Les Chemins du Sud, une théorie du mineur au MRAC à Sérignan

Jusqu’au 3 novembre 2019, le MRAC présente « Les Chemins du Sud, une théorie du mineur », une proposition de Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani avec Southway studio.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur au MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur au MRAC à Sérignan

À lire le texte d’intention des deux commissaires, l’exposition « invite à une traversée de l’Histoire de l’art depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Celle-ci prend le contrepied de celle écrite entre Paris et New York au cours du XXe siècle. Elle retrace (…) une généalogie d’artistes qui, refusant de s’insérer dans une veine révolutionnaire, ont embrassé le statut d’héritier. Les œuvres qui la composent ont été produites en dehors des capitales européennes et américaines, dans un sud envisagé de manière métaphorique ».

Le parcours se développe sur la totalité des espaces d’expositions temporaires du MRAC et s’articule en six séquences :

Plus de 300 pièces sont rassemblées dans un accrochage dense et foisonnant qui frise parfois l’exubérance et la surabondance, mais qui reste néanmoins toujours cohérent, compréhensible et séduisant.

Les deux commissaires ont sélectionné un ensemble d’œuvres du XIXe siècle (Gustave Fayet, Théodore Jourdan, Adolphe Monticelli, William Morris, Odilon Redon) et du du XXe siècle (Richard Burgsthal, André Derain, Raoul Dufy, Joyce Kozloff, Robert Kushner, Manolo, André Marchand, Giorgio Morandi, Louis Valtat, Betty Woodman, George Woodman).

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Du rustique à l’ornemental - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Du rustique à l’ornemental – MRAC à Sérignan

Elles y mêlent habilement des pièces d’artistes contemporains tels que Jean-Marie Appriou, Jenna Kaës & Jean-Marie Appriou, Bella Hunt & DDC, Hélène Bertin, Joanne Burke, Maggy Champsaur, Giovanni Copelli, Victor Delestre, Jade Fourès-Varnier & Vincent de Hoÿm, Andrew Humke, Jean-Baptiste Janisset, Jenna Kaës, Lucile Littot, Matthew Lutz-Kinoy, Emiliano Maggi, Matteo Nasini, Zoë Paul, Lisa Rampilli, Sergio Ruffato, Vincenzo Simone, Gérard Traquandi.

Plusieurs de ces artistes appartiennent à Southway studio, une communauté avec lesquels Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani produisent des œuvres et des expositions.

Pour « Chemins du Sud », elles soulignent avec insistance le fait que plusieurs « des pièces collectives et cosignées parsèment ainsi l’exposition avec l’idée d’échanger les rôles dans une fluidité entre commissariat et création, entre théorie et pratique, dans des productions à géométrie variable à quatre, six, huit ou dix mains ».

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Retour à Mycènes - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Retour à Mycènes – MRAC à Sérignan

Le parcours et l’accrochage offrent plusieurs moments particulièrement réussis, où les deux commissaires excellent dans leur gestion des espaces et dans leur capacité à juxtaposer avec originalité les œuvres qu’elles ont choisies ou produites.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Balade dans un jardin à l’antique - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Balade dans un jardin à l’antique – MRAC à Sérignan

La richesse de l’accrochage de la scénographie a logiquement prohibé les textes de salle et les cartels. Un document de presque trente pages propose au visiteur le texte d’intention des commissaires, une introduction pour chaque salle et quelques repères sur les artistes exposés.

