Harun Farocki – Empathie à la Friche la Belle de Mai à Marseille

Du 25 novembre 2017 au 18 mars 2018, la Friche la Belle de Mai et le Goethe-Institut présente à Marseille « Harun Farocki – Empathie » un projet en deux temps qui revient sur l’œuvre du cinéaste allemand autour de la notion de travail.

Le premier volet « Du Travail • Temps 1 : Harun Farocki – Empathie » se développe au 5e étage de la Tour-Panorama avec une exposition qui rassemble neuf installations vidéo de Harun Farocki réalisées entre 1995 à 2014. Ce projet reprend largement les éléments présentés par la Fondation Antoni Tàpies à Barcelone, en 2016 :

La deuxième partie du projet «  Du Travail • Temps 2 : Travailler/Œuvrer » s’organisera autour de rencontres, de débats, de projections, qui « entendent mettre en partage les interrogations que pose le travail aujourd’hui, à travers toutes les disciplines artistiques ». Ces événements se tiendront à La Friche, en janvier et février 2018. L’exposition sera le de point de départ de ces futures réflexions.

Il est probable que ce projet marquera la fin de l’année 2017 et le début 2018 à Marseille.
On attend avec beaucoup d’intérêt la scénographie et la mise en espace qui seront réalisé à la Friche.

Chronique à suivre après un passage à la Friche.

À lire, ci-dessous, une présentation de « Harun Farocki – Empathie », une description des œuvres présentées et quelques repères biographiques à propos du cinéaste. Ces documents sont extraits du dossier de presse.

Commissariat de l’exposition : Antje Ehmann
Cette proposition, partenaire du 40e anniversaire du Centre Pompidou, est une coproduction Harun Farocki GbR avec le Goethe-Institut et la Friche la Belle de Mai. Pendant ce temps, le Centre Pompidou présente « Rétrospectives Harun Farocki – Christian Petzold » du 23 novembre 2017 au 14 janvier 2018 et « Images contre elles-mêmes », une exposition des œuvres d’Harun Farocki, du 23 novembre 2017 au 7 janvier 2018.

En savoir plus :
Sur le site de la Friche la Belle de Mai
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Sur le site Harun Farocki
« Harun Farocki. Empathy » sur le site de la Fondation Antoni Tàpies à Barcelone

Du Travail • Temps 1 : Harun Farocki – Empathie. Présentation du projet

Coordonnant leurs énergies, le Centre Pompidou, la Friche la Belle de Mai et le Goethe-Institut s’associent pour donner à voir l’oeuvre fondamentale du cinéaste allemand Harun Farocki. Le Centre Pompidou se consacre à l’analyse de l’image par Harun Farocki ; la Friche et le Goethe- Institut à Marseille déploient une ample exposition et de multiples propositions autour de la notion de travail, largement mise en jeu dans l’oeuvre de l’artiste : relation au travail, image du travail, déshumanisation du travail et nouveaux enjeux du travail dans le monde actuel sont discutés, éprouvés, visibles pendant toute la fin 2017 et début 2018 en plusieurs temps à Marseille.

Harun Farocki (1944–2014) est l’un des réalisateurs allemands les plus influents au monde. Son travail comprend plus de 100 documentaires, films expérimentaux, essais, courts et longs métrages auxquels s’ajoute un large corpus de travaux théoriques encore inédits. Exerçant également comme professeur et conférencier, Farocki est un ethnographe des espaces capitalistes de vie, qu’il s’attache à disséquer et analyser. Cette analyse du sens des images, de leur genèse, et, plus particulièrement, des structures de pouvoir sous jacentes, est donc indissociable de sa pratique et de son oeuvre.

« Empathie — Harun Farocki » réunit neuf installations vidéo de Harun Farocki datant de 1995 à 2014. Présenté pour la première fois à la Fondation Antoni Tàpies (Barcelone, 2016), ce corpus d’oeuvres vidéo consacré au travail témoigne également d’un tournant dans la carrière et la pratique artistique de Farocki qui passe, en 1995, au double écran et crée, à partir de Section/Interface présenté également au Centre Pompidou, des installations pensées pour l’espace d’exposition. « Empathie – Harun Farocki » regroupe des oeuvres vidéo telles Workers Leaving the Factory/ Travailleurs quittant l’usine, essai documentaire sur la disparition anticipée du travail industriel, ou encore la vidéo Comparison via a Third/ Comparaison via un tiers sur l’industrie traditionnelle en contrepoint de celle des pays industrialisés.

