Le Musée avant le Musée au Musée Fabre – Montpellier

Le musée Fabre termine la célébration des dix ans de sa réouverture avec « Le Musée avant le Musée – La Société des beaux-arts de Montpellier (1779-1787) », une proposition consacrée aux années qui ont précédé sa création.
L’exposition se déploie au sein des collections permanentes dans les salles 19 à 24, du 9 décembre 2017 au 11 mars 2018.

Le texte de présentation du projet en définit ainsi les intentions :

« L’exposition “Le Musée avant le Musée” évoque les dernières années du Siècle des Lumières, qui virent la création des premières expositions artistiques, de la première école de dessin, et du premier musée fondé dans la capitale des États du Languedoc. (…)
Elle invite les visiteurs à découvrir les Salons de peinture du XVIIIe siècle organisés à Montpellier,
mais aussi la galerie d’Abraham Fontanel et l’École de dessin, révélant l’étonnant dynamisme et les hautes ambitions de la cité.
L’exposition conduit le visiteur jusqu’au Montpellier du temps de la Révolution, lorsque le premier musée fut créé, un quart de siècle avant sa refondation par François-Xavier Fabre en 1825 ».

« Le Musée avant le Musée » rassemble plus de 120 œuvres (peintures, sculptures et dessins) du XVIIe et du XVIIIe siècle.
Quatorze prêteurs ont contribué au projet : Musée du Louvre, château de Versailles, musées des beaux-arts de Rennes, de Toulouse, de Nîmes, de Caen, de Marseille, musées Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand, Réattu d’Arles, Médard de Lunel, musée de la Révolution française de Vizille, DRAC Occitanie, musée Atger de l’université de Montpellier, ainsi que plusieurs collectionneurs privés.

Plusieurs documents historiques, prêtés par les archives départementales de l’Hérault, les archives municipales de Montpellier et la Médiathèque centrale Émile-Zola illustrent la vie sociale et culturelle de Montpellier au Siècle des Lumières.

Le projet a été accompagné par la restauration de plusieurs œuvres des collections du musée.

Le parcours de visite s’organise en six sections :

Il faut souligner l’important travail engagé par l’équipe de conservation pour la valorisation des fonds conservés par le musée. Les accrochages thématiques qui se succèdent depuis plusieurs mois (« Joseph-Marie Vien dans les collections du musée Fabre », puis « Poétique des Ruines ») offrent un nouveau regard sur ces collections. « Le Musée avant le Musée » contribue certainement à élargir la perception des visiteurs sur l’histoire de Montpellier et de son musée des Beaux Arts.

Le parcours est très bien articulé. La scénographie simple et efficace évoque avec pertinence les accrochages « tapissiers » des salons au XVIIIe siècle. Des perspectives opportunes relancent avec tact l’intérêt et la curiosité des visiteurs. Les rapprochements entre les œuvres sont faits avec beaucoup de discernement.

La section « Les Salons de la Société des beaux-arts » est accompagnée d’un livret inspiré des « catalogues » rédigés par Fontanel pour les salons de 1779 et 1784.

L’exposition construit un portrait en creux du personnage déterminant que fut Abraham Fontanel dans l’histoire de la Société des beaux-arts de Montpellier.

Au-delà du passage obligé auquel on pouvait s’attendre sur « François-Xavier Fabre comme héritier de la Société des beaux-arts », la dernière salle propose un dossier passionnant sur la Prédication de saint Jean-Baptiste, tableau inachevé du fondateur du musée Fabre.

Autour de l’œuvre prêtée par le musée Réattu, l’exposition rassemble deux esquisses et un ensemble d’études préparatoires peintes ou dessinés.

Une importante programmation accompagne « Le Musée avant le Musée ».

