Traverser la lumière au musée Granet à Aix

Du 10 novembre 2018 au 31 mars 2019, le musée Granet accueille à Aix « Traverser la lumière », une exposition qui réunit une centaine de toiles de Roger Bissière, Elvire Jan, Jean Bazaine, Jean Le Moal, Gustave Singier et Alfred Manessier.

« Traverser la lumière » entend offrir un regard renouvelé sur ce groupe de peintres français, proches les uns des autres, qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, préférèrent que leurs œuvres soient dénommées « non-figuratives » plutôt qu’« abstraites ».
Loin d’être un mouvement constitué, c’était un groupe d’amis qui travaillaient en grande proximité. Pour eux, il s’agissait avant tout « de répondre à l’émotion directe suscitée par la lecture des phénomènes naturels, notamment les manifestations de la lumière dont ils se sont efforcés chacun selon sa sensibilité de traduire la force de propagation, les mouvements, éclats, reflets et transparences ».

Indubitablement, le travail de ces artistes a souffert de l’attention portée à la peinture américaine, de l’expressionnisme abstrait au Pop Art, et aux avant-gardes européennes.
« Traverser la lumière » a donc aussi pour ambition de restituer son importance à ce courant qui fut négligé par la critique et les institutions françaises.

Toutefois, il faut rappeler que ces artistes ont été soutenus par certaines grandes galeries, comme la galerie Drouin, la galerie de France, la galerie Jeanne Bucher et la galerie Maeght. Ces dernières années, plusieurs musées français ont accordé une place au travail de certains d’entre eux. On se souvient de l’exposition Bissière, figure à part au musée de Lodève, en 2014 qui avait fait l’objet d’une chronique ici. Plus récemment, un important projet consacré à Jean Le Moal a été présenté par le musée de Valence, puis par musée des Beaux-Arts de Quimper.

L’exposition est organisée en collaboration avec la Fondation Jean et Suzanne Planque. Elle est accompagnée par un catalogue publié par 5 Continents Éditions
Le commissariat de « Traverser la lumière » est assuré par Florian Rodari, assisté de Maïlis Favre, avec la collaboration d’Alain Madeleine-Perdrillat. Bruno Ely, conservateur en chef du musée Granet est co-commissaire du projet.

Après le musée Granet, « Traverser la lumière » sera présentée au Kunstmuseum Pablo Picasso Münster en Allemagne et à La Piscine à Roubaix.

On revient sur ce projet après un passage par le musée Granet.

À lire, ci-dessous, la description du parcours muséographique, des repères biographiques sur les artistes et une note de Florian Rodari. Ces documents sont extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site du musée Granet
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Sur les sites consacrés à Roger BissièreJean Le Moal et sur la page Facebook de l’association Alfred Manessier.
À voir cet entretien avec Elvire Jan par Michel Pfulg sur YouTube

Une première salle réunit un certain nombre d’artistes qui figurent dans la collection Planque et qui furent des références pour les peintres qui sont l’objet de cette collection. Tous font appel à Cézanne dont les dernières aquarelles traduisent avec une économie de moyens insurpassable la vibration de la lumière dans l’espace.
De son côté, la toile de Monet, Leicester Square, datée de 1901 est un premier exemple pour tenter de traduire les effets de la lumière déstructurant le motif.

Par ailleurs, aussi bien Bazaine que Le Moal et Manessier ont exprimé la dette qu’ils devaient à Pierre Bonnard et à sa touche libérée.

De même qu’ils ont parfois écouté Rouault pour mettre en place certaines de leur composition de vitraux. On pourrait également citer dans ce florilège Paul Klee et Hans Reichel, tous deux collectionnés par Jean Planque, confirmant par leur présence les liens intimes qui associent le conseiller d’Ernst Beyeler et le prêteur de cette exposition. Quant au Bissière de 1927, on tient là, grâce à la division des grosses touches qui unifient matériellement la surface picturale et écartent toute illusion mimétique, un bon exemple de ce qui a conduit ce peintre, et à sa suite des artistes comme Le Moal ou Manessier, à passer non pas à l’abstraction mais à une forme de figuration du monde libérée des contraintes de la représentation.

