Un été à la Collection Lambert avec Ellsworth Kelly, Claire Tabouret et Christian Lutz

Du 5 juillet au 4 novembre 2018, la Collection Lambert présente trois nouvelles expositions :

Ligne Forme CouleurEllsworth Kelly (1923-2015) dans les collections françaises
Cette exposition conçue par l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA), sous le commissariat d’Éric de Chassey s’annonce comme un des événements majeurs de l’été à Avignon. Elle devrait réunir autour d’une donation exceptionnelle de 54 estampes destinées à rejoindre le fonds de la bibliothèque de l’INHA, des œuvres issues de collections françaises publiques et privées.

Claire Tabouret
Le Festival d’Avignon s’associe à la Collection Lambert pour organiser une double exposition de l’artiste française Claire Tabouret, auteure de l’affiche de la 72e édition du Festival.

Claire Tabouret, Affiche 72e Festival Avignon
Claire Tabouret, Affiche 72e Festival Avignon

À l’Église des Célestins, l’artiste proposera des œuvres autour des identités multiples d’Isabelle Eberhardt, personnage hors du commun qui l’accompagne depuis quelques années ainsi que les collages et monotypes de sa série « Les Étreintes »
À la Collection Lambert, Claire Tabouret devrait présenter ses grands portraits de groupes et une série de céramiques figurant d’étranges enfants…

Christian Lutz – « Anatomies du pouvoir »
Réalisée en partenariat avec les Rencontres d’Arles dans le cadre de « Grand Arles Express », le photographe suisse exposera ses images de ses séries « Protokoll », « Tropical Gift » et « In Jesus’ Name » dont on avait vu une sélection, lors des Boutographies 2015 à Montpellier.

Ces trois expositions, les premières depuis le départ d’Éric Mézil, seront accompagnées d’un nouvel accrochage de la collection permanente « La Collection Lambert – Témoignage d’un marchand amoureux de l’art », visible à partir du 15 juin 2018. Un accent particulier est annoncé autour des œuvres de Sol LeWitt.

Carl Andre, Tenth Cooper Corner, Bern, 1975 et Lawrence Weiner, Ruptured, 1972
Carl Andre, Tenth Cooper Corner, Bern, 1975 et Lawrence Weiner, Ruptured, 1972

Chroniques à suivre après un passage à la Collection Lambert.

À lire, ci-dessous, les textes de présentation de ces trois projets et du nouvel accrochage des collections.

En savoir plus :
Sur le site de la Collection Lambert
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Sur le site de Claire Tabouret
Sur le site de Christian Lutz

La Collection Lambert accueille une grande exposition consacrée au peintre américain Ellsworth Kelly (1923-2015). Elle réunit autour d’une donation exceptionnelle de 54 estampes destinées à rejoindre les collections de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), des œuvres issues de collections françaises, aussi bien publiques que privées. Le commissariat en est assuré par Éric de Chassey, directeur de l’INHA et spécialiste de la peinture étatsunienne. Le titre de l’exposition est celui d’un livre d’artiste dont Kelly fit le projet pendant son séjour en France, en 1951 : Line Form Color.

Ellsworth Kelly, Bleu foncé avec rouge [Dark Blue with Red] (AX10), de la Suite de vingt-sept lithographies en couleur [Suite of Twenty-Seven Color Lithographs], 1964-1965 lithographie sur papier Rives BFK, EA (éd. 75), 89,5 x 60 cm Institut National d’Histoire de l’Art, Paris © Ellsworth Kelly Foundation
Ellsworth Kelly, Bleu foncé avec rouge [Dark Blue with Red] (AX10), de la Suite de vingt-sept lithographies en couleur [Suite of Twenty-Seven Color Lithographs], 1964-1965 lithographie sur papier Rives BFK, EA (éd. 75), 89,5 x 60 cm Institut National d’Histoire de l’Art, Paris © Ellsworth Kelly Foundation

Exposer ce grand maître du XXème siècle à la Collection Lambert est essentiel à plus d’un titre : l’artiste a entretenu toute sa vie un rapport privilégié avec la France, et il annonçait les problématiques sensibles qui seront à l’oeuvre chez les tenants de l’art minimal dont les noms ont participé au rayonnement de la Collection (Robert Ryman, Brice Marden, Robert Mangold, Sol LeWitt…) et que l’on retrouve en échos dans l’accrochage du fonds permanent.
Après avoir participé comme soldat à la libération de la France durant la seconde guerre mondiale, il revint s’y installer de 1948 à 1954, avant d’y faire plusieurs séjours tout au long de sa vie. Il y rencontre Picasso, Calder, Brancusi, Arp, y découvre Matisse, Monet et les abstraits géométriques qui influenceront sa peinture, notamment dans sa quête de l’épure, de l’équilibre et de l’intensité des sensations.

