mercredi 2 décembre 2020

00s. Collection Cranford – les années 2000
au MO.CO. Montpellier


Jusqu’au 31 janvier 2021, le MO.CO. présente « 00s. Collection Cranford : les années 2000 », une proposition qui s’impose comme une évidence. Très attendue, cette quatrième exposition à l’Hôtel des Collections place le MO.CO. Montpellier Contemporain au niveau des plus grandes institutions internationales. En effet, « 00s. Collection Cranford : les années 2000 » pourrait être exposée au Centre Pompidou, à la Tate ou au MoMA… Souhaitons qu’elle bénéficiera de conditions de visite un peu moins chaotiques que les deux précédentes.

Plus de 80 œuvres de 46 artistes internationaux font partie de la sélection d’œuvres majeures de la Collection Cranford dont ce sera la première exposition d’ampleur présentée en France.

Cet ensemble de pièces exceptionnelles est au service d’un propos particulièrement cohérent et pertinent. Un accrochage subtil et limpide construit un parcours chronologique d’une remarquable fluidité dont la lecture est à la portée de tous.

00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Sans trahir l’esprit des collectionneurs, l’équipe du MO.CO. avait déjà démontré, avec « Mecarõ», une singulière compétence et une rare habileté à concevoir un projet d’exposition qui allait bien au-delà du mouvement assez général de présentation de collections privées en institutions.
Un choix éclairé parmi les œuvres de Catherine Petitgas permettait alors d’interpeller le public sur les questions qui traversent l’Amazonie en mettant « en lumière les relations entre les artistes et leur environnement social, économique et mental »…

Pour « 00s. Collection Cranford : les années 2000 », on retrouve cette étonnante capacité à opérer des choix extrêmement pertinents parmi les œuvres collectionnées par Muriel et Freddy Salem. Ils assurent la construction d’une exposition qui « cherche à révéler comment les années 2000 ont transformé nos cultures, la géopolitique et l’économie mondiale, ainsi que notre conscience écologique ».

Sans jamais forcer le trait, avec un profond respect pour les œuvres et pour le visiteur, le parcours chronologique réussit parfaitement à offrir « une lecture du monde par l’art et tente[r] de dégager l’image d’une décennie encore floue ».

Pour Nicolas Bourriaud, trois points forts se dégagent de ce projet :

« C’est la première rétrospective des années 2000, une décennie très peu explorée en histoire de l’art, et la particularité de cette exposition, c’est d’essayer d’en établir les caractéristiques esthétiques et les éléments factuels qui permettraient d’en tracer l’histoire.
La deuxième spécificité, c’est sa structure. Elle est organisée de manière chronologique. Le parcours s’appuie sur une frise qui accompagne le visiteur. Elle situe le cadre, le contexte d’actualité et civilisationnel dans lequel les œuvres ont vu le jour, année par année.
Troisième caractère singulier, un accrochage qui rapproche les artistes qui émergent pendant cette décennie avec ceux qui sont alors à leur pinacle. Ce que permet la richesse de la Collection Cranford ».

Dans l’introduction qu’ils signent pour le livret de visite, les commissaires résument avec une certaine retenue leurs ambitions et les enjeux de l’exposition qu’ils ont imaginée :

Le panorama chronologique de ces années s’ouvre par une installation de Wolfgang Tillmans et se clôt par une pièce magistrale de Kelley Walker, deux artistes emblématiques de la période.

00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Cependant 00s ne vise pas à un discours objectif sur ce qui a émergé dans les années 2000, mais à reconstituer un paysage artistique de l’époque, en insistant sur les différentes générations qui s’y croisent. Les abstractions de Gerhard Richter rencontrent ainsi les toiles figuratives de Karen Kilimnik, les ensembles impressionnants de Sigmar Polke ou d’Albert Oehlen côtoient les photographies de Jeff Wall et de Cindy Sherman ou les sculptures de Mike Kelley.

Une œuvre de Louise Bourgeois éclaire une sculpture de Sarah Lucas. Les peintures de Christopher Wool, de Josh Smith ou encore de Wade Guyton interrogent, chacune à leur manière, le devenir image de l’art à l’ère de la surconsommation visuelle.
Dans cette exposition chaque œuvre raconte quelque chose de l’histoire de l’art – et dans leur ensemble quelque chose des années 2000.

L’exposition fait une large part à la peinture, au dessin et à la photographie avec une présence forte d’artistes britanniques et germaniques. Les fondateurs du moqueur réalisme capitaliste (Richter et Polke), les acteurs du néo-impressionnisme allemand (Kippenberger et Oehen) sont confrontés à ceux que l’on a regroupés dans les années 90 sous l’appellation YBAs – Young British Artists (Damien Hirst, Tracey Emin, Glenn Brown, Sarah Lucas).

La scénographie de « 00s. Collection Cranford : les années 2000 » a été confiée à Marie Corbin et le graphisme à Benoît Cannaferina. Les cimaises mises en place transfigurent complètement les espaces d’exposition. Chaque année de la décennie y est clairement identifiée. Les textes de la frise chronologique sont imprimés en blanc sur un fond rouge profond, entre carmin et cinabre. Rédigés avec concision et précisons, ils offrent de multiples éléments de contextualisation. Des cartels développés apportent un éclairage pertinent pour une quinzaine d’œuvres exposées.

par la présentation de leurs œuvres
00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpelliera

L’ensemble donne à l’exposition un caractère muséal de très grande qualité. Lors de la visite de presse, les deux collectionneurs, Muriel et Freddy Salem, ont chaleureusement remercié les équipes du MO.CO., séduits par la présentation de leurs œuvres.

00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Comme avait su le faire « Mecarõ », « 00s. Collection Cranford : les années 2000 » réussit parfaitement à mettre le visiteur au centre de son dispositif.

« 00s. Collection Cranford : les années 2000 » est accompagné par un catalogue aux Editions SilvanaEditoriale avec une introduction de Nicolas Bourriaud, des contributions d’Aurélien Bellanger et de Vincent Pécoil et un entretien de Vincent Honoré avec les collectionneurs Muriel et Freddy Salem.

