samedi 16 janvier 2021

Chroniques 2020 « Éternité » – 2e Biennale des Imaginaires Numériques à Aix et Marseille


Jusqu’au 17 janvier 2021, Seconde Nature et Zinc proposent avec Chroniques 2020, la deuxième Biennale des Imaginaires Numériques. Après une première édition en 2018 dont la thématique était la Lévitation, le projet de Chroniques 2020 est construit autour de la notion d’Éternité

En 2018, on avait consacré une chronique à l’exposition « Supervisions : Des tentatives d’envol au regard vertical » à la Friche et brièvement présenté les « Expériences en suspension » qui se déroulaient à Aix-en-Provence.

Annoncée pour le 12 novembre, Chroniques 2020 décalait en principe son ouverture au 1er décembre après avoir adapté sa programmation aux contraintes sanitaires.
On attendra probablement jusqu’au 15 décembre….

L’exposition «J’ai fait ta maison dans ma boite crânienne » de Jeanne Susplugas, accueillie par l’Ardenome à Avignon a pu ouvrir pendant une petite semaine. Nous avons eu la chance de pouvoir la visiter et d’en publier une chronique que l’on peut lire ici

On attend avec beaucoup d’impatience et de curiosité de découvrir les multiples expositions programmées à Aix-en-Provence, et notamment « Éternité part 1 : Avons-nous le temps pour l’éternité ? » à la Galerie Zola, « Post Growth » au 3 bis f, « Ghost in the machine » au 21bis Mirabeau (espace culturel départemental) et sa prolongation « God from the machine » au Lieu 9 (Office du tourisme).
Toujours à Aix, Laurent Pernot propose « Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais » au Musée du Pavillon de Vendôme et Abdessamad El Montassir présente « Surgir des cendres » à la bibliothèque les Méjanes. L’installation « Kyil Khor » de Félicie d’Estienne d’Orves avec une musique d’Éliane Radigue devrait être visible à la Fondation Vasarely à partir du 9 janvier 2021.

On ne manquera pas de revenir également sur l’importante exposition « Éternité part 2 : Que voulons-nous faire pousser sur les ruines ? » à la Friche la Belle de Mai à Marseille.

Avec Taiwan comme invité d’honneur, cette deuxième Biennale des Imaginaires Numériques devrait confronter artistes européens et taiwanais.

Au-delà de la Biennale des Imaginaires Numériques, Chroniques est aussi une plateforme de soutien à la production et à la diffusion d’œuvres originales, portée par les associations Seconde Nature et Zinc, avec la région Sud — Provence Alpes-Côte D’azur et la Ville de Marseille. Une quinzaine d’œuvres ont été produites en 2020 et devraient être visibles pendant la biennale.

Le commissariat général à Aix et Marseille est assuré par Mathieu Vabre. Il est accompagné par Wu Dar-Kuen pour « Éternité part 1 & 2 » et par Christel Roy au Pavillon de Vendôme.

Chroniques et compte-rendu de visites à suivre…

À lire, ci-dessous, un bref texte à propos de la thématique choisie pour 2020 et une présentation des expositions à Aix et à Marseille. Ces informations sont extraites du dossier de presse.

Artistes exposés à Marseille pour Chroniques 2020 :

Elise Morin – Fra – Spring Odyssey – Réalité Virtuelle • Su Hui-Yu – Twn – Future Shock – Installation vidéo • Ku Kuang-Yi – Twn – Millenium Ginseng Project – Installation vidéo • Chuang Chih-Wei – Twn – Infection Series – Installation Plastique • Paul Gong – Twn – The Appendix-Human – Installation plastique • Donatien Aubert – Fra – Les Jardins Cybernetiques– Installation plastique et vidéo • Rocio Berenguer – Esp – Lithosys – Projet transdisciplinaire • Future Baby Production – Fra/Twn – Unborn0x9 – Installation plastique et sonore • Eva Medin – Fra – Le Monde après la pluie – Installation vidéo • Boris Labbe – Fra – La Chute – Installation vidéo • Stefane Perraud – Fra- Sylvia – Installation sonore immersive • Quayola – Ita – Remains Series – Photographie

Artistes exposés à Aix-en-Provence pour Chroniques 2020 :