Empathie. Cette notion chère au réalisateur est le fil rouge des oeuvres qui sont présentées à la Friche la Belle de Mai. À partir des années 1960, Farocki se pose la question, les années avançant, du glissement du terme « empathie » vers ses ennemis, à savoir le cinéma grand public et l’industrie du divertissement. Harun Farocki plaide alors pour une reconsidération du terme, ainsi que sa réappropriation : pour un autre type d’empathie. « Nous considérons que l’utilisation de la caméra par Farocki, particulièrement patiente et sans jugement, est un outil permettant de filmer les personnes au travail et les espaces de travail sans ingérence, sans manipulation, preuve précieuse de ses capacités d’empathie » (Antje Ehmann/ Carles Guerra).

En complément de cette sélection d’oeuvres autour du travail, la Friche la Belle de Mai et le Goethe- Institut présentent, pour la première fois en France, le dernier projet à long terme de Farocki, réalisé avec Antje Ehmann : Labour in a single shot que l’on peut traduire par Le travail en une seule prise. De 2011 à 2014, Harun Farocki et Antje Ehmann ont organisé des ateliers avec des cinéastes et des artistes dans 15 villes du monde entier. Ensemble, ces laboratoires d’images ont produit plus de 400 films, de une à deux minutes, sur le sujet du travail. Ces courts films, avec un point de vue unique, sorte de long travelling, illustrent les nombreux types de travail qui coexistent aujourd’hui dans le monde : travail matériel ou immatériel, travail rémunéré ou non rémunéré, professions traditionnelles ou nouvelles.

Harun Farocki – Empathie. Les œuvres exposées

Labour in a Single Shot / Le travail en une seule prise

Antje Ehmann et Harun Farocki
2011-2014
54 vidéos de 9 villes : Bangalore, Buenos Aires, Hanoï, Johannesbourg,
Le Caire, Mexico, Moscou, Rio de Janeiro, Tel Aviv
Durée : 2 minutes maximum chacune
Goethe Institut, Harun Farocki GbR

Workers Leaving their Workplace / Travailleurs quittant leur lieu de travail

Antje Ehmann et Harun Farocki
2011-2014
9 vidéos
Durée : 2 minutes maximum chacune
Goethe Institut, Harun Farocki GbR

Antje Ehmann et Harun Farocki, Labour in a Single Shot, 2011-2014_1
Antje Ehmann et Harun Farocki, Labour in a Single Shot, 2011-2014_1

Labour in a Single Shot, ou Le travail en une seule prise, est un projet initié en 2011 par Antje Ehmann et Harun Farocki constitué de workshops avec des cinéastes et des artistes dans 15 villes du monde entier. Ces laboratoires d’images aboutissent à la production de vidéos de 1 à 2 minutes, réalisées en une seule prise : le plan peut être fixe, panoramique ou en travelling, seules les coupes doivent être exclues. Leur sujet d’investigation est le travail : rémunéré ou non rémunéré, matériel ou immatériel, métiers traditionnels ou entièrement nouveaux. Une sélection de 54 vidéos produites dans 9 villes (Bangalore, Buenos Aires, Le Caire, Hanoï, Johannesburg, Mexico, Moscou, Rio de Janeiro, Tel Aviv) sont présentées dans l’exposition. Labour in a Single Shot/Le travail en une seule prise soulève autant qu’il capture les caractéristiques spécifiques à chaque projet réalisé dans ces 9 villes et régions. Ehmann et Farocki sont les témoins de diverses formes de travail à l’oeuvre: cordonniers, cuisiniers, serveurs, laveurs de vitres, infirmières, tatoueurs, ou encore éboueurs. Mais la plupart du travail se déroule derrière les portes closes. Souvent, le travail est non seulement invisible mais insoupçonné. Il est donc vital d’entreprendre des recherches afin de garder les yeux ouverts et de rester en mouvement. Où voir quel type de travail ? Quelle en est la part cachée ? Que se passe t-il en ville, et en périphérie ? Quelles sont les pratiques caractéristiques et les pratiques inhabituelles dans telle ou telle ville ? Quel type de processus de travail permet des défis cinématographiques intéressants ?

