MOCO Hôtel des collections à Montpellier – à propos des rendez-vous artistiques de 2019

À la suite d’une conférence de presse le 11 février dans le futur MOCO Hôtel des collections à Montpellier, les premiers éléments de la programmation artistique 2019 ont été annoncés. Inutile d’en rajouter sur l’importance de l’événement et de chercher des superlatifs originaux pour le qualifier. On se contentera dans les lignes qui suivent de faire l’inventaire et de s’interroger sur les propositions qui ont été communiquées.

MOCO Hôtel des collections à Montpellier - Image Agence PCA Stream
MOCO Hôtel des collections à Montpellier – Image de synthèse Agence PCA Stream

Rappelons brièvement que Montpellier Contemporain (MOCO) se présente comme « un écosystème artistique original qui regroupe une école d’art et deux lieux d’exposition : L’ESBA (École Supérieure des Beaux-Arts), La Panacée Centre d’Art Contemporain et à partir du 29 juin prochain : Le MOCO Hôtel des collections ». On reviendra ultérieurement sur les synergies attendues par ce dispositif dans le domaine de la formation et comme outil pour soutenir et accompagner la création.
Les travaux d’aménagement de l’ancien Hôtel Montcalm confiés à l’Agence PCA Stream entrent dans leur phase finale. Ceux-ci intègrent plusieurs interventions artistiques qui sont évoquées à la fin de cette chronique.

Lors de cette conférence de presse, Nicolas Bourriaud a présenté les premiers rendez-vous artistiques qui accompagneront l’inauguration du MOCO Hôtel des collections en soulignant le caractère singulier de ce dernier.

Chefs d’œuvres de la collection Yasuharu Ishikawa : exposition inaugurale du MOCO Hôtel des collections

Dès son arrivée à Montpellier, Nicolas Bourriaud avait annoncé que l’hypothèse d’un musée d’art contemporain, ce qui supposait l’acquisition et la conservation d’une collection, était écartée.
Le nouveau nom de l’ex Hôtel Montcalm ignore logiquement toute référence à l’idée de musée. Le choix d’Hôtel des collections accolé au sigle Mo.Co (Montpellier Contemporain) est donc tout à fait explicite. L’établissement a pour vocation comme hôtel à héberger temporairement des collections publiques ou privées : « Qu’elle soit collective, individuelle, thématique, historique, chacune des expositions aura la particularité de présenter une collection spécifique : celle d’une fondation, d’un collectionneur privé, d’une entreprise, d’un musée ou même d’un artiste ».

Yohann Gozard - 30.07.2018, 21H32 Montpellier, Hôtel Montcalm - Moco - Vue direction sud-ouest Rue Joffre©Yohann Gozard
Yohann Gozard – 30.07.2018, 21H32 Montpellier, Hôtel Montcalm – Moco – Vue direction sud-ouest Rue Joffre©Yohann Gozard

L’idée est astucieuse. En effet, elle élimine les investissements démesurés qu’aurait imposés l’acquisition d’œuvres contemporaines majeures sur le marché international. De plus, elle diminue singulièrement les frais de fonctionnement en réduisant les coûts liés à la conservation des œuvres. Comme le soulignait une journaliste lors de la conférence de presse, la tendance n’est plus à la propriété des objets, mais à leur usage un peu à l’image de Airbnb, Kiloutou et consorts…

Yohann Gozard - 30.07.2018, 22H35 – 22H39 Montpellier, Hôtel Montcalm - Moco - Vue direction nord-est - Rue de la République ©Yohann Gozard
Yohann Gozard – 30.07.2018, 22H35 – 22H39 Montpellier, Hôtel Montcalm – Moco – Vue direction nord-est – Rue de la République ©Yohann Gozard

Par ailleurs, l’idée de valoriser la figure du collectionneur semble tout à fait pertinente. L’histoire de l’art montre l’importance de celui-ci et les artistes ne vivent que si leurs œuvres sont acquises par des amateurs. Récemment, plusieurs expositions ont mis en évidence l’intérêt d’exposer de grandes collections. On se souvient d’avoir vu à Montpellier (L’oeil & le Cœur #1 et #2) comme à Marseille (Les Possédés – chapitre 1 et 2) des projets plus discrets qui n’en étaient pas moins passionnants…
Reste à apprécier comment un tel projet pourra perdurer. On fait confiance à Nicolas Bourriaud, à son entregent et à son carnet d’adresses pour assurer le succès de cette orientation tant qu’il assumera la direction de l’entreprise.

