dimanche 13 juin 2021

Florent Groc – « Pourvu que ça dure » à la galerie Double V – Marseille


Jusqu’au 23 mars 2021, la galerie Double V invite Florent Groc pour « Pourvu que ça dure », sa première exposition personnelle à Marseille.

On se souvient de ses toiles aux larges aplats colorés présentes dans « Mémento », exposition inaugurale de la galerie à l’hiver 2016-2017 qui rassemblait 7 artistes alors émergents autour « d’une archéologie contemporaine, fruit d’imaginaires singuliers et de fragments de vies, faisant remonter à la surface le souvenir de cette société de l’obsolescence »…
En 2018, Nicolas Veidig-Favarel accrochait à nouveau quelques paysages énigmatiques de Florent Groc, dont une étonnante vue de l’Estaque pour sa « Cage aux Fauves »…

Avec «Pourvu que ça dure », Florent Groc propose un « voyage flamboyant et inquiétant » dans son univers artistique avec une série de nouvelles peintures à l’huile réalisées à l’automne 2020.


Une végétation aux développements fantastiques envahit la surface du tableau dans des plans superposés qui écrasent la perspective et brouillent la vue sur « Marseille, la mer et la civilisation »…

Dans le texte qu’il signe pour l’exposition (voir ci-dessous), Joris Thomas souligne : Florent Groc « compare sa quête de la couleur à celle d’un archéologue qui cherche un trésor. Elle obéit chez lui à une nécessité qui fait fi de la réalité ». Un peu plus loin, il précise : « Ces peintures sont des souvenirs, des visions imaginaires et synthétiques d’un paysage familier aux références qui s’entrechoquent ».

Si Matisse est cité en exergue du texte de présentation, on pense naturellement à Van Gogh, à Hockney ou à Munch face à ces vues à la fois abstraites, symboliques et expressives, composées depuis l’arrière-pays marseillais où Florent Groc a passé une partie de son enfance…

À chaque exposition, la galerie Double V sait se transformer pour offrir un écrin renouvelé aux artistes qu’elle accueille. L’accrochage est comme toujours construit avec rigueur, raffinement et cohérence.

Florent Groc - « Pourvu que ça dure »  vue de l'exposition à la galerie Double V - Marseille - ©Jean Christophe Lett
Florent Groc – « Pourvu que ça dure » vue de l’exposition à la galerie Double V – Marseille – ©Jean Christophe Lett

Dans la vitrine, un imprimé vient draper avec élégance une partie de la cimaise et accompagner un premier paysage flamboyant (L’incendie, 2020).

Florent Groc - « Pourvu que ça dure »  vue de l'exposition à la galerie Double V - Marseille - ©Jean Christophe Lett
Florent Groc – « Pourvu que ça dure » vue de l’exposition à la galerie Double V – Marseille – ©Jean Christophe Lett

Dans l’espace qui ouvre sur la rue Saint-Jacques, les murs de droite et du fond ont pris une teinte entre lavande et parme qui valorise parfaitement les toiles qui y sont présentées. Face à l’entrée, un grand format Zeste barrière (2020) donne le ton. Il est complété par une petite pochade probablement exécutée sur le motif (Petit pain n.2, 2020).

Florent Groc - « Pourvu que ça dure »  vue de l'exposition à la galerie Double V - Marseille - ©Jean Christophe Lett
Florent Groc – « Pourvu que ça dure » vue de l’exposition à la galerie Double V – Marseille – ©Jean Christophe Lett

Sur la droite, cinq tableaux de format moyen aux ambiances parfois oppressantes sont harmonieusement alignés (Citerne, Une église dans la colline, Miracle, La route des Termes, Champs de bataille, 2020).

Florent Groc - « Pourvu que ça dure »  vue de l'exposition à la galerie Double V - Marseille - ©Jean Christophe Lett
Florent Groc – « Pourvu que ça dure » vue de l’exposition à la galerie Double V – Marseille – ©Jean Christophe Lett

En face, un vaste paysage de trois mètres de large, Le massif de l’étoile (2021), occupe magistralement l’espace. Il s’impose comme une pièce maîtresse de l’exposition.

Florent Groc - « Pourvu que ça dure »  vue de l'exposition à la galerie Double V - Marseille - ©Jean Christophe Lett
Florent Groc – « Pourvu que ça dure » vue de l’exposition à la galerie Double V – Marseille – ©Jean Christophe Lett

Au revers de la vitrine, un format moyen est illuminé par le jaune sable de la cimaise. Il donne son titre à l’exposition (Pourvu que ça dure, 2020).

Florent Groc - « Pourvu que ça dure »  vue de l'exposition à la galerie Double V - Marseille - ©Jean Christophe Lett
Florent Groc – « Pourvu que ça dure » vue de l’exposition à la galerie Double V – Marseille – ©Jean Christophe Lett

Au fond de l’ouverture qui conduit vers la seconde salle, Le cèdre jaune (2020) est particulièrement mis en évidence par la même nuance complémentaire de celle qui donnait le ton au premier espace.

