Retour sur Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier

Pour sa 9e édition, Drawing room 018 présente une exposition d’excellent niveau !
Une organisation remarquable a offert aux 16 galeries sélectionnées les conditions pour construire des accrochages soignés, pertinents, parfois audacieux qui valorisent parfaitement les œuvres qu’elles ont choisies.

La formule d’un solo show par galerie expérimentée l’an dernier fait une nouvelle fois la preuve de son efficacité. Elle permet à Drawing room 018 de proposer à ses visiteurs un parcours fluide et limpide qui sait toutefois aménager d’habiles rapprochements et d’intéressantes perspectives sans jamais forcer leurs regards.

Les espaces qu’ils soient attribués à une seule galerie ou partagés par plusieurs propositions s’articulent de manière harmonieuse. À une exception, les projets artistiques très divers ne s’entrechoquent ou ne se phagocytent jamais.

Comme l’an dernier, ce salon donne plus le sentiment de visiter une exposition cohérente que celui de déambuler dans les allées d’une foire où chaque exposant montre son fond d’œuvres graphiques. Souhaitons, pour galeristes présents, que cette excellente édition attire les collectionneurs et leur apporte les ventes espérées…

Il faut donc saluer l’organisation exemplaire et la maîtrise de l’espace par l’association Les galeries de Montpellier-art contemporain et les équipes de La Panacée qui coorganisent Drawing room depuis 2017.

Est-il nécessaire de préciser qu’un passage par La Panacée s’impose avant le 16 septembre ?

Il est impossible de rendre compte de toutes les propositions artistiques présentées par les 16 galeries invitées. Tout au plus peut-on remarquer que plusieurs inquiétudes et préoccupations à caractère politiques s’expriment chez plusieurs des artistes exposés notamment par les galeries montpelliéraines : Filip Markiewicz (Aperto), Soufiane Ababri (ChantiersBoiteNoire), Bianca Argimon (Iconoscope), Natasja Van Kampen (La Ferronnerie), Julien Garnier (Vasistas)…

On reproduit ci-dessous les textes de présentation communiqués par les galeristes. Ils sont accompagnés par une sélection de photographies et seront complétés par quelques séquences vidéos enregistrées lors de la visite de presse.

Plusieurs espaces « non-profit » sont associés au salon du dessin contemporain de Montpellier.

Pour Drawing room 018, Nicolas Bourriaud, directeur du MoCo, a invité Lafayette Anticipations – Fonds de dotation Famille Moulin à proposer une sélection d’œuvres évoquant le dessin contemporain dans une approche annoncée comme singulière.
Après « Desin-Destin » de Jean-Charles de Castelbajac, en 2017, on attendait avec curiosité de découvrir « Les résiduelles » avec Mélanie Blaison, Lydia Gifford, Ian Kiaer et Gedi Sibony
Les visiteurs de l’édition 2017 qui conservent un regard ému de la présentation très personnelle de Castelbajac seront très certainement surpris par le choix et la mise en espace de ces quelques œuvres issues de la collection Lafayette Anticipations qui « témoignent d’intentions artistiques qui jouent sur l’incertitude entre traces résiduelles et intentionnelles »…

Si les pièces exposées sont très intéressantes et si leur installation est assez habile, on regrette un éclairage pas toujours maîtrisé. C’est en particulier la cas pour l’œuvre de Ian Kiaer (Endnote, Toothn Tooth, 2017) qui ouvre l’exposition. Si on peut admettre que pour une galerie l’utilisation de verre antireflet soit d’un coût trop élevé, on le tolère plus difficilement pour une structure comme Lafayette Anticipations !

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Les résiduelles - Collection Lafayette Anticipations
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Les résiduelles – Collection Lafayette Anticipations – Ian Kiaer, Endnote, Tooth, Tooth, 2017 acrylique, encre, crayon et vernis sur papier de soie, 94,5 x 64,5 cm

Mélanie Blaison, Sans titre (détail), 2007-2013, papiers trouvés, technique mixte, formats variables – Installation pour Agir dans le paysage, CIAP Vassivière 2013, © photo Aurélien Mole

Le Prix Galeries Lafayette, initié en 2016 par le groupe Galeries Lafayette, récompense un artiste choisi parmi les solo show des galeries invitées. Il est attribué à Bianca Argimón représenté par la galerie iconoscope.

