dimanche 28 novembre 2021

Lumière Espace Temps – Hommage à Nicolas Schöffer au Grenier à Sel à Avignon

Elias Crespin, Félicie d’Estienne d’Orves, Pe Lang, Adrien Lucca, Etienne Rey, Antoine Schmitt, Anne Sarah Le Meur, Olivier Ratsi, Santiago Torres, Lab(au), Justine Emard, Ronan Barrot – Robbie Barrat, Maurice Benayoun et Niko de La Faye


Jusqu’au 19 décembre 2021, le Grenier à sel présente « Lumière Espace Temps » une exposition qui rassemble des œuvres de 14 artistes contemporains en hommage à Nicolas Schöffer.

Le parcours est construit autour d’un ensemble de films et d’expérimentations visuelles de Schöffer autour desquelles s’articule l’accrochage.

La mise en espace et en lumière sont particulièrement soignées et valorisent parfaitement les pièces exposées. Elles sont accompagnées de cartels développés à la fois concis et précis qui offrent les repères nécessaires à une bonne compréhension du propos et œuvres.

Après une très belle sculpture cinétique d’Étienne Rey (Air, 2016) qui accueille le visiteur et un texte d’introduction, « Lumière Espace Temps » s’organise en deux séquences qui occupent les deux grandes salles au rez-de-chaussée du Grenier à sel…

Étienne Rey – Air, 2016. Verre organique, film dichroïque, fil, nylon. 150 x 50 x 60 cm. Courtesy Galerie Denise René, Paris – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

L’énergie de la lumière

Le parcours commence par un vestibule dans la salle de droite où un montage de films documentaires définit comment Nicolas Schöffer théorisait « la lumière, l’espace et le temps, comme matériaux constitutifs et indissociables de l’œuvre d’art ».

Ses propos sont illustrés par cinq sculptures lumino-dynamiques de la série des Varetras combinatoires de 1975, rééditées en 2015. Dans ces boites rectangulaires, une à trois plaques de plexiglas, les Unitras où sont sérigraphiés des motifs géométriques selon une gamme de couleurs fixe : rouge, bleu, noir et blanc sont éclairées de façon intermittente ou continue pour produire des anamorphoses infinies sur l’écran transparent au premier plan.

Nicolas Schöffer - Varetras combinatoires, 2015 - Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Nicolas Schöffer – Varetras combinatoires, 2015. Cinq scultures lumino dynamiques, plexiglas. 22 x 12,5 x 12,5 cm. Courtesy Galerie Desine René, Paris / Atelier Cruz Diez, Paris – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Outils qualifiés de « déclencheurs de créativité », ces Varetras sont accompagnés par un Lumino de 1968, réalisé avec la collaboration de l’industriel Philips, et dont l’écran est animé par des lampes à variateur, selon un rythme modifiable.

Nicolas Schöffer – Lumino, 1968 - Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Nicolas Schöffer – Lumino, 1968. Métal, plastique, moteur, lampe. 24 x 26 x 22 cm. Collection Guillaume Richard – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

En face, une vitrine présente une sélection de document d’archives (coupures de presse, livres, dépliants, pochettes de disque, catalogue d’exposition…)

L’exposition présente ensuite un ensemble d’œuvres et d’installations d’Étienne Rey, d’Olivier Ratsi, d’Anne-Sarah Le Meur,d’Antoine Schmitt, de Pe Lang, de Adrien Lucca et de Félicie d’Estienne d’Orves qui font écho aux boites de lumières programmées et les espaces lumineux de Nicolas Schöffer.

Dans un premier temps, l’accrochage s’articule autour de la projection sur un écran suspendu de plusieurs films de Schöffer de la fin des années 50 : Fer Chaud (1957), Mayola (1959), Spatiodynamisme (1958). Ces œuvres montrent qu’au même titre que Nam June Paik et Wolf Vostell, Nicolas Schöffer était un des précurseurs de l’art vidéo…

En avant plan, Prisme (2019) d’Étienne Rey et Perspicere, square 1,1 (2016) d’Olivier Ratsi jouent des reflets et de la démultiplication de l’espace.

Étienne Rey – Prisme, 2019. Sculpture plexiglas et dichroïque. 110 x 120 x 130 cm. Courtesy Galerie Denise René, Paris – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Olivier Ratsi – Perspicere, square 1,1, 2016. Polycarbonate. 20 x 20 x 20 cm. Avec le soutien de Nemo et de la Galerie Charlot, Paris. Courtesy the artist and Galerie Denise René, Paris – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Les cinq tirages (Jaune_Bleui_24, Rusting_261, Noireuse_00, Caresse_Verte_03, Noirange_13) et l’œuvre générative en 3D et en temps réel (Œil océan, 2017) d’Anne-Sarah Le Meur font directement écho aux Varetras et au Lumino de Nicolas Schöffer, placés de l’autre côté de la cimaise.