L’exposition inaugurale sera donc consacrée à la présentation inédite d’une sélection d’œuvres majeures issues de la collection de l’entrepreneur japonais Yasuharu Ishikawa.

Elle rassemblera une cinquantaine d’œuvres (sculptures, vidéos, installations, photographies) d’environ 20 artistes internationaux : On Kawara, Felix Gonzalez Torres, Pierre Huyghe, Danh Vo, Tino Sehgal, Motoyuki Shitamichi ou Simon Fujiwara.

Selon les propos de Nicolas Bourriaud, l’exposition dessinera la trajectoire personnelle de Yasuharu Ishikawa à travers l’art de ces vingt dernières années « qui parle à la fois des idées et des sentiments ». L’idée étant précise-t-il de « montrer un point de vue sur l’art » pour chaque exposition et pas simplement d’aligner des œuvres.

Un entretien avec le collectionneur, publié sur le site Larry’s List en 2017 par Yuri Yureeka Yasuda, permet d’en savoir un peu plus sur Yasuharu Ishikawa.
Considéré comme un des leaders de l’industrie japonaise de la mode, il a crée son entreprise à l’âge de 23 ans. Actuellement, il est à la tête de Stripe International Inc.
Amateur d’art, sa collection commence en 2011 avec l’achat d’une série de 12 pièces de On Kawara. En 2017, il affirmait un intérêt marqué pour Philippe Parreno, Pierre Huyghe, Ryan Gander, Danh Vo et Shimabuku et Simon Fujiwara.

Après la création de la Fondation Ishikawa qu’il préside, il est à l’initiative du Okayama Art Summit dont la première édition en 2016 était sous la direction artistique de Liam Gillick et la seconde en 2019 sous celle de Pierre Huyghe. Il a l’ambition de construire un musée d’art contemporain à Okayama, sa ville natale.

Le commissariat de cette exposition inaugurale du MOCO Hôtel des collections sera assuré par Yuko Hasegawa, directrice artistique du Musée d’Art contemporain de Tokyo (MOT) et professeur à l’université des arts de Tokyo. Elle a récemment été commissaire de la 7e Biennale internationale d’art contemporain de Moscou : Nuages – Forêts (septembre 2017), de Japonorama au Centre Pompidou Metz (octobre 2017) et Fukami à l’Hôtel Salomon de Rothschild à Paris (août 2018).

100 artistes dans la ville – ZAT 2019

Pour accompagner l’ouverture du MOCO Hôtel des collections, Montpellier Contemporain propose « 100 artistes dans la ville ». Du 8 juin au 28 juillet 2019, cette initiative se déroulera dans l’espace public (lieux d’expositions, magasins, cafés, murs, places publiques…).

Ce projet emprunte son nom à une manifestation organisée du 5 au 20 mai 1970 à Montpellier par le groupe ABC Productions (Tjeerd Alkema, Jean Azemard, Vincent Bioulès et Alain Clément).

Cette nouvelle édition de « 100 artistes dans la ville » se développera de la gare à l’École des Beaux-Arts. Elle devrait engager des partenariats avec la Ville de Sète, les Mécènes du Sud, l’Orchestre National de Montpellier, le Musée Fabre, le Frac Occitanie, Ici/CCN Exerce, Artelozera et le réseau des galeries montpelliéraines.

Parmi les artistes déjà invités, on relève les noms de Neïl Beloufa, Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Hicham Berrada, Braco Dimitrijevic, Agnès Fornells, Gloria Friedmann, Mona Hatoum, Fabrice Hyber, Mathieu Mercier, Melik Ohanian, le collectif Opavivara, Julien Prévieux, Lili Reynaud-Dewar, Jeanne Susplugas, ou encore Pascale Marthine Tayou

On est curieux de voir la forme que prendra l’hommage que Nicolas Bourriaud veut rendre, dans un cadre très institutionnel, à cette idée qu’il qualifie de folle et qui était alors avant tout subversive…

En effet, c’est en réaction à l’immobilisme des institutions en matière de diffusion de l’art vivant, que « 100 artistes dans la ville » s’est mis en place en 1970 avec le projet de « s’inscrire dans l’action et dans le faire pour atteindre son autonomie culturelle ».

Tjeerd Alkema a conservé quelques images de cette manifestation. Il a publié certaines séquences tournées en super 8 sur sa page Facebook, après une exposition à la Galerie AL/MA.

