samedi 4 juillet 2020

Rodolphe Huguet – Stone Power à la galerie quatre – Arles

Jusqu’au 29 septembre, Rodolphe Huguet propose « Stone Power » à la galerie quatre à Arles. Il y présente un ensemble d’œuvres réalisées suite à plusieurs voyages à Ouro Preto et à Belo Horizonte, dans la région du Minas Gerais au Brésil entre 2011 et 2014.

La production artistique de Rodolphe Huguet est fondamentalement liée aux rencontres avec des travailleurs, des artisans, ou de simples êtres humains. Les échanges et les collaborations qu’il noue avec eux, la découverte de leur savoir-faire, de leur culture et de leurs conditions de vie déterminent la nature des œuvres qu’il produit.

« Stone Power » rassemble des pièces réalisées à la suite de ses séjours dans des communautés de mineurs et de lapidaires du Minas Gerais. Elles témoignent avec force et émotion de leur vie et de leur histoire, mais elles évoquent aussi leurs outils, leurs techniques et leurs talents.

Rodolphe Huguet - Stone Power à la galerie quatre - Arles. Photo Laurent Bourderon
Rodolphe Huguet – Stone Power à la galerie quatre – Arles. Photo Laurent Bourderon

Les œuvres produites à son retour des mines d’Antonio Perreira, Ouro Preto et Diamantina au Brésil ont fait l’objet d’une importante exposition « MinHéroi » au centre d’art Lab-Labanque, à Béthune en 2013. Dans le catalogue qui l’accompagnait, Guillaume Mansart résumait ainsi le propos de l’artiste :

« Exploitant les filières de quartz rose, de topaze impériale, citrine et autre améthyste, les mines qui font vivre la région du Minas Gerais portent une économie en même temps qu’elles renferment l’histoire encore récente de l’esclavage d’un peuple. Et c’est en mêlant sa qualité d’artiste à une curiosité toute anthropologique que Rodolphe Huguet restitue sa vision de cette société souvent miséreuse qui baigne pourtant dans l’éclat de ses gisements de pierres fines. Il y a donc cet étrange paradoxe qui se donne à voir dans MinHeroi. La rouille le dispute au clinquant, le grossier à la finesse, le précaire au construit, et dans ce mélange faussement désordonné, les formes qui signent l’existence surviennent exactement ».

La galerie quatre expose une vingtaine de pièces issues de ce corpus auxquelles s’est ajoutée une œuvre de 2016.

Rodolphe Huguet - Stone Power à la galerie quatre - Arles - Photo Rodolphe Huguet
Rodolphe Huguet – Stone Power à la galerie quatre – Arles – Photo Rodolphe Huguet

Dans les deux vitrines qui ouvrent à l’angle de la rue du quatre septembre et de la rue Boussicaut, on découvre quatre maquettes de maisons de mineurs. Ces pauvres abris reposent sur de sombres socles de terre cuite. Ils sont curieusement construits de briques en pierres précieuses lapidées ou brutes et couverts de tôle ondulée en argent…

Comment ne pas voir dans cette présentation une analogie ironique avec celles qui scintillent dans les devantures des joailliers ?

Sur la cimaise face à l’entrée de la galerie, une photographie fait écho à ces fragiles installations. Une poule rousse traverse prudemment les abords d’une de ces bicoques.

Rodolphe Huguet - Sans titre, 2012 - Photographie contrecollée sur Reynobond, 60 x 80 cm
Rodolphe Huguet – Sans titre, 2012 – Photographie contrecollée sur Reynobond, 60 x 80 cm

Le sol est jonché d’un amas de pierres qui attendent d’être taillées. Sur une planche, un premier tri semble devoir être en cours. Un gros bloc de quartz repose en équilibre sur un fût métallique. À droite, un rocher plus volumineux cache une caisse en plastique. Une chaise paraît être abandonnée… L’image dégage une mélancolie, une tristesse et un abattement qui contrastent violemment avec l’éclat lumineux et étincelant qui est naturellement associé aux pierres précieuses…

Rodolphe Huguet - MinHerói (mineurs héros) , 2012-2013 Stone Power à la galerie quatre - Arles - Photo Laurent Bourderon
Rodolphe Huguet – MinHerói (mineurs héros) , 2012-2013 Stone Power à la galerie quatre – Arles – Photo Laurent Bourderon

Sur la gauche, accrochées au mur, trois pelles rouillées observent le visiteur d’un regard étrange et inquiétant. Elles appartiennent à une série de 7 intitulée « MinHerói (mineurs héros), 2012-2013 ».