Anne-Sarah Le Meur – Jaune_Bleui_24, 2012 Rusting_261, 2019 Noireuse_00, 2015 Caresse_Verte_03, 2014 Noirange_13, 2015 et Œil océan, 2017

Anne-Sarah Le Meur – Jaune_Bleui_24, 2012 Rusting_261, 2019 Noireuse_00, 2015 Caresse_Verte_03, 2014 Noirange_13, 2015et Œil océan, 2017. Tirages contrecollés sur Dibond, 45 x 40 cm chaque et Œuvre générative, image 3D temps réel, durée infinie, silence, logiciel Obscur, ordinateur (dans la boite du cadre), cadre en bois laqué noir (soutiens techniques : Le Cube / Interface-Z). 59 x 76 x 14 cm. Courtesy the artist and Galerie Charlot – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Les trois Ombres sur papier (2018) et les Ombres mouvantes n° 1 sur écran LCD d’Antoine Schmitt entretiennent une correspondance discrète avec les sculptures cinétiques de Pe Lang qui leur font face (Moving objects – N° 1753 – 1754, (2 +1 EA), 2015 – Polarization N° 19 [1+1AP], 2019 et Color N° 20, [1+1EA], 2018).

Antoine Schmitt - Ombres n° 8, 15 et 7, 2018 et Ombres mouvantes n° 1, 2018

Antoine Schmitt – Ombres n° 8, 15 et 7, 2018 et Ombres mouvantes n° 1, 2018. Impression fine art, papier Baryta, montage dibond 2mm, cadre boite américaine, baguette bois noire 60 x 90 cm et 120 x 80 cm. Écran LCD, ordinateur, algorithme spécifique, cadre bois noir. 107 x 63 cm. Courtesy the artist and Galerie Charlot, Paris – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Pe Lang - Color N°20, (1+1EA), 2018 - Polarization N°19, (1+1AP), 2019 et Moving objects – N° 1753 - 1754, (2+1 EA), 2015 - Photo - Grégoire EDOUARD

Pe Lang – Color N° 26, 2018. Moteur, aluminium, filtres colorés, pièces mécaniques. 90 x 90 x 8 cm / 80 x 80 x 8 cm. Courtesy Galerie Denise René, ParisPolarization N° 19, 2019. Filtres polarisés. 80 x 20 x 20 cm. Courtesy Galerie Denise René, Paris Moving objects – N° 1753, 2015. Vérins, câbles, silicone, mécaniques diverses. 175 x 130 x 7 cm. Courtesy Galerie Denise René, Paris. Photo – Grégoire Edouard – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Un peu à l’écart, au fond de la salle, « Lumière Espace Temps » propose un dialogue délicat entre de très belles pièces en aluminium et en acier ( Éclipse II, 2012 – Étalon, 2016 et Sun (~8 mn), 2017) ou en papier gaufré (Cratère Gale / Cratère Jezero – Série «Soleil martien», 2019) de Félicie d’Estienne d’Orves avec les mystérieuses pièces lumineuses d’Adrien Lucca (Lampe ciel 1.2, 2020 et Maquette v.0.2.7.1-étude monochrome : intensités lumineuses progressives, May 16, 2015).

Félicie d’Estienne d’Orves – Éclipse II, 2012. Disque aluminium Ø 120 cm, mesures variables. Courtesy Beep Electronic Art Collection, Tarragone, Espagne Étalon, 2016. Acier, LED, électronique, programmation, durée variable. 113 x 4 x 3 cm (chaque). En collaboration avec Fabio Acero, astrophysicien au laboratoire AIM du CEA. Courtesy the artist and Cibrián gallery, San Sebastian, EspagneSun (~8 mn), 2017. Acier brossé, LED, électronique. 10 x 10 x 10 cm. Courtesy the artist, Adagp Paris 2021 Cratère Gale – Cratère Jezero – Série «Soleil martien», 2019. Gaufrage sur papier arches, acier, LED, électronique. 25 x 25 x 33 cm. Courtesy the artist, Adagp Paris 2021Cybernétique et intelligence artificielle – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Adrien Lucca Lampe ciel 1.2, 2020. DEL, phosphores, aluminium, PMMA, câble, transformateur électrique. 300 x 6 x 7,5 cm. Courtesy the artist and LMNO Gallery, Bruxelles – Maquette v.0.2.7.1-étude monochrome : intensités lumineuses progressives, May 16, 2015. Impression numérique sur toile 53 x 58 cm (encadrement : 63,7 X 58,6 cm). Courtesy the artist and LMNO Gallery, Bruxelles – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Le parcours se poursuit dans la seconde salle autour d’un face à face entre Circular Inception (2016), la captivante installation électrocinétique d’Elias Crespin, et une projection de films où Nicolas Schöffer évoque la place du langage « cybernétique » dans l’œuvre qui permet, dit-il, que « l’artiste ne crée plus l’œuvre, [mais qu’] il crée la création »…

Elias Crespin – Circular Inception, 2016. Plexiglas, nylon, moteurs, ordinateur, interface électronique. 250 x 250 cm. Courtesy the artist – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

On y croise entre autres Cyspl, une sculpture-robot autonome partenaire de Maurice Béjart, SCAM, une sculpture automobile et des préfigurations de TLC, la Tour lumière cybernétique imaginée par Schöffer.

