Kinshasa Chroniques au MIAM – Sète

Du 23 octobre 2018 au 10 mars 2019, le MIAM (Musée International des Arts Modestes) présente à Sète « Kinshasa Chroniques », une exposition coproduite avec la Cité de l’architecture & du patrimoine.

Avec « Kinshasa Chroniques », le MIAM reprend un cycle d’expositions qui a marqué nombre de ses visiteurs et leur a permis de rencontrer des univers artistiques foisonnants et souvent peu connus : Winnipeg en 2011-2012, Manille en 2013, Séville en 2014 et Providence en 2015-2016.

On attend avec impatience de découvrir ces « Kinshasa Chroniques » et les 70 créateurs congolais invités par les commissaires Claude Allemand (MIAM), Sébastien Godret (archidb), Dominique Malaquais (CNRS), Fiona Meadows (Cité de l’architecture & du patrimoine) et Androa Mindre Kolo (Bingo Cosmos).

Dans leur texte de présentation, ces cinq commissaires annoncent :

« Une approche de la capitale congolaise, troisième ville d’Afrique, née du regard d’artistes dont la pratique est ancrée dans une expérience intime de l’espace urbain. Soixante-dix créateurs – individus, binômes, collectifs – y disent par la plastique, par le verbe, par le son, Kinshasa telle qu’elles et ils la voient, la vivent, la questionnent, l’imaginent, l’espèrent, la contestent ».

Photographes, vidéastes, performeurs, slameurs, rapeurs, peintres, bédéistes envahiront le MIAM pour proposer une déambulation à travers Kinshasa « qui mène les visiteurs de quartier en quartier, l’exposition s’articule autour de neuf chroniques. Ces chroniques peuvent être abordées comme on aborderait la ville elle-même, de manière linéaire ou, selon l’intérêt et l’envie de chacun, en faisant des sauts, des impasses, des allers et retours ».

La scénographie de « Kinshasa Chroniques » a été confiée à Jean-Christophe Lanquetin et le graphisme à Nina Stottrup Larsen.

Le parcours s’articulera en 11 séquences avec les artistes suivants :

Kinshasa Chroniques – Préface :

Nelson Makengo, Série Théâtre urbain (2016)
Nelson Makengo, Série Théâtre urbain (2016)

Nelson Makengo , photographie • Jean-Marie Mosengo Odia, dit Moke Fils, camionnette peinte • Mega Mingiedi, dessin • Sammy Baloji, photo • Benjamin Bibas, environnement sonore

Kinshasa Chroniques – Déambulations :

Junior D. Kannah, Série Le train de l’illusion (2014)
Junior D. Kannah, Série Le train de l’illusion (2014)

Gosette Lubondo, photographie • Sinzo Aanza, installation • Olivier Kasongo, dit Olikas, photographie • Junior D. Kannah, photographie • Florent de la Tullaye, vidéo • Nizar Saleh Hirji et Paul Shemisi, vidéo • Luc Mayemba, BD • Hervé Boliki, BD • Micky Muteba, BD • Rolly Kabuya, BD • Trésor Matameso, dit Papa Divin, BD • André Ditu, BD • Judith Kaluaji, BD • Alain-Piazza Dinsundi, BD • Albert Luba, BD • Kennedy Nzungu, BD • Éléonore Hellio, Bebson Elemba, Danniel Toya, installation

Kinshasa Chroniques – Chronique 1 : Ville Performance

Julie Djikey, Ozonisation – Troisième ruelle (2013)
Julie Djikey, Ozonisation – Troisième ruelle (2013)

Julie Djikey, performance photographiée par Pascal Maître • Bebson Elemba, dit Bebson de la Rue, performance photographiée par Sébastien Godret • Michel Ekeba, costume et performance photographiée par Sébastien Godret • Cédrick Mbengi, dit 100% Papier, costume et performance photographiée par Yves Sambu • Yannick Makanka Tungaditu, dit Yannos Majestikos, costumes et performances photographiées par Sébastien Godret et XXX • Christian Bokondji, performance photographiée par Renaud Barret • Fabrice Kayumba, dit Strombondoribo, performance photographiée par Renaud Barret • Junior Mongongou, dit Dix Bureaux, costume • Eddy Ekete, costume et performance photographiée par Anastasie Langu • Tickson Mbuyi, costume et performance photographiée par Sébastien Godret • Festival KinAct, vidéo de performances (Eddy Ekete, Tickson Mbuyi, Junior Mongoungou, Flory Anass Sinanduku, Pathy Tshindele)