On peut y voir, entre autres, plusieurs performances de Ben Vautier comme « Prendre un bain… avant d’exposer l’eau sale », « Faire une trace dans la ville » sur la place de la Comédie, « Recevoir et parler » ou « Balayer une place publique »…

On espère que cette nouvelle édition de « 100 artistes dans la ville » saura être aussi inventive, iconoclaste et subversive qu’il y a 49 ans…

La liste des premiers artistes invités montre que ceux-ci ne sont pas dans la situation de réagir contre « l’immobilisme des institutions en matière de diffusion de l’art vivant ». On attend avec intérêt de découvrir la suite… et surtout d’apprécier les actions qu’engageront ces acteurs.

La liste des acteurs de cette version initiale de « 100 artistes dans la ville » mérite d’être rapellée : Roy Adzack, Tjeerd Alkema, Marcel Alocco, John Anderson, Pierre Antoniucci, Doroteo Arnaiz, André-Pierre Amal, Jean Hubert Attali, Jean Azémard, Jean marie Baré, Louis Bec, Beni (Benet Rossell), Vincent Bioules, Gaudin Bolivar, Magda Bolumar, Christian Boltansky, Samuel Buri, Luis Caballero, Louis Cane, C.A.P.A., Lourdes Castro, Max Charvolen, Pierre Chevalley, Albert Chubac Alain Clément, Gérard Collé, Michel Combacal, Henri Cueco, Florence Debast, Lucio Del Pezzo, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Noel Dalla, Alain Dufo, Alain Dupuis, Lucien Fleury, Georges André Foissy, Jorge Gali, Gerardiaz, Marc Giai-Miniet, Michèle Gouillard, Guy Grataloup, Josep Guinovart i Bertràn, J.L. Garcia-Severo, Silvia Gubern, Nicolae Guiraud, Terry Guitar, Jean Louis Guy, Mira Haberernova, Sheila Hicks, Daniel Humair, Jozef Jankoviè, Àngel Jové, Manuel Jorge, Michel Kanter, Joel Kermarec, Anselm Kiefer, Phil Vander Klundert, Dieter Kali, Ilona Kosa, Jean Le Gac, Barbara Leisgen Vollmer, Michaël Leisgen, Antoni LLena, Guus van Lummel, Serge Maccaferri, Milvia Maglione, Pascal Mahou, Ivan Messac, Annette Messager, Martin Miguel, Antoni Miralda, Jean-Claude Moineau, Aiga Muller, Max Peter Naher, Seàn O’Flynn, Serge III Oldenbourg, Bernard Pagès, Brian Parsons, Lon Pennock, Jean-Pierre Pincemin, Hank van der Plas, Jacques Poli, Henri Prosi, Quesada, Joan Rabascall, Claire Rado, Ramon, Jean-Claude Reynal, Denis Riout, François Rouan, Guy Roussille, Claude Rutault, Sarkis, Patrick Saytour, Serge III Oldenburg, Antonio Segui, Dorothéa Selz, Volkhard Shirzbecher, Peter Stâmpfli, Jan Stolk, Daniel Stotzky, Jacques Tissinier, Gérard Titus-Carmel, André Valensi, Ben Vautier, Vladimir Velickovic, Pieter Vermeersch, Patrice Vermeille, Claude Viallat, Sylvia Wieczorek Hindenburg, Jaume Xifra, Tsuyoshi Yayanagi.

Interventions d’artistes dans Hôtel des collections (ex l’Hôtel Montcalm)

Lors de cette conférence de presse, Sébastien Truchot, directeur de projet MOCO pour l’Agence PCA Stream, a présenté un film d’animation 3D qui offre une vision de ce que sera l’aménagement final du MOCO Hôtel des collections.

On passera rapidement sur « l’approche frugale du projet » que souligne l’Agence PCA Stream. On attendra un prochain point de presse prévu à la fin du mois d’avril pour poser un regard plus avisé sur les espaces d’exposition aménagés dans l’Hôtel des collections.
Dans ce film, on remarque l’importance accordée à l’accueil et aux espaces commerciaux (bar, restaurant, boutique et librairie). On ne doute pas que l’expérience de La Panacée, et plus particulièrement celle de son patio et de son café, a su conduire la réflexion pour les aménagements de l’ex-Hôtel Montcalm.

Les interventions d’artistes intégrées à la proposition architecturale ont été imaginées avec le projet de construire une « fiction [qui] se déroulera en trois séquences : le Jardin magique, l’Hôtel réenchanté et la Cour des fêtes ».

