Des archipels et Un désir d’archéologie à Carré d’art – Nîmes

Après plusieurs mois de travaux, Carré d’art à Nîmes annonce sa réouverture le 12 avril avec « Des archipels », un nouvel accrochage des collections et « Un désir d’archéologie », une project room qui vient faire écho à l’ouverture prochaine du Musée de la Romanité.

« Des archipels »

Le titre choisi pour ce nouvel accrochage des collections est une référence à Eduardo Glissant et à son « Traité du tout monde » que revendique Jean-Marc Prevost, directeur du musée.
Il a donc choisi vingt-deux artistes pour « rendre visibles les singularités et les correspondances » qu’abritent les réserves de Carré d’art.

Chaque nouvel accrochage est l’occasion de découvrir les acquisitions ou dépôts récents. « Des archipels » montrera donc les œuvres d’Omer Fast, Lawrence Abu Hamdam, Suzanne Lafont, Patrick Saytour ou de Suzanne Treister qui sont entrées dans les collections ces derniers mois.

Jean-Marc Prevost souhaite aussi offrir aux visiteurs « parmi les parcours possibles, en écho à l’exposition “Un désir d’archéologie”, une relecture de certaines œuvres autour des notions de traces, de ruines, de fragilité avec les œuvres de Giuseppe Penone, Gabriel Orozco ou Jean-Luc Moulène ».

On aura donc le plaisir de retrouver ou de découvrir des œuvres de Lawrence Abu Hamdan, Georg Baselitz, Alighiero Boetti, Christian Boltanski, Luciano Fabro, Omer Fast, Bernard Frize, Imi Knoebel, Jannis Kounellis, Suzanne Lafont, Mario Merz, Christian Milovanoff, Jean-Luc Moulene, Gabriel Orozco, Christodoulos Panayiotou, Giuseppe Penone, Walid Raad, Gerhard Richter, Patrick Saytour, Suzanne Treister, Claude Viallat et Danh Vo

« Un désir d’archéologie »

Dans son texte d’intention, Jean-Marc Prevost annonce :

« L’exposition regroupera quatre artistes réalisant des œuvres sur le thème de l’archéologie au sens large. De nombreux artistes contemporains développent un travail autour de recherches liées aux archives, à la mémoire pour questionner ce qui relève de la vérité historique. Si l’archéologie est liée traditionnellement à la découverte d’objets de différentes natures (sculptures, vestiges architecturaux…), qu’en est-il aujourd’hui d’une archéologie des images ? Les artistes présentés utilisent différents médiums, sculptures, installations, photographies ou vidéos qui nous permettent de cerner ce désir d’un regard vers le passé pour comprendre notre futur ».

Avec : Baris Dogrusöz, Asier Mendizabal, Thu Van Tran et Clemens Von Wedemeyer.

On attend avec intérêt ces deux expositions, dans l’attente du projet consacré à Wolfgang Tillmans le 4 mai prochain.

Chronique à suivre après la réouverture de Carré d’art, jeudi 12 avril à 18h30

À lire ci-dessous, les présentations de « Des archipels » et « Un désir d’archéologie » et celles des artistes Baris Dogrusöz, Asier Mendizabal, Thu Van Tran et Clemens Von Wedemeyer, extraites du dossier de presse.

En savoir plus :
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Présentation de l’accrochage « Des archipels »

Des archipels à Carré d’art – Nîmes
Des archipels à Carré d’art – Nîmes

Une collection c’est un ensemble d’oeuvres singulières mais qui sont liées entre elles de multiples façons. Faire des choix dans une collection c’est donc à chaque fois rendre visible ces singularités et ces correspondances.

La pensée archipélique convient à l’allure de nos mondes. Elle en emprunte l’ambigu, le fragile, le dérivé. Elle consent à la pratique du détour, qui n’est pas fuite ni renoncement. […] Nous nous apercevons de ce qu’il y avait de continental, d’épais et qui pesait sur nous, dans les somptueuses pensées de système qui jusqu’à ce jour ont régi l’Histoire des humanités, et qui ne sont plus adéquates à nos éclatements, à nos histoires ni à nos non moins somptueuses errances. La pensée de l’archipel, des archipels, nous ouvre ces mers. *

Parmi les parcours possibles, en écho à l’exposition Un désir d’archéologie une relecture de certaines oeuvres peut se dessiner autour des notions de traces, de ruines, de fragilité avec les oeuvres de Giuseppe Penone, Gabriel Orozco ou Jean-Luc Moulène. L’oeuvre de Danh Vo We the People constituée de fragments de la statue de la liberté, si elle est ruine, est aussi l’image parfaite d’un archipel se déployant au gré des expositions dans le Tout Monde cher à Edouard Glissant.

L’accrochage permet de découvrir des acquisitions ou dépôts récents d’Omer Fast, Lawrence Abu Hamdam, Suzanne Lafont, Patrick Saytour ou de Suzanne Treister.

