Dropping knowledge – Mécènes du sud Montpellier-Sète

Après «La convergence des antipodes » et « Simulation(s)» en 2017, Mécènes du sud Montpellier-Sète présente « Dropping knowledge » du 17 mars au 5 juillet 2018.

Dropping knowledge - Mécènes du sud Montpellier-Sète
Dropping knowledge – Mécènes du sud Montpellier-Sète

« Dropping knowledge » est une proposition conçue par Alexandra Fau, lauréate en 2017 de l’appel à projets pour commissaires de Mécènes du sud.
Son texte d’intention est précédé par un extrait d’une interview du physicien Robert Oppenheimer, un des pères de la bombe atomique américaine, au Monde en avril 1958 :

« Nous sommes condamnés à vivre dans un monde où chaque question posée en ouvrira une autre, et cela à l’infini. Je crains que tous ceux qui aspirent aujourd’hui à une synthèse, ou à l’unité, n’appellent de leurs vœux une époque révolue. Je crois qu’ils n’obtiendront cette synthèse qu’au prix, soit de la tyrannie, soit du renoncement ».

Alexandra Fau poursuit ainsi :

« Ce récit prémonitoire énoncé à la fin des années 50 sert d’amorce à l’exposition Dropping knowledge. Comment les artistes exploitent-ils les revers de cet esprit de synthèse, poussé à l’extrême, à savoir : s’adapter aux formats de l’information, au nivellement et à l’absence de hiérarchie entre les sujets ? »

On attend donc avec curiosité de découvrir la matérialisation de ce projet pour lequel, elle a choisit d’inviter les artistes suivants : Rossella Biscotti, Antonio Contador & Carla Cruz, Natalie Czech, David Dubois, John Latham.
Plusieurs des pièces exposées sont des productions 2018 réalisées dans le cadre de « Dropping Knowledge ».

Jeudi 15 mars à 19h, Alexandra Fau présentera son projet à l’auditorium de la Panacée. Le texte d’invitation promet une conférence «  sur le mode pléthorique » où il sera question « d’ouvrir la boîte de Pandore d’où s’échapperaient tous les référents visuels et textuels à l’origine de l’exposition Dropping Knowledge. Embrasser la complexité culturelle contemporaine, désigner les modes de pensée plus ou moins conscients, opérer des rebonds, aller jusqu’à mentir par omission pour alimenter ce métissage créatif ce métissage créatif en adhésion avec son époque marquée par la post-vérité ».

Chronique à suivre après le vernissage qui est annoncé pour le vendredi 16 mars à 18h30.

À lire, ci-dessous, le texte d’intention d’Alexandra Fau et une présentation des artistes invités et des œuvres présentées.

En savoir plus :
Sur le site de Mécènes du sud
Suivre l’actualité de Mécènes du sud sur Facebook et Instagram
Rossella Biscotti sur le site du Wiels et des galeries Mor Charpentier et Wilfried Lentz Rotterdam
Sur le site d’Antonio Contador et Antonio Contador & Carla Cruz sur le site du centre d’art contemporain – la synagogue de Delme
Sur le site de Natalie Czech
Sur le site de David Dubois
John Latham, Encyclopedia Britannica 1971 sur le site de la Tate
Sur le site d’Alexandra Fau

« Dropping knowledge » par Alexandra Fau

« Nous sommes condamnés à vivre dans un monde où chaque question posée en ouvrira une autre, et cela à l’infini. Je crains que tous ceux qui aspirent aujourd’hui à une synthèse, ou à l’unité, n’appellent de leurs vœux une époque révolue. Je crois qu’ils n’obtiendront cette synthèse qu’au prix, soit de la tyrannie, soit du renoncement »(1).

Ce récit prémonitoire énoncé à la fin des années 50 sert d’amorce à l’exposition Dropping knowledge. Comment les artistes exploitent-ils les revers de cet esprit de synthèse, poussé à l’extrême, à savoir : s’adapter aux formats de l’information, au nivellement et à l’absence de hiérarchie entre les sujets ?

Dropping knowledge - Mécènes du sud Montpellier-Sète

Dropping knowledge dont le titre fait explicitement référence au célèbre hébergeur d’informations classées et synchronisées (Dropbox) se veut en phase avec un monde connecté, réticulé, aux savoirs en partage.
Les données sont désormais stockées dans des « codes » signifiant des systèmes organisés de symboles. Le philosophe Michel Serres souligne dans Petite Poucette (2012) l’externalisation du savoir, désormais à portée de main. Dans ces conditions, l’esprit humain, assoiffé de connaissances mais happé par le temps, se voit tenté par une pensée en réduction, facile à loger dans une « tête étêtée ».