Felix Luque Sanchez – Bel/Esp – Perpetuité I – Installation • Chuang Chih-Wei – Twn – Reborn Tree – Installation • Laurent Pernot – Fra – Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais Monographie • Abdessamad El Montassir – Mar – Surgir des cendres – Installation photo et sonore • Felicie dEstienne dOrves – Fra – Kyil Khor – Installation • Disnovation.org – Fra/Pol/Can – Post Growth – Projet transdisciplinaire • Verena Friedrich – Ger – Vanitas Machine – Œuvre plastique • Veronique Beland – Can – Haunted Telegraph – Installation sonore • Claire Williams – Bel- Zoryas – Installation plastique et sonore • Elisabeth Caravella – Fra – Howto– Installation vidéo • Thierry Fournier – Fra – Grave – Installation • Quentin Lannes – Fra – The Unauthorized Portrait of F. – Installation vidéo • Antoine Schmitt – Fra – Previsible Heterotopies#2 – Installation audiovisuelle • Barthelemy Antoine-Loeff – Fra – Tipping Point – Œuvre plastique • Tsai Yi-Ting – Twn – Non-Linear Science : Chaos – Installation • Legacy Lab International -Twn –The Rice-Pile Model – Installation plastique et sonore • Cheng Hsien-Yu – Twn – Discharge What Your Charged – Installation • Chen Wan-Jen – Twn – The Turning World – Vidéo • Hung Wei-Hsuan – Twn – Modernological Urbanscape – Installation Vidéo • Singing Chen – Twn – Afterimage for Tomorrow – Réalité Virtuelle • Charles Ayats & Franck Weber & Alain Damasio & Frédéric Deslias – Fra – Moa – Expérience de réalité augmentée • Charles Ayats & Jan Kounen & Sabrina Calvo – Fra – 7 Lives – Réalité virtuelle

En savoir plus :
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Chroniques 2020 : l’Éternité

Paradoxe des temps, au moment où le fantasme de l’immortalité se nourrit des avancées en matière de biologie moléculaire, l’effondrement programmé de notre civilisation ne s’est jamais appuyé sur des indicateurs aussi alarmants.

© Laurent Pernot

Le progrès, longtemps synonyme de la rêverie collective d’un monde meilleur, est devenu symptomatique de nos peurs contemporaines.
Plutôt que de céder à la tentation de masquer nos effrois, CHRONIQUES, Biennale des Imaginaires Numériques, propose de rassembler artistes et publics pour donner à voir et à comprendre, s’émouvoir à travers la création artistique contemporaine et questionner ensemble ces nouveaux mondes à inventer.

Chroniques 2020 : Expositions

« Éternité part 1 : Avons-nous le temps pour l’éternité ? » à la Galerie Zola

Tsai Yi-Ting - Non-Linear Science Chaos, 2020 © Tsai Yi-Ting
Tsai Yi-Ting – Non-Linear Science Chaos, 2020 © Tsai Yi-Ting – Chroniques 2020

Minuit moins cent secondes… L’horloge de l’apocalypse symbolisant l’imminence d’une catastrophe a été avancée à minuit moins 100 secondes en 2020. Cet outil géré par des scientifiques américains comptant 13 prix Nobel a été créé durant la guerre froide pour alerter sur les risques de fin du monde, arbitrairement définie à Minuit.

Les signes qui nous alertent des mutations climatiques ne manquent pas. Les scientifiques nous ont prévenus au moyen de nombreuses modélisations, remplaçant nos oracles et nos prophéties par des scénarios prospectifs. Et pourtant la situation contemporaine est celle d’un état de seuil où rien ne semble avoir changé et où tout soudainement pourrait basculer.

Témoins de ces crises, les artistes mettent au cœur de leur réflexion le futur et sa prévision. Dans cette première partie, Éternité explore nos réactions face à ces potentiels changements et les interrogations qui en découlent. Quelles attitudes allons-nous adopter ? Sommes-nous impuissants ou pouvons-nous influer sur le futur ? Pouvons-nous réparer la Nature grâce à la technologie et à la science et exercer un contrôle plus important sur la terre ?

« L’homme manque de temps pour l’éternité » nous dit Nicolas Berdaieff dans l’Homme et la Machine en 1933. La manière de penser le temps est au cœur de nos enjeux actuels, l’accélération des technologies promet de transformer le monde à un rythme qu’aucune extrapolation du passé n’a imaginé. S’il est difficile de penser l’après, les artistes questionnent nos comportements présents face à la modernité, la technologie, sa puissance et son progrès infini. Les artistes ouvrent de nouveaux récits sur le progrès, en en extrapolant certains, et provoquent un déplacement pour nous permettre d’agir et ne pas confier notre seul espoir à l’engrenage du temps qui passe. Que faire du temps qu’il reste ?

