Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille

Jusqu’au 21 juin 2019, la Galerie de la Scep présente « Primitive future », une exposition collective qui rassemble une intéressante sélection d’œuvres d’artistes de générations et d’horizons différents. On y découvre avec curiosité des pièces de Bruno d’Abrigeon, Alexandre Brilleau, Paul Chochois, Ninon Dabadie, Sébastien Granier, Jérémy Laffon, Quentin Lazzareschi et David Suet.

Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Diego Bustamante, cofondateur et directeur de la galerie, confie avoir abandonné l’idée d’imposer à son visiteur un texte d’intention, préférant lui laisser le soin de construire rapprochements et oppositions…

Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Cependant, on trouve sur l’invitation pour le vernissage, quelques lignes où il fait référence à l’« avenir primitif », pierre angulaire des projets de Sou Fujimoto dont l’étonnant « Arbre blanc » qui a poussé sur les berges du Lez à Montpellier :

« Primitive future est un nom emprunté au livre de l’architecte Sou Fujimoto. Il s’agit des mots avec lesquels il décrit son style, support de sa pensée. L’emprunt trouve sa logique dans une intention d’agir sur nos lendemains, de vouloir décloisonner certaines catégories pour aborder de façon structurelle les points clés qui changeront notre rapport à l’animal, au territoire, à l’argent et aux objets »…

On pourrait ajouter que chez Sou Fujimoto il est question de « trouver l’équilibre entre un programme très défini et des espaces qui permettent la liberté d’appropriation par ses occupants »… Ce qui semble tout à fait cohérent avec les « confidences » et les intentions du galeriste.

Néanmoins, si « Primitive future » laisse toute liberté d’appropriation à son visiteur, Diego Bustamante a pris le soin de lui proposer une fiche de salle qui offre quelques repères très utiles. Il sait également être à sa disposition pour éventuellement l’accompagner avec tact, mesure et pertinence…

Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Dans cette perspective, la mise en espace est naturellement sobre et élégante. Rien n’est forcé, les œuvres s’enchaînent avec discernement et précision… Les rapprochements et les contrastes restent discrets et toujours opportuns… La complicité du galeriste avec ses artistes paraît évidente pour cette présentation. On retient le soin apporté à la toujours épineuse question du « soclage »…

« Primitive future » – Regards sur l’exposition

Au rez-de-chaussée, les discrètes Palpitations, 1996 que Bruno d’Abrigeon a délicatement insufflées à un rocher donnent le ton…

Bruno d’Abrigeon - Palpitations, 1996 (détail) - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Bruno d’Abrigeon – Palpitations, 1996 (détail) – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Au centre de l’espace, la multiprise (Priser, 2019) que Quentin Lazzareschi a posée au sol attire inévitablement le regard et intrigue… Une autre manière de pénétrer dans « Primitive future ».

Quentin Lazzareschi - Priser, 2019 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Quentin Lazzareschi – Priser, 2019 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Sur la droite, les bouteilles de plastique qui s’accumulent et s’entrechoquent en haut d’un escalier mécanique, dans un mouvement qui semble sans fin, ont un caractère hypnotique… avant l’arrivée de quelques pieds d’humains (Jérémy Laffon, Symphony # 1 opus 13, 2005).

En face, le rapprochement des deux œuvres de Paul Chochois et d’Alexandre Brilleau nécessite un recours à la fiche de salle ou à une intervention du galeriste.

Alexandre Brilleau - Âme-usement - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Alexandre Brilleau – Âme-usement – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Si pour Âme-usement, on comprend immédiatement qu’il s’agit de pièces de monnaie et d’une probable interrogation sur leur valeur d’échange, les matériaux qui les composent, les figures qui y sont frappées et peut-être sur la numismatique, les intentions de Paul Chochois avec son pâle bouquet sont moins évidentes…

Paul Chochois - Billets sentent comme un bouquet, 2019 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Paul Chochois – Billets sentent comme un bouquet, 2019 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Tout s’éclaire après la lecture du titre « Billets sentent comme un bouquet » et la découverte de la technique mise en œuvre : Sérigraphie à l’encre de billets de 5 et 10 € extraite au décapant. On perçoit alors que le bouquet qu’offre Paul Chochois nous interpelle sur les conditions difficiles des jeunes artistes et sur l’incontournable autoproduction des œuvres pour avoir l’espoir d’être exposés…

Au sous-sol, le regard est très rapidement capté par une fascinante diagonale ou s’enchaîne des œuvres de Ninon Dabadie, Sébastien Granier et Jérémy Laffon.

Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Précontrainte (2019) de Sébastien Granier semble être l’axe – on n’ose écrire la poutre – autour duquel se construit la mise en espace…

Sébastien Granier - Précontrainte, 2019 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Sébastien Granier – Précontrainte, 2019 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Architecte de formation, a choisi ici d’assembler une série de segments d’os avec une tige d’acier, faisant une référence explicite par son titre à une technique de mise en tension de poutres en béton utilisée fréquemment dans le BTP pour en augmenter la portée et la résistance…
Faut-il voir dans cette colonne « vertébrale » un clin d’œil à l’« avenir primitif » de Sou Fujimoto ?

La pièce, Sans titre (2017) de Ninon Dabadie, tel qu’elle est positionnée, semble en connexion directe avec celle de Sébastien Granier

Ninon Dabadie - Sans titre, 2017 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Ninon Dabadie – Sans titre, 2017 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

En effet, il faut s’approcher du socle lavande où repose la réplique d’un crâne de tortue luth pour découvrir la surface parfaitement lisse, obtenue par un transfert hydrographique, inspiré de la technique des encres flottantes utilisées pour les papiers marbrés chers aux relieurs. La sculpture est fascinante. Elle renvoie évidemment aux vanités du XVIIe siècle ou à d’autres plus contemporaines. Mais elle fait aussi écho par bien des aspects à l’œuvre qui lui est opposée sur cette diagonale…

Jérémy Laffon - Algorama, 2019 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Jérémy Laffon – Algorama, 2019 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Algorama, 2019 de Jérémy Laffon est une des pièces les plus captivantes de cette exposition. Elle répond parfaitement à la tortue luth de Ninon Dabadie. Son auteur en fait la description suivante : « Sculptures dont la forme finale est aléatoire, au gré de l’agglomération, la résine se propageant dans un volume empli de litière. L’absurdité du geste et du matériau est un prétexte à créer de l’expérience et de la surprise, du paysage, du naturel, et des formes révélées par sérendipité. Le clin d’œil aux “Pierres de Lettrés” (gōngshí) des dynasties chinoises opéré par la facture des supports confère un statut ambivalent à ces paysages rocheux miniatures ».

Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Aux limites de l’ironie et de la dérision, ou à l’inverse, déférente et respectueuse, cette inattendue et absorbante « pierre de rêve », « microcosme de l’univers » repose avec élégance sur un socle dont la face colorée reproduit le bleu que l’on trouve dans la litière pour chat…

Deux œuvres complètent cette perspective « magique » et « magistrale » :
Côté « tortue luth », Saturations, 2017David Suet couvre un rebut de plastique récupéré dans une usine, par une complexe cristallisation de sucre… Une bien curieuse sédimentation !

David Suet - Saturations, 2017 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
David Suet – Saturations, 2017 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Côté « rocher de lettrés », Trèfles à 3+1 feuille, 2015 de Quentin Lazzareschi restitue, sous la forme d’une photographie, une intervention de l’artiste dans l’espace public où il a ajouté une quatrième feuille à un ensemble plantes trifoliées…

Quentin Lazzareschi - Trèfles à 3+1 feuille, 2015 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Quentin Lazzareschi – Trèfles à 3+1 feuille, 2015 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

À lire, ci-dessous, les informations à propos des œuvres et des artistes extraites de la fiche de salle.

« Primitive future » mérite sans aucun doute un passage par la Galerie de la Scep. Toutes les œuvres exposées peuvent, à un degré ou à un autre, devenir des « pierres de rêve et une conversation avec Diego Bustamante sera évidemment enrichissante…

En savoir plus :
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« Primitive future » – À propos des œuvres et des artistes (texte de salle)

Sans titre, 2017
Réplique d’un crâne de tortue luth, impression par transfert hydrographique

Ninon Dabadie - Sans titre, 2017 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Ninon Dabadie – Sans titre, 2017 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Ninon Dabadie voulait obtenir une surface parfaitement lisse pour faire émerger une “forme idéale”. Écho aux vanités de l’histoire de l’art, cette œuvre peut également s’apparenter à un récit cosmogonique. Quant aux motifs représentés, ils rappellent les aspérités qui se trouvaient sur la surface du crâne, avant que Ninon Dabadie les fasse disparaître en les ponçant.