Bianca Argimon, Two seconds to go, 2018, dessin, crayons de couleur sur papier,157 x 112 cm, encadré, 169 x 124 cm
Bianca Argimon, Two seconds to go, 2018, dessin, crayons de couleur sur papier,157 x 112 cm, encadré, 169 x 124 cm

L’agence Tourre Sanchis Architecture et Urbanisme durables, nouveau partenaire de Drawing room parraine cette année la Bourse Jeune création, attribuée à un(e) jeune diplômé(e) des écoles supérieures des beaux-arts.

Avec une réelle habileté et une certaine élégance, l’accrochage réussit à faire cohabiter dans une petite salle assez étroite les cinq projets nominés de Nicolas Aguirre (ESBA MoCo), Abigail Frantz (ISBA Besançon), Basile Ghosn (Villa Arson), Delphine Phan (ESAD Valence), Katarzina Wiesiolek (ENSBA Paris).

Abigail Frantz et Basile Ghosn sont les lauréats 2018 de la Bourse Jeune Création.

Abigaïl Frantz, Cosmogonies cannibales, 2017-2018 dessin (crayon, encres, feutres), 100 × 70 cm.
Abigaïl Frantz, Cosmogonies cannibales, 2017-2018 dessin (crayon, encres, feutres), 100 × 70 cm.
Basile Ghons, untitled, 2018 papier peint sérigraphié, dimensions variables untitled (bye), 2018, dessin photocopié, 29,7 x 42 cm, 2018 untitled, 2018, photocopie, acier, verre 106 x 63,5 cm
Basile Ghons, untitled, 2018 papier peint sérigraphié, dimensions variables untitled (bye), 2018, dessin photocopié, 29,7 x 42 cm, 2018 untitled, 2018, photocopie, acier, verre 106 x 63,5 cm

Pendant Drawing Room 018, un parcours artistique sera proposé dans la ville par :

  • L’École Supérieure des Beaux-Arts MoCo,
  • l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Montpellier avec « Activation de l’IKHÉA©SERVICE N°28 » de Jean Baptiste-Farkas,
  • l’Espace Saint-Ravy  avec Geoffrey Badel, lauréat de la Bourse jeune création Maif / Drawing Room 017,
  • le Frac Occitanie Montpellier avec l’exposition de Jennifer Caubet, « Coordonnées en projection III »,
  • ICI – Centre Chorégraphique National de Montpellier avec « Je reste là » de Jérôme Souillot)

Jérôme Souillot, Sans titre, 2018, crayon de couleur et encre sur papier, 30×30 cm

Jérôme Souillot, Sans titre, 2018, crayon de couleur et encre sur papier, 30×30 cm

Avec 10 000 visiteurs en 2017 et une formule en partie renouvelée avec la présentation de solo shows, Drawing Room est sans conteste l’événement qui marque la rentrée de l’art contemporain à Montpellier.

Après Paréidolie 2018 à Marseille, on constate que  Drawing Room 018 est aujourd’hui s’affirme de plus en plus comme un des salons majeurs dans le domaine du dessin contemporain en région.

En savoir plus :
Sur le site Drawing room 018
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Présentation des artistes par les galeries sélectionnées pour Drawing room 018

Montpellier
galeriealma.com

Artiste invité : François Bouillon

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie AL/MA - François Bouillon
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie AL/MA – François Bouillon

Présenter l’œuvre de François Bouillon supposerait que l’on se munisse d’un atlas et d’un manuel d’anthropologie. En théorie, car en réalité, cette œuvre s’est imposée dès le début des années 70 par une pratique artistique singulière, plus précisément, en développant tout un vocabulaire de signes et de formes qui semblent appartenir à un patrimoine commun, celui d’une humanité définie par des modalités primitives et éternelles. Collectionneur d’Arts premiers, François Bouillon a toujours questionné cette « mémoire d’avant la mémoire » et entretenu une relation étroite entre sa connaissance précise de ces cultures primitives et son travail d’artiste. En effet, toutes ces « associations » souvent fragiles explorent un espace symbolique et poétique engendré d’une part par l’usage de matériaux rudimentaires et, d’autre part, par le caractère arbitraire de ces assemblages qui résultent davantage d’une pulsion spontanée plus que d’une démarche intellectuelle. La polysémie des titres multiplie les interprétations, et favorise l’émergence des significations.

