vidéo HD multi-canaux, son 12 canaux, algorithme de comportement. Son : Dirty Songs. Image : Extrait du clip vidéo Dirty Harry, en collaboration avec Clemens Habicht. Courtesy de l’artiste, Galleria Tiziana di Caro et Galerie Allen
Maxime Rossi, Christmas on Earth Continued, 2017. Vidéo HD multi-canaux, son 12 canaux, algorithme de comportement. Son : Dirty Songs. Image : Extrait du clip vidéo Dirty Harry, en collaboration avec Clemens Habicht. Courtesy de l’artiste, Galleria Tiziana di Caro et Galerie Allen

Sandra Patron, directrice du MRAC et commissaire de l’exposition présente ce projet « spécifiquement conçu pour le musée, (…) comme un thriller psychédélique des contre-cultures sixties ».

Maxime Rossi, Christmas on Earth Continued, 2017. Prismes acoustiques, Maxime Rossi-Fondation Fiminco-Charles Duprat. Copyright : Charles Duprat. Courtesy de l’artiste, Galleria Tiziana di Caro et Galerie Allen.
Maxime Rossi, Christmas on Earth Continued, 2017. Prismes acoustiques, Maxime Rossi-Fondation Fiminco-Charles Duprat. Copyright : Charles Duprat. Courtesy de l’artiste, Galleria Tiziana di Caro et Galerie Allen.

Une première version avait été montrée au printemps dernier à la Galerie Édouard-Manet à Gennevilliers dans un « Cool as a Cucumber » qui avait été remarqué.
Lionel Balouin, commissaire de cette exposition, décrivait ainsi l’installation de Maxime Rossi :
« Le second projet trouve son origine dans un dossier du FBI portant sur les paroles alors jugées obscènes de la chanson “Louie Louie”. Une reprise farfelue de ce tube par Pink Floyd aurait été refusée par John Latham comme bande-son de son film “Speak”. “Dirty Songs”, la réinterprétation de cette composition, enregistrée spécialement pour l’occasion en collaboration avec David Toop et un groupe de musiciens, sera diffusée dans l’espace par trois prismes acoustiques. Ce “pudding psychédélique”, par un jeu de va-et-vient, de courts-circuits entre des narrations flottantes, nous entraîne vers une autre dimension, glissant dans les méandres d’un paysage paradoxal à l’ombre du copy left ».

Maxime Rossi, Cool as a cucumber, 2017. École municipale des beaux-arts - Galerie Edouard Manet de Gennevilliers, France Photo: Margot Montigny courtesy the artist and Galerie Allen, Paris
Maxime Rossi, Cool as a cucumber, 2017. École municipale des beaux-arts – Galerie Edouard Manet de Gennevilliers, France Photo: Margot Montigny courtesy the artist and Galerie Allen, Paris

À lire le texte d’intention de Sandra Patron, le titre du projet de Maxime Rossi, « Christmas on Earth Continued » trouve son origine dans deux éventements légendaires des années 60. Leurs histoires entremêlent faits réels et imaginaires et sont accompagnées de rumeurs aussi fantasques que fallacieuses.

Chronologiquement, le premier est le film de Barbara Rubin, « Christmas on Earth ».
En 1963, à 17 ans, elle emprunte la caméra 16mm de Jonas Mekas, une figure emblématique du cinéma underground américain. D’abord intitulé « Cocks and Cunts », « Christmas on Earth » est tourné en vingt-quatre heures avec quatre protagonistes dénudés et grimés (une femme et trois hommes, dont Gerard Malanga). Dans l’appartement que partage Tony Conrad et John Cale, dans le Lower East Side, les scènes de sexe gay et hétéro s’enchaînent.

Les deux bobines de film devaient être projetées simultanément, l’une sur l’autre. Des effets de lumière supplémentaires s’ajoutaient à ces images. Selon les instructions de Barbara Rubin, la projection devait être accompagnée par la diffusion en direct d’une station de radio de rock.
L’appartement où a été filmé « Christmas on Earth » a ensuite été occupé par Sterling Morrison et Lou Reed qui y aurait enregistré la première version de « All Tomorrow’s Parties », à l’été 1965. La légende – que plusieurs témoignages confirment – rapporte que Rubin aurait présenté The Velvet Underground à Andy Warhol, en 1965.

Ce qui est certain, c’est que « Christmas on Earth » a été projeté avec une performance du Velvet Underground, en février 1966, à la cinémathèque de New York. Cet événement « Up-Tight », imaginé par Andy Warhol, fut la première version de « Exploding Plastic Inevitable ». Ces EPI, organisés par Warhol entre 1966 et 1967, ont certainement influencé les light shows qui accompagnaient les concerts de rock en Californie au cours de l’année 67.

