jeudi 25 février 2021

Côme Di Meglio – Résidence de recherche au 3 bis f à Aix-en-Provence


Du 1er au 10 février, Côme Di Meglio ouvre les portes de son atelier, sur rendez-vous, dans le cadre de rencontres professionnelles proposées par le 3 bis f – lieu d’arts contemporains.

Depuis septembre 2020, il a investi les espaces mis à sa disposition pour une résidence de recherche qui s’achèvera à la fin du mois de février.

Suite à la visite de l’exposition « Displace », la découverte de ce jeune artiste marseillais en septembre 2020 avait indiqué les enjeux de la période de recherche qui commençait alors.

Une nouvelle rencontre quelques jours avant la fin janvier 2021 permet de mesurer la puissance, la cohérence et la pertinence d’une pratique collaborative, pluridisciplinaire et profondément relationnelle qui, dit-il, « s’appuie sur des savoirs scientifiques, culinaires et gastronomiques, agricoles et thérapeutiques ».

Côme Di Meglio - Session de travail avec Mycotopia
Côme Di Meglio – Session de travail avec Mycotopia

Dans sa démarche artistique revendiquée « comme une aventure spirituelle », Côme Di Meglio porte une attention particulière à son environnement et aux relations qu’il construit avec le vivant.

Le premier paragraphe de son book en illustre parfaitement les enjeux :

« J’envisage ma démarche artistique comme une aventure spirituelle. J’utilise à dessein le terme de spirituel pour définir notre capacité à établir des relations avec le Vivant, depuis celles que nous pouvons entretenir avec d’autres êtres animés ou non, avec les éléments, ou bien encore celles ancestrales avec nos racines jusqu’aux ramifications exponentielles de nos gestes. Grâce à nos sens, nos émotions et notre imagination, c’est notre propension à reconnaître chez l’Autre, comme en toute chose ou tout élément issu de la nature, un élan de vie commun ».

À l’évidence, les recherches qu’il a engagées lors de ce séjour au 3 bis f font écho aux bouleversements que nous traversons et offrent indubitablement d’intéressantes pistes de réflexion face aux défis qui nous attendent.

Côme Di Meglio - maquette 1/10 du MycoTemple en mycelium
Côme Di Meglio – maquette 1/10 du MycoTemple en mycelium ©Côme Di Meglio

Après un passage à travers l’indispensable, mais sombre constat proposé par l’exposition « Post Growth » de Disnovation.org que le centre d’art accueille dans le cadre de la biennale Chroniques, franchir la porte de l’atelier de Côme Di Meglio, c’est partager un moment lumineux et solaire qui fait du bien. C’est entrevoir que des perspectives peuvent être imaginées.

​ TransitionSPACE – TransitionFOOD et  Espace Tendre

Tout commence au pied de l’escalier qui conduit aux ateliers. Sur la terrasse qui ouvre sur le jardin,

une aérienne construction de vannerie, mi-architecture, mi-sculpture, accueille avec hospitalité le visiteur dans un espace fluide et naturel. Elle a été réalisée, comme d’autres objets que l’on découvre dans l’atelier, à partir de branches récupérées dans le jardin du centre d’art et dans les allées du centre Hospitalier psychiatrique Montperrin.

Côme Di Meglio - Résidence de recherche au 3 bis f à Aix-en-Provence
Côme Di Meglio – Résidence de recherche au 3 bis f à Aix-en-Provence

Cette pièce illustre la préoccupation de Côme Di Meglio de porter attention à l’environnement immédiat, « à une exploration de la matière disponible, de ses propriétés et de ses qualités souvent méconnues et insoupçonnées »…

Cette structure fait écho à plusieurs architectures éphémères de la série « TransitionSPACE » que Côme a pu installer à l’Hôtel de Gallifet à Aix en 2018, puis au Couvent Levat à Marseille en 2019. On en retrouve quelques éléments dans l’atelier.

Côme Di MeglioTransitionSPACE II. Installation in situ dans la Chapelle Blanche du Couvent Levat. Coton blanc, bois, cordes, fresque sur plâtre de 250cm de diamètre. exposition: Les Fleurs Sauvage, commissariat Double Séjour – Couvent Levat – 2019

Ces espaces ont alors accueilli des repas enchantés d’hypnose. Intitulés « TransitionFOOD », ces moments de partage et de création culinaires n’ont malheureusement pas pu être organisé comme il le souhaitait pendant son séjour au 3 bis f, à l’exception toutefois d’un dîner en octobre. Il en reste quelques images dont la vue et les légendes donnent l’eau à la bouche…

Côme Di MeglioTransitionFOOD au 3 bis F : cuisson sur braise en croûte d’argile et mycelium d’un potimarron aux herbes du jardin du 3bisF, farci d’un oignon rouge au miel

Malgré les contraintes imposées par le confinement, Côme Di Meglio a également réussi à organiser en octobre dernier, avec la collaboration du Collectif BimBim, « Espace Tendre », une session avec les usagers de l’hôpital psychiatrique Montperrin et un public extérieur dans le jardin du 3 bis f. On en lira le récit que l’artiste en fait un peu plus loin.

