Vladimir Skoda à la galerie AL/MA – Montpellier

Jusqu’au 27 janvier 2018, la galerie AL/MA présente à Montpellier une intéressante sélection de sculptures et d’œuvres sur papier du sculpteur d’origine tchèque Vladimir Skoda.

L’exposition rassemble une quinzaine d’œuvres dont certaines en acier forgé ont rarement été montrées. Elles illustrent le passage du cube à la sphère et le propos de Niemeyer que cite le texte de la commissaire.

Ce volume essentiel chez Skoda est représenté par trois petites sphères posées au sol. La première (Sans titre, 1986), irrégulière, en acier forgé, fait voir les dernières phases de la transformation du cube en sphère. Des deux autres (Symétrie approximative, 1995 et Icosaèdre, 2009), parfaites, combinent l’acier usiné et gravé et le cuivre pour l’une et l’acier inox poli miroir et l’acier grenaillé pour l’autre.

Vladimir Skoda, Sans titre, 1986, Symétrie approximative,1995 et Iscosaèdre, 2009
Vladimir Skoda, Sans titre, 1986, Symétrie approximative,1995 et Iscosaèdre, 2009

À ces trois œuvres au sol, fait écho une sphère aérienne en acier miroir (Vers le haut, 2014) qui s’élève de manière infinie vers le plafond de la galerie.

 

Un Miroir du temps (vibrant) (1999-2005) accueille le visiteur et rappelle ceux qu’avait présentés la galerie AL/MA en 2010, lors de « Casanova forever ».

Il semble répondre au Tore pointu (2011-2017) en aluminium poli miroir qui repose sur un socle.

Vladimir Skoda, Tore pointu, 2011-2017, aluminium poli miroir, diam 35 x 11 cm, billes en acier, diam 2mn, 1 kg
Vladimir Skoda, Tore pointu, 2011-2017, aluminium poli miroir, diam 35 x 11 cm, billes en acier, diam 2mn, 1 kg

A cet ensemble de sculptures, sont associés quelques œuvres sur papier où se mêlent techniques mixtes, fusain et craie noire ainsi que trois gravures des années 1998 à 2001.

Vladimir Skoda, Sans titre, 1996
Vladimir Skoda, Sans titre, 1996

L’accrochage est comme toujours à la galerie AL/MA sobre et précis. Pour cette présentation, il semble privilégier les diagonales pour suggérer rapprochements et conversations entre les œuvres.

Marie-Caroline Allaire-Matte a plusieurs fois présenté cet artiste singulier à la galerie AL/MA (en 2015 pour l’exposition collective « 2D/3D », dans le cadre de « Casanova Forever » en 2010 ou à l’occasion de projet consacré à Pierette Bloch et Ève Gramatzki, en 2009). Son intérêt pour le travail du sculpteur s’est également exprimé dans le cadre de de plusieurs commissariats : Exposition « Accélération d’espace » à L’aspirateur à Narbonne (2016), présentation de l’installation « Danaé » à Lodève pour l’édition 2013 de « In Situ Patrimoine et art contemporain » ou encore l’été dernier avec le choix d’un de ses miroirs tournants pour « Mirabilia » aux Matelles.

Vladimir Skoda a souvent exposé dans la région. Cet été, on a pu apprécier une dizaine de ses sculptures dans les jardins et la cour d’honneur de l’Hôtel de Caumont – Centre d’Art à Aix. En 2014, le centre d’art Campredon à L’Isle-sur-la-Sorgue avait présenté avec « Constellations », une très belle sélection d’œuvres majeures du sculpteur.
On conserve aussi le souvenir de l’invitation du musée Reattu, à Arles, à l’été 2011, dans le cadre de l’accrochage « Sur mesures » et de sa présence pour les « Chambres d’écho », en 2009. En 2011, Skoda avait su s’imposer avec « Trou blanc », au Carré Saint Anne à Montpellier.

