« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille

Carton-Friche_1La Friche Belle de Mai à Marseille présente jusqu’au 21 octobre, Mixed-Border , une sélection d’œuvres de 26 jeunes diplômés de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles.

S’il faut souligner la qualité des travaux proposés par ces jeunes artistes, cette chronique s’intéresse  surtout à la remarquable mise en espace de l’exposition par Anne Cartier-Bresson.

Conservatrice générale du patrimoine, directrice de l’atelier de restauration et de conservation des photographies de la ville de Paris, Anne Cartier-Bresson a assuré avec maestria le commissariat de cette exposition.  Conduire un tel projet n’était pourtant pas très évident, et les chausse-trappes nombreuses.

Le lieu, le plateau du troisième étage de la Tour, a montré à plusieurs reprises combien il était difficile d’y présenter correctement des expositions photographiques…
La luminosité importante provenant de l’extérieur, sa réflexion par les cimaises blanches, l’utilisation de tubes fluorescent pour l’éclairage d’ambiance et des équipements réduits pour l’éclairage des œuvres concourent à transformer toute exposition photographique en un véritable défi.

« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille
« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille

On se souvient de l’éclairage déplorable de l’exposition « Des images comme des oiseaux », en 2013, qui ne permettait pas de voir correctement  au moins la moitié des photographies présentées.
Pour « Asco and Friends:  Exiled Portraits », au printemps dernier, la scénographie plus classique et une utilisation plus pertinente des cimaises offraient un confort plus correct au visiteur. Toutefois, nous avons eu l’occasion de revoir cette exposition au CAPC, à Bordeaux,cet été, et il faut bien admettre que la qualité de l’éclairage était nettement plus agréable à celui que nous avait proposé la Friche.

Mixed Borders - vue de l'exposition 3_1
« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille

Anne Cartier-Bresson a réussi à contourner cet environnement lumineux difficile, avec intelligence, en combinant des moyens simples : occultation d’une partie des ouvertures, installation pertinente des cimaises pour construire un espace contrôlant la lumière naturelle directe, élimination de tout projecteur et utilisation au mieux de l’éclairage d’ambiance.
Les tirages photographiques ( réalisés par les étudiants) sont présentés très majoritairement sur des supports sans verre de protection. L’accrochage des quelques photographies encadrées sous verre a été optimisé pour éliminer au mieux les reflets parasites…

Il est certain que les compétences techniques de la commissaire ont permis de concevoir une scénographie qui assure à la fois le meilleur confort possible au regardeur et des conditions optimales de conservation préventive pour les œuvres photographiques.

Un autre défi  pour cette exposition était d’imaginer une présentation qui tienne compte de la diversité de 26 projets artistiques,qui respecte la personnalité des 26 individus et qui offre une réelle cohérence au discours de l’exposition.

En effet, l’ENSP d’Arles cultive l’idée d’une large diversité pour les projets de ses étudiants. Ansi, Christian Milovanoff, artiste et enseignant à l’École, souligne :
« On ne s’étonnera pas de la diversité des propositions, car si l’ENSP fait école, c’est bien celle de la singularité et non du formatage car autant d’étudiants, autant d’unicités. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas entre eux de filiations. Chacun à sa manière aborde la question du genre, de l’autobiographie, questionne le territoire et ses limites, les paysages et leurs devenirs, la fiction et le documentaire ».

« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille
« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille

En conséquence, le risque était de construire un propos artificiel qui réduise cette mosaïque de propositions.

Ici aussi, Anne Cartier-Bresson a réussi à construire un parcours qui s’organise en quatre ensembles cohérents qui permet d’appréhender chaque projet dans leur diversité.

Le titre choisi pour l’exposition, Mixed Borders, rend compte avec humour et délicatesse de ce mélange des genres très réussi. Dans son texte de présentation, la commissaire rappelle la définition de cette bordure : « Type de plate-bande d’origine anglaise, caractérisée par le fait que toutes les plantes doivent se mêler, tout en restant visibles, aucune plante ne devant en concurrencer une autre… » (Wikipédia). Elle note que « la mixité des genres, entre analogique et argentique, photographie et vidéo, produit un effet de liberté des formes et de fluidité ; l’idée de bordure reprend celle d’une délimitation de l’espace opérée par le photographe ».

« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille
« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille

La conception graphique de Mixed Borders a été confiée à Yann Linsat (The Viewer Studio), un  ancien élève de l’ENSP, diplômé en 2008.
Lelar un repère évident dans lange des genre réussiau discours de l’l’fort plus correct au visiteur.L code couleur offre au visiteur un repère évident dans son parcours.  Le choix de la typographie a été fait avec beaucoup de soin. Elle permet une identification claire de chaque artiste et de chaque projet. L’accrochage est adapté à chaque projet et à la personnalité des auteurs. On aurait pu craindre que cette diversité engendre des cacophonies…  Il n’en est rien ! À l’inverse, elle rythme de façon harmonieuse un parcours de visite qui reste fluide et qui évite la monotonie qu’aurait pu générer un accrochage plus sombre et répétitif.

« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille
« Mixed-Border », Promo 2014 de l’ENSP d’Arles, à la Friche Belle de Mai, Marseille

Il est difficile de rendre compte ici de chaque projet exposé.  On reprendra  à la présentation d’Anne Cartier-Bresson , cette présentation des quatre parties de Mixed Borders :

« La première nous fait partager l’intimité des auteurs et évoque soit les archives de leur mémoire, soit des instants particuliers de leur vie quotidienne. Dans la seconde section, c’est le point de vue de l’artiste qui nous plonge dans une forme d’intériorité du paysage en relation avec l’environnement qu’il décrit. La troisième partie évoque la construction du réel, héritage d’une histoire récente souvent violente, ou de façon plus ironique, en réalisant des fragments d’objets qui nous amènent au seuil de la fiction, thème de la dernière partie de ce parcours. Les paysages et les scènes oniriques se confondent alors dans le processus de fabrication de ces différents récits. »

Cette exposition est une vraie réussite, un miracle d’équilibre et d’intelligence ! Elle mérite sans aucun doute une visite attentive à la Friche, avant le 21 octobre.

En savoir plus :
Sur le site de la Friche Belle de Mai
Sur le site de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles

Artistes et projets :

DE L’IMAGE DES SIENS À L’IMAGE DE SOI

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Anouck Asathal, Un roi sans divertissement • Mathilde Warin, Comme un cheveu sur la soupe • Youmna Geday, Sandbox / Conduite accompagnée • Sonia Yassa, A propos des Archontes / Fiaassasen  • Sajede Sharifi, Mémoire aveugle • Jeanne Grouet, Tendre Morphée • Baptiste Vanoni, Moment in Time • Maïa Izzo-Foulquier, Middle • Santiago Torres, Flesh

L’INTÉRIORITÉ DU PAYSAGE

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Nicolas Hsiung, Adventices • Flore-Adèle Gau, Mydriase précipitée • Marianne Wasowska-Fauchon, Wirikuta / Chemins • Leïla Pereira, Une yourte • Guillaume Lapèze, La chute sans histoire • Agathe Lacoste, Sans droit ni titre • Leslie Verdet, Persistances

LA CONSTRUCTION DU RÉEL

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Jérôme Michel, Relevés du fossé • Adrien Pezennec, Almost History • Clément Gérardin, Subsistances • Laura Quiñonez-Paredes, Le voyageur immobile • Olivier Sola, Flat Objects

LA FABRICATION DES HISTOIRES

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Marine Segond, Les champs négatifs • Lauriane Pigot, Astérisme • Steven Daniel, Le monde déréalisé • Camille Sonally, Juzcar • Annabelle Amoras, La maison des lilas

Texte de présentation de Mixed Borders  par Anne Cartier-Bresson, commissaire de l’exposition, conservatrice générale du patrimoine, directrice de l’atelier de restauration et de conservation des photographies de la ville de Paris

Mixed-border [1] est un terme de botanique qui évoque à notre imaginaire les différents axes du  travail des 26 artistes nouvellement diplômés de l’ENSP que nous proposons de montrer dans cette exposition. Il s’agit en effet ici de présenter des éléments distincts et personnels de leur projets de fin d’étude qui, à y regarder de plus près, s’organisent néanmoins en plusieurs ensembles cohérents permettant de les appréhender chacun dans leur diversité d’intention ou de médium. Le mélange des sujets et des manières de les aborder respecte aussi la visibilité individuelle de chaque projet ; la mixité des genres, entre analogique et argentique, photographie et vidéo, produit un effet de liberté des formes et de fluidité ; l’idée de bordure reprend celle d’une délimitation de l’espace opérée par le photographe. Le découpage du réel dans le viseur du photographe est ici autant intériorisé qu’extérieur à lui-même et intègre dans certaines œuvres aussi la fiction. Enfin, ce qui préside aux travaux de ces  jeunes artistes  semble bien lié à l’idée du vivant et de la croissance d’une production en plein développement et ouverte sur le monde.

Cette génération 2014 de photographes et vidéastes arlésiens nous parle en effet d’une sorte de « gai mélange des genres »  qui comme un kaléidoscope nous permet de voir le monde « morceau par morceau », à l’instar d’un Lewis Baltz, ou au contraire de le saisir « à l’intérieur de la vue »,  selon le crédo de Max Ernst. Pour y répondre, nous avons  privilégié un parcours en quatre parties.

La première nous fait partager l’intimité des auteurs et évoque soit les archives de leur mémoire, soit des instants particuliers de leur vie quotidienne. Dans la seconde section c’est le point de vue de l’artiste qui nous plonge dans une forme d’intériorité du paysage en relation avec l’environnement qu’il décrit. La troisième partie évoque la construction du réel, héritage d’une histoire récente souvent violente, ou de façon plus ironique, en réalisant des fragments d’objets qui nous amènent au seuil de la fiction, thème de la dernière partie de ce parcours. Les paysages et les scènes oniriques se confondent alors dans le processus de fabrication de ces différents récits.

Anne Cartier-Bresson

[1] Mixed-Border : Type de plate-bande d’origine anglaise, caractérisée par le fait que toutes les plantes doivent se mêler, tout en restant visibles, aucune plante ne devant en concurrencer une autre… ( Wikipédia « bordure mixte »)

3 COMMENTAIRES

  1. Bonjour, La première photographie de votre article (grande photographie noire et blanc) est de Maïa Izzo-Foulquier, visible sur son site http://www.maiaizzo.com
    Votre présentation crée un amalgame entre ce travail (Middle) et celui de Nicolas Hsiung (Adventices). Serait-il possible de corriger cette erreur?

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