Les artistes contemporains font reposer leur histoire de synthèse sur un principe de mutation, de contraction ou d’égalisation de savoirs parallèles souvent fort éloignés. Ils floutent l’acte d’écrire et de photographier, de voir et de lire, en référence à toutes ces images qui nous programment. Sous couvert de manipulations d’informations complexes, ils induisent des erreurs et ébranlent un peu plus ce système de pensée par trop formaté, au débit généralisé et aux titres aguicheurs. L’œuvre d’art soumise à ce tempo frénétique qui appelle chaque jour un peu plus l’inconstance, la versatilité, résiste comme elle le peut à cette insignifiance qui la guette ; se voir réduite à un jugement minoré du type « I like ».

(1) Interview du physicien Robert Oppenheimer, l’un des pères de la bombe atomique américaine, Le Monde, Paris 29 avril 1958.

Alexandra Fau.

« Dropping knowledge » : Présentation des artistes et des œuvres exposées (extraits du dossier de presse)

Rossella Biscotti

168 sections of a Human Brain est une installation d’envergure représentant les premières photographies d’une coupe transversale du cerveau faites par G. Jelgersma à l’University de Leiden vers 1908.

Rossella Biscotti, 168 Sections of a Human Brain, 2009-14. Series of 108 silver gelatin prints on baryth paper, 30 x 40 cm each. Courtesy of the artist
Rossella Biscotti, 168 Sections of a Human Brain, 2009-14. Series of 108 silver gelatin prints on baryth paper, 30 x 40 cm each. Courtesy of the artist

Parallèlement, le « Yellow Movie », un film monochrome avec une voix off profonde et fragile décrit ce qu’elle voit, à savoir des scènes horribles revenues à la mémoire de patients traumatisés par la seconde guerre mondiale. Ces derniers étaient soignés avec du LSD ou du Pentothal par le très contesté professeur Jan Bastiaans à la fin des années 80.

Rossella Biscotti, 168 Sections of a Human Brain, 2010 - 2014 108 gelatin silver prints on baryta paper, 30 x 40 cm (each) 7 steel tables installation view: For the Mnemonist, S. , WIELS, Brussels (BE), 2014 photo: Sven Laurent.
Rossella Biscotti, 168 Sections of a Human Brain, 2010 – 2014 108 gelatin silver prints on baryta paper, 30 x 40 cm (each) 7 steel tables installation view: For the Mnemonist, S. , WIELS, Brussels (BE), 2014 photo: Sven Laurent.

L’artiste italienne Rossella Biscotti a eu plusieurs expositions personnelles dans différentes institutions, au CAC Vilnius (2012), à la Fondazione Galleria Civica di Trento (2010), et à la Nomas Foundation, Rome (2009), de même que dans des expositions de groupe au MAXXI, Rome (2010–11), à Witte de With, Rotterdam, au Museu Serralves, Porto (2010), à Manifesta 9, à la documenta 13, Kassel (2012), au Stedelijk Museum (2017), Moderna Museet (2017), Portikus (2016), IMMA Dublin (2015), ICA London (2014), Pinchuk Arte Center, Kiev (2014)….
En 2013, Biscotti a participé à la 55ème Biennale de Venise et a bénéficié d’une exposition monographique à la Secession, Vienne et au Wiels de Bruxelles

John Latham

John Latham interroge le livre en tant qu’instrument de compréhension des systèmes de croyances.

« A partir de 1958, Latham se préoccupe du livre, non tant par respect de l’écrit, que de la matière grise. Il brûle l’intégralité de l’Encyclopaedia Britannica, pour recueillir les traces des volumes noircis. L’une de ses actions consiste également à mâcher consciencieusement le volume d’essais critiques de Clement Greenberg, référence obligée du modernisme américain, puis à filtrer et distiller le résultat de ses activités masticatoires, et à l’introduire enfin dans une bouteille de verre (Still and Chew/Art and Culture, 1966-1967, au MoMA de New York). Le passage au film s’effectue alors naturellement, pour enregistrer l’évolution des livres ainsi traités, mais qui se développe également du côté de l’animation abstraite (avec l’Event Structure Research Group), puis de la télévision dans les années 1990. »

Elisabeth Lebovici in Libération du 6 janvier 2006

John Latham, Encyclopedia Britannica, 1971. Film 16mm , noir et blac, muet, 6:33 min
John Latham, Encyclopedia Britannica, 1971. Film 16mm , noir et blac, muet, 6:33 min

Le film silencieux en noir et blanc Encyclopedia Britannica de 1971 offre une vue accélérée des pages de la célèbre encyclopédie. Latham rend ainsi la somme de la connaissance humaine totalement indigeste et illisible.

