Aube immédiate, vents tièdes – Mécènes du sud Montpellier-Sète

Du 16 mars au 9 juin 2019, Mécènes du sud Montpellier-Sète présente « Aube immédiate, vents tièdes », une exposition imaginée par de Victorine Grataloup et Diane Turquety.
Avec : Nils Alix-Tabeling, Mathis Altmann, Dimitra-Ellie Antoniou, Will Benedict, Elsa Brès, Gaëlle Choisne, Mimosa Echard & Michel Blazy, Thierry Fournier, Jean-Marie Perdrix, Dimitri Robert-Rimsky, Rometti Costales.

On attend avec intérêt de découvrir cette proposition Victorine Grataloup et Diane Turquety, lauréates en 2018 de l’appel à projets à destination des commissaires d’expositions pour la conception d’une exposition dans l’espace qu’occupe Mécènes du sud Montpellier-Sète, au 13 rue des Balances à Montpellier.

Dans leur note d’intention, les deux commissaires précisent :

« Aube immédiate, vents tièdes propose une plongée en basses eaux, eaux très basses, celles troubles et oniriques d’un pays qui s’appellerait post-exotique.

Post-exotisme : invention d’un écrivain, Antoine Volodine, le prête-nom d’acteurs/rices d’une entreprise littéraire qui murmurent collectivement l’histoire du XXe siècle, celle qui n’a pas tenu ses promesses.
L’exposition porte la parole de ces fugitif/ves, utopistes de l’extrême, mutant.e.s, chamanes, êtres et objets hybrides : les vaincu.e.s à la frange du réel, les apatrides et les exilé.e.s, les réfugié.e.s dans un port intérieur. »

Les lecteurs de l’inclassable Antoine Volodine qui « se réclame à la fois du réalisme magique et d’une littérature internationaliste, engagée, où se croisent l’onirisme et la politique » ne manqueront certainement un tel projet…
Pour ceux qui ne connaissent pas cet « écrivain-chaman », il était invité à la Grande Table sur France Culture, en janvier, pour son dernier roman « Frères sorcières »… le site remue.net lui consacre également un dossier en ligne.

Avec cette nouvelle exposition, les Mécènes du sud Montpellier-Sète démontrent une fois de plus qu’ils se sont imposés comme un acteur important dans le paysage de l’art contemporain à Montpellier et dans la région.

Chronique à suivre après le vernissage le vendredi 15 mars de 18h30 à 21h.

Les commissaires :
Victorine Grataloup est curatrice – notamment avec le collectif Le Syndicat Magnifique et la plateforme Qalqalah – et directrice adjointe du Cneai – Centre national édition art image.
Diane Turquety est historienne de l’art et commissaire indépendante.
« Aube immédiate, vents tièdes » est leur premier projet en collaboration.

À lire, ci-dessous, une présentation des artistes et des œuvres sélectionnées pour les espaces de Mécènes du sud Montpellier-Sète. La note d’intention des deux commissaires est également reproduite. Ces textes sont extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
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Aube immédiate, vents tièdes propose une plongée en basses eaux, eaux très basses, celles troubles et oniriques d’un pays qui s’appellerait post-exotique.

Post-exotisme : invention d’un écrivain, Antoine Volodine, le prête-nom d’acteurs/rices d’une entreprise littéraire qui murmurent collectivement l’histoire du XXe siècle, celle qui n’a pas tenu ses promesses.
L’exposition porte la parole de ces fugitif/ves, utopistes de l’extrême, mutant.e.s, chamanes, êtres et objets hybrides : les vaincu.e.s à la frange du réel, les apatrides et les exilé.e.s, les réfugié.e.s dans un port intérieur.

Programme minimum – prendre le risque de la désorientation, éprouver l’étrange et le familier, devenir animal, parler et être parlé.e, se laisser traverser de voix et ne plus s’assigner, entrer en apnée dans les frontières de ses propres territoires.
Programme maximum – revendiquons un hermétisme limpide, le goût du collectif et de la dissidence, du secret et de l’opaque, quand vérité et mensonge ne sont plus contradictoires. Partageons nos réflexions inquiètes et la fiction comme résistance au monde. Quand je dirai je, cela voudra dire nous : nous ou vous, même chose.

