Caroline Corbasson – « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles


Jusqu’au 5 octobre prochain, Caroline Corbasson présente à l’Atelier MA, « Something Moves», une très belle proposition qui fait suite à sa résidence arlésienne en début d’année. Lauréate de la deuxième édition du prix Art & Environnement organisé par Lee Ufan Arles et la Maison Guerlain, elle expose là où elles ont été créées une quinzaine d’œuvres – peintures à l’huile et à l’encre, dessins et poésies ainsi qu’une vidéo et une photographie. Le vent constitue le point de départ de cette recherche.

Dans un entretien accordé à Marie de la Fresnaye pour Fomo-Vox, elle revient sur la genèse du projet lors d’un précédent séjour à Arles, dans le cadre de l’exposition « Van Gogh et les Étoiles » à la Fondation Vincent van Gogh :

« Dès mon arrivée à Arles, sur les bords du Rhône, j’ai fait l’expérience du vent. C’était comme un signe, un indice, presque un déclencheur. Le vent est en réalité un élément ancien dans mon travail, on le retrouve déjà dans Atacama, ce film tourné dans le désert, traversé de tourbillons de poussière. C’était là, en germe.
À Arles, j’ai eu envie de prolonger cette recherche avec quelque chose qui résonne à la fois avec la vie locale, l’expérience sensorielle des Arlésien·nes, et avec une dimension plus universelle, que l’on retrouve aussi chez Lee Ufan. C’est un cheminement qui s’est imposé assez naturellement. »

Les paysages d’hiver, le mistral en Camargue et les plages désertes de Piemanson à Beauduc, tout comme les quarante-neuf jours passés dans un atelier inconnu, ont nourri cette expérience, à la fois introspective et décisive. Elle confie : « J’éprouvais un besoin urgent de me recentrer, après plusieurs années sans véritable respiration. Cette parenthèse m’a permis de casser un rythme, de bousculer certaines habitudes, et surtout de me reconnecter à un monde intérieur. »

Caroline CorbassonWind V, 2025. Huile sur toile 193 × 142 cm ; série Poem painting, 2025. Encre et graphite sur toile 110-90 cm et 193-142 cm ; Center drawing, 2025. Aquarelle sur papier 21×14,8 cm ; Negative space et Bunsen Flame, 2025. Crayon de couleur sur papier 29,7 x 21 cm ; avec Andrea MontanoHeat, 2025. Tirage argentique couleur unique 30 x 24 cm – « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles

La fréquentation quotidienne de l’œuvre de Lee Ufan a également joué un rôle dans cette dynamique.
Dans le texte qui ouvre le recueil édité à l’occasion de l’exposition, Jean de Loisy écrit :
« Caroline Corbasson souvent dessina les noirs absolus de l’univers profond et les rotations majestueuses des constellations les plus lointaines. Cette fois-ci, à Arles, il lui fallut retourner le ciel, quitter l’obscurité duveteuse de l’infini et choisir la fine membrane de cet azur qui protège notre planète. Car il n’y a rien à dire, parfois il faut laisser le bleu être bleu. Mais les couleurs trouvent toujours leur propre dynamique, dans notre œil ou sur la surface qui les reçoit, car comme l’écrit l’artiste : something moves. »

Celles et ceux qui suivent depuis plusieurs années le parcours de Caroline Corbasson remarqueront sans doute qu’en effet, quelque chose semble avoir bougé dans son travail…
L’exposition marque en effet une inflexion. Ces huit semaines de résidence ont constitué, selon ses mots, « un véritable laboratoire, un espace d’expérimentation », mais aussi un moment de prises de risques et d’ouverture à de nouveaux matériaux (huile, encre, graphite) et supports auxquels elle voulait se confronter.

