Isabelle Cornaro – Blue Spill au MRAC – Sérignan

Jusqu’au 27 janvier 2019, le MRAC (Musée régional d’art contemporain Occitanie) invite Isabelle Cornaro. Avec « Blue Spill », elle présente une exposition remarquable et très cohérente qui interroge avec subtilité et intelligence nos relations singulières aux images… À ne pas manquer !

Pour ce projet conçu spécifiquement pour le lieu, Isabelle Cornaro a souhaité montrer les liens entre sa pratique cinématographique, son approche de la peinture et de la sculpture.

Le parcours muséographique s’articule en trois séquences :

Au rez-de-chaussée, une sélection de films construit un dialogue entre des productions d’Isabelle Cornaro et des extraits de vidéos récupérées sur internet (publicités, trailer du cinéma gore des années 1960, tutoriel médical et vidéo urbex).

La scénographie s’appuie sur l’idée d’un montage spatialisé qui associe six grandes projections sur des cimaises et l’utilisation de cinq moniteurs posés sur des socles.
L’ensemble très réussi propose au visiteur un parcours à la fois captivant, étrange et dérangeant à travers les rapports ambigus et troubles entre les êtres et les choses.

À l’étage, Isabelle Cornaro a investi le cabinet d’art graphique avec des œuvres de la collection du MRAC et du FRAC Occitanie Montpellier. Dans ce rôle de commissaire d’exposition, elle déplace ici la question du regard essentielle dans sa pratique artistique. Sa sélection d’œuvres est évidemment fortement liée aux enjeux de son projet.

Isabelle Cornaro - Cabinet graphique - Vue de l’exposition « Blue Spill » d’Isabelle Cornaro, Mrac Sérignan. Photo Aurélien Mole
Cabinet graphique – Vue de l’exposition « Blue Spill » d’Isabelle Cornaro, Mrac Sérignan. Photo Aurélien Mole

Toujours à l’étage, dans la grande salle de l’extension, Isabelle Cornaro présente une exceptionnelle série de peintures en spray réalisées à partir de reproductions et d’agrandissements d’images extraites de ses films. Au format 16/9, les peintures sont installées bord à bord, tout autour de l’espace suggérant le défilement sur un banc de montage dans lequel le visiteur serait immergé.

Isabelle Cornaro - Blue Spill au MRAC - Sérignan
Reproduction, 2018 – Blue Spill au MRAC – Sérignan

Au centre, plusieurs « monolithes » recouverts également de peintures en spray jouent le rôle de socle pour divers objets. Présentés en « flaques » ou dans des alignements rigoureux, on reconnaît verroterie, petites monnaies, perles, figurines, pacotille et autres colliers et chaînes qui peuplent les films projetés au rez-de-chaussée.

On attendait avec beaucoup d’intérêt de découvrir « Blue Spill ». Le souvenir ébloui de Reproductions (# 9, rose), 2015 sur un mur de la Fondation Vincent Van Gogh Arles en 2016 restait en effet particulièrement vivace.

Le projet qu’Isabelle Cornaro présente au MRAC est sans aucun doute une très belle réussite. Dans les trois espaces investis, la déambulation renvoie toujours la question du statut de l’objet qu’on regarde et de sa charge érotique et sensuelle…
« Blue Spill » impose assurément un passage par Sérignan.
Ne pas manquer « Bandes à part », un superbe accrochage qui mêle avec justesse les acquisitions récentes et des œuvres de la collection.

Commissariat : Sandra Patron

À lire, ci-dessous, quelques regards sur l’exposition avec des images de « Blue Spill », des commentaires d’Isabelle Cornaro enregistrés lors de la visite de presse et la présentation extraite du dossier de presse. On trouvera également quelques repères biographiques issus du même document.

Chronique à suivre après le vernissage.

En savoir plus :
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Sur le site de Isabelle Cornaro

Isabelle Cornaro - Blue Spill au MRAC - Sérignan
Isabelle Cornaro – Blue Spill au MRAC – Sérignan

Subterranean, 2017

Publicité Chanel pour la collection baroque, 2011

Day for Night, 2017

Isabelle Cornaro, Day for Nights, 2017 et Video Urbex, 2013 - Exposition Blue Spill au MRAC - Sérignan
Isabelle Cornaro, Day for Nights, 2017 et Video Urbex, 2013 – Exposition Blue Spill au MRAC – Sérignan

Kazumi Kurigali pour Parco, 1979

Shimmers, 2017

Tutoriel médical « Laminate Medical Technologies – VasQ Implantation Procedure », 2015

Vidéo Urbex « Dmitri Responds to a Reported Haunted Abandoned Restaurant », 2013

Choses, 2014

Bande-annonce de Carnage de Mario Bava, 1971

Publicité censurée de Steven Meisel pour Calvin Klein, 1975

Holu Orrore, 2018

Isabelle Cornaro, Holu Orrore, 2018 - Blue Spill au MRAC - Sérignan 14
Isabelle Cornaro, Holu Orrore, 2018 – Blue Spill au MRAC – Sérignan 14

Isabelle Cornaro présente une sélection de ses derniers films où elle utilise des techniques cinématiques proches du cinéma structurel des années 1960 : montages syncopés ou lents travellings qui glissent à la surface d’objets savamment mis en scène. Les films tournés en 16 mm puis transférés sur support digital reconstruisent l’acte de regarder. Par une utilisation saturée des couleurs, par une distorsion des échelles, les films mettent à distance ces objets familiers, les font tendre vers l’abstraction, leur conférant une dimension fétichiste et sensuelle. Baignant dans des couleurs criardes, tout à la fois séduisants et repoussants, ces objets familiers nous rappellent leur vraie nature, celle de colifichets sans valeur, si ce n’est celle de nos émotions partagées.