Le jardin magique : Un jardin-atlas conçu par Bertrand Lavier

Avant de commencer sa carrière d’artiste, Bertrand Lavier a suivi des études d’horticulture à Versailles. L’espace du parc lui a été confié pour la réalisation d’une œuvre pérenne. Présent à cette conférence de presse, Bertrand Lavier a exposé les grandes lignes d’une composition « géographique », construite à partir d’espèces végétales du monde entier, choisies avec le paysagiste, botaniste et biologiste Gilles Clément.

MOCO Hôtel des collections - Le jardin magique - Plan
MOCO Hôtel des collections – Le jardin magique – Plan

Le jardin sera divisé en deux parties : l’une pénétrable, et l’autre non. La signalétique dessinée par Bertrand Lavier reprendra les codes d’étiquetage des jardins botaniques. Il a également imaginé une fontaine, dont le titre pourrait être l’Arrosoir arrosé. Elle devrait s’intégrer au centre de son atlas végétal… Évidemment, elle mettra en scène un ensemble d’arrosoirs en zinc galvanisé.

MO.CO. Montpellier Contemporain - Le jardin magique de Bertrand Lavier - Image © Agence PCA Stream
MO.CO. Montpellier Contemporain – Le jardin magique de Bertrand Lavier – Image © Agence PCA Stream

L’Hôtel réenchanté : Interventions artistiques sur le bâtiment

Deux premières interventions artistiques sont annoncées sur le bâtiment réhabilité : l’une dans le bar-restaurant, l’autre sur la façade côté parc. Seule la première a été évoquée.

Pour le plafond du bar-restaurant, Loris Gréaud fera revivre The Unplayed Notes Factory, une installation produite sous le commissariat de Nicolas Bourriaud pour l’usine du Campiello della Pescheria, une ancienne verrerie installée sur l’île de Murano à l’occasion de la 57e Biennale de Venise, en 2017.

Loris Gréaud - The Unplayed Notes Factory, 2017
Loris Gréaud – The Unplayed Notes Factory, 2017

On découvrira avec intérêt une partie des 1200 lampes à filament, toutes différentes et soufflées à Murano. Le dossier de presse annonce que « l’œuvre de Loris Gréaud, composée de formes nébuleuses et luminescentes, recouvrira le plafond du futur bar de l’Hôtel des collections… »

La Cour des fêtes : Un espace événementiel modulable

Sans doute inspiré par le patio de La Panacée, l’aménagement du MOCO Hôtel des collections prévoit un espace de 640 m² situé à l’arrière du bâtiment dédié à l’événementiel.

MOCO Hôtel des collection - La Cour des fêtes Image © Agence PCA Stream
MOCO Hôtel des collection – La Cour des fêtes Image © Agence PCA Stream

Cette Cour des fêtes sera à lire le dossier de presse « un espace de liberté, à réinventer au fil des collaborations (artistes, étudiants, entreprises, associations…) ». Ce document précise également que « La Cour des fêtes pourra également être entièrement privatisée par des entreprises, afin de rassembler et fédérer leurs clients et/ou collaborateurs dans un cadre unique, hors du temps, et au plus près des valeurs d’innovation qu’incarne l’art contemporain ».

« La rue » au MOCO Panacée. Une exposition en partenariat avec le MAXXI Rome

Pendant l’été, La Panacée devenue MOCO Panacée accueillera « La rue », une exposition que le MAXXI Rome présente actuellement et jusqu’au 28 avril prochain.
Cette proposition organisée par Hou Hanru et l’équipe de conservation du MAXXI rassemble plus de 140 artistes et plus de 200 œuvres.
La rue y est regardée « en tant que lieu de partage et d’innovation, principal laboratoire des artistes, architectes et créatifs ».
Au MAXXI, le parcours est articulé autour des thèmes suivants : cartographie, interventions, politique, vie quotidienne, innovations et design, communautés, institutions ouvertes

On reviendra bien entendu sur l’adaptation de cette exposition aux espaces de La Panacée. La liste des artistes présents pour « La strada. Dove si crea il mondo » est particulièrement attrayante. Espérons que ce projet ne fasse pas trop d’ombre à celui du MOCO Hôtel des Collections.
Nul doute qu’il pourrait y avoir quelques résonances entre cette proposition et « 100 artistes dans la ville ». Après ce projet invité pour cette saison inaugurale du MOCO enfin achevé, La Panacée devrait s’orienter plutôt vers l’art émergent selon les propos de Nicolas Bourriaud

A suivre…

En savoir plus :
Sur le site du MOCO
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