Kinshasa Chroniques – Chronique 2 : Ville Sport

Rek Kandol, 9ème round (2008)
Rek Kandol, 9ème round (2008)

Dareck Tubazaya , photographie • Widjo Wiyombo, marionnettes • Rek Kandol, photographie

Kinshasa Chroniques – Chronique 3 : Ville Paraître

Francklin Mbungu, Sapeur Francklin, 2018
Francklin Mbungu, Sapeur Francklin, 2018

Yves Sambu, photographie • Jean-Christophe Lanquetin, photographie • Amani Bodo, peinture • M’Pambu Bodo Bodo, dit Bodo Fils, peinture • Francklin Mbungu, peinture/collage

Kinshasa Chroniques – Chronique 4 : Ville Musique

Renaud Barret - Dido Oweke, fabricant d'instruments - Quartier Ngwaka
Renaud Barret – Dido Oweke, fabricant d’instruments – Quartier Ngwaka

Jean Bosco Mosengo Shula, dit Shula, peinture • Roger Kangudia, photographie • Faustin Linyekula, capture vidéo • Renaud Barret, photographie • Wilfried Luzele, dit Lova Lova, clip vidéo • Fabrice Kayumba, dit Strombondoribo, clip vidéo • Yolande Ngoy, dite Orakle, enregistrement audio • Jean Benoît Bokoli, dit Micromega, enregistrement audio • Kongo Astronauts, enregistrement audio

Kinshasa Chroniques – Chronique 5 : Ville Capital(ist)e

Sammy Baloji, Affiches chinoises (détail) (2016)
Sammy Baloji, Affiches chinoises (détail) (2016)

Sammy Baloji, installation multimédia • Georges Makaya Lusavuvu, dessin • Sébastien Godret, photographie • Emani Koto Eko, photographie • Maurice Mbikayi, vidéo

Kinshasa Chroniques – Chronique 6 : Ville Esprit

Géraldine Tobe, Influence des églises sur la population (2017)
Géraldine Tobe, Influence des églises sur la population (2017)

Géraldine Tobe, peinture • Aicha Muteba Makana, performance photographiée par Barry Mody • Éric Androa Mindre Kolo, installation • Mega Mingiedi, installation

Kinshasa Chroniques – Chronique 7 : Ville Débrouille

Dareck Tubazaya, Objective (2018)
Dareck Tubazaya, Objective (2018)

Cédrick Nzolo, photographie • Dareck Tubazaya, photographie • Isaac Sahani, photographie • Rek Kandol, photographie

Kinshasa Chroniques – Chronique 8 : Ville Futur(e)

Bienvenu Nanga, Robot (2018)
Bienvenu Nanga, Robot (2018)

Kongo Astronauts, video et photographie • Bienvenu Nanga, sculpture • Hilaire Balu Kuyangiko, dit Hilary Balu, dessin • Sammy Baloji et Filip De Boeck, vidéo • Nelson Makengo, photographie

Kinshasa Chroniques – Chronique 9 : Ville Mémoire

Photomontage de documents d’archive
Photomontage de documents d’archive

Magloire Mpaka Banona, photographie

L’exposition « Kinshasa Chroniques » sera accompagnée d’un catalogue publié aux Éditions de L’Œil.

Chronique à suivre après le vernissage.

À lire, ci-dessous, le texte de présentation de « Kinshasa Chroniques », une note d’intention de Jean-Christophe Lanquetin à propos de la scénographie et quelques repères biographiques à propos des commissaires.