Ceux qui apprécient le travail du sculpteur d’origine tchèque ne manqueront pas de passer par la galerie AL/MA. Ceux qui l’ignorent auront certainement plaisir à le découvrir.
À lire, ci-dessous, le texte de présentation de la galeriste.

En savoir plus :
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Texte de présentation de l’exposition Vladimir Skoda par Marie-Caroline Allaire-Matte

Vladimir Skoda appartient à une lignée de sculpteurs qui, de Rodin à Calder, incarnent tout entier le désir de se confronter à la puissance et à la résistance de la matière. Né en 1942 à Prague, il est formé au métier de tourneur-fraiseur. En 1968, il s’installe en France et étudie à l´École des arts décoratifs de Grenoble, puis dans l´atelier de César à l´École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Après s’être confronté aux techniques et aux formes traditionnelles, c’est en Italie que Vladimir Skoda va commencer à identifier ses influences, en particulier celles de l’Arte Povera, qui encourageront ses premières recherches sur la relation entre la masse et la matière, le fil de fer enroulé/déroulé ou tressé autour du corps.
Dès 1975, il amorce ses premiers travaux à la forge manuelle qui se concrétisent, entre autres, par la série des « Transformations », confrontation de barres de fer écrasées à d’autres, non modifiées. Succède à ces expériences, plutôt conceptuelles, l’apparition en acier forgé d’une forme et d’un volume, le carré et le cube. « Un cube, une fois frappé sur les arêtes et sur les sommets, c’est le commencement d’une sphère », rappelle ainsi Oscar Niemeyer*. Entaillée, scarifiée, creusée, gravée, la sphère va progressivement révéler des potentialités différentes, inspirées par la double référence à la sphère terrestre et au cosmos, mettant en place un vaste système de correspondances : « Il y a dans mon travail une dimension cosmogonique… Le carré m’apparaît comme la figure de l’artefact, alors que le mouvement même de la matière, de l’énergie et de la gravité tend à infléchir l’univers vers le sphérique. Je crois presque intuitivement que la courbe, le sphérique et l’elliptique sont le propre de l’univers, à la différence du géométrique humain. » **
En 1987, à l’occasion d’une exposition personnelle au Musée d´art moderne de la Ville de Paris, il présente une série de boules d’acier forgées intitulée De l´intérieur. En 1988, une sphère parfaite apparaît dans son travail, puis, en 1991, une sphère à la surface réfléchissante. Sur cette surface en miroir, ne se dessinent plus seulement les limites de la sphère, de son énergie interne, mais les mille apparences du monde extérieur qui viennent s’y refléter. La sphère devient alors un programme, le sujet et la matière d’explorations multiples. En 1994, Vladimir Skoda s´inspire du mouvement du pendule de Foucault. La dynamique et la technique pendulaires, associées à l´utilisation du miroir concave poli, produisent une expérience nouvelle : « Galileo – Galilei ». L’objet réfléchi, dans le mouvement qui le rapproche du miroir, produit une déflagration, une sorte d’incandescence qui le dématérialise.
Les Miroirs du temps font partie de la série des miroirs vibrants et tournants créés depuis 1999, présentés entre autres à la galerie AL/MA en 2010, lors de Casanova forever (FRAC Languedoc Roussillon). Devenu virtuel, le miroir fait l’objet de métamorphoses incessantes, dont l’architecture et le corps même du spectateur sont à la fois la cause et l’un des effets-reflets.La galerie AL/MA présentera un ensemble d’oeuvres, réalisées depuis 1978 jusqu’à aujourd’hui parmi lesquelles des sculptures, des dessins et des gravures.

* Oscar Niemeyer, « Les courbes du temps », trad. du portugais par Henri Raillard, Gallimard, Paris, 1999.
** « Vladimir Skoda : la sphère-lumière », entretien avec Philippe Cyroulnik, Journal de la bourse d’art monumental.

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