​MycoTemple

Côme Di Meglio - Clonage de Ganorderma Lucidum
Côme Di Meglio – Clonage de Ganorderma Lucidum

Le cœur de la recherche mise en œuvre pendant ce séjour au 3 bis f est le projet « MycoTemple ». Cette recherche repose sur le potentiel du mycélium de champignon, organisme toujours mystérieux malgré les nombreuses découvertes scientifiques récentes.
La densité et le pouvoir liant des ramifications du mycélium permet d’envisager la production d’un matériau de construction à partir de déchets cellulosiques.

Côme Di MeglioMycoTemple : Primordia de Ganoderma Lucidum ; Récolte de Ganoderma Lucidum ; Colonisation de grains de sorgho par le Ganoderma Lucidum ; Ozonium de Ganoderma Lucidum

Fasciné depuis le début des années 2010 par les travaux des chercheurs et designers pionniers dans les biomatériaux explorant les possibilités du mycélium, Côme Di Meglio décide de collaborer avec les mycologues de Mycotopia.
Il cherche à mettre au point un matériau aux qualités esthétiques correspondant à l’intention de MycoTemple, dont les propriétés mécaniques permettent l’édification d’un dôme. Il s’agit donc simultanément de trouver un mélange adéquat pour une culture de mycélium sur des déchets organiques disponibles dans la région (sciure de bois, balle de riz de Camargue, carton usagé…) et de concevoir des moules pour produire des éléments de construction nécessaires.

Côme Di Meglio - brique de fondation du MycoTemple: démoulage
Côme Di Meglio – brique de fondation du MycoTemple: démoulage

Au centre de son atelier, on découvre sur une table différents essais de cette recherche et leur aboutissement à une brique légère et solide. L’efflorescence du mycélium y offre une face avec un épiderme d’une étonnante blancheur et un toucher soyeux particulièrement agréable.

Ce matériau entièrement compostable permet à Côme Di Meglio d’imaginer l’édification de « MycoTemple », un dôme de 3 mètres de haut qui devrait « inspirer de nouvelles manières d’habiter le monde » et que l’on pourra « rendre à la Terre et la fertiliser ».

Côme Di Meglio - Résidence de recherche au 3 bis f à Aix-en-Provence
Côme Di Megliomaquette 1/10 du MycoTemple en mycelium – Résidence de recherche au 3 bis f à Aix-en-Provence

Une maquette de cette future architecture est exposée dans l’atelier, ainsi que le prototype à échelle 1 d’un élément de sa construction.

Côme Di Meglio - Résidence de recherche au 3 bis f à Aix-en-Provence
Côme Di MeglioMycoTemple : élément de construction – Résidence de recherche au 3 bis f à Aix-en-Provence

Côme Di Meglio espère pouvoir présenter dans les prochains mois le porche de « MycoTemple ».
On attend avec beaucoup d’intérêt les suites de cette recherche passionnante.

On l’aura compris, Côme Di Meglio est un artiste singulier et très attachant qui propose une démarche audacieuse et novatrice.
Elle mérite sans aucun doute d’être découverte et un passage par le 3 bis f s’impose à tous les esprits curieux « à la recherche de routes alternatives » !

Les rencontres professionnelles au 3 bis f sont proposées du lundi 1er au mercredi 10 février entre 10h et 18h sur simple réservation par mail à reservation@3bisf.com.

Saluons une nouvelle fois l’engagement du 3 bis f qui propose depuis 1983 un remarquable programme de créations contemporaines dans les domaines du spectacle vivant et des arts visuels. Chaque année, il accueille des artistes et des compagnies dans la cadre de résidence de recherche avec une singulière préoccupation pour l’ouverture et la rencontre.

À lire, ci-dessous, quelques repères biographiques à propos de Côme Di Meglio et deux textes d’octobre et décembre 2020 qu’il signe à propos de sa pratique au 3 bis f. Ces documents sont extraits du communiqué de presse.

En savoir plus :
Sur le site du 3 bis f
Suivre l’actualité du 3 bis f sur Facebook et Instagram
Sur le site de Côme Di Meglio
Sur le site du Collectif BimBim
Sur la page Facebook de Mycotopia

​Côme Di Meglio – Repères biographiques

Né à Paris en 1988. Vit et travaille à Marseille.

Après un diplôme de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, il est lauréat du second Prix Dauphine pour l’art contemporain.

En 2018, il réalise l’œuvre TransitionSPACE lors d’une résidence de production à l’Atelier Ni. Son travail a été présenté à la Double V Gallery, à la Maison Populaire de Montreuil, à l’YIA Art Fair, (Carreau du Temple, 2015) et à l’ArtJaws Media Art Fair (Cité des arts de Paris, 2017).

Côme Di Meglio – A propos de sa démarche artistique

« Aujourd’hui c’est bel et bien une mission du sculpteur que de façonner une forme sociale à l’image de l’être humain ». Joseph Beuys

« Comme le temps végétal, mes projets s’ancrent dans un temps long et se nourrissent les uns des autres dans une forme d’arborescence.