En savoir plus :
Sur le site du MIAM
Suivre l’actualité du MIAM sur Facebook et Twitter
Sure le site de la Cité de l’architecture & du patrimoine

Pour la première fois, le MIAM accueille à Sète des artistes du continent africain. Ils vivent et travaillent principalement à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

L’exposition Kinshasa Chroniques propose une approche de la capitale congolaise, troisième ville d’Afrique, née du regard d’artistes dont la pratique est ancrée dans une expérience intime de l’espace urbain. Soixante-dix créateurs—individus, binômes, collectifs—y disent par la plastique, par le verbe, par le son, Kinshasa telle qu’elles et ils la voient, la vivent, la questionnent, l’imaginent, l’espèrent, la contestent. La focale est éminemment contemporaine : photographes, vidéastes, performeurs, slameurs, rapeurs, peintres, bédéistes, ils et elles sont presque tous nés après 1980. En cela, l’exposition fait écho à la démographie de Kinshasa, dont la très grande majorité des habitants a moins de quarante ans. Engagés, à la recherche de manières nouvelles de dire et d’imaginer la ville, tant formellement qu’éthiquement et politiquement, les concepteurs que l’on rencontre ici mettent radicalement à mal clichés et images faciles.

Sur fond de déambulation—une traversée de Kinshasa qui mène les visiteurs de quartier en quartier—, l’exposition s’articule autour de neuf chroniques. Ces chroniques peuvent être abordées comme on aborderait la ville elle-même, de manière linéaire ou, selon l’intérêt et l’envie de chacun, en faisant des sauts, des impasses, des allers et retours. Performance, sport, paraître, musique, capital, esprit, débrouille, futur, mémoire : si les thématiques sont diverses, elles n’ont pas pour autant l’objectif d’offrir une vision englobante de Kinshasa. Il s’agit plutôt de suggérer des pistes, ou encore des points d’entrée, pour penser l’espace urbain kinois – pistes et points d’entrée inspirés par le travail des artistes eux-mêmes. L’objectif n’est pas non plus de présenter un panorama des arts contemporains à Kinshasa : l’exposition ne se veut en rien un survol. Plusieurs générations d’artistes sont à l’oeuvre dans la ville aujourd’hui, qui chacune mériterait une ou plusieurs expositions. A quelques exceptions près, qui ensemble confirment la règle, les créateurs en présence ici appartiennent à la plus jeune de ces générations. Si certains ont déjà exposé hors Congo, la plupart sont encore peu connus au-delà du milieu des arts kinois. C’est une importante lacune que Kinshasa Chroniques vise à combler.

Un objectif, encore : dialoguer via les formes, les thématiques, la scénographie avec d’autres lieux et initiatives qui se sont donné pour but d’exprimer la richesse, la complexité de la scène artistique congolaise. Biennale Picha de Lubumbashi qui, en 2017, célébrait sa cinquième édition ; ateliers, expositions, masters class organisés par le collectif kinois Eza Possibles et par Kin ArtStudio, espace fondé à Kinshasa par le plasticien Vitshois Mwilambwe Bondo ; festivals consacrés à la performance, eux aussi à Kinshasa—depuis 2015, les rencontres internationales de performeurs KinAct et en 2007 les Scénos urbaines ; Afropolis : Stadt, Medien, Kunst (Rautenstrauch-Joest Museum, Cologne, 2010-2011), exposition qui consacrait une importante section à Kinshasa ; Kinshasa ville des images (Museum für Kunst und Kulturgeschichte, Dortmund, 2012) ; Beauté Congo (Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2015) ; Urban Now : City Life in Congo (WIELS, Bruxelles, 2016) ; Congo Art Works (Garage Museum of Contemporary Art, Moscou, 2017) ; Kinshasa 2050, rendez-vous annuel lancé par l’Institut français de Kinshasa en 2017… Kinshasa Chroniques s’inscrit dans la continuité de ces précédents et d’autres encore, et par-là souhaite contribuer à l’écriture plurielle d’une histoire de l’art urbain congolais. Dans l’optique, toujours, de dialoguer, les approches proposées dans l’exposition sont celles non pas d’un commissaire individuel, mais d’un collectif de praticiens dont les membres sont issus de domaines divers. Performance, architecture, urbanisme, histoire de l’art, science politique se rejoignent et s’interrogent mutuellement. La visée est non pas de dire la ville de Kinshasa, d’énoncer une ou des vérités la concernant, mais de l’écouter, d’apprendre d’elle.