Ninon Dabadie est née en 1993, elle est diplômée de l’école supérieure des beaux-arts de Nîmes. Depuis, elle a effectué une formation en menuiserie et voyage dans de nombreux pays (Belgique, Grèce) comme elle l’avait entrepris avec son erasmus en Chine. Ninon Dabadie travaille selon des procédés chaque fois différents, elle ne cherche pas à développer un “style”. Chacun de ses objets est unique, lié à des techniques et à des expériences spécifiques. Elle ne répète rien et peut passer plusieurs mois sans produire de pièce. Discrète, elle fait partie de ces artistes mystérieux, qui ont placé leur égo et leurs désirs loin de leurs idées et aspirations.

Palpitations, 1996
Roche naturelle (grès), silicone, pigments et mécanisme

Bruno d’Abrigeon - Palpitations, 1996 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Bruno d’Abrigeon – Palpitations, 1996 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Pour Bruno d’Abrigeon, cette œuvre reflète la vie, à peine perceptible, des choses qui paraissent inanimées. La respiration est le propre du vivant. Le fait d’ajouter à ce rocher un mécanisme lui permettant d’imiter cette fonction biologique, comme s’il était muni de poumons, insuffle artificiellement, mais poétiquement, de la vie dans un minéral. Le résultat de cette expérience de vitalisation est une œuvre mystérieuse qui invite le spectateur à déceler les délicates respirations de la roche.

Bruno d’Abrigeon est né en 1948, il a fait l’école des beaux arts de Valence, il vit et travaille à Ailhon, France. « Les œuvres de Bruno d’Abrigeon […] font naître toutes sortes de confrontations plastiques. La dualité des matériaux employés cherche l’harmonie, le calme, et révèle poétiquement les histoires cachées. […] Autant d’espaces mis en scène avec gravité, légèreté, humour. La poésie qui se dégage des ces subtiles confrontations fait naître le plaisir d’un temps suspendu dont on sort sensiblement enrichi. » Mireille Cluzet

http://brunodabrigeon.blogspot.com/

Billets sentent comme un bouquet, 2019
Sérigraphie à l’encre de billets de 5 et 10€ extraite au décapant

Paul Chochois - Billets sentent comme un bouquet, 2019 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Paul Chochois – Billets sentent comme un bouquet, 2019 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Paul Chochois extrait l’encre de billets de banque (une douzaine au total) avec un gel décapant. L’idée consiste à faner les billets, en prélever la couleur et  la transférer pour faire germer une image : celle d’un bouquet. Le résultat manque visiblement de saturation et semble alors disparaître. Paul Chochois modifie les paramètres qui pourraient limiter cette œuvre à une simple composition florale. Le fait de transférer l’encre des billets modifie alors leur valeur : ils ne servent plus à consommer mais à fabriquer de la couleur. C’est pour Paul Chochois un constat du sacrifice financier de la part des jeunes artistes, pour qui l’activité n’est pas (encore) une affaire de rentabilité.

Paul Chochois est né en 1993, a obtenu son DNAP à l’école supérieure des beaux-arts de Perpignan et son DNSEP à l’école supérieure d’art d’Aix-en-provence, il vit à Marseille et travaille entre Marseille et Aix-en-Provence. L’oeuvre de Paul est faite de de faux-semblants, de feintes, de détournements, visant tantôt à révéler, tantôt à dissimuler l’authenticité d’une image. Pour cela, il modifie physiquement et conceptuellement les images qu’il tire de l’inconscient collectif (timbres, billets, natures mortes, jeux vidéo, cartes postales…).

Trèfles à 3+1 feuille, 2015
Photographie

Quentin Lazzareschi - Trèfles à 3+1 feuille, 2015 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Quentin Lazzareschi – Trèfles à 3+1 feuille, 2015 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Cette photographie est la trace d’une intervention de Quentin Lazzareschi, réalisée dans l’espace public. Il a ajouté une quatrième feuille à un ensemble de trèfles classiques avec des points de colle. Ce geste de collage, qui a nécessité une minutie et une patience particulière, passe pourtant quasiment inaperçu. Le fait de tomber sur un trèfle à quatre feuilles est rare et est synonyme de chance, en effet cette mutation du trèfle blanc est estimée 1/10 000 trèfles. Cette œuvre très improbablement visible est élaborée dans l’espace urbain et ne s’appuie cependant pas sur les codes de l’œuvre d’art public, souvent démonstrative et monumentale. Au contraire, elle se déploie avec discrétion. Si un des faux trèfles est remarqué, il est également improbable qu’il soit perçu comme le résultat d’un geste artistique : il crée ainsi une ambiguïté.