Artistes :
Antoine SchmittPrevisible Heterotopies#2
Barthelemy Antoine-LoeffTipping Point
Tsai Yi-Ting – Non-Linear Science : Chaos
Legacy Lab InternationalThe Rice-Pile Model
Chen Wan-JenThe Turning World
Felix Luque SanchezPerpetuité I
Chuang Chih-WeiReborn Tree

Une exposition produite par CHRONIQUES, Biennale des Imaginaires Numériques, imaginée par SECONDE NATURE et ZINC, avec le soutien de la Ville d’Aix-en-Provence.

Commissariat : Mathieu Vabre
Commissaire associé : Wu Dar-Kuen

Comité de programmation : Manon Desplechin, Marylou Bonnaire
Scénographie : Emilie Fouilloux
Direction technique : Philippe Machemehl

« Post Growth » au 3 bis f

Ce début de siècle a été le théâtre d’une profonde transformation des sensibilités sociétales autour de questions telles que le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, et leurs multiples conséquences géo-politiques et sociales.

À travers une série de prototypes de réorientation éco-politique, l’exposition Post Growth interroge les composantes idéologiques, sociales et physiques qui ont précipité les crises actuelles, et cherche à stimuler des pratiques et des imaginaires au-delà de la croissance économique.

Disnovation.org - Post Growth au 3 bis f
Disnovation.org – Post Growth au 3 bis f – Chroniques 2020

La série d’œuvres présentées propose d’envisager un métabolisme social en phase avec les réalités matérielles, énergétiques et vivantes de la biosphère, en s’inspirant de notions issues de l’écoféminisme, de la comptabilité environnementale, des connaissances autochtones et du hacking.

Disnovation.org - Post Growth au 3 bis f
Disnovation.org – Post Growth au 3 bis f – Chroniques 2020

Au croisement entre l’art, la science et l’activisme, cette exposition invite à explorer des prototypes de jeux stratégiques pour se décoloniser des doctrines de la croissance économique, à découvrir des voi-x-es alternatives, et à appréhender les conséquences radicales d’un modèle économique reconnecté avec les sources d’énergie élémentaires provenant du Soleil.

Disnovation.org - Post Growth au 3 bis f
Disnovation.org – Post Growth au 3 bis f – Chroniques 2020

Disnovation.org avec Baruch Gottlieb, Clémence Seurat, Julien Maudet & Pauline Briand

Une exposition réalisée en coproduction avec CHRONIQUES, Biennale des Imaginaires Numériques, le 3 bis f – lieu d’arts contemporains et IMAL.

« Ghost in the machine » au 21bis Mirabeau

Cheng Hsien-Yu - Discharge What Your Charged, 2020
Cheng Hsien-Yu – Discharge What Your Charged, 2020 – Chroniques 2020

Voulez-vous vivre pour toujours ?

Ghost in the machine, le titre de l’exposition au 21bis Mirabeau, espace culturel départemental, évoque la métaphore du fantôme et cette conception du dualisme cartésien séparant le corps de l’âme, âmes perdues du passé qui viendraient hanter le présent et le monde des vivants. Depuis, la croyance dans les fantômes devenus une figure populaire, s’est progressivement éteinte, mais reste toujours vivant le mystère de la mort et ce désir d’immortalité poursuivi par les transhumanistes.

Les oeuvres de l’exposition nous interrogent de manière poétique et sensible voire humoristique et ironique sur ce vieux rêve humain. A travers les motifs de la Vanité, du spiritisme, du spectre, du zombie, du portrait-souvenir, les artistes rappellent la courte durée de l’existence humaine tout en mettant en scène la prolongation de la vie humaine avec l’aide de la science et des technologies.

En inventant le phonographe considéré comme un instrument capable d’immortaliser la voix d’un individu par delà la mort, Thomas Edison est un des premiers scientifiques de l’ère moderne travaillant sur des machines capables d’immortaliser des composantes de l’être humain et de donner corps à ces formes spectrales et fantomatiques. Fasciné par la mort et la survivance de l’âme, Edison lui-même consacra les dix dernières années de sa vie au développement de son projet inachevé, le nécrophone, un appareil scientifique permettant de communiquer avec les morts.