« Mon travail cherche à créer des équivalences entre des gestes communs, des cultures rurales, des émotions physiques, des formes marquées par des archétypes culturels. »*

*Extrait de l’entretien avec Anne Tronche, in catalogue « Etre tas », Editions du Centre culturel d’Issoire.

François Bouillon est né à Limoges en 1944, il vit et travaille en région parisienne.

Montpellier
aperto.free.fr

Artiste invité : Filip Markiewicz

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier Aperto - Filip Markiewicz
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier Aperto – Filip Markiewicz

Filip Markiewicz (né en 1980), luxembourgeois d’origine polonaise vivant à Hambourg, est un artiste multidisciplinaire qui s’exprime à travers différents médiums, dont le dessin, la vidéo, la musique et l’installation, créant ainsi une œuvre visuelle complexe mais cohérente. Toujours en quête d’explications à nos vies quotidiennes, il explore l’omniprésence des images et met en perspective le message qu’elles véhiculent. Il soumet « le monde de l’information» à une approche critique et politique, souligne la vacuité de notre monde en surproduction visuelle où l’information devient la réalité, et non le contraire. À l’heure où le capitalisme s’est transformé en idéologie et les banques en nouvelles cathédrales de l’expression de masse, Markiewicz se base sur le concept de « liquidité moderne » (Zygmunt Bauman) et interroge certains aspects du mécontentement des populations européennes : la sécurité sociale, l’immigration, les guerres à l’extérieur de nos frontières, le fanatisme religieux, la distribution des richesses publiques et privées ou encore la valeur artistique en tant que reflet de la culture.

Sa volonté de revenir au papier et au crayon naît du besoin d’utiliser une technique d’expression répandue – le dessin – pour laisser une empreinte « réelle » dans un monde digitalisé où les preuves abstraites sont régies par des formes et des couleurs. En 2015, Markiewicz a été sélectionné pour représenter le Grand-Duché de Luxembourg à la 56e Biennale de Venise avec son projet Paradiso Lussemburgo (commissaire Paul Ardenne). En 2017 il écrit et met en scène la pièce Fake Fiction au Theater Basel dans le cadre de l’Art Basel. En 2018, il présentera sa première exposition monographique Celebration Factory au Casino Luxembourg – Forum d’Art Contemporain.

Paris
galerieannebarrault.com

Artiste invité : Jochen Gerner

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Anne Barrault - Jochen Gerner
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Anne Barrault – Jochen Gerner

Jochen Gerner met en œuvre une critique du langage et de l’image, en détournant les codes visuels par des expérimentations graphiques, comme le ferait un membre de l’OuliPo.
Contraintes, programmes, limitations sont systématiquement utilisés, comme des outils.
Fidèle à sa pratique de l’observation, Jochen Gerner porte un regard analytique, critique et attentif au domaine de l’image. Il se situe à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des images : simultanément en auteur et observateur. Ce regard résiste néanmoins au discours ; il procède par juxtaposition, « mettant des images les unes à côté des autres », et relève de l’inventaire, de l’énumération.

« En travaillant pendant plusieurs heures sur une image de départ, précise-t-il, je rentre complètement à l’intérieur de sa construction. Je cherche la faille, l’interstice qui va me permettre de rentrer réellement et autrement dans l’image. »
En 2016, il est lauréat du Prix Drawing Now.

Jochen Gerner est né le 12 septembre 1970. Il vit et travaille à Nancy.