Cette toile amène le visiteur vers un ensemble d’œuvres de formats divers (Caché, Jolie tourmente, Petits pains, 2020) où parfois la figure humaine apparaît (Course poursuite, L’homme troué, Le porteur de feu, 2020)…

Un passage par la rue Saint-Jacques s’impose, même si les circonstances ont orienté Nicolas Veidig-Favarel à proposer une visite virtuelle de l’exposition via le site Online Viewing Room.

À lire, ci-dessous, le texte de présentation de Joris Thomas et quelques repères biographiques à propos de Florent Groc extraits du site de la galerie Double V.

En savoir plus :
Sur le site de la galerie Double V
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Sur le site de Florent Groc

« Pourvu que ça dure » de Florent Groc : une présentation de Joris Thomas

« L’œuvre d’art est ainsi l’aboutissement d’un long travail d’élaboration. L’artiste puise autour de lui tout ce qui est capable d’alimenter sa vision intérieure (…). Il se met ainsi en état de créer. Il s’enrichit intérieurement de toutes les formes dont il se rend maître, et qu’il ordonnera quelque jour selon un rythme nouveau. »

Henri Matisse, « Il faut regarder toute la vie avec des yeux d’enfants »

Le Courrier de l’UNESCO, vol. VI, n° 10, octobre 1953

Pourvu que ça dure est un voyage flamboyant et inquiétant dans l’univers artistique de Florent Groc.

À l’occasion de sa première exposition personnelle à la galerie Double V, il dévoile une série de nouvelles peintures à l’huile réalisées à l’automne 2020. Cette période, au temps distendu et libéré, s’est révélée être propice à l’expérimentation pour le peintre. Il a créé des paysages où la végétation envahit la surface picturale. Le décor composé uniquement d’arbres, de plantes et de fleurs aux déploiements fantastiques, est exécuté à la fois de manière minutieuse et abstraite, en arabesques. Les compositions se structurent par des plans colorés superposés qui annihilent la perspective.

Florent Groc crée une odyssée chromatique où les fluos côtoient les teintes les plus sourdes. Il compare sa quête de la couleur à celle d’un archéologue qui cherche un trésor. Elle obéit chez lui à une nécessité qui fait fi de la réalité.

Ces peintures sont des souvenirs, des visions imaginaires et synthétiques d’un paysage familier aux références qui s’entrechoquent. Finalement, il pourrait autant s’agir d’une vue sous-marine que terrestre. Il en est de même pour la flore qu’il couche sur ses supports. Bien qu’il ait une connaissance précise des essences végétales, il ne respecte ni les saisons, ni les régions dans lesquelles elles prospèrent. Il s’émancipe du réel pour imposer sa vision expressive, émotive et symbolique d’une nature encore sauvage.

À la manière d’un décor de marionnette, Florent Groc agence ces éléments en petits modules à l’équilibre précaire. Le spectateur-voyeur est invité à écarter du regard les branches comme s’il ouvrait des rideaux, rejouant ainsi l’action du peintre qui se faufile dans les fourrés de l’arrière-pays.

Au court de ses dernières explorations solitaires, il s’est engagé en dehors des sentiers balisés, découvrant ainsi de nouveaux écrins naturels. Depuis ces refuges, il apercevait au loin Marseille, la mer, la civilisation qu’il avait quitté.

Ce cadre bucolique est pourtant propice au déploiement d’une tragédie, comme le laisse entendre certains des titres. À tout moment un élément perturbateur pourrait arriver sur scène. Cette sensation d’assister aux derniers instants avant le basculement pénètre le regardeur et l’incite à reconsidérer ce qu’il contemple.

À propos de Florent Groc

Né en 1987, Florent Groc vit et travaille à Marseille.

Après avoir obtenu un diplôme en design graphique à Aix-en-Provence, en 2009, Florent Groc co-fonde le studio de graphisme TEUTH à Paris.

En 2014, à l’occasion de sa première exposition collective Forever Young à PIASA (Paris) sous le commissariat de Timothée Chaillou, il présente deux paysages aux couleurs éclatantes et insolites, réminiscence de sa région natale, le massif de l’Étoile. Le sujet et la facture de ces peintures sont des témoignages précoces des préoccupations qui traversent toute son œuvre.

Dans ces dernières œuvres, les éléments architecturaux ont laissé place à une flore qui s’empare de la surface picturale. Peut-être faut-il y voir une conséquence de son retour à Marseille, en 2017, et de ses excursions répétées dans la nature sauvage de l’arrière-pays. Parfois des silhouettes humaines et animales sont campées dans ces espaces aux perspectives librement interprétées et au chromatisme puissant. La couleur est franche, posée en aplat. Elle modèle un paysage recomposé, pensé comme une scène de théâtre où, de manière sous-jacente, il est question d’intimité et d’effondrement de la civilisation.

Créateur prolifique, Florent Groc s’approprie une diversité de supports et emploie différentes techniques, sans hiérarchie et de manière instinctive. En 2019, dans le cadre d’une résidence au moulin de la Croix (Saint-Etienne du Grès) puis à la villa Noailles (Hyères), il réalise ses premières fresques in-situ aux teintes flamboyantes et aux motifs enveloppants.

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