Aube immédiate, vents tièdes

Au rez de chaussée – salle 1

Rometti Costales (Julia Rometti et Victor Costales, respectivement né.e.s en 1975 et en 1974, diplomé.e.s de l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts Paris-Cergy et de l’Instituto Latinoamericano de Diseno Grafico et l’Istituto Italiano di Fotografia, vivent et travaillent à Mexico, Mexique) mènent en commun depuis 2007, un travail influencé par la théorie perspectiviste de l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro. À une pluralité de visions d’un même et unique monde, cette interprétation défend la coexistence de visions individuelles de différents mondes.

Rometti Costales - Le drapeau de l’Anarquismo Mágico, 2013Graines de huayruro, fil de cuivre. 44 x 30 cm. Courtesy des artistes, collection KADIST
Rometti Costales – Le drapeau de l’Anarquismo Mágico, 2013Graines de huayruro, fil de cuivre. 44 x 30 cm. Courtesy des artistes, collection KADIST – Aube immédiate, vents tièdes Mécènes du su Montpellier-Sète

Le drapeau de l’Anarquismo Mágico (2013) est un drapeau anarchiste fabriqué à partir de graines de huayruro parfois utilisées en Amazonie dans la préparation de plantes psychotropes. Spéculation sur la rencontre entre philosophie libertaire et cosmologie autochtone, il devient aussi l’emblème d’une zone d’imagination politique radicale à inventer.

L’œuvre fait référence à l’émigration bolivienne en 1953 d’un membre de la faction anarchiste espagnole, colonne Durruti, en lutte contre le régime franquiste, qui fonde en pleine forêt amazonienne une micro- société. Via la transe et la magie, les thèses anarchistes se mêlent au chamanisme, pour produire une vision non pyramidale du monde dans laquelle coexistent de manière égalitaire différentes entités où l’humain n’est plus le centre.

Dimitri Robert-Rimsky (né en 1986, diplômé de l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse et du Speap – Sciences Po, vit et travaille à Paris, France) travaille, dans ses installations et ses vidéos, sur l’écart entre un espace, un paysage et son investissement géopolitique ou architectural par les sociétés qui l’habitent ou par d’autres qui le fantasment.

Upland rising (2016) adopte la forme du drapeau tout en en évacuant sa fonction d’appropriation d’un territoire : ne faisant signe vers aucun Etat, ils renvoient à des lieux indéterminés seulement rapprochés ici par leur capacité à séduire. Les images, récupérées par l’artiste sur le site de partage de photographies Flickr, sont celles d’un désert afghan photographié par un militaire américain et d’un coucher de soleil sur un désert américain photographié par un.e touriste anonyme. L’imaginaire d’un territoire et la dimension politique s’agencent réciproquement. S’il est un pays post-exotique, ou un pays quel qu’il soit, il se définit par et par rapport à une fiction.

Au rez de chaussée – salle 2

I am a problem (2016) est un clip réalisé par Will Benedict (né en 1978, diplômé du Art Center College of Design, vit et travaille à Paris, France) pour Wolf Eyes, groupe noise de Detroit avec lequel il collabore très régulièrement. Diverses voix – Wolf Eyes, la musique, la vidéo, Will Benedict, les paroles -, disent la même chose via des formes marquées par l’hybridité, l’emprunt, le déplacement des références, la dérive.

Sur le plateau du talk show animé par le présentateur américain Charlie Rose dont les interventions sont inaudibles, un mutant s’exprime sur les enjeux d’une assimilation dans un contexte globalisé. Deux mondes parallèles, une version du réel et du médiatisé (image et langage) nous disent ici les possibilités ou impossibilités de leur cohabitation.

Au rez de chaussée – salle 3

Le travail de Nils Alix-Tabeling (né en 1991, diplômé de La Cambre et du Royal College of Art, vit et travaille à Bruxelles, Belgique) est marqué par son intérêt pour la mythologie et le folklore, qui charge ses pièces (sculptures, performances et vidéos) d’une puissance symbolique et rituelle. Il s’intéresse aux relations que nous construisons avec les objets en se concentrant sur leurs textures et les émotions qu’ils procurent.