Un remarquable catalogue est publié aux éditions Snoeck. Les articles signés par Alain Chevalier, Michel Hilaire, Pierre Stépanoff et Elsa Trani sont accompagnés de notices pour les principales œuvres et par un catalogue sommaire des salons de 1779, 1780, 1782 et 1784. L’ensemble est complété par de nombreuses annexes (listes des œuvres exposées, reproduction de documents, chronologie, biographies des principaux acteurs et bibliographie très riche).

Commissariat : Michel Hilaire, Conservateur général du patrimoine, Directeur du musée Fabre et Pierre Stépanoff, Conservateur du patrimoine, Responsable des collections du XIVe au milieu du XIXe siècle.

Les textes de salle sont reproduits ci-dessous. Ils sont accompagnés d’une sélection de photographies de l’exposition.

En savoir plus :
Sur le site du Musée Fabre.
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Le Musée avant le Musée – Parcours de l’exposition

Montpellier au Siècle des Lumières

Le Musée avant le Musée au Musée Fabre - Montpellier au Siècle des Lumières
Le Musée avant le Musée au Musée Fabre – Montpellier au Siècle des Lumières

Le 18 janvier 1779, dans la salle d’assemblée du collège des jésuites, au bord de l’Esplanade, une trentaine d’associés se réunissent pour fonder la Société des beaux-arts de Montpellier. Chacun d’entre eux s’engage à verser cent livres par an pour permettre la création d’une école gratuite de dessin et la tenue de Salons de peinture et de sculpture. Dans cette cité de trente mille habitants, la création de cette institution vient couronner un siècle d’embelissements urbains, des hôtels particuliers de l’Écusson jusqu’au chantier permanent de la majestueuse Promenade royale du Peyrou.

Pour les amateurs et les philosophes du XVIIIe et le raffinement des mœurs. La fondation de cette Société montpelliéraine s’inscrit ainsi dans un vaste mouvement européen qui voit éclore une constellation d’académies et d’écoles de dessin, de Lisbonne à Saint-Pétersbourg. À Montpellier, ces amateurs et collectionneurs affirment leur désir d’allier l’utile à l’agréable, en éveillant une forme de vie artistique inédite et ambitieuse dans la capitale des États du Languedoc.

Les Salons organisés dans la ville permettent aux montpelliérains de découvrir pour la première fois des chefs d’œuvre des maîtres anciens comme des artistes les plus contemporains. L’École de dessin quant à elle encourage les jeunes talents et permet à un élève, François-Xavier Fabre, de tenter sa chance à Paris. Cet élan artistique remarquable a été fécond pour Montpellier le musée Fabre et la vie culturelle montpelliéraine en sont les héritiers. C’est cette aventure du Siècle des Lumières, tout aussi méconnue que décisive, que la présente exposition propose de découvrir.

« Au rendez-vous des artistes » : La Boutique d’Abraham Fontanel

Le Musée avant le Musée au Musée Fabre - « Au rendez-vous des artistes » ; La Boutique d’Abraham Fontanel
Le Musée avant le Musée au Musée Fabre – « Au rendez-vous des artistes » ; La Boutique d’Abraham Fontanel

Abraham Fontanel (17414817) est bien le personnage central de la Société des beaux-arts. Libraire originaire de Mende dans le Gévaudan, il ouvre en 1772 une boutique à Montpellier, « Au rendez-vous des artistes », rue du Gouvernement. Marchand de livres philosophiques prohibés qu’il achète en Suisse, il vend également estampes, tableaux mais aussi papier peint, bibelots ou instruments scientifiques. Ce marchand touche à tout, à la fois pénitent bleu et franc maçon, propose aux curieux montpelliérains les objets les plus précieux, importés de Paris, parfois d’Angleterre, d’Allemagne ou d’Italie.