Au fond dans leur évolution, les techniques modernes de communication – le téléphone, la radio, le cinéma, la télévision, l’informatique… – n’ont pas fait disparaître cette notion de spectre. Au contraire, ces machines démultiplient soudainement les occasions pour nos « fantômes » de venir hanter nos vies, enregistrent tout ce qui au-delà ou en deçà de la perception humaine, jusqu’à nous offrir aujourd’hui la possibilité d’immortaliser nos données, et créer nos propres avatars fantomatiques dans le réel.

Verena FriedrichVanitas Machine
Veronique BelandHaunted Telegraph
Claire WilliamsZoryas
Elisabeth CaravellaHowto
Thierry FournierGrave
Quentin LannesThe Unauthorized Portrait of F.
Cheng Hsien-YuDischarge What Your Charged

Commissariat : Mathieu Vabre
Co-production : 21bis Mirabeau, espace culturel départemental, et CHRONIQUES, Biennale des Imaginaires Numériques, imaginée par SECONDE NATURE et ZINC.
Avec le soutien du Département des Bouches-du-Rhône.

« God from the machine » au Lieu 9

Charles Ayats & Jan Kounen & Sabrina Calvo - 7 Lives, 2017
Charles Ayats & Jan Kounen & Sabrina Calvo – 7 Lives, 2017 – Chroniques 2020

« Ce qui m’a fasciné, c’est la façon dont l’homme réinvente sans cesse ce qu’il est par la technologie…Une extension bourgeonnante de dispositifs tactiles et bienveillants autour de nous, qui nous assistent qui nous prolongent et qui font de nous de jeunes dieux agiles auxquels le fantôme du monde répondrait, au doigt comme ça et à l’œil évidemment » nous dit Alain Damasio dans sa conférence Ted X du 6 octobre 2014, Très humain plutôt que transhumain.

Charles Ayats & Franck Weber & Alain Damasio & Frédéric Deslias - Moa, 2020 © MOA
Charles Ayats & Franck Weber & Alain Damasio & Frédéric Deslias – Moa, 2020 © MOA – Chroniques 2020

En prolongement de l’exposition Ghost in the machine, CHRONIQUES propose au Lieu 9 une expérience avec des œuvres narratives, des films VR ou en réalité augmentée construite sur une hybridation des conventions cinématographiques et des mécanismes du jeu vidéo.

Hung Wei-Hsuan - Modernological Urbanscape, 2019
Hung Wei-Hsuan – Modernological Urbanscape, 2019 – Chroniques 2020

4 récits qui nous racontent une odyssée contemporaine entre monde réel et virtuel, entre monde des vivants et des morts, entre monde présent et futur où nos souvenirs peuvent être téléchargés, ou encore dans une ville en 2046 sous la loi d’une surveillance et d’un marketing sans limites.

Des œuvres qui prolongent nos consciences dans l’espace virtuel et où inversement des agents intelligents envahissent l’espace physique réel.

Charles Ayats & Franck Weber & Alain Damasio & Frédéric DesliasMoa
Hung Wei-HsuanModernological Urbanscape
Singing ChenAfterimage For Tomorrow
Charles Ayats & Jan Kounen & Sabrina Calvo7 Lives

Commissariat : Mathieu Vabre
Une exposition produite par CHRONIQUES, Biennale des Imaginaires Numériques, imaginée par SECONDE NATURE et ZINC, avec le soutien de l’Office de Tourisme d’Aix-en-Provence.

Laurent Pernot – « Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais » au Musée du Pavillon de Vendôme

Les œuvres réunies à l’occasion de l’exposition « Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais » gravitent autour du temps. Certaines le traquent, d’autres cherchent à l’éconduire.

Laurent Pernot - Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais
Laurent Pernot – Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais – Chroniques 2020

Si le temps est l’une des rares choses sur lesquelles l’humain n’aura jamais d’emprise, il recèle aussi un secret dont les anges et les morts sont les gardiens suprêmes. Un secret que même les sculptures et les astres ignorent, et sans lequel le temps lui-aussi demeure une énigme. Les prophètes s’y sont trompés et les églises l’ont sonné en vain. Seuls, peut-être, les philosophes et les poètes s’en sont approchés : l’éternité.

Au temps d’Aristote l’éther était la matière de l’éternité, qui correspondait au monde du ciel, englobant tous les corps célestes. Puis, plus proche de la Terre et de la nature, Spinoza envisageait l’éternité comme la présence en acte et dans sa plénitude, la philosophe Simone Weil la confondait même avec la beauté. Plus proche de nous encore, elle pourrait, selon Emanuele Coccia, jaillir précisément de la substance de nos corps : « chacun des vivants exprime la vie de la planète entière, passée, présente, et future »1.