Le livret à destination du visiteur reproduit des extraits du texte de Nicolas Bourriaud et de la conversation de Vincent Honoré avec les collectionneurs. Des repères biographiques pour chaque artiste complètent opportunément les cartels et un bref glossaire précise quelques concepts.

Sous la direction artistique de Nicolas Bourriaud, le commissariat est assuré par Vincent Honoré, directeur des expositions, Victor Secretan, senior curator, Anya Harrison, curator, Rahmouna Boutayeb, chargée de projet assistés de Justine Vic.

Il faut également souligner l’excellence du travail des équipes de montage et de régie technique, un éclairage irréprochable ainsi que l’attention discrète et efficace des médiateurs en salle.

Les artistes exposés :

Kai Althoff • Francis Alÿs • John Baldessari • Louise Bourgeois • Louise Bourgeois / Tracey Emin • Glenn Brown • Monster Chetwynd • Phil Collins • Abraham Cruzvillegas • Edith Dekyndt • Olafur Eliasson • Isa Genzken • Wade Guyton • Guyton/ Walker • Rachel Harrison • Mona Hatoum • Thomas Hirschhorn / Marcus Steinweg • Damien Hirst • Sergej Jensen • Mike Kelley • Karen Kilimnik • Michael Krebber • Glenn Ligon • Sarah Lucas • Albert Oehlen • Gabriel Orozco • Damian Ortega • Raymond Pettibon • Sigmar Polke • Ken Price • Walid Raad / The Atlas Group • Gerhard Richter • Ugo Rondinone • Ed Ruscha • Thomas Schütte • Cindy Sherman • Josh Smith • Wolfgang Tillmans • Rirkrit Tiravanija • Rosemarie Trockel • Kelley Walker • Jeff Wall • Rebecca Warren • Franz West • Christopher Wool.

« 00s. Collection Cranford : les années 2000 » est une exposition incontournable.

À lire ci-dessous, Regards sur l’exposition, la présentation de l’exposition et de la Collection Cranford extraite du communiqué de presse.

En savoir plus :
Sur le site du MO.CO. Montpellier Contemporain 
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Sur le site de la Cranford Collection

« 00s. Collection Cranford : les années 2000 » : Regards sur l’exposition

Aller directement à l’année : 2000200120022003200420052006

Le parcours de l’exposition commence avec beaucoup d’à propos par Summer 2000, une installation de Wolfgang Tillmans qui se déploie sur toute la longueur de la première salle.

Wolfgang Tillmans - Installation Summer 2000, 2000 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Wolfgang Tillmans – Summer 2000, 2000. Installation de 22 impressions chromogènes, une impression jet d’encre sur papier, clips. Dimensions variables – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Celles et ceux qui ont la chance de voir « Qu’est-ce qui est différent ? » en 2018 à Carré d’Art, ne seront pas surpris par le caractère singulier des accrochages de Tillmans où le mur est une composante majeure de l’œuvre.

Wolfgang Tillmans - Aufsicht (yellow), 1999 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Wolfgang Tillmans – Aufsicht (yellow), 1999 – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Pour cette installation, la mise en place de 22 photographies de dimensions très diverses, réalisées entre 1989 et 2000, s’organise autour d’une imposante vue aérienne de Tel-Aviv (Aufsicht (yellow), 1999). On retrouve la manière très particulière avec laquelle l’artiste interrogeait, au tournant du millénaire, les genres picturaux anciens (portraits, scènes de genre, paysages, nature morte) à partir d’images banales du quotidien et de fragments autobiographiques…

La première frise chronologique rappelle que le Turner Prize est attribué en 2002 à Wolfgang Tillmans – premier photographe non britannique à gagner le prix – pour ses expositions tenues en 1999 et notamment pour leurs accrochages audacieux.

Année 2000

00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier – Année 2000

Le contexte :

Angoisse mondiale à propos du Bug de l’an 2000 qui n’aura pas lieu.
Le Turner Prize est attribué à Wolfgang Tillmans – premier photographe non britannique à gagner le prix – pour ses expositions tenues en 1999 et notamment leurs accrochages audacieux.
Création du Prix Marcel Duchamp par l’ADIAF (Association pour la diffusion internationale de l’art français). Le premier lauréat du Prix est Thomas Hirschhorn.
Inauguration de la Tate Modern. Pour l’ouverture en 2000, la première artiste invitée à investir le Turbine Hall est Louise Bourgeois avec I Do, I Undo, I Redo.
Sony sort le 4 mars 2000 la PlayStation 2 au Japon.
Vladimir Poutine succède à Boris Eltsine comme président de la Fédération de Russie.
Dancer in the Dark de Lars von Trier reçoit la Palme d’or et le prix de la meilleure interprétation féminine est attribué à Björk.
La Station Spatiale Internationale (ISS) lancée en 1998 accueille sa première équipe composée de William Shepherd (USA), Sergei K. Krikalev (Russie) et Yuri Gidzenko (Russie).
Parution de Empire de Michael Hardt et Antonio Negri. Pour les auteurs, la « mondialisation » et la « globalisation » sont liées à une mutation structurelle profonde des formes d’autorité et de production, en réponse aux luttes contestataires des années 1960-1970 et aux désirs de libération de l’être humain.
Art Basel inaugure Unlimited ; une section de 16 000 m2 dédiée à des œuvres d’art monumentales, présentées par des galeries qui participent à la foire.
Échec du sommet de Camp David pour la Paix au Proche-Orient avec le président des États-Unis, Bill Clinton, le Premier ministre de l’État d’Israël, Ehoud Barak et le Président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat. Début de la Seconde Intifada.
Pipilotti Rist réalise l’installation vidéo Open My Glade (Flatten) commandée par Public Art Fund New York pour être diffusée sur un écran de Times Square.
Le concept d’Anthropocène est développé par le lauréat du Prix Nobel de chimie Paul Crutzen.
Wim Delvoye présente le premier exemplaire de Cloaca.
Parution de No Logo de la journaliste canadienne Naomi Klein.