L’élan qu’il impulse lors de la création de la Société des beaux-arts lui vaut d’être nommé garde des plâtres et des modèles. Irremplaçable homme à tout faire, il organise les Salons, aménage l’école et devient sous la Révolution le premier conservateur du musée de Montpellier. Démis de ses fonctions en 1797, il ouvre en 1803, rue des Étuves une nouvelle galerie que tous identifient, par son envergure, à un véritable musée. Il échange avec Houdon, Greuze, David ou Fragonard et enrichit son commerce en participant à de nombreuses ventes aux enchères à Paris. Conseiller artistique des puissants sous la monarchie, patriote sous la Révolution, ami des artistes, cet homme inclassable n’obéit qu’à une cause le triomphe des beaux-arts… et de son commerce. Parmi les nombreuses œuvres achetées par ce marchand réunies dans cette section, le Voltaire assis de Houdon est sans conteste la plus belle preuve de son habileté commerciale.

Les Salons de la Société des beaux-arts

Le Musée avant le Musée au Musée Fabre - Les Salons de la Société des beaux-arts
Le Musée avant le Musée au Musée Fabre – Les Salons de la Société des beaux-arts

Dès le mis de décembre 1779, la Société des beaux arts inaugure dans Ie collège des jésuites le premier Salon de peinture, sculpture et dessin organisé à Montpellier. Ancêtres de nos actuelles expositions, ces Salons se poursuivent en 1780, 1782, 1784 et 1786. Grâce aux efforts d’Abraham Fontanel, nombre de collectionneurs acceptent de confier, pour quelques semaines, des trésors de leur cabinet. De même, plusieurs artistes parisiens prêtent leurs productions, parfois dévoilées à peine six mois plus tôt au Salon du Louvre.

Exécutées par des artistes français, italiens ou nordiques, des œuvres de toutes les époques illustrant tous les sujets se retrouvent pêle-mêle dans la salle d’exposition du collège des jésuites pour satisfaire la curiosité des montpelliérains. Soucieux d’éducation, Fontanel rédige des catalogues qui permettent aux visiteurs d’identifier les différents artistes et les différents sujets. Aux côtés des peintres et des sculpteurs les plus célèbres, les amateurs, professeurs et élèves de la ville exposent également leurs œuvres. À une époque où les musées n’existent pas, cette expérience inédite n’est pas dénuée d’embûches : en 1779, des miniatures prêtées par un collectionneur sont dérobées. L’année suivante, un marchand jaloux accuse Fontanel d’exposer de faux Greuze !

Les catalogues anciens nous permettent de connaître la composition de ces Salons, dont l’accrochage de cette section restitue l’ambiance dense et éclectique. Certaines œuvres, présentées à Montpellier il y a près de deux cent cinquante ans, ont été réunies pour cette exposition tandis que d’autres, exécutées par les mêmes artistes, permettent de les évoquer.

Le Musée révolutionnaire

Le Musée avant le Musée au Musée Fabre - Le Musée révolutionnaire
Le Musée avant le Musée au Musée Fabre – Le Musée révolutionnaire

Nombre d’élèves et de professeurs s’engagent dès 1789 dans la Révolution et se retrouvent au club des jacobins de Montpellier. Deux élèves architectes en particulier, Jérôme Demoulin et Jacques Moulinier, sont à l’origine de grands projets. Le premier fait ériger sur l’Esplanade une colonne de la liberté, tandis que le second, après la destruction de la statue de Louis XIV, est chargé de dessiner les plans d’un temple de la Raison sur le Peyrou. Au contraire, d’autres membres de la Société, anciens aristocrates ou riches négociants sont emprisonnés : Fontanel lui-même est incarcéré quelques semaines dans la citadelle.

La Révolution voit également la naissance du premier musée de Montpellier. Le directeur de l’école de dessin, Jacques Bestieu, reçoit la mission de saisir dans les églises et les hôtels particuliers les plus beaux tableaux, tandis qu’Abraham Fontane’, nommé conservateur, doit veiller à l’entretien des collections. Pour compléter ce petit musée, l’État envoie également une trentaine de tableaux en 1803 et 1804, entreposés dans des conditions parfois alarmantes au collège des jésuites. Le musée n’ouvrira finalement ses portes qu’en 1811, dans l’Hôtel-de-ville, place de la Canourgue. Cet ensemble constitue le tout premier noyau de l’actuel musée Fabre.
C’est durant la Révolution que résident à Montpellier deux artistes de tout premier plan, Augustin Pajou et Antoine-Jean Gros. Le temps d’un bref séjour, le vieux sculpteur du roi et le jeune élève de David, accueillis par les artistes de la ville, deviennent tous deux les portraitistes de la société montpelliéraine.