Si on peut s’interroger sur le support théorique sur lequel sont bâtis ces « Chemins du Sud », il faut reconnaître à Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani un sens aigu de la mise en scène, une capacité à construire des accrochages agréables et attrayants où la séduction trouble peut-être un peu le regard du visiteur.
Leur discours haletant et débordant entrecroise et entremêle les fils d’histoires multiples. Mais au bout du compte, quelle est la place qui est laissée au spectateur et à son imaginaire ?…

L’aspect très décoratif et ornemental de la scénographie transforme parfois les espaces d’exposition en « intérieurs » qui évoquent les images de magazines. Ces décors sont évidemment l’expression de leur propos et ils reflètent probablement en partie la personnalité des deux commissaires. Ce parti pris minore inévitablement la place de certaines œuvres qui « font décor » pour étayer l’argumentaire…

Si la construction est séduisante, on n’y a toutefois pas ressenti les émotions intenses ou la jubilation que l’on a pu découvrir ces dernières années au MRAC avec Ulla Von Brandenburg, Maxime Rossi, Simon Starling, le magistral « Il faut reconstruire l’Hacienda » de Bruno Peinado, Francisco Tropa ou encore « La complainte du progrès » récemment proposé Sandra Patron…

Quoi qu’il en soit, on ne peut douter de l’engagement des deux jeunes femmes et de leur énergie bouillonnante. Il faut saluer leur volonté d’offrir au visiteur un regard différent sur l’exposition.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Du rustique à l’ornemental - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Du rustique à l’ornemental – MRAC à Sérignan

Il faut donc répondre à leur invitation à parcourir leurs « Chemins du Sud » et interroger leur « théorie du mineur ».

Le côté baroque et kitsch de l’ensemble conduira très certainement ceux qui apprécient la mise à distance du White Cube et les théories de Clément Greenberg à quitter rapidement la promenade proposée par les deux historiennes de l’art…

On espère la publication prochaine d’un ouvrage où Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani pourraient approfondir leur approche théorique singulière de l’histoire de l’art.
En attendant, on conseille vivement la lecture de leur revue « Code South Way » dont le numéro 7 est largement consacré à l’exposition présentée au MRAC.

Jusqu’au 29 septembre, les « Chemins du Sud » se prolongent à l’Abbaye de Fontfroide avec une exposition de Matteo Nasini. Cette proposition est une coproduction du MRAC et de IN SITU Patrimoine et art contemporain, avec un co-commissariat de Marie-Caroline Allaire-Matte.

À lire, ci-dessous, le texte d’intention de Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani et quelques regards photographiques sur le parcours de l’exposition complétés par les présentations de chaque section extraites du livret d’accompagnement.

En savoir plus :
Sur le site du MRAC
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Oracular / Vernacular – Charlotte Cosson et Emmanuelle Luciani sur Facebook

L’exposition « Les chemins du Sud, une théorie du mineur » propose une promenade dans l’Histoire de l’art depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours. Les oeuvres qui la composent ont été produites en dehors des capitales européennes et américaines, dans un sud envisagé de manière métaphorique. Ce sud est le lieu d’un pas de côté vis-à-vis de l’industrialisation et du progrès qui ont marqué la modernité. Les oeuvres produites dans ce cadre l’ont été de manière artisanale, en mettant en avant le décoratif et les matériaux pauvres dans l’idée d’apporter l’art à toutes les catégories sociales. Ces artistes incarnent une forme de résistance face à la distinction entre les arts dits mineurs et ceux dits majeurs, entre le peintre et le décorateur, entre l’artiste et l’artisan.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Emmanuelle Luciani & Charlotte Cosson - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Emmanuelle Luciani & Charlotte Cosson – MRAC à Sérignan

L’exposition retrace quatre moments distincts de cette histoire commencée au XIXe siècle : l’école de Marseille représentée par Théodore Jourdan et Adolphe Monticelli ; celui du tournant du XXe siècle avec William Morris, Odilon Redon, Gustave Fayet, Raoul Dufy, André Derain, Louis Valtat, Richard Burghstal et Manolo ; les artistes du mouvement Pattern and Decoration (Betty Woodman, Robert Kushner, Joyce Kozloff…), qui, à partir des années 1970, ont embrassé les arts dits mineurs ; et enfin des artistes contemporains qui continuent à produire dans cette veine du décoratif.