L’œuvre de Patrick Saytour vient compléter l’ensemble important autour du mouvement Supports/Surfaces. Dans Continuity ayant pour sujet le retour d’un soldat de la guerre en Irak, Omer Fast poursuit son questionnement sur la production des images médiatiques tout en analysant la spectacularisation de l’information qui nous place dans un rapport fragmenté au monde. Suzanne Lafont comme Lawrence Abu Hamdam ou Suzanne Treister révèlent des réseaux et données invisibles qui régissent aujourd’hui l’espace politique et social. L’installation de Suzanne Lafont a été réalisée à partir du livre du grand architecte Rem Koolhaas dans lequel sont analysés les flux commerciaux et les nouveaux espaces liés à la société de consommation. Lawrence Abu Hamdam approche la façon dont est contrôlé le déplacement des populations et en particulier des émigrés africains par les pays occidentaux. Suzanne Treister dans sa série de diagrammes pense la dématérialisation des flux financiers et l’irrationalité des algorithmes régissant le monde capitaliste.

* Edouard Glissant – Traité du tout monde – Gallimard, 1997, p. 31.

Présentation de l’exposition « Un désir d’archéologie »

Un désir d’archéologie à Carré d’art – Nîmes - Affiche
Un désir d’archéologie à Carré d’art – Nîmes – Affiche

L’exposition regroupera quatre artistes réalisant des œuvres sur le thème de l’archéologie au sens large. De nombreux artistes contemporains développent un travail autour de recherches liées aux archives, à la mémoire pour questionner ce qui relève de la vérité historique. Si l’archéologie est liée traditionnellement à la découverte d’objets de différentes natures (sculptures, vestiges architecturaux…), qu’en est-il aujourd’hui d’une archéologie des images? Les artistes présentés utilisent différents médiums, sculptures, installations, photographies ou vidéos qui nous permettent de cerner ce désir d’un regard vers le passé pour comprendre notre futur.

Ces artistes proposent une réflexion sur la nécessité d’entreprendre un travail d’archéologie. Une archéologie qui bien loin des seuls objets matériels a pour corpus des images, des archives, des gestes ou des récits. Porter un regard sur le passé est souvent synonyme de construction de narrations qui deviennent tout particulièrement visibles dans la conception de parcours muséographiques laissant croire à une possible vérité historique. L’intérêt qu’ils portent s’inscrit dans une démarche critique motivée par le désir d’éclairer le présent. Les oeuvres exposées évoquent aussi bien l’esthétique des ruines, les enjeux de la représentation que les conflits actuels au Moyen Orient ou la relecture des discours colonialistes.

Baris Dogrusöz

Né en 1978 à Istanbul, Turquie
Vit et travaille à Beyrouth

L’artiste s’intéresse à Europos Doura cité cosmopolite située dans l’espace actuel de la Syrie. A partir du IIIème siècle avant JC et pendant plus de 500 ans, la diversité religieuse, linguistique et culturelle caractérisa la vie de la cité. Assiégée par les Perses puis abandonnée elle resta ensuite en partie ensevelie sous le sable du désert puis redécouverte au début du siècle dernier. L’installation vidéo propose une étude du site archéologique où l’ensevelissement peut être pensé comme une stratégie de résistance et de conservation faisant écho aux destructions que subissent les monuments dans certaines parties du monde.

Asier Mendizabal

Né en 1973 à Ordizia, Espagne
Vit et travaille à Bilbao

Asier Mendizabal pense les relations entre forme, discours et idéologie à partir de la collection archéologique et ethnographique du musée d’art précolombien de Quito constituée pendant la période post-coloniale. Il prend comme référence les écrits de Paul Rivet qui au début du XXème siècle a entrepris l’expédition connue sous le nom de Deuxième Mission Géodésique Française en Equateur. Il réutilise les images, trouvées dans les publications de l’époque, en modifiant subtilement les contours des vases ou des crânes qui y sont représentés dans le but d’interroger la légitimité des formes de représentation et de classification.

Thu Van Tran

Née en 1979 au Vietnam
Vit et travaille en France

Dans son projet Les Pieds de la République Thu Van Tran a photographié un monument dédié à la ville de Paris célébrant la gloire de l’expansion coloniale française. Achevé en 1920 il resta devant le Palais des Colonies à la Porte de Vincennes à la suite de l’exposition de 1931. Par la suite il a été relégué au Jardin Tropical de Nogent-sur-Marne comme bien d’autres vestiges de pavillons de pays colonisés. Témoignage de l’histoire, ce monument devenu ruine du passé colonial de la France connaît aujourd’hui des formes de réappropriation par les habitants conscients ou non de sa dimension historique et de sa charge symbolique.

Clemens Von Wedemeyer

Né en 1974 au Göttingen, Allemagne
Vit et travaille à Berlin

Dans The Begining – Living Figures Diying construit une brève histoire de la sculpture grecque et romaine au cinéma en rejouant la création démiurgique de figures humaines. On y voit la mise en oeuvre d’artifices et d’effets spectaculaires par lesquels le cinéma fabrique des fantasmes mais aussi démons et ennemis. Il y est question de la dimension politique de la sculpture aussi bien dans son pouvoir de représentation que le désir de destruction dévoilant le cinéma comme un champ de bataille.

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