Entre structure et couleur

Alfred Manessier Jeune fille au chat 1942 Huile sur toile 35 x 24 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018
Alfred Manessier Jeune fille au chat 1942 Huile sur toile 35 x 24 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018 – Traverser la lumière au musée Granet

Au sortir de la guerre, une bonne part des artistes réunis dans cette exposition traite la figure en recourant au motif de la grille pour composer leur tableau. Cette armature qui fragmente la surface en cellules colorées ne renvoie pas tant à la vision cubiste qu’elle ne traduit une admiration pour les Fauves et Matisse qui ont su libérer la couleur de toute apparence naturelle.

Gustave Singier Personnages sur la plage de Deauville 1942 Aquarelle sur papier 26,5 x 36,5 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018
Gustave Singier Personnages sur la plage de Deauville 1942 Aquarelle sur papier 26,5 x 36,5 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018 – Traverser la lumière au musée Granet

Mais les réflexions de Charles Lapicque sur l’optique chromatique et spatiale ont également permis aux peintres du groupe de repenser leur approche des objets. Cette double leçon les engage à créer des lignes de partage entre les formes : la toile est ainsi quadrillée par une sorte de claire-voie qui laisse transiter le regard du premier plan à l’arrière-plan. En résulte une lecture comme enfiévrée de l’image. Tout se passe comme si, la guerre enfin achevée, il y avait chez ces artistes le désir de libérer la figure de son carcan.

Genèse des formes élémentaires

1950-60 : au cours de cette décennie, les peintres comme Bissière, Manessier et Singier développent en parallèle une réflexion sur des éléments simples, tantôt organiques tantôt géométriques, n’ayant plus qu’un rapport éloigné avec le réel, qu’ils isolent sur un fond de couleur. Cette opposition entre le contour de ces formes qui s’affirment sur le fond coloré induit un certain flottement dans la perception de l’espace et crée sur l’œil un sentiment de légère incertitude. Toutefois, grâce à la répartition très maîtrisée des formes sur la toile, et aux formats souvent en hauteur, l’idée d’ouverture sur le paysage demeure.

Au cœur du tumulte

Jean Le Moal Garrigue 1959 Huile sur toile 81 x 100 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018
Jean Le Moal Garrigue 1959 Huile sur toile 81 x 100 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018 – Traverser la lumière au musée Granet

1950-1960 : au cours de cette même décennie, Bazaine, Le Moal et Elvire Jan cherchent de leur côté à se dégager du cloisonnement auquel ils avaient précédemment soumis leurs images, en brisant la centralité du motif et en déportant le mouvement des lignes vers les marges. Face à la toute-puissance de la nature le peintre accepte de lâcher prise et de se laisser conduire par son émotion. Toute référence à un motif identifiable est sacrifiée au déchaînement des éléments. Ce ne sont plus à la surface des tableaux que glissements, bourrasques, ruissellements, incendies. Tout se passe comme si le peintre avait décidé de plonger au cœur du cosmos et de ses convulsions. Dans cette approche, la lumière traversant le désordre des éléments emporte couleurs, figures et paysages dans son flux.

Entre terre et eau

Alfred Manessier Fontaine-L’Evêque 1959 Huile sur toile 97 x 130 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018
Alfred Manessier Fontaine-L’Evêque 1959 Huile sur toile 97 x 130 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018 – Traverser la lumière au musée Granet

Les années 60 confirment la liberté prise avec le motif. De manière générale, les artistes cherchent à faire ressentir l’émotion éprouvée face aux forces de la nature. Or celles-ci sont tout sauf tranquilles : mouvements des collines, tumulte des roches, remous ou ruissellements de l’eau, passages du vent dans les arbres, sont rendus grâce à un éparpillement de la touche qui fait voler en éclats la surface. Pénétrés au cœur même du phénomène, les peintres cherchent à en traduire le souffle et les emportements. Or c’est l’action de la lumière qui, glissant le long des failles, étincelant sur les vagues ou frémissant dans le feuillage, produit par reflet, rayonnement, réfraction ou diffraction, ce désordre envahissant la surface de la toile.