Les œuvres :

Louise Bourgeois - Maison, 2000 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Louise Bourgeois – Maison, 2000. Acier, verre, miroirs, tissu, perles, bois. 170,2 x 144,8 x 89 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

L’installation Maison (2000) de Louise Bourgeois s’impose comme une évidence. La frise chronologique rappelle qu’elle a été la première artiste invitée pour l’ouverture de la Tate Modern. Tous les éléments constitutifs des trois tours de neuf mètres de haut qui occupaient le Turbine Hall (I Do, I Undo, I Redo) sont présents dans l’œuvre exposée ici, dans une dimension réduite : l’escalier en spirale, la cage en acier déployé, les miroirs circulaires, la cloche de verre contenant les figures sculptées d’une mère et d’un enfant reliés par un cordon ombilical…

Cette décennie fut pour l’artiste celles des Cells (Cellules), série majeure de ses dernières années. En effet, Louise Bourgeois meurt le 31 mai 2010…

En écho à cette Maison, l’exposition présente Fuck Destiny (2000), une installation de Sarah Lucas rattachée au groupe des Young British Artists (YBAs).

Sarah Lucas - Fuck Destiny, 2000 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Sarah Lucas – Fuck Destiny, 2000. Canapé-lit rouge, lumière fluorescente, ampoules, fil électrique, coffret en bois à charnière. 95 x 165 x 197 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Cinquante et un ans séparent ces deux femmes. Au-delà de certains rapports formels que l’on peut déceler entre les œuvres, il y a surtout matière à s’interroger sur la façon dont elles expriment l’intensité, la douleur, la brutalité ou la violence de l’intimité familiale et des relations sexuelles.

Sarah Lucas - Fuck Destiny, 2000 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Sarah Lucas – Fuck Destiny, 2000. Canapé-lit rouge, lumière fluorescente, ampoules, fil électrique, coffret en bois à charnière. 95 x 165 x 197 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Fuck Destiny évoque une évidente sauvagerie dans les ébats charnels qui sont suggérés. Au tournant des années 2000, Sarah Lucas s’affirme comme une artiste féministe, provocante et radicale. Produites à partir d’objets ordinaires (matelas, mobilier, néons, vêtements, nourriture, etc.), ses installations se présentent comme des natures mortes allégoriques dont les connotations sexuelles sont manifestes.

Sarah Lucas - Fuck Destiny, 2000 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Sarah Lucas – Fuck Destiny, 2000. Canapé-lit rouge, lumière fluorescente, ampoules, fil électrique, coffret en bois à charnière. 95 x 165 x 197 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Trois autres œuvres de Louise Bourgeois sont exposées un peu plus loin : Untitled (2003) ; Mothers & Children (2003) qui côtoient The Stinker (2003) de Sarah Lucas et Looking for Mother réalisée en collaboration avec Tracey Emin en 2009-2010, artiste membre des YBAs, avec laquelle Lucas avait crée The Shop en 1993

Autour de ces deux installations, on remarque un des énigmatiques dessins de Raymond Pettibon (No Title (So many urgent…), 2000)… Quels sont les motifs si urgents pour que ce super héros ou ce surfeur s’éloigne une torche à la main ?

Raymond Pettibon - No Title (So many urgent…), 2000 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Raymond Pettibon – No Title (So many urgent…), 2000. Plume et encre sur papier. 76,2 x 55,9 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Dans un petit tableau (Boy Actor – The Little Devil on Stage, Drury Lane, 1644, 2000), Karen Kilimnik esquisse à grand coup de brosse la silhouette d’un jeune acteur sans visage… Qui est ce petit démon sur la scène du théâtre de Drury Lane, en 1644 ? Certainement pas un des Monty Python qui y ont enregistré Live at Drury Lane en 1974

Karen Kilimnik - Boy Actor - The Little Devil on Stage, Drury Lane, 1644, 2000 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Karen Kilimnik – Boy Actor – The Little Devil on Stage, Drury Lane, 1644, 2000. Huile hydrosoluble sur toile. 17,6 x 12,6 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Dernière œuvre de cette salle, Abstract Painting, 2000 de Gerhard Richter. Si elle s’harmonise de manière étonnante avec la couleur du canapé de Sarah Lucas et avec celle de l’arrière-plan de la frise chronologique, cette toile évoque aussi la quatrième des six Cage Paintings que Richter peint en 2006, en hommage à John Cage. Dans sa conversation avec Vincent Honoré, Muriel Salem raconte avoir passé une journée dans l’atelier de Richter pendant qui produisait cette importante série…

Gerhard Richter - Abstract Painting, 2000 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Gerhard Richter – Abstract Painting, 2000. Huile sur toile. 147 x 102 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Année 2001

Le contexte :

Lancement par Apple de la première version d’iTunes et du premier iPod
Jérôme Bel réalise The show must go on
Lancement de l’encyclopédie collaborative en ligne Wikipedia
Destruction des Bouddhas de Bâmiyân par les Talibans en Afghanistan.
49ème Biennale de Venise nommée Plateau de l’Humanité par son commissaire Harald Szeemann en référence au concept de l’exposition The Family of Man organisée en 1955 par Edward Steichen.
Parution de Plateforme de Michel Houellebecq
Les Pays-Bas sont le premier pays au monde à reconnaître le mariage entre personnes du même sexe
Dennis Tito, millionnaire américain de 60 ans est le premier touriste spatial
Maurizio Cattelan crée Him, une statue controversée de la taille d’un enfant qui représente Adolf Hitler priant agenouillé.
Diffusion de l’émission de téléréalité Loft Story, la première du genre en France.
Attentats du 11 septembre 2001
Parution du catalogue Women Artists par Taschen
Is This It premier album de The Strokes
Première exposition aux États-Unis du photographe allemand Andreas Gursky au MoMA
Explosion de l’usine AZF de Toulouse
David Lynch, Mulholland Drive Prix de la mise en scène au festival de Cannes
Freestyle au Studio Museum à Harlem (New York) avec une sélection de 28 artistes émergents d’origine africaine autour du concept de « postblack art »

Les œuvres :

Dans la première salle, on retrouve quatre dessins mystérieux et sarcastiques de Raymond Pettibon dont un autoportrait (No Title (Don’t you know), 2001) au regard acéré et sardonique et une abstraction (No Title (Supply not only), 2001) qui fait immanquablement penser à Michaux…


Ils sont précédés par une seconde toile de Karen Kilimnik (Mary Shelley Writing Frankenstein, 2001) à la facture volontairement maladroite que l’on rencontre par deux fois encore un peu plus loin (The Archangel Adrian, 2003 et The Angel of the Plague, 2005).