Deux œuvres interactives de Santiago Torres sont installées en vis à vis (Trame en temps réel interactive n-b 16.1, 2016 et Trame en temps réel kinect 21, 2019).

Santiago Torres - Trame en temps réel interactive n-b 16.1, 2016 - Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Santiago Torres – Trame en temps réel interactive n-b 16.1, 2016. Ecran tactile 55’. 130 x 76 x 10 cm. Courtesy Galerie Denise René, Paris – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

La première précède OrigamiSnubSquare, 18 Rhombi x 18 Squares (2018), un fascinant origami en relief animé par Lab (au) et une curieuse « météo émotionnelle de la planète » de Maurice Benayoun (Emotion Winds, 2014)…

Lab (au) – OrigamiSnubSquare, 18 Rhombi x 18 Squares, 2018. Aluminium, bois, résine, servomoteurs, électronique faite sur mesure, logiciel génératif. 140 x 140 cm. Courtesy LAb(au), Manuel Abendroth, Jérôme Decock, Els Vermang – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Maurice Benayoun - Emotion Winds, 2014 - Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Maurice BenayounEmotion Winds, 2014. Œuvre générative, projection vidéo. Sound design : Jean-Baptiste Barrière. Programme : Wang Xiao. Courtesy the artist Bruxelles – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

En face, Trame en temps réel kinect 21 (2019) est prolongé par la discrète vidéo de Niko de la Faye (M2B, 2011) où il transpose dans diverses villes une évocation de la SCAM 1 imaginée par Nicolas Schöffer.

Santiago Torres - Trame en temps réel kinect 21, 2019 - Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Santiago Torres – Trame en temps réel kinect 21, 2019. PC, vidéo projection, kinect. 230 x 130 x 10 cm. Courtesy the artist and Galerie Denise René, Paris – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Niko de la Faye - M2B, 2011 - Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Niko de la FayeM2B, 2011. Sculpture mobile cinétique. Vidéos. Courtesy the artist – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Avant de sortir de cette salle, un espace permet la projection de Co(AI)xistence (2017), une installation vidéo de Justine Emard où le danseur Mirai Moriyama fait face au robot humanoïde Alter doté d’une intelligence artificielle programmée… Cette pièce rappelle évidemment la rencontre du CYSP de Nicolas Schöffer avec Maurice Béjart à l’occasion d’une performance sur le toit de la cité Radieuse à Marseille.

Justine Emard – Co(AI)xistence, 2017. Installation vidéo, 12’. Performance : Mirai Moriyama. Robot Alter : Développé par Ishiguro Lab, Osaka University et Ikegami Lab, Tokyo University. Courtesy the artist – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

Au sous-sol, Robbie Barrat et Ronan Barrot ont installé Peeping Skulls (2019), un peep-show où à travers un œilleton, on découvre une image unique de son « crâne », construite par une intelligence artificielle imaginée par un informaticien-programmeur et chercheur à Standford et un peintre originaire d’Avignon…

Sur la mezzanine, une dernière salle de projection permet de (re)découvrir un large extrait de Kyldex 1 (1973), un spectacle cybernétique créé à l’opéra de Hambourg avec cinq sculptures mobiles et autonomes de Nicolas Schöffer, une musique de Pierre Henry, une chorégraphie Alwin Nikolaïs et une performance de Carolyn Carlson… Les quinze séquences programmées de Kyldex 1 pouvaient être modifiées par le public.

Nicolas Schöffer – Kyldex 1, 1973 - Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon
Nicolas Schöffer – Kyldex 1, 1973 – Lumière Espace Temps au Grenier à Sel à Avignon

« Lumière Espace Temps » mérite naturellement un passage par le Grenier à sel d’Avignon. Celles et ceux qui méconnaissent l’œuvre de Schöffer découvriront un artiste majeur dont les apports essentiels méritent d’être réévaluer.

On regrette un peu l’absence de sculptures « chronodynamiques » de ce pionnier de l’art cybernétique et acteur majeur de l’art cinétique. Mais on en sait la très grande fragilité et la réticence légitime des institutions et des collectionneurs à les prêter… Celles et ceux qui ont pu voir La révolution permanente à la Fondation Vasarély en 2019 se souviendront certainement du Chronos 8 (1967) conservé par le Centre Pompidou. Les habitués de la Fondation Datris se rappelleront de Lux XI (1960) qui y a plusieurs fois été montré…

Catalogue édité par le Grenier à Sel.

Le commissariat est assuré par Véronique Baton qui a bénéficié d’échanges précieux avec Eléonore de Lavandeyra Schöffer avant sa disparition en janvier 2020. L’exposition a été réalisée avec le partenariat de la galerie Denise René dont on connaît l’engagement historique dans l’abstraction géométrique et le cinétisme et de la société a.p.r.e.s production. « Lumière Espace Temps » bénéficie également du mécénat de Edis – Régis Roquette et de l’éditeur de logiciel CBA.

En savoir plus :
Sur le site du Grenier à sel
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