Par ailleurs, les contraintes liées à ces ateliers soulèvent des questions sur la forme cinématographique et sur le processus de la réalisation. Presque toute forme de travail est répétitive. Aussi, comment en définir le début et la fin au moment de la prise ? La caméra doit-elle être fixe ou en mouvement ? Comment filmer cette chorégraphie en une seule prise et de façon efficace et pertinente ? Néanmoins, les vidéos produites à l’issue des ateliers montrent qu’une seule prise de 1 à 2 minutes suffit à créer une narration, un suspense, un effet de surprise.

Pour l’élaboration du projet, Ehmann et Farocki s’inspirent de la méthode de réalisation des premiers films à la fin du 19ème siècle. En effet, ils sont réalisés en un seul plan séquence et attestent que chaque détail du monde en mouvement est digne d’être considéré et filmé.

Labour in a Single Shot, ou Le travail en une seule prise comprend également la production, dans chacune des villes, d’un remake contemporain de La sortie de l’usine Lumière à Lyon des Frères Lumière : l’installation vidéo Workers Leaving their Workplace/Travailleurs quittant leur lieu de travail regroupe 9 de ces remakes créés entre 2011 et 2014.

Le catalogue en ligne (http://www.labour-in-a-single-shot.net/en/films) recense non pas une sélection des meilleurs travaux mais l’intégralité des vidéos produites lors de ces ateliers.

Workers Leaving the Factory in Eleven Decades / Travailleurs quittant l’usine en onze décennies

Harun Farocki
2005
12 vidéos, chacune sur moniteur
Durée : 23 minutes
Harun Farocki GbR

Harun Farocki, Workers Leaving the Factory in Eleven Decades / Travailleurs quittant l’usine en onze décennies. 2005 12 vidéos, chacune sur moniteur Durée : 23 minutes Harun Farocki GbR
Harun Farocki, Workers Leaving the Factory in Eleven Decades / Travailleurs quittant l’usine en onze décennies. 2005 12 vidéos, chacune sur moniteur Durée : 23 minutes Harun Farocki GbR

L’installation vidéo des scènes illustrant des ouvriers quittant l’usine à travers l’histoire du cinéma, est présentée en simultanée sur douze moniteurs. Au cinéma, la perception et le concept sont deux choses séparées. En effet, dans le premier film de l’histoire du cinéma, La sortie de l’usine Lumière à Lyon des Frères Lumière, le bâtiment représenté a plus les attraits d’une ferme que d’une usine. Il est tour à tour mis sur le devant de la scène lorsqu’il s’agit de mettre en évidence un conflit social puis relégué au dernier plan lorsqu’il s’agit de s’intéresser plus particulièrement à la vie intime d’un des personnages, qui ne commence réellement qu’après la journée de travail. Dans Le démon s’éveille la nuit de Fritz Lang, l’on voit Marilyn Monroe travaillant dans la chaîne de production, sortant de l’usine et on l’écoute en parler . Cependant l’existence des usines et des stars de cinéma n’est pas compatible. Une star de cinéma travaillant en usine illustre un conte de fée dans lequel une princesse doit travailler afin de se réaliser. Les usines, ainsi que le thème du travail tout entier, sont en marge de l’histoire du cinéma.

Harun Farocki, 2000

Workers Leaving the Factory / Travailleurs quittant l’usine

Harun Farocki
1995
Installation vidéo
Durée : 36 minutes
Harun Farocki GbR

L’image des travailleurs quittant l’usine est] au centre des préoccupations des réalisateurs de documentaires depuis des générations. En effet, la sortie de l’usine a toujours été la scène de conflits sociaux. Cette séquence étant par ailleurs devenue un incontournable du procédé narratif dans l’histoire du cinéma. Dans son essai documentaire du même nom, Harun Farocki explore cette scène à travers l’histoire du cinéma. Il en résulte une analyse cinématographique fascinante du médium filmique lui-même, des Temps Modernes de Chaplin à Metropolis de Fritz Lang en passant par Accattone de Paolo Pasolini. Le film de Farocki révèle que la séquence des Frères Lumière portait déjà en elle le germe d’un changement social en marche: la possible disparition de cette forme de travail industriel.