Ellsworth Kelly, Vert [Green] (AX7), de la Suite de vingt-sept lithographies en couleur [Suite of Twenty-Seven Color Lithographs], 1964-1965 lithographie sur papier Rives BFK, EA (éd. 75), 89,5 x 60,3 cm Institut National d’Histoire de l’Art, Paris © Ellsworth Kelly Foundation
Ellsworth Kelly, Vert [Green] (AX7), de la Suite de vingt-sept lithographies en couleur [Suite of Twenty-Seven Color Lithographs], 1964-1965 lithographie sur papier Rives BFK, EA (éd. 75), 89,5 x 60,3 cm Institut National d’Histoire de l’Art, Paris © Ellsworth Kelly Foundation

C’est là, à partir de 1949, qu’il met au point une méthode éloignée des paradigmes de l’abstraction lyrique et de l’expressionnisme abstrait alors en vogue en Europe et aux États-Unis. Il duplique des formes trouvées dans la réalité ou produites par le hasard et, pour reprendre ses mots, les « vide de leur contenu figuratif [pour] projeter l’oeuvre dans un nouvel espace », développant un vocabulaire singulier où lignes, formes et couleurs entretiennent et produisent des liens inédits.

À l’instar de Franck Stella ou de Jasper Johns dont il côtoie les œuvres de retour aux États–Unis, il renouvelle profondément les possibilités de l’abstraction et de la peinture en général, annonçant les changements radicaux opérés par les nouvelles avant-gardes. Ses œuvres abstraites, envisagées comme autant de mises en volume de la peinture, induisent non seulement de nouvelles manières de peindre mais aussi de regarder et d’expérimenter l’œuvre.

Ellsworth Kelly, EK (AX 246), 1988, lithographie sur papier Arches 88, EA 4/10 (éd. 50), 119,4 x 96,5 cm Institut National d’Histoire de l’Art, Paris © Ellsworth Kelly Foundation
Ellsworth Kelly, EK (AX 246), 1988, lithographie sur papier Arches 88, EA 4/10 (éd. 50), 119,4 x 96,5 cm Institut National d’Histoire de l’Art, Paris © Ellsworth Kelly Foundation

Son lien avec la France vient d’être réaffirmé par le Studio Ellsworth Kelly qui a souhaité faire don de 54 estampes de l’artiste à la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), déjà riche d’une collection d’estampes constituée entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe par le grand mécène Jacques Doucet.

Cet ensemble permet d’observer la manière dont Kelly a, tout au long de sa carrière, expérimenté les possibilités que peut offrir l’image imprimée, depuis sa première lithographie réalisée aux Beaux-arts de Paris en 1949 jusqu’aux œuvres monumentales sur papier des années 2000. Il révèle des aspects méconnus du travail de l’artiste, avec notamment la série de lithographies en couleur abstraites et celle consacrée à la représentation linéaire de plantes, réalisées à Paris au milieu des années 1960, ou encore les variations qui, en 1988, prennent pour motifs son propre visage ou celui d’un de ses proches.

Ellsworth Kelly, Sans titre [Untitled] (AX1), 1949, lithographie sur papier crème, 6/16, 30,5 x 24,1 cm Institut National d’Histoire de l’Art, Paris © Ellsworth Kelly Foundation
Ellsworth Kelly, Sans titre [Untitled] (AX1), 1949, lithographie sur papier crème, 6/16, 30,5 x 24,1 cm Institut National d’Histoire de l’Art, Paris © Ellsworth Kelly Foundation

Cette donation exceptionnelle, dont ce sera la première présentation au public, sera accompagnée d’une sélection d’œuvres d’Ellsworth Kelly – tableaux, dessins, collages et estampes – qui se trouvent aujourd’hui dans les collections françaises, publiques et privées, dont de nombreuses œuvres inédites ou dont l’accès est ordinairement limité à quelques privilégiés.

En partenariat avec le Festival d’Avignon
Dans le cadre de sa 72ème édition, le Festival d’Avignon s’associe à la Collection Lambert pour organiser une double exposition de l’artiste française Claire Tabouret, que le public avignonnais avait pu découvrir à l’été 2017 à l’occasion de la grande exposition dédiée à la Collection d’agnès b. à la Collection Lambert.