Singier, l’espace rayonnant

À partir de 1960, Gustave Singier s’emploie à dissoudre les dernières références à la réalité dans un flot de lumière. Réduite par cette dernière à une tonalité unique, la couleur envahit tout l’espace, faisant palpiter, à travers les embrasements, transparence et irradiations, le rayonnement lumineux qui suffit à désigner un pays ou une heure du jour.

Traverser la lumière

Elvire Jan Rythmes automnaux 1977 Aquarelle 49,3 x 64,5 cm Coll. Part., Suisse
Elvire Jan Rythmes automnaux 1977 Aquarelle 49,3 x 64,5 cm Coll. Part., Suisse – Traverser la lumière au musée Granet

À partir des années 70, Jean Bazaine réduit sa palette à quelques couleurs essentielles et ouvre sa peinture à un nouvel espace où la lumière, activée par le fond de la toile laissé vierge, se mêle aux flèches et coups de vent de l’écriture posée en rafales. Le monde et la peinture se rejoignent par les rythmes et les vibrations échangés dans la lumière de Saint- Guénolé, où mer et ciel se confondent, où nuages, vagues et rochers dessinent selon les heures des accents, des passages. Le peintre semble pénétrer au cœur du champ lumineux, et vouloir en franchir le flux manifesté partout autour de lui. Dans le même temps, Elvire Jan, dont Bazaine disait « qu’elle était le meilleur peintre d’entre nous tous », réduit également sa gamme chromatique à une seule couleur appliquée par petites touches serrées sur la toile afin de traduire de manière quasi tangible le rayonnement de la lumière.

Jean Bazaine Chant de l’aube II 1985 Huile sur toile 146 x 97 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018
Jean Bazaine Chant de l’aube II 1985 Huile sur toile 146 x 97 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018 – Traverser la lumière au musée Granet

Les Passions de Manessier

En 1986, Alfred Manessier reprend le thème de la Passion qu’il avait déjà traité en 1948, alors uniquement dans la version selon saint Matthieu. Dans ces quatre grandes toiles la relation entre peinture et foi qui caractérise toute l’œuvre de Manessier depuis sa conversion en 1943 se trouve magnifiquement illustrée. L’artiste parvient à faire du motif de la croix l’élément essentiel qui conduit la lecture du tableau. Reprenant le format de la toile, plus haute que large, les deux bras de la croix en assurent à la fois l’équilibre et le mouvement d’ouverture. Fidèle à un principe suivi depuis toujours, Manessier fait résonner les éléments qui charpente la structure sur un fond d’où rayonne la lumière. Chaque Passion possède une tonalité différente, fruit de la lecture par l’artiste du récit de chaque évangéliste, plus lumineuse chez Marc, plus dramatique chez Jean, plus intense chez Matthieu, peut-être son préféré.

Cette période si méconnue de la peinture française…

Roger Bissière La Vache 1944 Huile sur papier, marouflé sur toile 60 x 92 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018
Roger Bissière La Vache 1944 Huile sur papier, marouflé sur toile 60 x 92 cm Coll. part., Suisse © ADAGP, Paris 2018 – Traverser la lumière au musée Granet