Montpellier
leschantiersboitenoire.com

Artiste invité : Soufiane Ababri

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier Galerie ChantiersBoiteNoire - Soufiane Ababri
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier Galerie ChantiersBoiteNoire – Soufiane Ababri

La série s’intitule « Bed work », en référence au lieu où l’artiste saisit ses dessins dont la plupart proviennent d’instantanés d’homme dans la rue, de personnes rencontrées, ou d’images provenant de films ou d’œuvres d’art. Le quotidien, l’intime, et l’homoérotique se rencontrent pour résister contre la violence « des dynamiques de domination et des normes en vigueur qui traversent la société : l’exigence de virilité, le néo-colonialisme, la discrimination ».

Immigré, homosexuel, d’une génération post-coloniale, d’une culture arabo-musulmane, Soufiane est au carrefour des tensions identitaires et minoritaires qu’il évoque en subvertissant les codes et les normes artistiques : il ne fait pas de la peinture, mais du dessin ; il ne dessine pas à l’atelier, debout devant un chevalet, mais allongé au lit ; il ne s’est pas consacré à la victimisation des minorités, mais à un « éloge à la domesticité, à l’horizontal et au mineur, face aux postures verticales et autoritaires ». Chaque dessin présente une scène qui est soit homoérotique, soit d’une routine quotidienne, de sorte qu’une fois que les deux se rencontrent, un conte commence à se former, alors que l’œuvre s’affirme à la fois comme poétique et militante.

Montpellier
galerieboisante.com

Artiste invitée : Ganaëlle Maury

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Clémence Boisanté - Ganaëlle Maury
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Clémence Boisanté – Ganaëlle Maury

Au départ, c’est dans l’analyse du fonctionnement du dessin et le prélèvement de minuscules détails que Ganaëlle Maury, multiplie ensuite sur le papier, que son travail se construit. Sans esquisse préalable, le dessin s’organise et s’étire de lui même. Il se situe à la limite de l’abstraction, sans pour autant mettre en cause les éléments subjectifs de l’émotion et de l’imagination. Elle utilise de nombreuses techniques, (fusain, encre de chine, gravure, carte à gratter, crayon, feutres, dessins numériques etc…) qui viennent enrichir sa pratique.

Du livre à l’espace du mur, elle déploie un geste ample et précis qui engage tout le corps et entraîne l’œil et l’imaginaire dans un univers onirique. Ici, le dessin est envisagé comme véhicule d’émancipation. Outil d’expression intime, écriture personnelle, où l’on invente son propre alphabet. Lâcher prise, plaisir du faire, force d’un geste simple, amplitude du tracé et de la ligne, accumulation et répétition, écriture franche et délicate, gent la sensation du moment. En regard à ce travail graphique et à l’aide de matériaux issus du quotidien, elle invente des espaces éphémères. Des installations que le spectateur est invité à traverser.
Ganaëlle Maury, née en 1982, vit et travaille à Montpellier

Paris
valeriedelaunay.com

Artiste invitée : Timothée Schelstraete

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Valérie Delaunay - Timothée Schelstraete
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Valérie Delaunay – Timothée Schelstraete

Timothée Schelstreate, diplômé en 2010 de l’école des Beaux-Arts de Rouen, pratique la peinture et le dessin. Il dessine d’après ses photographies. Cet emploi de l’image mécanique, découpée directement dans le monde, pourrait donner l’illusion d’une adéquation ou d’une plénitude. Sauf que. Ces surfaces sombres recadrant encore le sujet à l’intérieur du tableau réaffirment le caractère performatif du geste de prise de vue, jamais donné, toujours choisi.

Timothée Schelstraete ponctionne le réel, focalisant sur ces petits riens d’une banalité désarmante, ces détails qui, en psychanalyse, deviennent le point qui condense la trame obscure d’un discours. Et l’ampleur, la valeur disproportionnée qu’il leur confère en change la perception, comme si la sélection, l’agrandissement pointaient davantage encore tout ce que le fragment retenu tait ou maintient hors de vue. L’artiste ne cesse de nous emmener vers cette limite, là où les yeux n’ont plus de prise, générant, face au tableau, ce sentiment paradoxal : ce qui se voit ici a moins d’importance sans doute que ce qui manque à être vu.