Karen Kilimnik - Mary Shelley Writing Frankenstein, 2001 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Karen Kilimnik – Mary Shelley Writing Frankenstein, 2001. Huile hydrosoluble sur toile. 50,8 x 40,6 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Ce qui retient l’attention ici, c’est surtout un inquiétant et fascinant tableau de Glenn Brown (Lemon Sunshine, 2001). Sur un fond de ciel, le pinceau virtuose de Brown laisse entrevoir les traits brouillés, décomposés d’un visage derrière sa figure énigmatique (chevelure brun roux coiffée en un rapide chignon, regard perdu tourné vers la gauche…).

Glenn Brown - Lemon Sunshine, 2001 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Glenn Brown – Lemon Sunshine, 2001. Huile sur planche. 71 x 57 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

On se souvient de la superbe exposition « Suffer Well » qu’il avait proposée à la Fondation Vincent Van Gogh Arles en 2016 à l’invitation de Bice Curiger. Sa pratique singulière de la peintre, mais aussi du dessin et de la sculpture, interroge avec originalité, intelligence et émotion l’histoire de l’art. Dans la préface du catalogue qui accompagnait sa confrontation à Van Gogh, Bice Curiger soulignait : « En occupant de l’intérieur des iconographies dont il altère, liquéfie, voire corrode l’état, il les adapte à la conception de l’espace-temps fluctuante de l’ère numérique où tout est désormais instable, flottant. Pénétrer dans l matériau de l’histoire, c’est aussi lui donner chair au moment de l’oubli, de la liquidation et de l’émergence de nouvelles présences, de nouvelles attentions ».
Le face à face de cette œuvre de Glenn Brown avec les événements de 2001 rassemblés sur la frise chronologique est un des moments forts de l’exposition « 00 s. Collection Cranford : les années 2000 ».

Damien Hirst - Love Unparalleled, 2001 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Damien Hirst – Love Unparalleled, 2001. Papillons et peinture laquée sur toile. 255,9 x 162,8 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

La seconde salle ouvre avec une imposante toile de Damien Hirst (Love Unparalleled, 2001). Les papillons ont souvent été présents dans la pratique de l’artiste britannique et les multiples polémiques qui l’ont accompagnée et notamment lors de sa rétrospective à la Tate Modern en 2012 où il reprenait son installation In and Out of Love (Butterfly Paintings and Ashtrays) (1991) en consommant 9 000 papillons. Ici, les lépidoptères ont été collés dans une peinture laquée orange…

Franz West - Appartement, 2001 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Franz West – Appartement, 2001. Technique mixte, installation, 3 pièces. Pièce 1 : 60 x 95 x 90 cm, 84 x 95 x 162 cm, pièce 2 : 40 x 81 x 240 cm, pièce 3 : 140 x 100 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Face à cette œuvre séduisante et morbide d’un acteur alors très établi dans le paysage de l’art contemporain, les commissaires ont choisi une installation de l’autrichien Franz West (Appartement, 2001), artiste inclassable qui n’a cessé de brouiller les frontières entre l’art et la vie, entre l’objet d’art et l’objet d’usage courant. Le panneau vertical orange semble être une réponse moqueuse et sarcastique à la nature morte de Hirst.

La pièce de Franz West meuble avec évidence l’espace et interpelle clairement le visiteur avec sa fausse et provocante affiche d’exposition et son imposante sculpture en papier mâché rose chewing-gum… Artiste précurseur du « trash », Franz West a inversé avec malice la perception du beau et du laid, du repoussant et du désirable.

Avec 1 Castel Street (2001), Michael Krebber a beaucoup de mal à poser le pied au milieu de cet ensemble explosif, de cette confrontation entre le laid, ludique et espiègle de West et le beau, lisse et morbide de Hirst.

Année 2002

Le contexte :

Mise en circulation de l’euro
Inauguration de la foire Art Basel Miami
Okwui Enwezor, originaire du Nigeria, est le premier directeur artistique non-européen de la 11e documenta.
Apparition du SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) à la fin de l’année en Chine.
Naissance du Palais de Tokyo dirigé par Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud.
Sommet de la Terre à Johannesburg en Afrique du Sud.
Une disciple de la secte des raéliens annonce la naissance du premier clone humain.
Lancement de la légendaire série TV The Wire.
Le Pen au second tour de l’élection présidentielle française.

Les œuvres :

Albert Oehlen - Schmilzender..., 2002 et Edward Ruscha - Erupt Pure, Open Book, 2002 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Albert Oehlen – Schmilzender…, 2002 et Edward Ruscha – Erupt Pure, Open Book, 2002 – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Dès l’entrée dans la première des deux salles dédiées à l’année 2002, les couleurs et les rythmes d’un grand format d’Albert Oehlen (Schmilzender…, 2002) aimantent irrésistiblement le regard. Celles et ceux qui connaissent les collections de Carré d’art ne manqueront pas d’y voir de nombreuses proximités avec Anti-Niemand (2002), une toile de l’artiste en dépôt au Musée d’Art Contemporain de Nîmes. On se souvient également de l’exposition qui lui avait été consacrée en 2011 par Carré d’art, sous le commissariat de Françoise Cohen, à la suite d’un important diptyque en coin de 2008.