Nils Alix-Tabeling - Melusine: Les Balladeuses, GETA shoes, 2016Tissu, métal, 30 x 30 x 60 cm. Collection privée, Vienne
Nils Alix-Tabeling – Melusine: Les Balladeuses, GETA shoes, 2016Tissu, métal, 30 x 30 x 60 cm. Collection privée, Vienne – Aube immédiate, vents tièdes Mécènes du su Montpellier-Sète

De nature trouble, Melusine : Les Balladeuses, GETA shoes (2016) est tout à la fois parure, prothèse intime, objet intercesseur ou entravant. Ces « sandales » sont portées dans la vidéo Mélusine, référence au personnage médiéval mythique. Selon la légende, Mélusine, être surnaturel, s’éprend d’un humain qu’elle a suivi dans le monde des mortel.le.s avant de regagner l’autre monde.
L’entreprise post-exotique déréalise toute assignation, qu’elle soit nationale, humaine ou de l’ordre du vivant : à une identité assurée se substituent des devenirs à la frange du réel – identités transitoires, partielles et temporaires, hybridation du corps humain, dé-hiérarchisation des rapports inter-espèces. Melusine : Les Balladeuses, GETA shoes cristallise des questionnements d’ordres sentimentaux et de genre ; le désir d’une certaine fluidité identitaire.

Mathis Altmann (né en 1987, diplômé de la Zurich University of the Arts, vit et travaille à Zurich, Suisse, et Los Angeles, Etats-Unis) compose des sculptures et installations denses et tortueuses réalisées à partir de déchets, débris, insectes morts, qui évoquent les reliques miniatures et théâtrales d’une catastrophe industrielle.

T.P. Fair (2016) et YesVacancy (2016) sont autant d’opaques poèmes de nos projections inquiètes. D’une rudesse étrangement séduisante, ils renvoient à des questions primordiales dans les champs des arts visuels, du post-exotisme et plus largement du monde contemporain : inexorabilité du désastre écologique, désespoir politique et désorientation idéologique.

Le travail de Dimitra-Ellie Antoniou (née en 1995, diplômée de Goldsmiths University et actuellement étudiante au Royal College of Art, vit et travaille à Londres, Royaume-Uni) explore la notion d’horizon, espace lointain et métaphore existentielle. Le point de départ de ses recherches est le rapport qu’entretient l’espèce humaine à la nature, sous diverses formes et à divers niveaux d’artificialité, notamment en relation au numérique.

La vidéo BodyScapes (2015) nous plonge au plus près de ce qui semble être un corps-paysage où échelle et sensations sont démultipliées. Littérature de la sensation, le post-exotisme projette un puissant imaginaire visuel, tactile et olfactif, écran à la révélation de l’horreur et à l’absurdité impardonnable du monde.

Mimosa Echard & Michel Blazy (respectivement né.e.s en 1986 et en 1966, diplomé.e.s de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs et de la Villa Arson, vivent et travaillent à Paris, France) explorent dans leurs œuvres collaboratives la porosité des catégories de l’humain et du non-humain, du vivant et du mort, du monde naturel et celui de la marchandise, de la clôture et de son échec.

Mimosa Echard & Michel Blazy - Kombucha - pataugeoire, 2017. Kombucha, collier de perles. 70 x 40 x 45 cm. Courtesy des artistes
Mimosa Echard & Michel Blazy – Kombucha – pataugeoire, 2017. Kombucha, collier de perles. 70 x 40 x 45 cm. Courtesy des artistes – Aube immédiate, vents tièdes Mécènes du su Montpellier-Sète

Réuni.e.s par une réflexion commune sur l’exploitation de la matière et du vivant, les deux artistes collaborent au travers d’œuvres en kombucha, du nom de la culture symbiotique de bactéries qui permet d’obtenir la « peau » qui associe en une seule membrane, vivant périssable et objets manufacturés.

Mimosa Echard & Michel Blazy - Kombucha - pataugeoire, 2017. Kombucha, collier de perles. 70 x 40 x 45 cm. Courtesy des artistes
Mimosa Echard & Michel Blazy – Kombucha – pataugeoire, 2017. Kombucha, collier de perles. 70 x 40 x 45 cm. Courtesy des artistes – Aube immédiate, vents tièdes Mécènes du su Montpellier-Sète

Kombucha – pataugeoire (2017) est la première pièce de la série, prototype évolutif qui a donné le Kombucha Project Center avec lequel Mimosa Echard & Michel Blazy invitent en « résidence » d’autres artistes qui leur sont proches, à s’agréger à leur voix et venant augmenter une oeuvre polyphonique prenant la forme d’une longue bande de kombucha.