Andy Warhol's Up-Tight
Andy Warhol’s Up-Tight

Le deuxième événement auquel le titre de l’exposition fait référence est « Christmas on Earth Continued », un concert organisé le 22 décembre 1967 à l’Olympia de Londres. À l’affiche, entre autres, on trouvait The Jimi Hendrix Experience, Tomorrow, The Move, Eric Burdon et les Animals, Soft Machine et Pink Floyd. En plein hiver, Londres rejouait le festival de Monterey et prolongeait le Summer of Love…

22.12.1967 'Christmas on Earth Continued', Olympia Hall, Londres, Angleterre - Photo prise par John Newey pendant le concert.
22.12.1967 ‘Christmas on Earth Continued’, Olympia Hall, Londres, Angleterre – Photo prise par John Newey pendant le concert.

Deux scènes et trois tours pour projeter light show (parfois en « 3D ») et films underground n’empêchèrent pas le désastre financier. Il reste peu de choses de ce qui était qualifié de « All Night Christmas Christmas Dream Party ». Le film prévu fut abandonné. Seuls quatre titres interprétés par le trio de Jimi Hendrix en sont une des rares traces.

Ce concert marque aussi un tournant dans l’histoire de Pink Floyd. Les témoignages concordent pour dire que la prestation du groupe fut catastrophique en raison de l’état mental de Syd Barrett dont ce fut la dernière scène avec Pink Floyd.

Syd Barrett Christmas on Earth Continued
Syd Barrett Christmas on Earth Continued

La collaboration de Maxime Rossi avec le musicien David Toop semble être un levier essentiel du « Christmas on Earth Continued » conçu pour le MRAC. En effet, dans les notes qui accompagnent l’enregistrement de « Dirty Songs Play Dirty Songs », on peut lire : «  Développées à partir de conversations entre Maxime Rossi et David Toop et grâce au soutien de la Fondation Fiminco et du MRAC, ces idées se sont métamorphosées en un groupe et des enregistrements connus sous le nom de Dirty Songs, qui existent à la fois comme enregistrements audio et éléments audiovisuels de l’installation de Maxime Rossi, « Christmas On Earth Continued », exposée au MRAC en novembre 2017 ».

 Dirty Songs Play Dirty Songs
Dirty Songs Play Dirty Songs

Pour ce projet David Toop a rassemblé des musiciens d’exception de la scène du jazz et des musiques improvisées européennes avec l’étonnant vocaliste Phil Minton et le saxophoniste Evan Parker, le multi-instrumentiste Steve Beresford et le batteur Mark Sanders.

On attend donc avec curiosité et une certaine impatience de découvrir l’installation de Maxime Rossi qui devrait se déployer au rez-de chaussé du musée, là ou Bruno Peinado avait reconstruit l’Hacienda.

Dans son texte d’intention, Sandra Patron promet « une installation immersive qui compose une partition musicale et visuelle, les différents sons et images spatialisés et diffractés agissant comme les indices de cet événement psychédélique imaginaire. Grâce à un algorithme qui remonte constamment les images du film en temps réel, l’exposition est orchestrée pour jouer de versions et d’interprétations sans aucune boucle ni répétition, proposant au spectateur une expérience directe et sensorielle à la manière d’un concert live, sous forme de dédicace contemporaine à la chanson Louie Louie ».

De quoi préparer et célébrer un noël 2017 psychédélique au MRAC !

Chronique à suivre dès que possible.

À lire, ci-dessous, le présentation de « Christmas on Earth Continued » par Sandra Patron et quelques repères biographiques à propos de Maxime Rossi, extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site du MRAC
Suivre l’actualité du MRAC sur Facebook et Twitter
Sur le site de Maxime Rossi
Maxime Rossi sur le site de la Galerie Allen et sur le site de la Galleria Tiziana di Caro
Dirty Songs Play Dirty Songs sur le site bandcamp.com (extraits des 21 morceaux)
Le dossier « Louie Louie » sur le site du FBI
À propos du « Christmas on Earth » de Barbara Rubin sur le site de The Brooklin Rail et sur celui de Mouvement.net
À propos du concert « Christmas on Earth Continued » sur le blog Liberal England

Maxime Rossi – Repères biographiques :

Artiste français né en 1980, Maxime Rossi vit et travaille à Paris.
Il est représenté par les galeries Joseph Allen (Paris) et Tiziana di Caro (Naples).
Diplômé en 2005 de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, son travail a été présenté au Palais de Tokyo à Paris, au Museo Madre de Turin, à la Halle des bouchers à Vienne, ainsi qu’à la Biennale de Sydney en 2014, au Kunstverein München et au Centre Pompidou à Paris pour une projection de son film « Real Estate Astrology ».