Claire Tabouret, Visuel Festival Avignon © Claire Tabouret
Claire Tabouret, Visuel Festival Avignon © Claire Tabouret

Âgée de 35 ans et résidant en Californie, l’artiste peint entre recouvrements et dissimulations un « ici et maintenant » atemporel. Qu’il s’agisse de portraits d’enfants au regard fixe ou de groupes de tous âges, son oeuvre nous regarde, interrogeant nos désirs par des tableaux aux couleurs profondes et travaillées.

À l’Église des Célestins, le sol en terre tendre, le silence et la lumière intime se mettent au diapason d’une peinture mondialement célébrée. Cette fixité de la présence, l’artiste lui a trouvé une déclinaison précieuse dans l’oeuvre-vie d’Isabelle Eberhardt (1877-1904) qui, d’européenne à homme musulman, traversa de multiples identités avant de disparaître, noyée et engloutie sous la terre qu’elle recherchait tant. Les êtres masqués de latex de la série Les Étreintes lui sont proches dans leur jeu fétichiste, au beau milieu de paysages touchés également par l’indistinct et le trouble.

À la Collection Lambert, de grands portraits de groupes, comme autant de solitudes miraculeusement réunies en un comte onirique — veilleurs, camisole, carnaval — s’associent à une série de céramiques figurant d’étranges enfants et continuent ainsi de porter leur regard obstiné vers le spectateur, formulant un silencieux « Qui es-tu ? » qui, de Manet à aujourd’hui, continue d’incarner la peinture.

En partenariat avec les Rencontres d’Arles et la Sélection Suisse
La Collection Lambert s’associe au Grand Arles Express pour la troisième année consécutive en présentant à Avignon le travail de l’artiste suisse Christian Lutz.

Christian Lutz, sans titre, Série Protokoll, 2007 © Christian Lutz
Christian Lutz, sans titre, Série Protokoll, 2007 © Christian Lutz

Qu’il s’intéresse aux coulisses de la politique internationale en photographiant les déplacements de délégations diplomatiques (Protokoll, 2007), aux conséquences néfastes du commerce du pétrole au Nigeria (Tropical Gift, 2012) ou qu’il s’immerge dans une communauté évangéliste pour en photographier le quotidien (In Jesus’ Name, 2012), Christian Lutz agit en photographe embarqué au plus près des relations de pouvoir.

Christian Lutz, sans titre, Série, Tropical Gift, 2010 © Christian Lutz
Christian Lutz, sans titre, Série, Tropical Gift, 2010 © Christian Lutz

Dans une approche sensible qui mêle l’esthétique du documentaire à la contemplation, il représente les êtres vivants dans des dispositifs de pouvoir « à l’intérieur desquels ils ne cessent d’être saisis », pour reprendre les mots de Giorgio Agamben. Les dysfonctionnements du monde y sont pointés avec une distance singulière et poétique qui nous écarte des images de reportage traditionnelles pour convoquer les maîtres de la peinture classique.

Christian Lutz, sans titre, Série In Jesus’ Name, 2012 © Christian Lutz
Christian Lutz, sans titre, Série In Jesus’ Name, 2012 © Christian Lutz

Une exposition composée d’une sélection d’œuvres du fonds de la Collection Lambert (et notamment de la donation effectuée en 2012) sera présentée en permanence dans l’un des deux hôtels particuliers qui abritent la Collection Lambert depuis son extension il y a trois ans. Les œuvres du fonds seront présentées par roulement, avec des focus consacrés à certains artistes ou mouvements particulièrement bien représentés dans la Collection.

La Collection Lambert, témoignage d’un marchand amoureux de l’art, a été pensée comme un large panorama sensible révélant le regard d’une personnalité centrale du monde de l’art. Elle explore les révolutions artistiques initiées dans les années 60 et 70 aux États-Unis et en Europe, dont Yvon Lambert fut un des premiers et des plus fervents défenseurs, et montre comment ces nouvelles manières de penser, de produire et de partager l’art ont nourri les pratiques artistiques de ces 60 dernières années, tout autant que le regard du collectionneur, toujours tourné vers la jeune création.

L’exposition montre aussi combien la Collection Lambert est constituée d’ensembles très cohérents pour chaque artiste, au point que pour certains d’entre eux, Avignon est le seul lieu en France où l’on peut admirer autant d’œuvres. C’est le cas pour Sol LeWitt dont plus de 35 œuvres — sculptures, œuvres sur papier et Wall drawings — seront présentées cet été.

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