C’est que les oeuvres regroupées dans Kinshasa Chroniques narrent une ville qui a passablement à enseigner à ses consoeurs d’Europe et d’Amérique du Nord. En matière de formes et de pratiques artistiques et en tant qu’espace de vie. Polycentralité, polyfonctionnalité, contigüité, densité, vitalité du commerce de quartier, économie circulaire : ces caractéristiques offrent un terreau de réflexion positif pour faire évoluer les villes au « Nord » vers plus de dynamisme social, de proximité, de fluidité fonctionnelle et de décentralisation de la production urbaine. Avec ses quelque treize millions d’habitants et 85% de sa surface auto-planifiée et auto-construite, Kinshasa peut, en effet, être perçue comme le révélateur d’une nouvelle façon de produire la ville.

La vie à Kinshasa est souvent très dure. Il ne s’agit pas de faire l’impasse là-dessus. Mais de désespoir non plus il n’est pas question ici. Et pour cause. Les portraits-catastrophe de Kinshasa, et du Congo plus largement, que véhiculent les médias au « Nord » trouvent peu d’écho dans la production artistique de la ville. Infrastructure dévastée, chômage endémique, militarisation de l’espace, violence quotidienne— ces sujets, ces obstacles, sont bien évidemment traités, mais aussi, et souvent simultanément, la poésie, l’espoir. Kinshasa, vue par ses artistes aujourd’hui, est un espace de possibles. C’est à ces possibles qu’est consacrée cette exposition.

Kinshasa est une aporie. Une expérience intense pour qui y a été ou y a vécu, dont il est presque impossible de faire le récit à qui n’y a pas été. Une ville impossible à montrer, à raconter, à exposer. Multiples sont les incompréhensions, les mots n’y suffisent pas, les images non plus. Un trou noir, un mirage, un fantôme. Comment alors, à partir de quoi, envisager la scénographie, en France, d’une exposition, rassemblant plus de 70 artistes vivant ou ayant vécu à Kin.

Kinshasa Chroniques - Scénographie - Jean-Christophe Lanquetin - Le grand mur dans la salle d’exposition à Sète 32mx6m
Kinshasa Chroniques – Scénographie – Jean-Christophe Lanquetin – Le grand mur dans la salle d’exposition à Sète 32mx6m

Je ne peux pas simplement ‘représenter Kinshasa’ avec l’illusion problématique d’en donner une vision globale, sous la forme d’une scénographie d’exposition sans prendre en compte le fait que ce geste participe explicitement d’une forme de centralité réactualisée de l’Occident. Je suis européen et évidemment mon point de vue est façonné par une foi en la distance qui surplomberait ainsi que par un passé colonial auquel je ne peux échapper. J’ai certes vécu et travaillé longuement à Kin mais cela ne change pas grand chose, cela me rend juste, peut-être un peu attentif. Mes réflexes, le projet lui-même auquel je participe, en France, font question. Et la scénographie en tant que pratique opérant une mise en représentation, tout autant.

« L’acte de représenter (et donc de réduire) implique presque toujours une violence envers le sujet de la représentation ; il y a un réel contraste entre la violence de l’acte de représenter et le calme extérieur de la représentation elle-même, l’image (verbale, visuelle ou autre) du sujet. (…) il y a toujours ce contraste paradoxal entre la surface, qui semble être sous contrôle, et le processus qui la produit, celui-ci impliquant inévitablement quelques degrés de violence, de décontextualisation, de miniaturisation, etc. L’action et le processus de la représentation implique du contrôle, de l’accumulation, du confinement ; cela implique un certain type d’étrangement ou de désorientation de la part de celui qui représente ». Edward Saïd.