Maxime Rossi – Christmas on Earth Continued par Sandra Patron :

Procédant par collages sonores et visuels qui s’inspirent tout autant de l’histoire de l’art que de la pop culture, de la science que de la magie, Maxime Rossi développe depuis quelques années un travail fortement influencé par la musique, ses procédés scéniques, ses techniques de sample et de remix, ses logiques de production collaborative et le rapport direct et émotionnel que la musique engage avec le spectateur. Non sans malice, son travail se plaît à convoquer ces icônes musicales qui peuplent notre imaginaire collectif : des partitions de Frédéric Chopin maculées de taches produites par l’arbre qui surplombe la tombe du musicien (Père Lachaise, 2010), jusqu’à la participation de la chanteuse Emma Daumas – ex de la Star Academy, pour son projet Sister Ship (2015) – Maxime Rossi agit comme un chef d’orchestre qui reconfigure la temporalité de ses expositions à la manière d’un opéra cinétique.

Son exposition au Mrac prolonge et développe ces multiples enjeux. Spécifiquement conçue pour le musée, Christmas on Earth Continued se présente comme un thriller psychédélique des contre-cultures sixties. Le point de départ du projet est la chanson Louie Louie, un tube planétaire popularisé en 1963 par le groupe de rock The Kingsmen et repris par la suite des centaines de fois par des artistes aussi divers et prestigieux que Chuck Berry ou Iggy Pop. Ce hit connaîtra une vie mouvementée, les paroles totalement inintelligibles de son chanteur Jack Ely ayant éveillé les soupçons du redoutable directeur du FBI Edgar J. Hoover, qui craignait qu’elles aient un caractère pornographique. En pleine guerre froide, dans un moment d’intense paranoïa aux États-Unis, ses agents ont ainsi passé des mois à étirer et déconstruire la chanson pour y chercher des messages cryptés et déterminer son côté soi-disant obscène. Le titre Louie Louie aurait été par la suite repris par Pink Floyd en 1967 lors du festival de musique Christmas on Earth Continued qui restera dans les mémoires comme un naufrage artistique et financier, et qui verra la déchéance physique de rockeurs tels que Syd Barrett ou Jimi Hendrix. Le nom du festival est par ailleurs un hommage au film éponyme de 1963 de la vidéaste expérimentale Barbara Rubin, figure légendaire de l’underground américain, proche de Andy Warhol et des Velvet Underground, un film qui est une ode à la jeunesse et à ses tourments, au sexe et au rock’n roll, dans une esthétique psychédélique et érotique qui fera date.

Partant de cet entrelac d’histoires, où se mêlent faits réels, rumeurs colportées et faits alternatifs, Maxime Rossi a constitué à Londres un groupe de rock, Dirty Song, emmené par David Toop, une figure de la musique ambiant, qui a travaillé autant avec le chanteur Brian Eno qu’avec le plasticien John Latham. Au son de la voix envoûtante et gutturale de Phil Minton, vocaliste génial qui a notamment travaillé avec le plasticien Christian Marclay, Dirty Song propose une improvisation à partir de la chanson Louie Louie, sur la base des annotations du dossier du FBI, mais aussi de la version instrumentale de Pink Floyd que le groupe avait composé pour John Latham. La performance vocale de Phil Minton est filmée en studio par Maxime Rossi et donne lieu à un film à la puissance chamanique indéniable. Dans un système de rotation aléatoire générée par ordinateur, ces images du chanteur se mixent et se fondent avec celles tournées à la Solfatare en Italie, un cratère de boue sulfatée dont les éclaboussures visqueuses produisent une analogie avec le côté prétendument obscène des paroles et le magma des paroles proposées par l’interprétation de Phil Minton.

Tous ces éléments, de l’improvisation musicale à la pochette vinyle des Dirty Song, sont ensuite mixés et recomposés dans l’espace du musée. Maxime Rossi y propose une installation immersive qui compose une partition musicale et visuelle, les différents sons et images spatialisés et diffractés agissant comme les indices de cet événement psychédélique imaginaire. Grâce à un algorithme qui remonte constamment les images du film en temps réel, l’exposition est orchestrée pour jouer de versions et d’interprétations sans aucune boucle ni répétition, proposant au spectateur une expérience directe et sensorielle à la manière d’un concert live, sous forme de dédicace contemporaine à la chanson Louie Louie.

Commissariat : Sandra Patron

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