Cette première salle forme le socle de l’exposition en proposant un cheminement du rustique à l’ornemental. Les représentations de la vie rustique émergent au XIXe siècle. Jusqu’alors, le mode de vie campagnard est banal : nul besoin de le montrer. Pourtant, avec l’industrialisation des villes et des terroirs, les mœurs rurales disparaissent. Une peinture nostalgique, qui portraiture ces habitudes en voie d’extinction, naît alors avec l’école de Marseille dans les années 1850. Entre scènes pastorales et natures mortes, ce courant méridional fera des émules jusque dans le nord de l’Europe.

Le Sud exerce alors déjà une attraction grandissante pour des communautés artistiques rebelles à la mise en place de la modernité industrielle : les Nazaréens en Allemagne qui rejoignent Rome en 1810, puis les Préraphaélites en Angleterre en 1848. Leurs oeuvres s’inspirent des primitifs italiens (Giotto, Fra Angelico…) car ils représentent pour eux ce moment où le collectif primait sur l’individu et où l’humain était valorisé plutôt que le profit. C’est dans cette idée que William Morris impulse le mouvement Arts & Crafts en Angleterre dans les années 1860 en créant une communauté impliquée socialement et politiquement.

On observe chez eux, comme chez les Préraphaélites, puis Henri Matisse, Raoul Dufy, André Derain et les autres artistes des « Chemins du Sud » une tendance à infléchir leurs oeuvres rustiques vers les arts décoratifs et l’ornement. Ce thème est d’ailleurs central pour le mouvement Pattern and Decoration aux États-Unis dans les années 1970. Celui-ci puise ses références dans des motifs décoratifs issus de géographies plus larges, avec une fascination assumée pour le Maroc, la Turquie, l’Afghanistan, l’Inde ou encore le Japon. Les artistes contemporains présentés dans l’exposition sont les héritiers directs de ces pensées à la marge.

Avec : Théodore Jourdan, Adolphe Monticelli, William Morris, Odilon Redon, Louis Valtat, Raoul Dufy, André Derain, Gustave Fayet, Manolo, Giorgio Morandi, André Marchand, Betty Woodman, Robert Kushner, George Woodman, Gérard Traquandi, Maggy Champsaur, Bella Hunt & Dante di Calce, Giovanni Copelli, Vincenzo Simone, Jenna Kaës, Jean-Baptiste Janisset, Jade Fourès-Varnier & Vincent de Hoÿm, Lisa Rampilli, Sergio Ruffato, Matteo Nasini, Hélène Bertin, Victor Delestre.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Balade dans un jardin à l’antique - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Balade dans un jardin à l’antique – MRAC à Sérignan

Cette salle offre au visiteur une balade dans l’Histoire, presque une flânerie dans un jardin archéologique pourtant parsemé d’oeuvres contemporaines, quasiment toutes produites cette année à Marseille au sein de Southway studio. Les arches et sculptures en variations de chaux de Bella Hunt & DDC rythment l’espace au même titre que les colonnes en bois réalisées par Emmanuelle Luciani. Inspirées des tessons d’argile antiques, les plaques de terre-cuite provençales sur lesquelles les commissaires ont invité les artistes à intervenir sont un hommage à l’héritage latin des « Chemins du Sud ».

Les couleurs, à la fois terreuses et terrestres, de ces productions sont rehaussées par les installations de Betty Woodman, la tapisserie de Matteo Nasini, l’or de la toile de Robert Kushner et le banc en hommage à la potière américaine cosigné par Bella Hunt & DDC et Giovanni Copelli. Les œuvres produites à la main, dans des matériaux qui pourraient retourner au sol, forment cet espace proche de l’Atrium ou du Forum antique. Une invitation à prendre le temps, à vivre et à penser collectivement, inspirée par les modes de vie chauds de l’Europe du Sud.