Élève de Sigmar Polke à l’Académie de Hambourg, Albert Oehlen a été associé dans les années 80 à la « Bad painting » aux côtés de Werner Buttner, Martin Kippenberger ou encore Georg Herold. Il a parfois été trop rapidement rapproché aux Nouveaux Fauves.
Longtemps considéré comme un artiste pour les artistes, il bénéficie depuis plusieurs années d’une cote respectable sur le marché de l’art. La rétrospective accueillie par F. Pinault au Palazzo Grassi en 2018 n’a fait que la renforcer.

Albert Oehlen - Schmilzender..., 2002 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Albert Oehlen – Schmilzender…, 2002. Acrylique et huile sur toile. 280 x 200 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

La toile présentée ici prolonge les œuvres abstraites des années 90 qui succèdent à la peinture figurative outrancière et critique, agressive et ironique des périodes précédentes.
Toutefois, on peut voir, deviner ou imaginer la présence d’éléments figuratifs dans cette composition/décomposition… Ce que revendique l’artiste dans son entretien avec Judicael Lavrador reproduite dans le catalogue de l’exposition nîmoise.

Une notice sur le site du Frac Auvergne rappelle qu’Albert Oehlen a souvent marqué un intérêt pour d’autres domaines artistiques et notamment pour la musique (création d’un label de musique punk, proximité avec des groupes allemands de musique expérimentale, passion pour le groupe de rock américain The Melvins…).
On lui connaît aussi des collaborations délirantes avec Jonathan Meese qui avait envahi le Carré Sainte-Anne il y a quelques années
Dans son texte, Jean-Charles Vergne, commissaire de l’exposition Albert Oehlen en 2005 à Clermont-Ferrand, souligne : « il y a incontestablement du Frank Zappa ou du Fantômas chez Albert Oehlen : l’obésité stylistique, le maniérisme ampoulé sont systématiquement plastiqués avec les armes d’un très grand connaisseur passant d’un style à l’autre, d’un alphabet à l’autre, capable de manier tous les rythmes et tous les registres stylistiques, de les démonter, d’en créer des hybridations, sans jamais se singer lui-même ».

Un peu plus loin, il ajoute que les peintures d’Albert Oehlen s’écoutent autant qu’elles se regardent, un propos qu’il développe largement dans le catalogue de l’exposition. Lors de la visite de presse, Victor Secretan allait dans le même sens en affirmant devant cette toile : «C’est comme si on écoutait une musique, il faut la lire avec les oreilles... »

L’accrochage rapproche cette toile tumultueuse et imposante d’un petit format extrêmement sobre et minimal d’Edward Ruscha (Erupt Pure, 2002) qui appartient à la série Open Book réalisée entre 2002 et 2005. Toutes ces œuvres représentent des livres ouverts aux pages blanches, sur le fond uni de la toile brute. Ed Ruscha explique que l’idée lui est venue d’un rêve dans lequel il tenait un livre, face au coucher du soleil, dont le texte pouvait se lire dans les deux sens.

Edward Ruscha - Erupt Pure, Open Book, 2002 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Edward Ruscha – Erupt Pure, Open Book, 2002. Acrylique et encre sur lin. 50,8 x 61 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

On peut supposer qu’il y a chez les commissaires la volonté de rappeler dans l’opposition de ces deux œuvres la réaction de la génération d’Albert Oehlen contre un art jugé trop minimaliste et conceptuel. Ce regard critique conduira certains de ces artistes à une redéfinition de la peinture à la fin des années 70, qui par certains aspects se poursuit encore aujourd’hui…

Année 2002 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Année 2002 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Dans la deuxième salle consacrée à l’année 2002, l’accrochage met face à la frise chronologique deux artistes majeurs du Moyen-Orient. Au centre, une sombre et inquiétante sculpture de Mona Hatoum (Grater Divide, 2002) est entourée par les 24 photographies énigmatiques d’un des documents collectés par Walid Raad dans le cadre du projet « The Atlas Group » (Civilizationally we do not dig holes to bury ourselves, 1958-2003).
Comment ne pas percevoir un écho entre ces deux pièces et le début en 2020 de la guerre en Irak et des innombrables conséquences qui marqueront la décennie et la suivante ?

Walid Raad - Civilizationally we do not dig holes to bury ourselves, 1958-2003 - les années 2000 au MOCO Montpellier
Walid Raad – Civilizationally we do not dig holes to bury ourselves, 1958-2003. 24 impressions numériques en noir et blanc. Encadré : 28 x 21,5 cm chacune. Édition de 7 + 1 AP ; 3/7 – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

À propos du projet « The Atlas Group », on peut relire la chronique qui avait été publiée ici à l’occasion de l’exposition de Walid Raad à Carré d’Art, en 2014.

Selon le site du projet, ce document « est attribué au Dr. Fadl Fakhouri, un des plus grands historiens du Liban. L’historien a fait don de 226 cahiers, 2 courts métrages et 24 photographies en noir et blanc à l’Atlas Group au début des années 1990. Les seules photographies disponibles du Dr Fakhouri consistent en 24 autoportraits en noir et blanc qui ont été trouvés dans une petite enveloppe brune intitulée “Civilizationally, we do not dig holes to bury ourselves”. L’historien a produit ces clichés en 1958 et 1959 lors de son unique voyage hors du Liban, à Paris et à Rome »…

En 2006, à l’occasion d’un entretien avec le MoMA, Walid Raad précisait au sujet de ces images :

« L’homme ne regarde pas la caméra. Il ne regarde pas non plus les bâtiments devant lesquels il se tient. Par exemple, sous la Tour Eiffel, il décide de prendre une paire de jumelles et de regarder ailleurs. Il dit presque : “Je vais détourner le regard parce que je ne pense pas que l’histoire soit là”. Et dans un sens, cela nous donne une ouverture pour réfléchir à la manière d’écrire l’histoire du Liban contemporain. Devons-nous la chercher dans les monuments historiques et les ruines ? Ou devons-nous la chercher ailleurs ? »

Après ses premiers travaux dans le domaine de la performance et de la vidéo, Mona Hatoum se tourne vers l’installation et la sculpture en multipliant les techniques, les matériaux et les moyens d’expression. À plusieurs reprises, elle investit des objets domestiques et leur donne une dimension souvent agressive et menaçante ou pour le moins inquiétante par les changements d’échelle et l’ajout de clous, de fils électriques et de surfaces coupantes…