Klaus Gronenborn, 1995

Comparison via a Third / Comparaison via un tiers

Harun Farocki
2007
Installation vidéo
Durée : 24 minutes 47 secondes
Harun Farocki GbR
avec le soutien du Kulturstiftung des Bundes, Berlin et le Mumok – Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig

Harun Farocki, Comparison via a Third / Comparaison via un tiers. 2007 Installation vidéo Durée : 24 minutes 47 secondes Harun Farocki GbR avec le soutien du Kulturstiftung des Bundes, Berlin et le Mumok - Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig
Harun Farocki, Comparison via a Third / Comparaison via un tiers. 2007 Installation vidéo Durée : 24 minutes 47 secondes Harun Farocki GbR avec le soutien du Kulturstiftung des Bundes, Berlin et le Mumok – Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig

Dans cette installation vidéo c’est la question du travail et de ses représentations qui est au centre du propos. Les conséquences des processus de rationalisation et d’automatisation sont interrogées à travers l’exemple de la production et de la transformation de briques. Des images tournées dans diverses usines en Inde (Mumbai, Nimbut et Pune) telle que la scène de l’ouvrière assise, sont projetées seules ou côte à côte, en alternance ou confrontées à des images tournées dans des usines européennes. À la présentation de procédés de fabrication de plus en plus automatisés, succèdent diverses temporalités et sociétés que Farocki fait dialoguer dans une série de différentes constellations.

Matthias Michalka, 2007

Re-Pouring. Variation on Opus 1 by Tomas Schmit / Re-verser. Variation de l’opus 1 de Tomas Schmit

Harun Farocki
2010
Installation vidéo, 7 variations
Durée : 20 minutes 9 secondes
Harun Farocki GbR,
Osram Art Projects : Seven Screens, Munich

Harun Farocki, Re-Pouring. Variation on Opus 1 by Tomas Schmit / Re-verser. Variation de l’opus 1 de Tomas Schmit. 2010 Installation vidéo, 7 variations Durée : 20 minutes 9 secondes Harun Farocki GbR, Osram Art Projects : Seven Screens, Munich
Harun Farocki, Re-Pouring. Variation on Opus 1 by Tomas Schmit / Re-verser. Variation de l’opus 1 de Tomas Schmit. 2010 Installation vidéo, 7 variations Durée : 20 minutes 9 secondes Harun Farocki GbR, Osram Art Projects : Seven Screens, Munich

Cette oeuvre renvoie directement à la performance de Tomas Schmit intitulée Zyklus für Wassereimer (oder Flaschen) (Cycle pour un seau d’eau [ou des bouteilles]), réalisée le 18 décembre 1983 à Amsterdam. Pour l’occasion, l’artiste du mouvement Fluxus s’était agenouillé au sol à l’intérieur d’un cercle constitué de bouteilles de lait vides, avant de verser de l’eau contenue dans une bouteille dans la suivante jusqu’au total épuisement du contenant. L’«action», revendique Farocki, «échappe ici au symbolisme…par son manque de qualité vitale. La simplicité de son dénouement rappelle les pièces de Beckett. Malgré le conformisme de l’événement, il y avait un développement, une anti-action trouvait une fin à sa propre initiative.» Harun Farocki a transformé le rituel en un film de vingt-deux minutes, non monté, et adapté aux spécificités spatiales de la stèle. Chaque stèle correspond à une bouteille. L’eau est versé par un robot dont le bras traverse l’espace pictural étendu, exécutant une action spectaculaire du re-versement de l’eau.