Laurent Pernot - Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais
Laurent Pernot – Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais – Chroniques 2020

Mais que disent les photographies, les fleurs ou les vagues sur l’éternité ? Que disent encore les histoires légendaires du Pavillon de Vendôme, ses atlantes ou ses décors baroques ? Parmi les œuvres existantes et les créations imaginées spécifiquement pour le musée, les temporalités se multiplient, les mémoires s’agrègent et les pièges visuels se jouent de nos perceptions : les images sont évanescentes, la glace et le feu sont illusoires, les sculptures périssables… La stabilité n’est qu’apparente, l’entropie sommeille et l’éternité semble se dérober. Mais au fond, ne serait-elle pas là, simplement partout, si présente qu’on ne saurait la voir, dans la seule attente d’un regard éclairé pour s’y laisser contempler ?

1 Emanuele Coccia, Métamorphoses, éditions Payot & Rivages, 2020

Commissariat : Christel Roy et Mathieu Vabre
Co-réalisation : Musée du Pavillon de Vendôme et CHRONIQUES, Biennale des Imaginaires Numériques, imaginée par SECONDE NATURE et ZINC.

Abdessamad El Montassir – « Surgir des cendres » à la bibliothèque les Méjanes.

Abdessamad El Montassir - Surgir des cendres, 2020
Abdessamad El Montassir – Surgir des cendres, 2020 – Chroniques 2020

Abdessamad El Montassir est un porteur d’histoires et sa toile de fond est le Sahara : il raconte le désert, sans entraves, avec la liberté de l’hypothèse. Son œuvre est une recherche, une enquête sur quelque chose qui nous échappe. Elle donne des formes aux silences et une texture aux mutismes.

Car El Montassir est un historien sans archive, un argonaute des grands espaces et un limier des territoires. Son travail s’apparente à une anthologie de poèmes, tient du roman scientifique et existe comme chant de transmission. Dans un même temps, il met en avant la capacité des plantes et les éléments non-humains à agir sur le monde, voire même à le transformer ou à l’influencer. L’exposition « Surgir des cendres » réunit deux de ses projets récents, Al Amakine et Achayef qui, face l’immatérialité de l’histoire, se font les gardiens des récits qui appartiennent au peuple et créent une narration que l’histoire conventionnelle n’a pas été capable de raconter.

Extrait du texte « De l’enfant de sable, au créateur à l’ombre des arbres d’épines : Abdessamad El Montassir, vers une esthétique du silence » par Taous R. Dahmani

Abdessamad El Montassir - Surgir des cendres, 2020
Abdessamad El Montassir – Surgir des cendres, 2020 – Chroniques 2020

Direction artistique : Mathieu Vabre
Al Amakine et Achayef ont été réalisés en coproduction par l’artiste, Le Cube – independent art room, Carte Blanche par Al Safar, l’Institut Français du Maroc, l’IMéRA avec l’aide du Labex RFIEA+, Moussem Nomadic Art Center, Pro Helvetia Cairo, The Arab Fund for Arts and Culture, le gmem-CNCM-Marseille et la plateforme CHRONIQUES, soutenue par la Région Sud, la Ville de Marseille et l’Institut Français à Paris, coordonnée par SECONDE NATURE et ZINC.

Pièce sonore réalisée en collaboration avec le compositeur Matthieu Guillin.
Mise en œuvre : Société Lumière et l’Atelier Deuxième Œil.
Production déléguée : Le Cube – independent art room.

Félicie d’Estienne d’Orves – « Kyil Khor » à la Fondation Vasarely

Présenté dans la salle n°2 de la Fondation Vasarely, le miroir d’eau de « Kyil Khor » et ses ondulations cinétiques réfléchissent les compositions verticales de Victor Vasarely.

Félicie d’Estienne d’Orves - Kyil Kho, 2020 ©David Dronet
Félicie d’Estienne d’Orves – Kyil Kho, 2020 ©David Dronet – Chroniques 2020

Ce nouveau projet de Félicie d’Estienne d’Orves, lauréate du Prix international de la Fondation Vasarely pour les Arts Numériques en 2018, est issu d’une collaboration avec le GANIL (Grand Accélérateur National d’Ions Lourds) de Caen. L’œuvre rend hommage à la série “Ondulatoires” de Victor Vasarely, réalisée dans les années 50 et aux recherches du plasticien sur la dualité onde-corpuscule de la matière.