L’École de dessin de Montpellier

Dès 1779, la Formation des jeunes talents est au coeur du projet défendu par la Société des beaux-arts. Ce projet se perpétue et s’amplifie, avec la création en 1787 d’une École des arts, ponts et chaussées,puis en 1795 d’une École centrale du département. Les classes sont installées dans le collège des jésuites, et, deux heures par jour, les jeunes élèves viennent recevoir les leçons des peintres Jacques Gamelin, Joseph Roques et Jacques Bestieu, les trois directeurs successifs de l’école.

La pédagogie artistique est fondée sur la copie : copie d’après des modèles dessinés, gravés ou moulés, puis copie d’après le modèle vivant. L’élève doit aussi bien apprendre à représenter la nature telle qu’il la voit qu’à s’approprier les plus belles expressions de l’art et en particulier les chefs d’oeuvre de l’Antiquité. Alors que les grands projets urbanistiques se multiplient dans la ville, l’architecture est également enseignée. Les élèves les plus talentueux concourent aux différents Prix organisés par l’école, avant d’exposer leurs productions au Salon de la Société. Pour offrir des modèles aux jeunes artistes, l’institution acquiert de nombreuses gravures et moulages en plâtre. L’Écorché acheté auprès de Jean-Antoine Houdon dès 1779, véritable leçon de science anatomique sculptée, est aujourd’hui le seul vestige de cette collection.

François-Xavier Fabre : héritier de la Société des beaux-arts

Le Musée avant le Musée au Musée Fabre – François-Xavier Fabre ; héritier de la Société des beaux-arts

Quel est le bilan pour la Société des beaux-arts à la veille du XIXe siècle ? Créée par une initiative privée, cette Société a doté la ville de Montpellier des structures durables d’une vie artistique moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui. De tous ses camarades, François-Xavier Fabre est sans conteste l’élève le plus célèbre formé par cette école. Titulaire d’un second accessit du prix du modèle vivant en 1781 et d’un premier accessit l’année suivante, Fabre part étudier à Paris auprès de David grâce au soutien de Philippe Laurent de Joubert. Il voit ses efforts couronnés en 1787 lorsqu’il remporte le prestigieux Prix de Rome, ce que la presse montpelliéraine ne manque pas de rapporter.

En 1790, alors qu’il réside à l’Académie de France à Rome, Fabre reçoit une très importante commande de Joubert : son premier tableau public. Une immense Prédication de saint Jean Baptiste pour la chapelle des Pénitents bleus. Fabre sait que ce tableau, qu’il présentera pour son agrément à l’Académie royale à Paris, sera vu et commenté par tous dans sa ville natale. Il se prend à rêver d’égaler son illustre prédécesseur, Sébastien Bourdon, un des fondateurs de l’Académie en 1648. Fabre, ambitieux et perfectionniste, élabore longuement son tableau : il étudie les poses, les attitudes et les expressions, reprend sa composition à de nombreuses reprises. Enfin prêt, il commence son tableau, mais, en 1792, les confréries religieuses sont abolies et Joubert meurt la même année. Le projet est abandonné, le tableau restera à l’état de fragment. En 1793, il s’installe à Florence et l’on n’entendra plus parler de Fabre à Montpellier pendant plus de trente ans. C’est finalement en tant que collectionneur et non plus en tant que peintre que l’enfant du pays reviendra dans sa ville natale en 1825, pour fonder le musée qui porte aujourd’hui son nom.

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