John Latham – dont le studio Flat Time House est ouvert au public – a participé à la documenta 6 de Kassel (1977) et à la 51ème Biennale de Venise (2005). Son travail a été présenté en France dans le cadre de Life/live en 1996 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, a fait l’objet d’une importante rétrospective à la Tate Britain en 2005 puis au P.S.1 Contemporary Art Center, New York (2006).

David Dubois

David Dubois, designer et scénographe indépendant, est diplômé de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI) en 2003.

David Dubois combine, recycle, adapte l’utilité des objets et d’éléments inattendus de façon novatrice. Son travail – le fruit de recherches permanentes, d’associations de divers matériaux avec une préférence pour le textile et les matières souples – incite à une nouvelle appropriation de l’espace.
Les pièces de David Dubois comptent parmi d’importantes collections permanentes comme celles du Centre Pompidou, du FNAC (Fonds National d’Art Contemporain), de la Villa Noailles, du Musée des Arts Décoratifs, du Grand-Hornu en Belgique ou encore du Mudam au Luxembourg.

David Dubois, Found objcts / The Leopold Chair, (circa 1940), 2018
David Dubois, Found objcts / The Leopold Chair, (circa 1940), 2018

Production 2018 dans le cadre de l’exposition Dropping Knowledge :

L’écologiste américain Aldo Leopold créé dans les années 40 du mobilier pour sa ferme située dans la campagne de Sauk, dans l’état du Wisconsin. Parmi les différents éléments qu’il invente et fabrique pour l’extérieur des lieux, un banc en bois rencontre depuis quelques années un succès auprès des communautés de « makers ».

Dans l’esprit « do it yourself », un nombre considérable de plans et vidéos circulent sur le web permettant la reproduction « libre de droits » de cet objet. La simplicité formelle, l’économie de moyen et l’économie des gestes à produire pour sa fabrication ont rendus relativement populaire cet objet aux Etats-Unis. Dans ce magma virtuel d’informations, ce banc peut se nommer différemment : « Leopold bench », « Bench », « Wooden bench », « Brilliant bench », « Great outdoor bench » etc.

Suivant les sources, l’attribution de ce banc à Aldo Leopold peut disparaître. Enfin selon les fichiers proposés, les cotations peuvent différer proposant d’incessantes variations formelles de ce banc.
Dans cette dérive d’informations, David Dubois a choisi de présenter l’adaptation de ce banc dans une version chaise, suivant les plans nommés « The Leopold Chair », communiqués en 2015 sur le site : natlands.org.

Natalie Czech

Production 2018 dans le cadre de l’exposition Dropping Knowledge :

Le langage des fleurs popularisé au 19ème siècle est une forme de communication non verbale à travers laquelle un sens précis est associé à chaque fleur. L’artiste Natalie Czech s’en empare pour ses Critic’s bouquets (2015) qui « illustrent » quelques-uns des sentiments exprimés par les critiques d’art autour d’une oeuvre ou d’une exposition. Le bouquet énumère de gauche à droite les impressions de l’auteur sans prêter attention à la dissonance esthétique et formelle qui peut en résulter.

Natalie Czech, A Critic's Bouquet by Peter Scott for Fischli Weiss, 2015, Archival Pigment Print, 2 parts, 107 x 79,4 cm and Offset 33 x 15,6 cm
Natalie Czech, A Critic’s Bouquet by Peter Scott for Fischli Weiss, 2015, Archival Pigment Print, 2 parts, 107 x 79,4 cm and Offset 33 x 15,6 cm

Avec ses Poems by repetition (2013-14), l’artiste débusque dans des magazines grand public, ou sur ipads des poèmes de grands auteurs américains. Dans une époque marquée par le déclin de la lecture et l’accélération d’une culture visuelle insipide, Czech récompense ceux qui prennent le temps de lire attentivement.