Caroline Corbasson - « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles
Caroline CorbassonPoem Painting iv et V, 2025. Encre et graphite sur toile 193-142 cm – « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles

La couleur bleue domine les œuvres présentées à l’Atelier MA. Elle en précise le sens dans un entretien avec Marina Hemonet pour AD Magazine : « C’est une couleur à la fois symbolique et poétique, qui évoque la mélancolie et l’infini, l’eau aussi bien que le ciel. »

Dans les huiles sur toile de la série Wind, qui prolonge celles présentées lors de sa candidature, l’artiste travaille avec des bâtons d’huile qu’elle brosse pour évoquer le passage du vent sur un paysage.

Caroline Corbasson - « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles
Caroline Corbasson – Wind I et III, 2025. Huile sur toile 193-142 cm – « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles

En s’oxydant, l’encre de ses Poem painting fait apparaître de nouvelles nuances, des dégradés délicats.

Caroline Corbasson - « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles
Caroline Corbasson – Poem painting VII, II, II et IX, 2025. Encre et graphite sur toile 110-90 cm – « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles

L’exposition inclut également un tirage argentique réalisé avec Andrea Montano (Heat, 2025), dont les tonalités rouges tranchent avec le reste de l’accrochage.

Dans petit espace, une émouvante et poétique vidéo (Secrets, 2025) probablement filmée à Piemanson, fait écho à Perfect Days de Wim Wenders – parrain de cette deuxième édition du Prix Art & Environnement – et notamment aux jeux de lumière que photographie Hirayama, le protagoniste du film.

Caroline Corbasson - « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles
Caroline Corbasson Secrets, 2025. Vidéo sonore 03’58 ». Montage : Gwen Ghelid ; Son : Pierre Bariaud – « Something Moves » à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles

Something Moves est aussi l’occasion pour l’artiste de dévoiler sa pratique de la poésie. Les grandes encres sur toile de la série Poem painting sont accompagnées de textes lisibles uniquement en s’approchant des œuvres. L’ensemble de ces poèmes sont réunis dans un livre édité pour l’exposition par Dilecta, aux côtés de croquis, notes d’atelier, photographies et reproductions d’œuvres.

À propos de cette publication, elle précise : « C’est un projet très personnel, presque comme la face cachée de mon travail, ce que je ne montre habituellement pas dans les expositions : le cheminement, les esquisses, les émotions. »

Dans L’œil du cyclone, le texte qui introduit cet ouvrage, Jean de Loisy conclut avec ces mots, qui résument avec justesse la portée de cette recherche :
« Par ces tableaux bleus et dans ses aquarelles et ses poèmes, négligeant les longitudes, mais avec grande latitude, Caroline Corbasson établit la carte des forces qui agissent dans l’univers comme dans notre intimité. Les mêmes spirales qui déclenchent en nous des cataclysmes, dans l’atmosphère de terribles dépressions, dans le cosmos ces tourbillons dans lesquels naissent et meurent des étoiles. En mer, dans les nuées ou en nous, ce creux dépressionnaire est le nombril du monde, comme l’est pour les amants celui de l’aimé : le moyeu émotionnel de la dynamique de l’univers comme celui de nos sentiments. Rafales, spirales, jamais sans vous. »

Artiste franco-canadienne Caroline Corbasson, née en 1989, est diplômée des Beaux-Arts de Paris et de Central Saint Martins à Londres. Elle vit et travaille à Paris et était jusqu’à peu résidente à Poush. Depuis 2015, sa participation à plusieurs expositions dans la région a fait l’objet de mentions dans « En revenant de l’expo ! ».

Caroline Corbasson à l’Atelier MA, Lee Ufan Arles – Photo ©Andrea Montano et avec Lee Ufan dans « Something Moves » à l’Atelier MA

Actuellement, on peut voir son travail dans « Vertigo » à la Villa Carmignac avec l’imposant Collapse, 2017 dans un dialogue avec Hans Hartung, Leiko Ikemura, Yves Klein, Artur Lescher, Otto Piene, Rotraut et Thomas Ruff. Elle est aussi présente avec plusieurs œuvres dans « Lire le ciel » au Mucem.

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