En dialogue avec ses propres films, Isabelle Cornaro propose dans ce même espace une sélection d’extraits de films trouvés sur internet : films de vulgarisation scientifique, films publicitaires ou cinéma gore des années 1960. Tous ces films ont en commun de provenir d’une culture mainstream du divertissement qui fétichise l’objet dans une gestuelle et des cadrages volontiers excessifs. Quelque chose émerge de quasi malsain dans ce rapport obsessionnel à l’objet, quelque chose lié à l’abject, à la décomposition et à l’objectivation du sujet. Comme dans les propres films de Cornaro, la grammaire filmique est ici très simple : longs plans fixes ou simples panoramiques, rendus vibrants par des jeux de lumière expressionnistes, ils mettent à jour le caractère obsessionnel, voire concupiscent, de notre regard.

Isabelle Cornaro - Cabinet graphique - Vue de l’exposition « Blue Spill » d’Isabelle Cornaro, Mrac Sérignan. Photo Aurélien Mole
Cabinet graphique – Vue de l’exposition « Blue Spill » d’Isabelle Cornaro, Mrac Sérignan. Photo Aurélien Mole
Allan McCollum, Collection of 144 Monoprints, 2006 - Cabinet graphique - Isabelle Cornaro - exposition Blue Spill au Mrac -Sérignan
Allan McCollum, Collection of 144 Monoprints, 2006 – Cabinet graphique – exposition Blue Spill au Mrac -Sérignan
Isabelle Cornaro - Cabinet graphique - Vue de l’exposition « Blue Spill » d’Isabelle Cornaro, Mrac Sérignan. Photo Aurélien Mole
Cabinet graphique – Vue de l’exposition « Blue Spill » d’Isabelle Cornaro, Mrac Sérignan. Photo Aurélien Mole

 

Isabelle Cornaro présente une sélection d’œuvres de la collection du Mrac et du Frac Occitanie Montpellier. Cette pratique du commissariat d’exposition, que l’artiste a exploré à plusieurs reprises par le passé, crée ici un lien transitionnel entre l’espace des vidéos au rez-de-chaussée et l’espace pictural au premier étage.

D’origines et de médiums hétérogènes, toutes les œuvres sélectionnées permettent une mise en relation entre des états émotionnels et des objets à l’identité ambiguë, à l’instar de ces fleurs de Joan Fontcuberta qui se révèlent composées de détritus récupérés. Tout concourt ici à l’érotisation des corps comme des objets, mais une mise à distance permanente s’opère, à l’image de ces masques de Warhol derrière leur vitrine commerciale. Dans l’accrochage imaginé par l’artiste, un jeu subtil s’établit entre plans serrés et plans larges, entre le fragment des corps (Sam Samore), et l’évocation de la multitude (McCollum). Des notions comme la sérialité et la répétition, palpable chez John Baldessari, comme chez Warhol ou McCollum, rejoue un principe cher à la pratique d’Isabelle Cornaro que nous retrouverons au même étage avec sa nouvelle série de peintures.

Isabelle Cornaro - Blue Spill au MRAC - Sérignan
Reproductions, 2018 – Blue Spill au MRAC – Sérignan

Reproductions, 2018

Sans titre (socles #7-13), 2018

Isabelle Cornaro propose une série de peintures qui sont à la fois des reproductions et des agrandissements d’images de ses films. Dans ces peintures en spray, réalisées en projetant les pigments à même le support, l’artiste déconstruit l’image animée pour produire une série d’images fixes. Par opposition à la couleur digitale générée par les films, ces œuvres sont des projections matérielles de couleur, créant un rendu sensible qui leur confère une séduction immédiate, un effet perceptif à la troublante beauté. Conservant les proportions 16/9 de l’image filmique, les peintures en spray sont installées bord à bord, reproduisant visuellement le défilement des images d’un banc de montage vidéo.

Le spray crée un flou, une absence de focus qui décompose et dévitalise l’image, qui la rend quasi abstraite, produisant par la même un parallèle tant avec le pointillisme cher aux impressionnistes qu’avec la pixellisation des images numériques. Cette indétermination entre un objet et sa reproduction en image est redoublée par une série de monolithes énigmatiques présentés en vis-à-vis. Recouverts également de peintures en spray, ils créent dans l’espace une oscillation tout autant rétinienne que conceptuelle.

Isabelle Cornaro - Blue Spill au MRAC - Sérignan
Isabelle Cornaro – Blue Spill au MRAC – Sérignan

Isabelle Cornaro (née en 1974, vit et travaille à Paris et Genève) a présenté son travail en France et à l’étranger dans de nombreuses expositions collectives, au Hammer Museum de Los Angeles (2018), au Palais de Tokyo (2017), au Centre Pompidou (2016), au Musée du Louvre (2015) ou sur la High Line à New York (2015).

Son travail a également fait l’objet d’expositions personnelles remarquées, à La Verrière-Fondation Hermès de Bruxelles (2017), à la South London Gallery (2015), au Musée M de Louvain (2014), à la Kunsthalle de Berne (2013), au Frac Aquitaine (2012), au Centre National d’Arts et de Cultures Le Magasin à Grenoble (2012) ou encore à la Kunsthalle de Düsseldorf (2009).

Isabelle Cornaro a par ailleurs gagné le prix de la Fondation Ricard en 2010 et le prix de la Fondation Rothschild en 2012.

Son travail est représenté à Paris par la galerie Balice Hertling, à Zurich par la galerie Francesca Pia et à Los Angeles par la galerie Hannah Hoffman.

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