Grater Divide appartient à cet ensemble où l’on peut également trouver un égouttoir (No Way), une autre râpe à fromage (Daybed), un paillasson (Doormat) ou encore un moulin à légumes (La grande broyeuse)…

Mona Hatoum - Grater Divide, 2002 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Mona Hatoum – Grater Divide, 2002. Acier doux. 204 x 3,5 cm (largeur variable) – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Au-delà du sentiment « d’inquiétante étrangeté » et de la volonté de l’artiste de faire naître chez le spectateur des sensations de peur, de danger ou de violence, on peut aussi avoir une lecture plus « politique » de ses œuvres. C’est notamment ce que suggère le catalogue :

« On peut déceler un jeu de mots dans le titre (grater/ greater) : the great divide, c’est le fossé, un grand fossé – qui peut être l’obstacle séparant deux communautés, deux classes de la population, une barrière délimitant agressivement une frontière, ou délimitant un espace public ou privé sécurisé. Les frontières, que ce soit les limites entre les États, les communautés, ou entre des espaces privés ou publics, sont des abstractions qui sont matérialisées par différentes sortes de murs, grilles, ou excavations. Ici, la menace impliquée dans ces dispositifs se fait plus précise : la promesse d’un déchiquetage de celles ou ceux outrepassant cette limite ».

Année 2003

Année 2003 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Année 2003 – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Le contexte :

La guerre en Irak.
Avec Train, Mechanical, Paul McCarthy s’attaque directement à la figure du Président des États-Unis.
Le Projet Génome humain se termine
Exposition Alors, la Chine ? au Centre Pompidou, à Paris.
Olafur Eliasson The Weather Project dans la Turbine Hall de la Tate Modern à Londres.
Canicule exceptionnelle dans le sud de l’Europe. 15 000 morts en France.
Takashi Murakami, Kaikai Kiki à la Serpentine Gallery et Double Helix Reversal au Rockefeller Center de New-York
Mark Fisher crée le blog K-Punk.
Lancement du jeu vidéo Second Life.
La Corée du Nord se retire du Traité sur la non prolifération des armes nucléaires.
Elephant de Gus Van Sant Palme d’or au Festival de Cannes.

Les œuvres :

Wolfgang Tillmans - Einzelganger III, 2003 et Franz West - Untitled, 2003 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Wolfgang Tillmans – Einzelganger III, 2003 et Franz West – Untitled, 2003 – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

L’accrochage commence avec le rapprochement très réussi d’une des sculptures en papier mâche peint de Franz West et une captivante composition abstraite de Wolfgang Tillmans, réalisée en chambre noire sur du papier photographique, sans appareil photo ou de négatif.

Wolfgang Tillmans - Einzelganger III, 2003 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Wolfgang Tillmans – Einzelganger III, 2003. Impression couleur de type C. 237 x 181 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Le dialogue entre les deux œuvres est particulièrement fascinant. C’est sans aucun doute un des moments majeurs de l’exposition.

Franz West - Untitled, 2003 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Franz West – Untitled, 2003. Papier mâché, métal, laque, acrylique, carton. 80 x 63 x 87 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

De l’autre côté de la salle, une pièce provocante de Sarah Lucas (The Stinker, 2003) dénonce sans détour le salaud (The Stinker), les violences, les abus sexuel (entre autres)…

Sarah Lucas - The Stinker, 2003 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Sarah Lucas – The Stinker, 2003. Chaise, collants, kapok, fil, pince, jesmonite, cigarettes, canettes de cola et casque. 76 x 160 x 118 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

On retrouve la cigarette, un des matériaux favoris de l’artiste, qui recouvre ici le sexe de son Stinker… mais aussi les collants remplis de Kapok qui depuis plus de vingt ans constituent les Bunnies sans visages qui accompagnent l’artiste britannique. Certains ont pu y voir une parenté avec les poupées de Hans Bellmer et les sculptures de Louise Bourgeois

À propos de la cigarette, Sarah Lucas déclarait en 2000 à l’occasion de son exposition « The Fag Show » chez Sadie Coles : « I first started smoking when I was nine. And I first started trying to make something out of cigarettes because I like to use relevant kind of materials. I’ve got these cigarettes around so why not use them. There is this obsessive activity of me sticking all these cigarettes on the sculptures, and obsessive activity could be viewed as a form of masturbation. It is a form of sex, it does come from the same sort of drive, And there’s so much satisfaction in it. When you make something completely covered in cigarettes and see it as solid it looks incredibly busy and it’s a bit like sperm or genes under the microscope ». (entretien avec James Putnam)

Année 2003 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Année 2003 – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Sur le mur du fond, on retrouve une aquarelle et un tableau de tissus de Louise Bourgeois (Mothers & Children et Untitled, 2003), un dessin de Raymond Pettibon (No Title [Not Bazooka Joe], 2003) et un des drapeaux de Gabriel Orozco (Untitled [from the flag series], 2003) qui a un peu de mal à trouver sa place.

Thomas Hirschhorn & Marcus Steinweg - Hannah Arendt - Map, 2003 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Thomas Hirschhorn & Marcus Steinweg – Hannah Arendt – Map, 2003. Carton, papier, film plastique, ruban adhésif, impressions, marqueur, stylo à bille. 230 x 325 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

L’accrochage se termine avec une des premières Maps de Thomas Hirschhorn (Hannah Arendt – Map, 2003). Depuis 2003, il réalise seul ou avec le philosophe Marcus Steinweg de grands schémas où dialoguent des images collées, des fragments de textes et ses propres commentaires…
Ces Maps  font fonction d’outils pour clarifier sa pensée, d’hommages aux figures qui l’ont inspiré (comme Arendt, Nietzsche, Foucault, Spinoza, Gramsci, Robert Wasler, Simone Weil…), de manifestes thématiques et de dispositifs de résistance. Le catalogue rapporte ces propos de Hirschhorn : « En lisant, coupant, tapant et collant je peux être en contact direct avec la pensée et les idées[…] Faire une carte est une forme pour fixer immédiatement ce que j’ai appris, une forme de soulignement des termes qui sont importants pour moi, et une manière de faire des liens – parce que tout est à propos de faire des liens. »

Année 2004

Le contexte :

Thomas Hirschhorn réalise l’installation Musée Précaire Albinet à Aubervilliers.
Des scientifiques américains et autrichiens annoncent qu’ils ont téléporté l’état d’un atome.
L’exposition itinérante internationale Africa Remix, l’art contemporain d’un continent.
Funeral premier album du groupe de rock Arcade Fire.
Un tsunami géant ravage les côtes de l’océan Indien, faisant au moins 285 000 victimes.