En faisant de cette instabilité de la duplication le protocole et le sujet de ses derniers travaux, Timothée Schelstraete déconstruit l’idéalité de cette acception classique d’un original, instaurant les conditions formelles du malaise – celui qui nous étreint lorsqu’on ne sait plus très bien quelles sont désormais les règles du jeu.

Marion Delage de Luget

Timothée Schelstreate est né en 1985. Il vit et travaille à Paris.

Béziers
dupre-et-dupre.com

Artiste invité : Lionel Sabatté

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Dupré & Dupré - Lionel Sabatté
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Dupré & Dupré – Lionel Sabatté

éloge de la métamorphose

Longtemps cantonné à l’émergence d’un motif sur une simple feuille de papier, le dessin a conquis au fil du temps de nouveaux espaces et de nouvelles formes en se confrontant à des médiums, des techniques et des protocoles nouveaux. S’il n’a rien perdu de sa nature propre, notamment cette proximité ontologique qu’il entretient avec la pensée – du dessein au dessin -, il convient aujourd’hui de l’appréhender autrement, à l’aune de tous les changements qui le donnent à voir sous d’autres aspects.

Peintre et sculpteur, Lionel Sabatté n’en accorde pas moins au dessin une place de premier choix. Toute entière préoccupée par la relation ambiguë qu’entretiennent le vivant et l’artificiel dans le développement de son œuvre, sa pratique graphique se nourrit d’une expérimentation plastique mettant en jeu toutes sortes de matériaux les plus variés qui soient. Il exploite notamment les qualités matiéristes de la poussière, du fer et du bronze oxydés pour instruire tout un monde de figures animales ou humaines qui se chargent dès lors d’une troublante intensité vitale. Entre forme et informe, l’artiste décline une œuvre à l’aune d’une métamorphose, laissant faire la matière employée, sinon l’entraînant à sa propre surprise dans des jeux formels imprévisibles. Dans tous les cas, il y va d’une invention plastique et d’un pari qui visent à redonner vie à tout ce qui pourrait passer pour fini ou perdu.

Philippe Piguet
directeur artistique de Drawing Now Art Fair

Lionel Sabatté, né à Toulouse en 1975, vit et travaille à Paris et Los Angeles

Paris
galeriemariskahammoudi.com

Artiste invité : Tudi Deligne

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Mariska Hammoudi - Tudi Deligne
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Mariska Hammoudi – Tudi Deligne

Depuis quelques années je développe des processus de travail qui voient se déstructurer les langages graphiques, notamment celui de la photographie, dans le but de créer des images glissantes, à la fois concrètes et indéterminées, intègres et innommables, orphelines, mais dotées d’une vie et d’une logique propre. Cette logique interne du travail que je recherche nécessite que les intentions, et jusqu’à la conscience de l’artiste, se diluent dans un objet, une image, qui prend alors son indépendance. C’est pourquoi la pratique se développe « en dialogue » avec des images préparées, pour empêcher d’être livré à ma volonté trop libre. Après avoir travaillé sur les langages graphiques de la bande dessinée franco-belge (série des Disques) sous l’influence des oeuvres d’Oyvind Falström, je me suis penché sur la photographie. Plus précisément : sur le photoréalisme, pour la raison qu’il est aujourd’hui le langage pictural détenant le plus grand des pouvoirs de manipulation et de soumission par la fascination. »

Diplômé de l’école Supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg, il a participé aux salons de Montrouge (55ème) et de la Jeune création.
En 2015, il remporte le 1er prix de dessin Pierre David-Weill de l’Académie des beaux-arts de Paris ainsi que le 1er prix du salon de dessin DDessin en 2014. Tudi Deligne est né en 1986. ll vit et travaille à Paris.