Penser qu’on peut réellement échapper à cette ‘violence envers le sujet’ dont parle Saïd est illusoire. On est pris dedans. De la représentation surgira malgré tout, parce qu’elle fait partie d’un complexe de mise en forme du monde qui s’est diffusé partout au point d’être devenu diffus et invisible… à commencer par les habitudes du visiteur. Mais cela n’empêche pas de travailler à éloigner, à mettre entre parenthèse, en somme à affaiblir la (re)présentation, en multipliant les formes de présentation, un geste plus franc, plus direct (même si pas dépourvu d’ambiguïtés lui non plus). Comment avec l’espace comme matériau, faire glisser l’expérience du visiteur, quel(s) déplacement(s) opérer ? Saïd nomme avec précision certaines opérations à interroger : miniaturiser, décontextualiser, accumuler, confiner… J’ajouterais découper, cadrer, donner à voir dans un face à face avec le spectateur… Or ce sont justement les ‘outils’ de scénographe, des opérations que l’on mène constamment envers le sujet que l’on expose, quel qu’il soit. Il s’agit d’interroger l’évidence de ces opérations ‘naturelles’, que nous menons sans réfléchir à la violence qu’elles impliquent. C’est dans leur affaiblissement, leur déplacement qu’émergent peut-être, à ce stade, des possibles. Il n’est pas sûr que l’on puisse y échapper, mais il y a une nécessité à chercher ailleurs, un au-delà à explorer. Construire quelque chose de nouveau ? Cela donne souvent l’impression d’un mur à traverser car engager un tel pas de coté, même s’il ouvre aux possibles, laisse singulièrement démuni. On ne sait pas bien par où aller.

Pour l’expo Kinshasa Chroniques, deux pistes ont fait progressivement sens : l’espace est structuré par des couleurs. Elles sont à vrai dire le seul repère que nous donnons en les faisant correspondre à chacune des chroniques. Un travelling vidéo de Florent de la Tullaye dans les rues de Kin, où l’on voit que la couleur est le moyen principal qu’ont les gens pour donner une qualité au bâti, par ailleurs le plus souvent précaire, a permis un choix de rapports de couleur sur couleur, y compris dans les écritures. Cela résout plusieurs enjeux de lecture de l’exposition, mais cela passe par une opération d’abstraction qui peut faire question.

La linéarité de l’organisation de la ville, ses longues rues et avenues droites, sans fin (le schéma d’urbanisme de l’époque coloniale) m’avait marqué. C’est évidemment un peu dérisoire à l’échelle d’une exposition tant cette ville est immense et multiple, mais cela a fini par déterminer la disposition des cimaises. Cela permet d’éviter une scansion plus classique de l’espace destinée à guider le visiteur, faite de points forts, de mises en relations. Ici les lignes droites font que les parcours sont aussi peu imposés que l’espace le permet. Elles autorisent par endroits une errance, Elle permettent de matérialiser un double parcours, un espace-temps où l’on ne voit rien ou presque : une face des cimaises est ainsi laissée vide, simplement colorée. Cet face vide est une interrogation : il faut chercher les oeuvres, elles ne se donnent pas à voir si facilement. C’est sur l’autre face des cimaises qu’elles sont présentes dans une accumulation spatiale qui est plutôt juxtaposition, accumulation, que mise en dialogue : on plonge dans un foisonnement, une oeuvre n’est jamais visible seule, elle est en relation latérale, de biais, elliptique, avec l’ensemble de ce qui l’entoure.

Et il y a surtout les artistes et leurs oeuvres. La force de cette exposition, c’est qu’il y a 71 points de vue sur la ville de Kinshasa. Une multitude d’interstices inventifs apparaissent. C’est évidemment là que quelque chose de la ville se raconte et, pour le coup, se (re)présente. Le fait que cela vienne de regards d’artistes façonnés par cette ville change la dynamique des questionnements évoqués plus haut. Dans le contexte actuel, il y a une forme de légitimité dans leur point de vue qui leur permet assez librement de rejouer les conventions de la (re)présentation. Ils en ont été longtemps l’objet, ils en sont aujourd’hui les sujets. C’est évidemment eux qui ont des pistes à proposer, là où, je l’évoquais plus haut, souvent je tâtonne. Il serait évidemment possible de mettre le dispositif d’exposition en retrait, de ‘laisser parler les oeuvres’ comme on dit, mais il est autrement important d’essayer de donner forme, dans l’espace, à l’interrogation que constitue en bien des points ce geste d’exposer aujourd’hui, en France, dans le contexte d’un musée, ces artistes.