Les œuvres :

Dans ce vaste espace en L, l’accrochage s’organise en trois séquences.

Damien Hirst - Something and Nothing, 2004 et Karen Kilimnik - The Archangel Adrian, 2003 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Damien Hirst – Something and Nothing, 2004 et Karen Kilimnik – The Archangel Adrian, 2003 – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

La première est construite autour de Something and Nothing (2004) un des Instrument Cabinets de Damien Hirst. Ici, l’artiste britannique présente un ensemble de poissons conservés dans du formol qui fait écho à une série de squelettes d’autres vertébrés aquatiques…

Damien Hirst - Something and Nothing, 2004 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Damien Hirst – Something and Nothing, 2004. Verre, acier inoxydable, acier, nickel, laiton, caoutchouc, MDF peint et laqué, acrylique, squelettes de poisson, poissons et solution de formaldéhyde. 205,7 x 375,9 x 121,9 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Quoi que l’on puisse penser du travail de Hirst, il faut bien admettre que son morbide cabinet de curiosité agit comme un miroir aux alouettes qui aimante irrésistiblement l’attention des visiteurs…

Toutefois, les œuvres d’art montrent une certaine résistance… Ainsi l’archange Adrien de Karen Kilimnik qui conclut la séquence précédente détourne ostensiblement le regard. Le masque d’Ugo Rondinone (sunrise. west. October, 2004), comme le Hulk (2004) de Spartacus Chetwynd, semble s’en moquer éperdument…

Spartacus Chetwynd – The Hulk, 2004. Huile sur papier entoilé. 15 x 20 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Les quatre petites huiles sur papier de Spartacus Chetwynd (Bat Opera, 2004) paraissent jouer le rôle de points de suspension et conduire le regard vers la séquence suivante…

Franz West - Cindy Sherman - Spartacus Chetwynd et Ugo Rondinone - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Franz WestCindy ShermanSpartacus Chetwynd et Ugo Rondinone – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Le deuxième moment de cette salle consacrée à l’année 2004 s’articule autour d’une sculpture siège de Franz West (Sitzskulptur, 2004).

Josh Smith - Untitled, 2004 - Franz West - Sitzskulptur, 2004 et Cindy Sherman - Untitled #419, 2004 - Collection Cranford au MOCO Montpellier
Josh Smith – Untitled, 2004 – Franz West – Sitzskulptur, 2004 et Cindy Sherman – Untitled #419, 2004 – Collection Cranford au MOCO Montpellier

Un des clowns de Cindy Sherman regarde en coin le spectateur… Cette série a souvent été décrite comme un jalon majeur dans la carrière de l’artiste…

Cindy Sherman - Untitled #419, 2004 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Cindy Sherman – Untitled #419, 2004. C-print. 167,6 x 124,5 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

De qui semble-t-elle se moquer ? Ce lui qui a refusé d’utiliser son image comme visuel pour l’exposition ? Peut-être attend-elle avec curiosité de voir qui osera s’asseoir sur la Sitzskulptur de Franz West pour rêver devant la toile de Josh Smith (Untitled, 2004) ?

Josh Smith - Untitled, 2004 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Josh Smith – Untitled, 2004. Huile sur toile. 152 x 122 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

L’accrochage se poursuit avec la série de 20 photographies du mexicain Damian Ortega (Materia en Reposo II (Brasil), 2004).

Damian Ortega - Materia en Reposo II (Brasil), 2004 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Damian Ortega – Materia en Reposo II (Brasil), 2004. C-prints. 20 impressions de 27,9 x 35,6 cm chacune – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Son tas de briques conduit le visiteur vers un grand tirage numérique augmenté de peinture acrylique de John Baldessari (Two Person Saw (Orange): With Standing Person (Blue), 2004) et une très singulière vidéo de Francis Alÿs (The Nightwatch, 2004) où les vingt caméras de surveillance de la National Portrait Gallery de Londres enregistrent la Ronde de nuit d’un renard…

Année 2005

00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Le contexte :

Création de YouTube.
Fondation du MoCA (Museum of Contemporary Art) à Shangaï, premier musée privé d’art contemporain de Chine..
Déclaration de principes visant à interdire « toute forme de clonage humain ».
Parution de Lunar Park de Bret Easton Ellis.
Rétrospective Photographs 1978–2004 consacrée à Jeff Wall.
Après Madrid en 2004, une série d’attaques terroristes liées à la mouvance islamiste radicale à Londres.
Tino Sehgal présente This is so contemporary à la Biennale de Venise.
L’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans en Louisiane et au Mississippi fait environ 1 836 morts, et des dégâts estimés à plus de 81 milliards de dollars.
Entrée en vigueur du protocole de Kyoto, signé en 1997.
Première greffe partielle de visage au monde.
Philippe Descola publie Par-delà nature et culture.

Les œuvres :

Peu d’œuvres exposées pour cette année 2005, mais une exceptionnelle confrontation entre une sculpture d’Abraham Cruzvillegas qui rappelle les pièces minimalistes et une toile d’Albert Oehlen qui appartient à la seconde série de ses peintures grises.