Avant même la fin de la guerre, Jean Bazaine et ses amis qui avaient participé à l’exposition de 1941 Jeunes peintres de tradition française à la galerie Braun furent honorés par une partie du monde de l’art comme les rares artistes qui avaient su résister à la barbarie. Ils furent notamment chargés d’organiser le premier Salon de mai de Paris. Mais très vite des reproches leur sont faits. Par les membres du parti communiste, d’abord, qui les accusent de s’être évadés dans l’abstraction sans prendre en compte la réalité des temps ; puis par les abstraits radicaux qui leur reprochent de rester malgré tout attachés à la nature et à une certaine figuration. Ce groupe d’amis peintres, pour certains résidant hors de la capitale, demeure le plus souvent à l’écart des incessantes querelles des années 50 et 60 pour désigner qui incarnait le mieux l’avant-garde. Ils exposent en province et à l’étranger avec succès, notamment en Suisse et en Allemagne, et vivent correctement grâce aux galeries parisiennes qui les défendent. Presque tous acceptent de travailler pour l’art sacré en réalisant des vitraux dans les églises de province. En 1962, Alfred Manessier reçoit le Grand Prix de la Biennale de Venise. En 1964, c’est Robert Rauschenberg qui rafle la mise, à la stupéfaction des artistes français, lesquels enfermés dans leurs disputes, n’ont pas vu venir la déferlante de l’Expressionnisme abstrait américain et bientôt du Pop Art.

Jean Bazaine
(Paris 1904 – Clamart 2001)

Jean Bazaine (1904-2001)
Jean Bazaine (1904-2001)

Sa formation d’artiste se fait à Paris, à l’École des Beaux-Arts et à l’Académie Julian auprès du sculpteur P. Landowski (1875-1961). En 1936, lors d’un voyage en Bretagne, il découvre Saint- Guénolé, dans le Finistère ; c’est là qu’il travaillera une partie de l’année, à partir de 1950, son autre atelier étant à Clamart, près de Paris. En 1941, avec l’éditeur André Lejard (1899-1974), il organise à Paris, à la galerie Braun, l’exposition Vingt jeunes peintres de tradition française, à laquelle participent notamment Le Moal, Manessier et Singier. De grandes expositions lui sont consacrées en Europe dès les lendemains de la guerre. En 1945, un incendie détruit beaucoup de ses toiles antérieures à 1942. L’œuvre de Jean Bazaine se compose de peintures à l’huile, d’aquarelles, d’estampes, de tapisseries, de mosaïques et de nombreux vitraux. On lui doit aussi deux livres : Notes sur la peinture d’aujourd’hui (1948) et Exercice de la peinture (1973).

Roger Bissière
(Villeréal 1886 – Boissièrette 1964)

Roger Bissière (1886-1964)
Roger Bissière (1886-1964)

Ayant commencé très tôt à peindre, Bissière poursuit sa formation en se rendant à Alger auprès du peintre orientaliste G. – A. Rochegrosse (1859- 1938). Il fréquente ensuite les Écoles des Beaux-Arts de Bordeaux et de Paris. Il s’installe à Paris en 1910, écrit de nombreux articles et fait des dessins humoristiques dans des revues. En 1934 il ouvre un atelier de fresque à l’Académie Ranson (Le Moal et Manessier y viendront). Il quitte Paris en 1939 pour s’installer dans un vieux presbytère à Boissièrette, dans le Lot, où il s’essaie à créer différentes entreprises (il souffre alors d’un glaucome, qui menace gravement sa vue), avant de se remettre à la peinture. Grâce à Manessier, en 1943, il expose à la galerie de France, à Paris, auprès notamment de Le Moal, de Singier et donc de Manessier. L’œuvre de Bissière se compose de peintures à l’huile, de pastels, de tapisseries et de vitraux.

Elvire Jan
(Bulgarie 1904 – Paris 1996)

Elvire Jan (1904-1996)
Elvire Jan (1904-1996)

Elvire Jan (de son vrai nom Kouyoumdjian) s’installe à Paris à vingt-deux ans, après des études en Suisse et plusieurs voyages (en Autriche, en Angleterre, aux États-Unis). À Paris elle fréquente l’Académie Julian et l’Académie Scandinave. Elle rencontre très tôt Bazaine, puis Le Moal, Manessier et Singier. Elle abandonne la figuration dès 1949. Après 1957, elle travaille tantôt à Paris, tantôt à Moissac-Bellevue, dans le Var, près du Verdon. Son œuvre est essentiellement constituée de peintures à l’huile et d’aquarelles, mais aussi de tapisseries et de vitraux (créés au cours des quarante dernières années de sa vie).