Montpellier
iconoscope.fr

Artiste invitée : Bianca Argimon

Bianca Argimon, Two seconds to go, 2018, dessin, crayons de couleur sur papier,157 x 112 cm, encadré, 169 x 124 cm
Bianca Argimon, Two seconds to go, 2018, dessin, crayons de couleur sur papier,157 x 112 cm, encadré, 169 x 124 cm

Bianca Argimon, interprète, sur le mode de la satyre, des faits d’actualité politique et plus globalement de société via différents médiums tels que le dessin, la céramique, le tissage, techniques où la main convoque une pratique artisanale riche, complexe s’inscrivant dans la durée en décalage avec une production industrielle, de masse immédiate et exponentielle d’images ou d’objets, emblématiques du 21°siècle.
Elle imagine des situations surréalistes frôlant l’absurde, la folie, l’outrance qui se jouent dans des lieux tels que des stades, des open space, des amphithéâtres, des parcs d’attraction, emblématiques du fonctionnement et de la structuration d’une société occidentale.

Une nouvelle série de pièces ont pour origine une suite d’actions rocambolesques dans l’enceinte d’un stade où se déroule une partie de football américain sans règle du jeu aucune. Le spectacle est autant sur le terrain que dans les gradins où une multitude de situations, évoquant l’actualité des Etats Unis, se télescopent, invitant le spectateur à trouver les liens qui les corrèlent.

Diplômée de la Central Saint Martins à Londres, de l’ENSAD et de l’École Supérieure des Beaux Arts de Paris, elle est lauréate, en 2016, du Prix du dessin contemporain des Beaux Arts de Paris / Guerlain.

Née à Bruxelles en 1988, Bianca Argimon vit et travaille à Paris

Paris
galeriebernardjordan.com

Artiste invitée : Odile Maarek

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Bernard Jordan - Odile Maarek
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Bernard Jordan – Odile Maarek

L’Envers de la pupille

Voiler pour dévoiler. Recouvrir pour voir. Voilà quelques mots qui me viennent à l’esprit pour décrire la pratique d’Odile Maarek…les dessins des séries Aux noirs entraînent l’œil dans les méandres d’un cheminement labyrinthique à la recherche de ce qui se cache dans les profondeurs. Les dessins des séries Gustave et Bruegel s’offrent au regard comme des sortes de paysages oniriques, entièrement enveloppés d’un dense pelage de traits et de hachures. Remplie de crevasses et d’orifices, la matière fourmillante ondule et tourbillonne. Ici et là, des éléments figuratifs se révèlent : des arbres ou des poissons, un oiseau qui s’envole, des fragments de corps qui émergent de l’ombre ou des mains et des bras qui gesticulent. Devant ces œuvres discrètes, nous pénétrons dans un monde sensuel fantaisiste où les ténèbres et le rêve érotique se confondent… Odile Maarek se sert de ces images imprimées comme une matière de fond et un tremplin pour son imaginaire. Par la lente accumulation de traits fins au feutre pigmentaire, elle les recouvre et les transforme. D’un dessin à l’autre, sa main suit les pérégrinations de son regard, cherchant à rendre visible le sens et l’émotion qui se cachent sous les formes.

Les dessins les plus récents d’Odile Maarek, qu’elle nomme Dessins solubles, ne sont pas dessinés sur des reproductions d’autres œuvres, mais sur du papier blanc. L’accumulation de traits n’est pas aussi dense que dans les séries précédentes, les noirs ne sont pas aussi profonds. Les points et les traits délicats, toujours au feutre pigmentaire noir, créent une matière frémissante ; les ombres et les formes semblent se diluer et se recomposer dans un mouvement perpétuel. Ces œuvres peuvent nous faire penser aux dessins de Seurat, dont les noirs font vibrer la luminosité de la feuille, ou aux « images » scintillantes que l’on voit en fermant les yeux face au soleil…

Diana Quinby
(extraits)

Sauve
larnoline.com

Artiste invitée : Sarah Jérôme

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier Galerie Larnoline - Sarah Jérôme
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier Galerie Larnoline – Sarah Jérôme

Sarah Jérôme échafaude des scènes à la frontière du mythe et du rêve constituées de créatures hybrides. Mi-homme, mi-bête, mi-plante. Les chairs se pénètrent, les organes s’entremêlent et les règnes fusionnent. Par cette extrapolation anatomique, elle questionne l’identité dans son altérité et son rapport au temps et à la nature.