L’artiste explore la frontière entre la physique contemporaine de l’atome et la philosophie ancestrale du bouddhisme tibétain. L’œuvre « Kyil Khor », littéralement centre ou cercle en tibétain, s’inspire du motif du mandala. Traditionnellement réalisé en sable coloré par les moines bouddhistes, ce diagramme cosmique exprime une idée d’impermanence du réel et symbolise une structure concentrique de l’univers.

L’œuvre musicale Kailasha(1) de la pionnière de la musique expérimentale Éliane Radigue qui accompagne la sculpture se réfère au pèlerinage mental de la compositrice autour du Mont Kailash, montagne sacrée du Tibet.

Félicie d’Estienne d’Orves - Kyil Khor, 2020 ©Christophe Bouder
Félicie d’Estienne d’Orves – Kyil Khor, 2020 ©Christophe Bouder – Chroniques 2020

Le miroir d’eau de « Kyil Khor » déforme et renouvelle le regard sur l’espace environnant. À l’échelle quantique, une particule n’a pas de position bien définie et se décrit par un ensemble de probabilités ou fonction d’onde. De même que l’atome avec différents niveaux d’énergie change de forme, ici la matière du plan d’eau déploie le potentiel de ses interférences ondulatoires en chaos ordonné2.

1 Issu de la Trilogie de la Mort [1998], “Kyema”, “Kailasha”, et “Koumé”
2 D’après le maître bouddhiste Chögyam Trungpa, «Mandala Un chaos ordonné», Point 2011

«Éternité part 2 : Que voulons-nous faire pousser sur les ruines ? » à la Friche la Belle de Mai

Dans cette deuxième partie, Éternité est une fiction prospective qui porte l’espoir d’un autre demain.

Chuang Chih-Wei - Infection Series, 2020
Chuang Chih-Wei – Infection Series, 2020 – Chroniques 2020

Paradoxe des temps actuels, le prolongement de la vie humaine et l’image de la fin du monde coexistent et s’opposent dans nos imaginaires des futurs possibles. Ce sont presque deux choix de société qui s’affrontent et qui tracent une ligne de front dans nos horizons politiques et sociaux. Après des années de volonté à moderniser la Terre, nous sommes face à une crise de société peut être la plus importante de notre histoire, celle de l’image de l’effondrement par la disparition de notre écosystème. Une question se pose alors : comment allons nous construire l’après ?

L’image de fin du monde loin d’être nouvelle dans l’histoire a souvent inspiré les artistes et des courants esthétiques. A la Friche, l’exposition, conçue comme un laboratoire fictionnel, présente des artistes qui nous éclairent sur les enjeux actuels de mutations, sur notre histoire, nos choix passés et qui finalement porte en eux une exigence de réforme de la raison humaine. Exposition internationale avec Taiwan comme invité d’honneur, elle confronte des artistes européens pour la plupart et des artistes taiwanais, qui ont grandi avec les mêmes utopies, notamment celle du progrès au chevet de la Nature. Ces mythes aujourd’hui s’estompent et nous devons appréhender le changement nécessaire dans notre rapport à la Terre et au vivant. Certains réfléchissent ou mettent en scène les manières par lesquelles il est envisagé de mettre les technosciences au service de la régulation environnementale, d’autres les possibilités d’évolution de l’homme et de son corps avec l’aide des technologies. Comment allons nous coexister entre vivant et non vivant? Comment nous allons pouvoir vivre et nous adapter face à ces mutations.

S’ouvrant ainsi sur une réflexion autour de l’effondrement, l’exposition questionne ainsi de nouvelles possibilités de vie dans l’interstice des ruines. Maintenant que le futur est un paradis perdu, quel futur inédit allons nous inventer ?

Dans le cadre du projet de coopération FUTURE DIVERCITIES, cofinancé par le programme Europe créative de l’Union européenne

Elise MorinSpring Odyssey
Su Hui-YuFuture Shock
Ku Kuang-YiMillenium Ginseng Project
Chuang Chih-WeiInfection Series
Paul GongThe Appendix-Human
Donatien Aubert – Les Jardins cybernetiques
Rocio BerenguerLithosys
Future Baby ProductionUnborn0x9
Eva MedinLe monde après la pluie
Boris LabbeLa Chute
Stefane PerraudSylvia
QuayolaRemains Series

Commissariat : Mathieu Vabre
Commissaire associé : Wu Dar-Kuen
Comité de programmation : Manon Desplechin, Marylou Bonnaire
Scénographie : Emilie Fouilloux
Direction technique : Philippe Machemehl

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