TransitionFOOD commencé en 2018 a marqué le début d’un cheminement. Le champ des possibles et ses ramifications, lié au geste élémentaire d’avoir à se nourrir m’ont porté à creuser plus loin l’origine et la cohérence des matériaux que je convoque. Cela m’a conduit à penser le cycle de vie des oeuvres que je produis. MycoTemple est une architecture que je fais pousser à partir d’un organisme vivant, le mycelium. Cet organisme dont sont issus les champignons transforme les déchets, sciure, carton, paille en un matériau de construction organique et chaleureux. Entièrement compostable, c’est une architecture qui peut être rendue à la Terre.

Côme Di Meglio - brique de fondation du MycoTemple: démoulage
Côme Di Meglio – brique de fondation du MycoTemple: démoulage

Ma pratique est une aventure collaborative qui s’appuie sur des savoir scientifiques, culinaires et gastronomiques, agricoles et thérapeutiques.

Son caractère pluridisciplinaire permet de multiplier les regards, repenser notre relation à notre environnement dans une pratique artistique profondément relationnelle, par les espaces que je crée et les expériences que je conçois pour les habiter.

Côme Di Meglio - maquette 1/10 du MycoTemple en mycelium
Côme Di Meglio – maquette 1/10 du MycoTemple en mycelium ©Côme Di Meglio

L’époque que nous vivons est d’autant plus riche qu’elle est bouleversée. Les confinements successifs, en rendant les échanges toujours plus virtuels, ont fait renaître le besoin de se reconnecter à des choses simples et essentielles. Pour habiter cet afflux de temps libre et domestique, chacun a pu explorer des activités pour se sentir relié. Cette tendance relayée par de nombreux tutoriels est très symbolique : celle d’apprendre à faire son propre pain maison. » Côme Di Meglio, décembre 2020

​Côme Di Meglio – « Espace Tendre »

Session au 3bisF à Aix-en-Provence le 27 octobre 2020 – avec les usagers de l’hôpital psychiatrique Montperrin et un public extérieur. En collaboration avec le Collectif BimBim.

« Les différents confinements nous ont mis dans des bulles, ont pu nous priver de nos sens, nous isoler les uns des autres. Les symptômes du Covid suspendent le goût et l’odorat, les masques étouffent les odeurs et les voix, le toucher devient tabou. Sans cette connexion sensorielle et humaine, le monde s’efface, et notre bulle se referme. Cette exclusion des sphères sensorielles et humaines a été particulièrement douloureuse pour les personnes accueillies dans des hôpitaux, soumis à un isolement plus strict. Ce manque de lien, particulièrement à vif chez les usagers de l’Hôpital Montperrin, leur contact nous met à nu, et réveille en chacun de nous ce besoin fondamental de reconnexion, à nos sens, à notre corps, aux autres.

Dans cet entre-deux confinements, nous voulions créer un espace où l’on puisse retrouver ce contact, à la fois physique et émotionnel avec notre environnement. L’après-midi s’est donc articulée simplement entre la création collective d’un espace, pour ensuite y accueillir une expérience de reconnexion aux autres.

Les masques anti-Covid sont ornés de fleurs d’Oléastre épineux pour réveiller notre sphère olfactive par une odeur de jasmin. Les participants s’approprient rapidement cette fleur comme un ornement, qui vient personnaliser et embellir le masque. Le toucher se réveille au contact froid et humide du bois dont on retire l’écorce. Les branches sont tressées en un vaste cercle de vannerie, orné de rubans colorés. On se sent toujours fier quand on réussit à hisser une construction et que ça tient. Ce moment fédérateur achève la constitution du groupe, il permet à chacun de s’ouvrir aux autres, d’entrer en porosité. Cela rend possible d’aller plus facilement à la rencontre de l’autre à travers une expérience de communication extra-sensorielle.

Cet espace, chargé des gestes de chacun, devient le lieu d’une expérience partagée par groupe de trois. Le protocole proposé est le suivant : deux participants envoient de l’amour au troisième qui ne fait que recevoir, sans se toucher, les yeux fermés, puis chacun retranscrit cette expérience par le dessin. A chacun des trois tours en silence, celui qui reçoit alterne. A la fin commence un échange sur le ressenti de chacun, symbolisé par le dessin.

En convoquant l’imaginaire de l’enfance, par les goûts, la construction collective de la cabane, les pastels gras, nous glissons progressivement dans le fantastique. Cette expérience de connexion invisible, de toucher à distance, rappelle les tentatives de télépathie ou le rêve de déplacer des objets à distance. Que l’intention d’amour soit réellement ressentie ou imaginée par chacun, le temps s’arrête, une écoute s’instaure, un nouveau langage émerge, saisi par le dessin. Par les formes générées, l’expérience devient source de partage.

La forme légère et enfantine, voire naïve que nous avons adoptée pour cet après-midi devient un vecteur pour se rencontrer sous d’autre modalités. La progression de l’expérience, de l’accueil, à l’élan collectif de construire, puis l’expérience de télépathie, tout tend à adopter un regard bienveillant sur l’autre, élargir notre bulle de sa présence, dans un monde habité par le parfum retrouvé de la vie végétale.» Côme Di Meglio, octobre 2020

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