Avec : Robert Kushner, Betty Woodman, Raoul Dufy, Giovanni Copelli, Bella Hunt & Dante Di Calce, Matteo Nasini, Sergio Ruffato, Zoë Paul, Jade Fourès-Varnier & Vincent de Hoÿm, Maggy Champsaur, Southway studio. Commissariat général : Emmanuelle Luciani & Charlotte Cosson / Southway studio.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Retour à Mycènes - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Retour à Mycènes – MRAC à Sérignan

Cette salle scandée par des motifs léonins, des dieux païens et des portes architecturées offre un aperçu des références antiques des artistes des « Chemins du sud ». Elle s’inspire librement de Mycènes, une cité préhellénique de l’âge du bronze célèbre pour ses prouesses architecturales telle la Porte des Lionnes. Mycènes est par ailleurs indissociablement liée aux épopées homériques de l’Illiade et de l’Odyssée dont la profonde influence perdure après trois millénaires.

Avec : Giovanni Copelli, Zoë Paul, Joyce Kozloff, Bella Hunt & Dante Di Calce, Gérard Traquandi, Sergio Ruffato, Southway studio.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Entre Baroque & Rocaille - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Entre Baroque & Rocaille – MRAC à Sérignan

Cette salle introduit des références au baroque italien et au style rocaille français : une exubérance, une surcharge décorative ou des torsions écrasées par la gravité qui accentuent un effet dramatique. Ces styles, développés entre les XVIIe et XVIIIe siècles, cristallisent dans leurs formes l’imminence d’un effondrement de la société. Les révolutions européennes et la mise en place de la modernité sont en effet proches. La prégnance de ces formes chez certains artistes contemporains annonceraitelle un changement sociétal imminent ?

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Entre Baroque & Rocaille - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Entre Baroque & Rocaille – MRAC à Sérignan

Avec : Betty Woodman, Jean-Marie Appriou, Matthew Lutz-Kinoy, Lucile Littot, Jean-Baptiste Janisset, Bella Hunt & Dante Di Calce, Emiliano Maggi, Gérard Traquandi, Giovanni Copelli, Southway studio.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Un autel à l’âme du monde - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Un autel à l’âme du monde – MRAC à Sérignan

Depuis quelques années, Southway studio, accompagné le plus souvent de Bella Hunt & Dante Di Calce, Jenna Kaës, Giovanni Copelli et Gérard Traquandi, élève des autels et des chapelles funéraires à l’anima mundi : l’âme du monde. Cet élan spirituel est une manière de s’incliner vers ce qui dépasse le simplement matériel, l’humain ou encore les clivages entre les religions. Ces oeuvres invitent à penser un futur où l’Homme ne serait pas au centre du vivant, mais un simple participant à son cycle. De petits exvoto sont placés autour de l’installation, à la manière des rites populaires de Provence ou des alentours de Naples, mais aussi des traditions bouddhistes, hindouistes et animistes.

Avec : Odilon Redon, Richard Burgsthal, Bella Hunt & Dante Di Calce, Jenna Kaës, Giovanni Copelli, Gérard Traquandi, Joanne Burke, Sergio Ruffato, Lucile Littot, Southway studio.

Les Chemins du Sud, une théorie du mineur - Piazza Italiana - MRAC à Sérignan
Les Chemins du Sud, une théorie du mineur – Piazza Italiana – MRAC à Sérignan

Pour « Les Chemins du Sud », Andrew Humke réalise à Marseille pendant plus de deux mois un extraordinaire décor architectural de plus de vingt mètres de long inspiré des places publiques à l’italienne. Fruits de ses échanges avec les commissaires autour des fresques de Giotto et de l’oeuvre de Giorgio de Chirico, ses toiles encerclent une sculpture d’extérieur de Bella Hunt & Dante di Calce. Cette dernière s’inspire des maçonneries camarguaises d’extérieur, statuaire populaire traditionnelle s’il en est.

Avec : Andrew Humke et Bella Hunt & Dante di Calce

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