L’artiste utilise des médiums incompatibles comme le calque et l’huile, qui donnent lieu à des réactions chimiques et forment des strates dans l’élaboration du dessin. Ce processus de répulsion incite l’artiste à stimuler les contraires et à provoquer la sédimentation.
L’utilisation de ces techniques emmène le dessin vers le vitrail et à certains moment à la texture de la peau.
Sarah Jérôme, née en 1979, vit et travaille à Montreuil.

Paris
galerielaferronnerie.fr

Artiste invitée : Natasja Van Kampen

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie La Ferronnerie - Natasja Van Kampen
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie La Ferronnerie – Natasja Van Kampen

Natasja van Kampen, par le choix du sujet de ses œuvres, révèle une conscience aigüe de la précarité de l’équilibre entre Le bien et le mal. Par le biais du dessin, elle explore depuis plusieurs années le caractère insaisissable, voire la folie du pouvoir et de ses agents. Elle crée régulièrement des dessins en trois dimensions, et produit régulièrement des œuvres de grand format, en relation avec les instruments et lieux de pouvoir.
« La plupart des conférences sur lesquelles j’ai travaillées traitaient de décisions historiques. Je trouve fascinante l’idée que l’image d’un groupe d’hommes réunis autour d’une grande table donne l’illusion au monde que tout est sous contrôle. La forme ronde évoque la fiabilité, et provoque une illusion de contrôle. Cette image d’une forme ronde, générant habituellement une sensation de confiance, d’ordre établi et d’organisation, contraste de manière frappante avec les conséquences chaotiques que de telles conversations, autour d’une table bien ordonnée, opèrent régulièrement sur le monde réel. »

« La série Golden Age montre des paysages divisés par des barrières. Ces barrières délimitent ce qui est à l’intérieur ou à l’extérieur. D’un côté ou de l’autre, les paysages sont identiques, si bien que cette séparation est plus virtuelle que physique, matérialisant la division entre les idées, les idéologies, et les systèmes économiques. Le mur de Belfast sépare les arrière-cours catholiques des protestantes. Même si au départ, je choisis de représenter des barrières réelles, j’essaye de suggérer une barrière idéologique, une barrière entre des mentalités divergentes.»
Natasja van Kampen, née en 1970 à Renkum, Pays-Bas, vit et travaille à La Haye

Paris
snap-projects.com

Artiste invité : Pierre Labat

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Snap Projects - Pierre Labat
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Snap Projects – Pierre Labat

Ou sinon, rien.

Le travail de Pierre Labat n’est pas seulement plastique, il s’appréhende aussi comme une expérience totale. Ses pièces, essentiellement des sculptures composées soigneusement en regard d’un lieu, nous entraînent inévitablement dans une série d’allers-retours perceptifs entre l’objet exposé et l’espace d’exposition. En reprenant les termes de Rosalind Krauss, la conscience du spectateur oscille entre architecture et non-architecture.

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Snap Projects - Pierre Labat
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Snap Projects – Pierre Labat

La sculpture de Pierre Labat est d’abord physique, d’une apparence parfois massive, et ne craint pas de s’affirmer dans l’espace. Ses oeuvres allient une structure géométrique abstraite (plan, ligne, point), quasi architecturale, et un traitement minimal des surfaces, avec une prédilection pour une finition blanche ou noire. Singulièrement, cette façon de traiter les matériaux atténue la consistance physique de ses sculptures ; les plus grandes structures blanches se fondent dans un white cube, les fines tiges d’acier laissent découvrir les murs, les sols, et les perspectives alentour. Présentée au Palais de Tokyo en 2009, la sculpture Affinity nous submerge de prime abord telle une grande vague, puis se fige, et enfin se retire pour se repositionner dans un tout, une unité spatiale… Une pièce symptomatique de cette appréhension visuelle et réflexive : apparaître et disparaître sans cesse, inspirer et expirer à l’infini…

Phillipe Manzon
(extrait)