Thierry Fournier (né en 1960, diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon, vit et travaille à Aubervilliers) développe une pratique qui « s’intéresse aux relations entre humains et non- humains, vivants et non-vivant, abordant souvent dans ce sens l’hypothèse d’une vie propre des choses. »

Nude (2017) est un corps hybride fabriqué à partir de cuirs anthropomorphes d’un beige trop homogène et de composants électroniques. Aux limites de l’humain et de l’identité dans leur relation à la technologie, l’oeuvre déplie les différentes manières d’envisager une surface – interface ou membrane, peau ou écran digital.

À l’étage

Gaëlle Choisne (née en 1985, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon et de la Rijksakademie, vit et travaille entre Amsterdam, Pays-Bas et Paris, France) navigue parmi des imaginaires aussi composites que ses installations-sculptures-images. Entre apparition et disparition, l’image, fixe ou en mouvement, est tout à la fois témoignage, relique, débris.

Gaëlle Choisne - W.A.N.N. (We Are All Negroes), 2017. Bâche en plastique, végétaux, tirages photos, objets trouvés. Courtesy de l’artiste
Gaëlle Choisne – W.A.N.N. (We Are All Negroes), 2017. Bâche en plastique, végétaux, tirages photos, objets trouvés. Courtesy de l’artiste – Aube immédiate, vents tièdes Mécènes du su Montpellier-Sète

« Nous avons déployé une bâche sur le sol, qui déjà avait été déchirée à coups de griffes », lit-on chez Volodine ; W.A.A.N. (We Are All Negroes) (2017) s’étale et fait totalement corps avec la surface du sol de la pièce. Assemblage d’éléments hétéroclites (photographies, végétaux, etc.) disséminés sous une bâche humide qui se désagrégera au cours de l’exposition, élimée par les pas des visiteurs /euses, le sol suinte, respire et craque sous nos pas. Notre rapport à un territoire s’en trouve d’autant déstabilisé.

Elsa Brès (née en 1985, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville et du Fresnoy, vit et travaille entre Bréau et Paris, France) se saisit, dans ses films, sculptures et installations, « de natures hybrides et de géographies transformées », de paysages témoignant de leur exploitation.

Dans LOVE CANAL (2017), un groupe silencieux de fugitifs/ve descend un fleuve invisible, collecte et manipule les débris minéraux et synthétiques d’un monde qu’ils et elle semblent abandonner, peut-être pour en imaginer un autre.

Le titre, LOVE CANAL, renvoie au désastre écologique historique advenu dans la banlieue de Niagara Falls aux Etats-Unis. Par la fiction, le film d’Elsa Brès donne une voix (off) à une communauté non pas née d’alliances traditionnelles mais d’une défaite collective. Le mutisme des personnages fait écho à la méfiance toute post- exotique envers les discours énoncés avec trop de clarté, qui portent en eux le danger de l’appauvrissement de la forme et du sens, ou pire encore de la manipulation. A contrario d’un didactisme nécessairement autoritaire, la langue poétique construit des imaginaires et par là-même, des formes politiques potentielles à inventer.

Jean-Marie Perdrix (né en 1966, diplômé de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg, vit et travaille à Paris, France) travaille « en coopérative », selon son expression.

Jean-Marie Perdrix - Anti tambour, 2016. Poils de chèvre, plastique. 18 x 28 x 17 cm. Courtesy de l’artiste
Jean-Marie Perdrix – Anti tambour, 2016. Poils de chèvre, plastique. 18 x 28 x 17 cm. Courtesy de l’artiste – Aube immédiate, vents tièdes Mécènes du su Montpellier-Sète

Trois sculptures sont formées par du plastique coulé dans la peau de deux vaches et d’une chèvre. Elles métamorphosent les reliques des sites de production dont elles sont issues et donnent à voir leurs dimensions locales et organiques. Fruit d’un travail en collaboration avec une famille de bronziers artisanaux du Burkina Faso, les œuvres transforment le matériau le plus pauvre, le déchet le plus invasif et polluant en des objets porteurs d’une réflexion écologique et éthique.

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