Antje Ehmann, 2011

Counter-Music/ Contre-musique

Harun Farocki
2004
Installation vidéo
Durée : 25 minutes 1 seconde
Le Fresnoy, Tourcoing ; Lille 2004 – Capitale Européenne de la Culture ; Délégation aux Arts Plastiques, Paris ; Fonds Image / Mouvement, Centre National de la Cinématographie, Paris ; Fonds DICREAM, Centre National du Cinéma et de l’Image
Animée, Paris ; Harun Farocki GbR

Harun Farocki, Counter-Music/ Contre-musique. 2004 Installation vidéo Durée : 25 minutes 1 seconde Le Fresnoy, Tourcoing ; Lille 2004 - Capitale Européenne de la Culture ; Délégation aux Arts Plastiques, Paris ; Fonds Image / Mouvement, Centre National de la Cinématographie, Paris ; Fonds DICREAM, Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, Paris ; Harun Farocki GbR
Harun Farocki, Counter-Music/ Contre-musique. 2004 Installation vidéo Durée : 25 minutes 1 seconde Le Fresnoy, Tourcoing ; Lille 2004 – Capitale Européenne de la Culture ; Délégation aux Arts Plastiques, Paris ; Fonds Image / Mouvement, Centre National de la Cinématographie, Paris ; Fonds DICREAM, Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, Paris ; Harun Farocki GbR

La ville est aujourd’hui tout aussi matérialisée et régulée qu’une chaîne de production. Les images qui caractérisent désormais la journée d’une ville sont des images opérationnelles, des images de contrôle. Les représentations de la régulation du trafic, en voiture, train ou métro ; les représentations déterminant la hauteur des transmetteurs de téléphonie mobile sont fixés, ou encore celle des trous dans les réseaux. Images produites par des caméras thermiques pour enregistrer la perte de chaleur d’un bâtiment. Et les modèles numériques des villes, représentées avec moins de formes de bâtiments ou de toitures qu’au 19ème siècle quand surgirent les villes indutrielles, dont Lille. Malgré leurs boulevards, promenades, places de marché, arcades et églises, les villes sont déjà des machines à vivre et à travailler. Je veux, moi aussi, « reconstruire » le cinéma urbain, mais avec des images différentes. Temps et moyens limités induisent de se concentrer sur quelques chapitres archétypaux. Des fragments, ou des études préliminaires.

Harun Farocki

Section / Interface

Harun Farocki
1995
2 vidéos, chacune sur moniteur
Durée : 24 minutes 29 secondes
Musée Moderne d’art de Villeneuve d’Ascq ;
Harun Farocki GbR

Harun Farocki, Section / Interface.1995 2 vidéos, chacune sur moniteur Durée : 24 minutes 29 secondes Musée Moderne d’art de Villeneuve d’Ascq ; Harun Farocki GbR
Harun Farocki, Section / Interface.1995 2 vidéos, chacune sur moniteur Durée : 24 minutes 29 secondes Musée Moderne d’art de Villeneuve d’Ascq ; Harun Farocki GbR

Alors que le dictionnaire définit ‘interface’ comme un terme utilisé pour les zones de frontières ou de liaisons entre des corps, des espaces, des systèmes (technologiques), des phases, des concepts, etc., l’installation de Farocki nous invite à considérer ce terme de manière plus littérale, comme une indication de ce qui réside aussi «entre les faces». L’ordre des faces dans Section/Interface, leur juxtaposition, la façon dont elles se re-jouent ou s’ignorent, est défini par leur relation spécifique à la caméra, aux moniteurs, et aux moniteurs dans les moniteurs. Sur l’image de droite, on peut voir Farocki assis à sa table de montage en 1995, revisionnant une scène extraite de Inextinguishable Fire (Feu inextinguible), en simultané on peut le voir sur l’image de gauche en 1969 jouant le rôle d’un témoin à charge au Tribunal international des crimes de guerre à Stockholm, récitant un plaidoyer contre l’impérialisme américain. Il parle frontalement devant la caméra ou lit son texte, courbé devant sa feuille de papier. Nous voyons donc en même temps le visage d’un Farocki 25 ans plus tard sur l’image de droite, en plan serré et de profil, alors qu’au même moment un moniteur montre/joue derrière lui la même scène extraite de Inextinguishable Fire.