00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

La première est un assemblage rapidement empilé de miroirs en plexiglas de récupération. Ce Metamorfosis del cuarteto découpe en tranches horizontales disjointes et semble avaler l’espace d’exposition, les œuvres et les visiteurs…


De son côté, Gezeichnete Hunde (Drawn Dogs) joue de la coexistence de motifs figurés et abstraits, de la transformation de l’abstraction en figuration…

Albert Oehlen - Gezeichnete Hunde (Drawn Dogs), 2005 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Albert Oehlen – Gezeichnete Hunde (Drawn Dogs), 2005. Huile sur toile. 210 x 260 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

À l’inverse de la sculpture de Cruzvillegas, on devine ici un animal qui paraît s’extraire du monde indéfini et abstrait du tableau pour prendre forme à travers d’étranges et de baroques ornements floraux…

Michael Krebber - Untitled, 2005 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Michael Krebber – Untitled, 2005. Laque sur toile. 105 x 85 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

À côté de cette conversation étonnante et tonitruante, la discrète toile de Michael Krebber (Untitled, 2005) a un peu de mal à exister… Il en est de même pour la pochade de Karen Kilimnik (The angel of the Plague, 2005) qui donne l’impression ne pas être concernée par ce qui se passe ici.

Karen Kilimnik - The angel of the Plague, 2005 - 00s. Collection Cranford - les années 2000 au MO.CO. Montpellier Huile hydrosoluble sur toile. 50,8 x 40,6 cm. © Karen Kilimnik, courtesy 303 Gallery, New York
Karen Kilimnik – The angel of the Plague, 2005 – 00s. Collection Cranford – les années 2000 au MO.CO. Montpellier Huile hydrosoluble sur toile. 50,8 x 40,6 cm. © Karen Kilimnik, courtesy 303 Gallery, New York

Quant à la sculpture de Mike Kelley (Snakeskin Studloaf, 2005), appuyée contre la cimaise dans un équilibre qui parait incertain, elle semble poser un œil goguenard sur cette histoire…

Mike Kelley - Snakeskin Studloaf, 2005 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Mike Kelley – Snakeskin Studloaf, 2005. Techniques mixtes. 14,3 x 30,5 x 35,6 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Ce troublant personnage interpelle. Le cartel propose quelques pistes pour en comprendre le sens. Cependant, le recours à la notice du catalogue est bien utile pour remettre dans son contexte cette « forme semblable à une merde de taille humaine habillée de sa veste en faux serpent et de son slip »…

Année 2006

Le contexte :

Le Palazzo Grassi à Venise devient la propriété et le siège de la fondation François Pinault.
Parution de King Kong Théorie de Virginie Despentes.
Carsten Höller, Amusement Park au MASS MoCA (USA).
Pluton ne fait plus partie des planètes du système solaire.
Subodh Gupta réalise Very Hungry God pour la Nuit Blanche dans l’Eglise Saint Bernard à Paris.
Facebook crée en 2004 s’ouvre au monde entier en 2006.
Zidane, un portrait du XXIe siècle, par Douglas Gordon et Philippe Parreno.
Inauguration du Musée du Quai Branly à Paris.
Lancement du réseau social Twitter.
Bernard Arnault annonce la création de la Fondation Louis Vuitton.
« Rules of the Internet » manifeste des Anonymous.
Création d’Art Beijing : première foire d’art contemporain de Pékin.
Traduction en français de « Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion » de Judith Butler.
Pierre Guyotat publie Coma.

Les œuvres :

En parallèle avec le dialogue éclatant et en noir et blanc entre Abraham Cruzvillegas et Albert Oehlen dans la section précédente, l’accrochage débute ici par une conversation plus apaisée, presque musicale, toute en courbe avec d’une part une terre cuite peinte de Ken Price (Lazo, 2006) et une huile sur toile de Albert Oehlen (3 Amigos I, 2000/2006).

Albert Oehlen - 3 Amigos I, 2000-2006 et Ken Price - Lazo, 2006 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Albert Oehlen – 3 Amigos I, 2000-2006 et Ken Price – Lazo, 2006 – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

À l’occasion d’une rétrospective de son travail au Los Angeles County Museum of Art, Ken Price évoquait la série à laquelle appartient Lazo comme des « formes arrondies avec des surfaces actives ». Le catalogue ajoutait : « Bien qu’elles soient, pour la plupart, abstraites, elles donnent l’impression d’être vivantes. Si vous clignez des yeux, l’une d’entre elles peut se glisser sur une table tandis qu’une autre s’élève ou s’effondre sur son piédestal. Et leur extérieur moucheté et tacheté est tout à fait inattendu. Il n’est pas étonnant que l’artiste ait dit de cette série, qui l’a occupé plus longtemps que toutes les autres, qu’elle continuait “à m’offrir des possibilités intéressantes et stimulantes” ».

La toile de Albert Oehlen appartient à un ensemble de trois œuvres qui porte le même titre de 3 Amigos. Créées en 2000, elles ont été achevées seulement six ans plus tard…

Albert Oehlen - 3 Amigos I, 2000-2006 - 00s. Collection Cranford - les années 2000 au MOCO
Albert Oehlen – 3 Amigos I, 2000-2006. Huile sur toile. 280 x 230 cm. – 00s. Collection Cranford – les années 2000 au MOCO

La signification de ce titre reste assez mystérieuse. Est-ce une référence à des amis ou à ces trois œuvres qui l’ont accompagné entre 200 et 2006 ? Ignorant la question, le cartel s’intéresse plus à la pratique de l’artiste : « Dans une approche conceptuelle de la peinture, Oehlen multiplie les effets : peinture, spray, lignes, coulures, raclage, frottement, empâtements et aplats envahissent la toile dans un style volontairement naïf. Le geste de l’artiste est décomplexé, et son approche unique de la peinture le positionne en rupture avec l’abstraction ».

Thomas Schütte - Green Head, 2006 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier
Thomas Schütte – Green Head, 2006. Céramique émaillée, acier. 64 x 50 x 32 cm – 00s – Collection Cranford – les années 2000 au MOCO Montpellier

Une tête verte de Thomas Schütte (Green Head, 2006) semble observer cela de haut avec une certaine indifférence…

Raymond Pettibon - No Title (I have toed), 2006 - 00s - Collection Cranford - les années 2000 au MOCO Montpellier