Jean Le Moal
(Authon-du-Perche 1909 – Chilly-Mazarin 2007)

Jean Le Moal (1909-2007)
Jean Le Moal (1909-2007)

D’origine bretonne, Jean Le Moal étudie l’architecture et la sculpture à Lyon, mais se tourne bientôt vers la peinture et s’installe à Paris. Il rencontre Manessier en 1929 et fréquente avec lui l’Académie Ranson en 1935, où enseigne Bissière. C’est à cette époque qu’il abandonne la figuration. À partir des années 1950, il travaille à Larmor-Baden, dans le Morbihan, ainsi qu’à Albala- Romaine, en Ardèche. En 1965-66 il voyage en Amérique du Sud. Outre ses peintures à l’huile, l’artiste a produit des gravures et dessiné des tapisseries, des mosaïques et de nombreux vitraux.

Alfred Manessier
(Saint-Oueun 1911 – Orléans 1993)

Alfred Manessier (1911-1993)
Alfred Manessier (1911-1993)

Manessier s’adonne très jeune à la peinture. Sa formation s’effectue à l’École des Beaux-Arts d’Amiens, puis à celle de Paris (en architecture). À Paris, où il s’installera en 1938, il fréquente également des académies libres et fait des copies au Louvre. Il y rencontre Le Moal, avec lequel il fait un passage dans l’atelier de Bissière à l’Académie Ranson. En 1945, il participe au premier Salon de Mai avec notamment Bissière, Le Moal et Singier. Plusieurs voyages dans les Flandres et en Hollande ont une grande importance pour lui. L’œuvre de Manessier se compose de peintures à l’huile, d’aquarelles, de tapisseries, de décors et de costumes pour le théâtre et de vitraux.

Gustave Singier
(Warneton, Belgique 1909 – Paris 1984)

Gustave Singier (1909-1984)
Gustave Singier (1909-1984)

Singier se forme à Paris, à l’École Boulle, comme dessinateur, avant de se tourner vers la peinture. Il fait la connaissance de Manessier (chez lequel il trouvera refuge en 1944), d’Elvire Jan et de Le Moal à la fin des années 1930. Il est aussi l’un des membres fondateurs du premier Salon de Mai, en 1945. Il est naturalisé français en 1947. À Paris, il enseigne à l’Académie Ranson entre 1951 et 1954, plus tard à l’Ecole des Beaux-Arts, entre 1967 et 1974. L’œuvre de Singier se compose de peintures à l’huile, d’estampes, de tapisseries, de mosaïques, de décors et de costumes pour le théâtre et de vitraux.

Le collectionneur a le grand avantage sur les historiens et critiques d’art de ne répondre qu’à son émotion devant l’œuvre. Hors des jugements, des classifications dont ont besoin ces derniers pour arrimer les enchaînements prétendument logiques de l’Histoire, le collectionneur avance en solitaire, développant son propre goût.

C’est le cas ici d’un amateur suisse qui, durant quarante années, a défendu des artistes en qui il croyait contre l’indifférence des institutions officielles : peintres et sculpteurs qu’il a achetés, collectionnés, interrogés, commentés, et qu’il n’a cessé de promouvoir auprès de ses amis.

Aujourd’hui cette exposition prouve qu’il avait raison. C’est en effet son œil qui fait la cohérence de celle-ci. Cette réunion d’œuvres ne cherche pas à relater l’histoire d’un mouvement artistique mais elle traduit l’évidence de rapports existant entre six artistes liés par l’amitié et guidés par des intérêts communs : notamment celui de créer un langage pictural susceptible de répondre à une nouvelle vision du monde tel qu’à la même époque les physiciens et astrophysiciens le dévoilent aux yeux du public.

Florian Rodari
Commissaire de l’exposition

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