Les « yeux » découpés dans ces outils des mineurs d’Antonio Perreira (mine de topaze Impériale) brillent de reflets sombres et mystérieux que renvoie la topaze azul et l’améthyste violette pour l’une, le quartz fumé et l’améthyste rose pour l’autre. La dernière est borgne. Son œil d’onyx exprime-t-il la fatalité, la douleur ou la colère ?…

À leur droite, on remarque trois dessins de la série « MinHerói 2, 2013 ». Réalisée à la bombe aérosol sur du papier aquarelle, l’ombre des pelles esquisse les contours de visages hallucinés ou fantomatiques éclairés par des yeux et des dents de pierres précieuses.

Leurs regards accrochent irrésistiblement celui des passants qui arrivent par la rue Boussicaut, en particulierà la tombée du jour…

Rodolphe Huguet - Stone Power à la galerie quatre - Arles - Photo Rodolphe Huguet
Rodolphe Huguet – Stone Power à la galerie quatre – Arles – Photo Rodolphe Huguet

Énucléées ou édentées, ombrageuses ou impassibles, ces figures spectrales évoquent aussi les conditions de travail de ces mineurs héros…

Rodolphe Huguet - Le cri fantôme n°1, 2012 - chemin des esclaves, Diamantina, Brésil - Photographie contrecollée sur Reynobond, 60 x 80 cm
Rodolphe Huguet – Le cri fantôme n°1, 2012 – chemin des esclaves, Diamantina, Brésil – Photographie contrecollée sur Reynobond, 60 x 80 cm

Deux photographies complètent cette sélection. « Le cri fantôme n° 1, 2012 » est sous-titré « Chemin des esclaves, Diamantina ». La douleur et l’effroi qui surgit du rocher semblent se prolonger dans la déchirure d’un dérisoire filet de protection sur un échafaudage à Belo Horizonte (« Le cri fantôme n° 2, 2012 »)…

Rodolphe Huguet - Le cri fantôme n°2, 2012 - Photographie contrecollée sur Reynobond, 60 x 80 cm
Rodolphe Huguet – Le cri fantôme n°2, 2012 – Photographie contrecollée sur Reynobond, 60 x 80 cm

Celles et ceux qui suivent le travail de Rodolphe Huguet depuis plusieurs années ou qui l’ont découvert dans « Bon vent » au Frac l’hiver dernier à Marseille et plus récemment au CACN à Nîmes auront compris que ce cri déchirant d’angoisse, de souffrance ou de révolte est récurrent dans œuvre de l’artiste…
Il est ici fondamentalement lié à ce terrifiant « Stone Power »… Ce titre choisi pour l’exposition arlésienne était celui attribué à la photographie « Le cri fantôme n° 2 » dans
« MinHéroi » au centre d’art Lab-Labanque, en 2013…

Rodolphe Huguet - Stone Power à la galerie quatre - Arles - Photo Rodolphe Huguet
Rodolphe Huguet – Stone Power à la galerie quatre – Arles – Photo Rodolphe Huguet

En quittant la galerie quatre, il faut regarder avec attention l’affiche collée au coin de la rue Boussicaut et peut-être méditer sur l’évasion qu’elle suggère…

Rodolphe Huguet - Évasion, 2011 - Édition affiche, papier couché semi mat,150 gr, 50 x 80,5 cm
Rodolphe Huguet – Évasion, 2011 – Édition affiche, papier couché semi mat,150 gr, 50 x 80,5 cm

On l’aura compris, un passage s’impose par la galerie quatre avant la fin septembre.
C’est la deuxième exposition personnelle de l’artiste à la galerie. En 2015, il y avait présenté « Méditer-année ». En début d’année, il participait à « Ceremony », au Palais de l’Archevêché, un projet coproduit par le service de la culture de la Ville d’Arles et la galerie quatre.

Rodolphe Huguet expose également au CACN à Nîmes, jusqu’au 22 septembre, avec une très intéressante proposition intitulée « Pour rêver une liberté retrouvée dans une maison sans murs ». Une chronique est à lire ici.

En savoir plus :
Sur le site immédiats.fr
Suivre l’actualité de la galerie quatre sur Facebook et sur Instagram
Sur le site de Rodolphe Huguet

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