Priser, 2019
Multiprise modifiée, circuit fermé, diode

Quentin Lazzareschi - Priser, 2019 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Quentin Lazzareschi – Priser, 2019 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Une multiprise qui s’allume sans être branchée.
La multiprise est un objet supposément de second plan dans un espace d’exposition (on souhaite souvent que cet objet soit discret, il est souvent dissimulé). Quentin Lazzareschi a modifié le voyant lumineux, censé être le témoin de sa mise en tension. Cette transformation subtile qui pourrait passer inaperçue pour un observateur inattentif, est un exemple du goût de Quentin Lazzareschi pour ce qui n’est pas forcément remarqué, ce qui est laissé de côté par l’attention portée aux choses du premier plan – l’objet, de par sa différence, est amené vers ce premier plan, il amène l’observateur à rechercher le détail, à regarder d’une autre manière peut-être, des objets qu’il croise au quotidien.

Quentin Lazzareschi est né en 1994, diplômé en art (Dnap) et en design et espace (Dnsep), il poursuit actuellement un post diplôme (Dsra) en tant qu’artiste-chercheur à l’école supérieure d’art d’Annecy Alpes. Dans son travail plastique, il exploite la notion d’auteur et tente de la questionner ; les rapports à la visibilité et à la revendication de l’oeuvre d’art sont particulièrement présents. Ses actions ne sont jamais démonstratives mais plutôt infimes, voire absentes. Son travail sobre et objectif est souvent lié à un espace réel précis (un lac, un parc, un bureau, un carrefour routier). Il tente systématiquement de révéler un petit détail capable d’inverser, d’annuler ou de contourner l’objet ou le système sur lequel il travaille. L’écriture et le récit occupe également une place importante dans ses travaux actuels.

http://quentinlazzareschi.com/

Précontrainte, 2019
Os, acier galvanisé

Sébastien Granier - Précontrainte, 2019 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Sébastien Granier – Précontrainte, 2019 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Dans le BTP, la précontrainte est une technique de mise en tension de poutres en béton par des tiges d’acier, qui a pour but de les rendre plus performantes en terme de portée. L’idée de Sébastien Granier est de faire dialoguer un matériau antique, voire préhistorique (os) avec une technique contemporaine (précontrainte du béton). La “colonne vertébrale”, littéralement obtenue à partir de cet assemblage d’os, peut évoquer à la fois la pérennité d’une construction architecturale, mais aussi la fragilité d’un corps comparée à un bâtiment.

Sébastien Granier et né en 1992, il est diplômé de l’école d’architecture de Montpellier. Il vit et travaille entre Montpellier et Sète. Dans cette dernière ville, il a récemment ouvert avec ses amis et collègues, DAHU, leur atelier d’architecture et de design, également pensé comme un espace de co-working et d’exposition. Architecte, designer, plasticien, Sébastien Granier goûte à la diversité que propose le travail de construction et de structure. Le vocabulaire de ses œuvre va du prélèvement aux longues élaborations, du bricolage au dessin construit, de la rouille au vernis.

Saturations, 2017
Sucre et plastique

David Suet - Saturations, 2017 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
David Suet – Saturations, 2017 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

David Suet a fait cristalliser du sucre selon un procédé complexe qu’il emprunte à ces nombreux échanges avec des scientifiques, sur un rebut de plastique, récupéré, dans une usine de plasturgie. Pensé comme un minéral anthropique (causé par les activités humaines), il fait dialoguer deux échelles de la saturation – l’une chimique et microscopique, à l’origine de la cristallisation du sucre – l’autre, renvoyant à la saturation du plastique à l’échelle mondiale.