On échappera pas à la décontextualisation, à la miniaturisation, au confinement. Un espace très grand permettrait peut-être de produire une étendue où affleure la violence de l’opération de présentation, plus que la violence de ce que l’on présente (je pense ici aux multiples clichés sur les villes africaines et sur Kin en particulier). Où la découpe opérée par le fait que nous sommes dans un lieu fermé (un musée), s’atténuerait. Cela permettrait de dé-focaliser, de créer un vide qui fasse qu’en entrant on se perde en déambulant, on ne tombe pas directement sur les oeuvres, qu’il faille les chercher. On parviendrait, je pense, à défaire la mise en dialogue classique des oeuvres. Un grand espace permettrait des jeux de focale multiple pour un corps percevant en mouvement, des jeux d’intensité, d’accumulation, de juxtaposition, de décadrage, de brouillage, etc. Un parcours rendu par moments erratique, mais intense. Ou alors… inscrire les choses directement dans un contexte (ici Sète, plus tard Paris)… Rendre les oeuvres presque invisibles, dispersées, camouflées, fondues dans le lieu où elles sont montrées. Ainsi peut-être, Kinshasa deviendrait ce qu’elle est, vu d’ici… un mirage. Une idée, quelque chose dont on ne sait pas grand chose mais qui est malgré tout présent, via des gestes d’artistes, qui n’est pas confiné, qui traine, dans l’air, avec lequel on vit. Un fantôme qui se diffuse dans notre quotidien. Et peut-être ce fantôme ouvrirait-il des espaces de contact.

Jean-Christophe Lanquetin

Claude Allemand

Claude Allemand est historienne de l’art et conservateur général du patrimoine honoraire. Comme conservateur aux musées départementaux de Loire-Atlantique-Musée Dobrée à Nantes, elle a surtout étudié et publié sur l’iconographie de la ville et du département ainsi que sur l’histoire de l’urbanisme et de l’architecture à Nantes et à Clisson au XVIIIe et XIXe siècles. Au musée des Beaux-Arts de Nantes, responsable des collections du XIXe siècle et adjointe au directeur, elle a assuré le commissariat d’expositions et des publications scientifiques sur Les Années romantiques, Paul Delaroche, Burne-Jones, Henry Moore, Sarkis ou Gaston Chaissac par exemple ainsi que des expositions à l’étranger à partir des tableaux du XIX° siècle du musée. Enfin comme directrice du Fonds national d’art contemporain (FNAC) au Centre national des arts plastiques à Paris, elle a favorisé l’étude et diffusion des œuvres du FNAC en France comme à l’étranger, en Roumanie ou en Afrique, à Kinshasa et à Douala. Elle collabore à des publications scientifiques au musée Léon Dierx à La Réunion. Elle est membre du Conseil d’administration du Musée international des arts modestes (MIAM).

Sébastien Godret

Sébastien Godret est photographe, commissaire d’exposition et producteur, diplômé de l’université de Bourgogne en muséologie, actions artistiques (DEA-master 2). Auteur multisupport, son travail interroge le rapport entre la ville, l’architecture et la société avec une approche artistique et documentaire. Son action consiste à observer la ville comme un objet culturel révélateur d’une société. Ayant travaillé sur de nombreuses villes dans le monde, sa réflexion l’amène à analyser et à comparer les systèmes urbains et à mener une réflexion sur les transferts de pratiques, pour imaginer des villes équilibrées entre fonctionnalité et vie sociale.
Il a assuré le commissariat de plusieurs expositions, dont Mega City in China (2006), Ecologique cité (2007), Emirates City (2009), Bidonville, l’autre ville (2011), La ville africaine (2013) et Dallas, Big D (2016).