Rainer Bellenbaum, Sabeth Buchmann, 2009

The Silver and the Cross / L’argent et la croix

Harun Farocki
2010
Installation vidéo
Durée : 17 minutes 36 secondes
Harun Farocki GbR

Harun Farocki, The Silver and the Cross / L’argent et la croix. 2010 Installation vidéo Durée : 17 minutes 36 secondes Harun Farocki GbR
Harun Farocki, The Silver and the Cross / L’argent et la croix. 2010 Installation vidéo Durée : 17 minutes 36 secondes Harun Farocki GbR

Farocki résume son installation ainsi : « Les Espagnols ont apporté la croix et ont récupéré l’argent ». L’artiste fait référence à une peinture, Descripción del Cerro Rico e Imperial Villa de Potosí (Description du Cerro Rico et de Potosi, la ville impériale), réalisée par Gaspar Miguel de Berrío 1706-62, à partir de laquelle il développe un discours sur le processus européen de colonisation et le pouvoir qui a découlé du contrôle des méthodes de production. Cette oeuvre est une analyse complète par laquelle les villes, les travailleurs et les mines d’argent de Potosi, en Bolivie, étaient représentés pendant toute la période de la colonisation espagnole. Les différentes parties de la peinture sont comparés aux images filmées sur les mêmes sites en 2010.

Amanda Cruz, 2011

Harun Farocki – Repères biographiques

Harun Farocki, de son vrai nom Harun El Usman Faroqhi, naît en 1944 à Neutitschein, (ex République Tchèque annexée par l’Allemagne), d’un père indien et d’une mère allemande. Il vivra son enfance en Inde et en Indonésie. La famille s’installera par la suite en Allemagne, où son père exercera son métier de médecin.

Plus tard, Harun Farocki emménage à Berlin, ville où l’artiste restera jusqu’à la fin de sa vie en 2014. En 1966, à l’âge de 22 ans, il intègre l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin (Deutsche Film und Fernsehakademie Berlin), d’où il est exclu en 1968, pour ses activités militantes d’extrême gauche. Cet activisme se ressentira dans son oeuvre, notamment dans ses premiers films tels que White Christmas (1968) ou encore Feu inextinguible (1969) qui dénonceront tous deux la guerre du Vietnam et les actes de barbarie proférés à l’encontre des Vietnamiens, médiatisés à profusion.

Harun Farocki laisse derrière lui une production très importante de plus de 120 films et installations. Son travail, à la croisée de l’essai et du film documentaire, est influencé par les travaux des artistes Jean- Luc Godard, Jean-Marie Straub, Danièle Huillet ou encore Bertolt Brecht. Il porte un regard aiguisé et s’intéresse avec curiosité aux dispositifs de surveillance, de contrôle de l’humain, que ce soit dans le milieu du travail, du quotidien ou de la guerre. L’autonomisation de la machine et du geste sont autant de sujets qui lui sont chers et qu’il passera au crible. Sa démarche oscille entre celle de l’artiste, du chercheur et parfois presque du scientifique, sans porter pour autant un regard clinique mais plutôt critique sur ses sujets d’études.

Le milieu des années 1990 marquera un tournant dans sa pratique.
Le financement qu’il trouvait jusqu’alors auprès de la télévision se fait rare, alors que les institutions muséales commenceront à s’intéresser à son travail.

En 1995, il est invité à participer à l’exposition Le monde après la photographie au Musée d’art moderne de Villeneuve D’Ascq. Il répondra à la demande du commissaire d’exposition, Régis Durand, avec Section/Interface, sa première installation en double écran où l’artiste dévoile d’une manière poétisée ses méthodes de travail en se filmant à sa table de montage. Il continuera à produire des films mais poursuivra également sa recherche à travers ses installations qui se caractériseront souvent par le dédoublement des écrans, travail didactique qui vise à commenter l’image par l’image.

Harun Farocki écrit de nombreux textes sur son cinéma ou le cinéma plus généralement, notamment dans la revue Trafic, fondée par le grand critique de cinéma Serge Daney, où il sera de nombreuses fois invité à écrire. Il dirige également de 1974 à 1984 la revue allemande Filmkritik, première revue critique publiée après la guerre qui fera figure de manifeste pour le nouveau cinéma allemand.

Son approche pédagogique et didactique, que l’on retrouve dans toute sa démarche, se déploie avec son activité de professeur à l’université de Berkeley, à l’Académie des Beaux-arts de Vienne mais aussi à l’Académie allemande du film et la télévision de Berlin où il sera l’enseignant du cinéaste Christian Petzold, ce qui marque le début de leur collaboration.

Avec l’aimable autorisation du Centre Pompidou.

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