David Suet est né en 1979, il est diplômé de l’école des beaux-arts de Nîmes et mène depuis plusieurs années des actions de diffusion de l’art en Lozère avec l’association Artelozera (La Lanterne, les Voxels, le Domaine des Boissets).
« La plupart de mes travaux relèvent d’une sculpture picturale, dans une recherche qui accompagne constamment un questionnement sur l’image et son lien à la valeur. Les objets qui suscitent un travail sont des matériaux rencontrés dans mon environnement : issus du milieu naturel comme du monde des objets, ils sont le fruit de récoltes ou de récupérations. Les actes opérés sur ces objets sont pensés comme des révélateurs : ils agissent par contraste, pouvant relever de l’ornement comme de l’altération. Ainsi aux différentes mises en œuvre du voile dans les réalisations de 2010 à 2014 ont succédées des actions plus corrosives :combustions, matières attaquées à l’acide, poncées. »

https://www.davidsuet.com/

Âme-usement

Alexandre Brilleau - Âme-usement - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Alexandre Brilleau – Âme-usement – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

Dans cet ensemble d’œuvres, Alexandre Brilleau a choisi de meuler des pièces de monnaies européennes (euros, francs, francs suisse, pesetas). Il retire la figure de ces pièces pour remettre en lumière les matériaux qui les composent. C’est un geste qui annule la valeur d’échange de l’objet, et qui vient jouer avec le fétichisme des collectionneurs qui vont tenter de conserver ces pièces dans le meilleur état possible. Un geste lent et calme qui contredit l’hystérie de notre époque.

Alexandre Brilleau, né en 1991, est récemment diplômé de l’école des beaux-arts de Nîmes. Il vit à Montpellier et réside de temps à autre à Zanzibar (Tanzanie). Alexandre Brilleau est sensible aux restes de nos sociétés, à ce qui a pu être utilisé et usé, à ce qui a déjà eu une vie. Il prélève alors différents objets et matériaux autour de lui, qu’il achète dans des lieux comme Emmaüs, les marchés aux puces, les vide-greniers, ou qu’il ramasse lors de perambulations. Il les modifie ensuite par des gestes simples et discrets, parfois lents et méditatifs. Travaillant l’immatériel (la lumière, le reflet, le feu, la chaleur) en tant que preuve d’une vitalité, son travail tente d’en réinsuffler une à des choses dont la flamme est en train de s’éteindre.

Symphony # 1 opus 13, 2005
Vidéo, couleur, stéréo, 2’30

Jérémy Laffon - Symphony # 1 opus 13, 2005 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Jérémy Laffon – Symphony # 1 opus 13, 2005 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

 » Symphony #1 opus 13, s’attarde sur un escalator, animé d’un mouvement sans fin, enroulé sur lui-même. Symbole de la modernité par sa fonctionnalité, il représente la banalité de l’architecture commerciale ou des accès aux transports souterrain et aux parkings. L’accumulation incongrue et l’agitation sans répit des bouteilles en modifie la perception fonctionnelle pour extraire une poétique du banal, une dimension picturale sous-jacente dans des lieux où règne la violence esthétique. » Jackie-Ruth Meyer

Algorama, 2019
litière pour chat, résine, socles en bois

Jérémy Laffon - Algorama, 2019 - Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille - Photo © Nassimo Berthommé
Jérémy Laffon – Algorama, 2019 – Primitive future à la Galerie de la Scep – Marseille – Photo © Nassimo Berthommé

« Sculptures dont la forme finale est aléatoire, au gré de l’agglomération, la résine se propageant dans un volume empli de litière. L’absurdité du geste et du matériau est un prétexte à créer de l’expérience et de la surprise, du paysage, du naturel, et des formes révélées  par sérendipité. Le clin d’œil aux « Pierres de Lettrés » (gōngshí) des dynasties chinoises opéré par la facture des supports confère un statut ambivalent à ces paysages rocheux miniatures. »
Jérémy Laffon

« Fondée sur des protocoles et des processus se développant selon des temporalités étirées ou fulgurantes, sur la répétition obstinée des actes et des procédures, la dimension performative du travail de Jérémy Laffon est manifeste. La pratique de l’artiste est faite d’allers-retours expérimentaux entre divers médiums, oscillant entre l’élaboration patiente et la destruction programmée. Mais, s’il provoque ces phénomènes, Jérémy Laffon se montre impuissant à changer le cours des choses ; tout au plus peut-il l’arrêter provisoirement.La démarche de Jérémy Laffon correspond à des « manières » d’être artiste contraires : celui-ci y apparaît tantôt comme un habile technicien tantôt comme un piètre bricoleur ; tantôt comme un inventeur de structures complexes, tantôt comme celui qui ne fait que déclencher un procès hasardeux. »
Natacha Pugnet – extrait de la mélancolie du pongiste

http://www.jeremylaffon.com/

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