Androa Mindre Kolo

Né en 1983 à Aru au Zaïre, actuelle République démocratique du Congo, Androa Mindre Kolo a grandi à Kinshasa. Il y fait ses études à l’Académie des Beaux Arts de Kinshasa, puis reçoit un Diplôme d’Expression Plastique (DNSEP) à l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg (aujourd’hui Haute Ecole des Arts du Rhin). Son travail d’artiste parle du corps comme émetteur et récepteur des conflits, de plaisirs, de problèmes qui traversent le monde et lui même. Sa pratique questionne aussi l’actualité avec les yeux d’un mikiliste (« qui a vu le monde », en lingala), par le biais de collages, d’installations, mais surtout de performances. Il a travaillé avec Steven Cohen (chorégraphe et performer, Afrique du Sud), Esther Ferrer (artiste performeure, Espagne), Sello Pesa (chorégraphe, Afrique du Sud), a présenté des projets dans le cadre du projet de résidences et de festivals international Scénographies Urbaines (Kinshasa, Dakar), du Festival Nouvelles Danses (Pôle Sud, Strasbourg), du Festival INACT (Hall des Chars, Strasbourg), des rencontres Ville[s] en Jeu[x] (Théâtre du Maillon / Haute École des Arts du Rhin, Strasbourg). Il prépare actuellement la mise en place de ses nouvelles créations et développe un projet intitulé Fondation Androa Mindre Kolo, à la frontière entre création et enjeux sociaux. Il vit et travaille à Strasbourg.

Dominique Malaquais

Dominique Malaquais (Ph.D. Columbia University) est Chargée de recherche au CNRS (Institut des mondes africains, Paris) et, avec Kadiatou Diallo, co-dirige la plateforme curatoriale expérimentale SPARCK (Space for Pan-African Research, Creation and Knowledge). Elle s’intéresse aux intersections entre violences politiques, inégalités économiques et élaborations de cultures urbaines à l’ère du capitalocène. Parmi ses projets récents : exposition (Musée du quai Branly) et constitution d’une archive sur les grands festivals panafricains d’art et de culture des années 1960 et 1970 (PANAFEST Archive); réflexions sur les échanges entre Afrique et Asie à travers les arts visuels, la littérature, l’urbanisme et la spiritualité (Afrique-Asie: arts, espaces, pratiques, co-dirigé avec Nicole Khouri et publié en 2016); Archive (re)mix (2015), collection d’essais sur la production de l’art, visuel et textuel, en tant qu’instrument d’exploration de matériaux et de techniques relatifs à l’archive (co-dirigé avec Maëline Le Lay et Nadine Siegert). Malaquais est membre du comité de rédaction de nombreuses revues – Chimurenga, Poltique africaine et Savvy, entre autres. Elle occupe le poste de Past President au sein d’ACASA (Arts Council of the African Studies Association).

Fiona Meadows

Fiona Meadows, architecte DPLG (DEA en théorie de l’architecture contemporaine), est lauréate des bourses Monbusho, Villa Médicis hors les murs et l’Envers des villes. Elle enseigne à l’Ecole supérieure nationale d’architecture de Paris La Villette depuis 1994 et, depuis 2001, y est responsable d’un enseignement en 3ème cycle sur « la maison individuelle et ses groupements, ici et ailleurs » (devenu master en 2006). Responsable de programmes à l’IFA / Cité de l’architecture et du Patrimoine (depuis 1999), elle y a assuré le commissariat de nombreuses expositions, dont La ville en Tatirama, Les maisons du bonheur, Les cases Musgums, Cartons Peints!, Ma Cantine en ville, Habiter le campement … Meadows est/a été membre fondateur du groupe Archimedia (1992-2003), membre du conseil d’administration de Patrimoine Sans Frontières présidé par Béatrice de Durfort (2001-2009), membre fondateur de l’Organisation des Architectes Alternatifs présidée par Patrick Bouchain (2004 -2010) , membre du Conseil d’administration de Plaine Commune Habitat (depuis 2014).

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.