Natalie Czech, A Critic's Bouquet by Hili Perlson for Berlinde de Bruyckere, 2015, Archival Pigment Print, 2 parts, 107 x 79,4 cm and Offset 33 x 15,6 cm
Natalie Czech, A Critic’s Bouquet by Hili Perlson for Berlinde de Bruyckere, 2015, Archival Pigment Print, 2 parts, 107 x 79,4 cm and Offset 33 x 15,6 cm

Diplômée de la Düsseldorf Art Academy, l’artiste a eu une importante exposition personnelle One can’t have it both ways and both ways is the only way I want it., au Crac Alsace – Centre Rhénan d’Art Contemporain, Altkirch, en 2016 et au Heidelberger Kunstverein, Heidelberg, Allemagne en 2017.

Carla Cruz et Antonio Contador

Production 2018 dans le cadre de l’exposition Dropping Knowledge :

Finding money est un projet en collaboration de Carla Cruz et Antonio Contador. Il consiste à collecter l’argent égaré dans les rues de Paris où réside Contador, et Londres où vit Cruz, et à le remployer à des fins autres.
Ainsi, les collectes de Paris et Londres de 2011 à 2013 furent intégralement fondues et transformées en deux reliques.

Carla Cruz et Antonio Contador, Finding Money, London & Paris diary 18/11/2013-12/01/2015, riso print
Carla Cruz et Antonio Contador, Finding Money, London & Paris diary 18/11/2013-12/01/2015, riso print

En 2015, une résidence à Gasworks/Open School East à Londres, avec le soutien de la Fondation Calouste Gulbenkian (Lisbonne), permet de mettre en place, entre autres, un journal de bord (toujours en cours) et un séminaire. L’année suivante, dans le cadre d’une autre résidence, cette fois au CAC la Synagogue de Delme, le projet se rapproche de contrées ésotériques.
http://antoniocontador.net/Finding-money

Carla Cruz et Antonio Contador, Finding Money, London & Paris diary 18/11/2013-12/01/2015, riso print
Carla Cruz et Antonio Contador, Finding Money, London & Paris diary 18/11/2013-12/01/2015, riso print

Sel Solaire est une nouvelle occurrence du projet Finding money entamé en 2011.
L’argent égaré dans les rues de Paris et Londres, collecté durant trois ans (2014-17), a été fondu afin de donner corps à des sculptures agencées selon la numération magique décrite par Francis Barrett, occultiste et numérologue anglais du XIXe, dans The Magus, sorte de compendium des philosophies occultes.
L’oeuvre se fait le catalyseur de plusieurs sphères de connaissances accessibles aux seules âmes initiées.

A propos d’Alexandra Fau

Alexandra Fau est commissaire d’expositions, critique d’art et enseignante en histoire de l’art.

Portrait Alexandra Fau, copyright Thibault Voisin
Portrait Alexandra Fau, copyright Thibault Voisin

Elle a organisé plusieurs expositions sur les relations entre art et architecture (« Architecture invisible ? », « Architecture au corps », « Chez soi »), et art et design (« la tyrannie des objets »).
La question de la narration est également au cœur de chacun de ses projets (« Micro-fictions », « L’archéologie, un mythe contemporain »).
Elle a présenté à plusieurs reprises la scène artistique française en Russie (« Philosophers and workers » pour l’année France-Russie 2010, Biennale de Moscou 2011, et « The Contemporary French painting, combinations of history au centre d’art de Permm).
Ses interrogations sur l’émergence d’un art dont la destination finale est à jamais indéterminée, son espace d’apparition sans cesse à redéfinir, et ses outils de diffusion à repenser l’ont amenée à partir en quête d’un mentor, en la personne de Virginia Dwan.
Son projet de recherche soutenu par l’Institut Français dans le cadre du Hors-Les-murs 2015 a donné lieu à l’exposition « Fertile Lands » (janvier-mars 2016) à la Fondation Ricard (Paris).

Elle vient d’achever la bourse curatoriale 2016 (« Introduction et Amplification du Vivant ») que lui a décerné le Centre National des Arts plastiques : http://www.cnap.fr/laureats-des-bourses-de-recherche-curatoriale-du-cnap-2016.

Lauréate en 2017 de l’appel à projets pour commissaires de Mécènes du sud Son projet Dropping Knowledge a été sélectionné par le comité artistique de Mécènes du sud Montpellier-Sète en 2017 parmi les dossiers déposés au titre de l’appel à projets pour commissaires d’exposition, lancé annuellement par Mécènes du sud Montpellier-Sète.

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