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Snap Projects - Pierre Labat
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Snap Projects – Pierre Labat

Né en 1977, Pierre Labat vit et travaille à Bordeaux

Paris
underconstructiongallery.com

Artiste invitée : Jeanne Susplugas

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Under Construction Gallery - Jeanne Susplugas
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Under Construction Gallery – Jeanne Susplugas

Engagée, la démarche de Jeanne Susplugas s’en prend à toutes les formes et toutes les stratégies d’enfermement tant pour interroger les relations de l’individu avec lui-même qu’avec l’autre. Les médiums qu’elle explore sont autant de vecteurs instruisant les termes d’une esthétique singulière que détermine un être au monde obsessionnel, tour à tour troublé et rassuré, inquiet et serein, solitaire et complice. L’artiste développe une pratique très variée qui puise autant son inspiration dans la vie quotidienne que dans la littérature. Dans cette nouvelle série de dessins, Jeanne Susplugas propose des « neuro-portraits » qui dévoilent nos pensées, à l’heure des réseaux de neurones artificiels.

Cette série s’inscrit dans la ligne directe de Flying house issue d’un protocole précis où l’artiste interview un individu et lui demande quels sont les objets qu’il emporterait s’il devait quitter son domicile dans l’idée de ne jamais revenir. Ici il n’est pas question d’une situation inconnue mais au contraire de ce qui nous constitue psychiquement dans les tréfonds de notre cerveau, l’interviewé doit donner rapidement tout ce qui lui traverse l’esprit à un instant T. Avec humour et froideur, elle met en exergue les pensées, des plus joyeuses aux plus sombres, qui hantent nos neurones et constituent notre identité.

Jeanne Susplugas, In my brain, 2017, encres sur papier 50 x 65 cm
Jeanne Susplugas, In my brain, 2017, encres sur papier 50 x 65 cm

Ces œuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques : MUDAC, Lausanne – Thailywood Fondation, Brussels – Kunsthalle Detroit – Musée d’Art Contemporain, Sérignan – SONS Museum, Kruishoutem – FNAC (Fonds National d’Art Contemporain) – FRAC Haute-Normandie – FRAC Champagne Ardenne – Chocarro Fundacio Vila Casas – Barcelona.

Née en 1974, Jeanne Susplugas vit et travaille à Paris.

Montpellier
vasistas.org

Artiste invité : Julien Garnier

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Vasistas - Julien Garnier
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Vasistas – Julien Garnier

Questionner Julien Garnier sur l’origine de ses dessins revient à croiser son regard, qui vous questionne en retour, plus qu’il ne vous répond.
Derrière l’immédiateté de certains portraits, ou au contraire l’apparente éternité de certaines figures, se cache la complexité des relations qui lient passé et présent, futur et éternité dans son monde intérieur.

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Vasistas - Julien Garnier
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Vasistas – Julien Garnier

Fils de son époque, l’artiste tutoie les mythes avec le respect de celui qui les connaît et qui les a approchés. Loin d’une curiosité adolescente pour les symboles qui ont façonné l’Histoire, Julien Garnier cherche avec les outils d’aujourd’hui à retracer le contour des mythologies. Puisqu’il y a dans chaque légende une lecture actuelle du récit, le tracé d’un dessin, son contour, sa forme peuvent également transcender le temps et l’espace.

Né en 1985, Julien Garnier vit et travaille à Paris.

Liège
nadjavilenne.com

Artiste invité : Benjamin Monti

Drawing room 018 à La Panacée - Montpellier - Galerie Nadja Vilenne - Benjamin Monti
Drawing room 018 à La Panacée – Montpellier – Galerie Nadja Vilenne – Benjamin Monti

« …Les dessins de Benjamin Monti, sages à première vue, procèdent d’un détournement
du bon sens et de la bonne conduite, proche du surréalisme : on songe aux romans-collages
de Max Ernst, comme La Femme 100 têtes (1929) ou Une semaine de bonté (1933). A bien
les regarder, c’est d’ailleurs ce même parfum de délicate perversité qui s’en dégage ; fruit de l’union entre innocence et criminalité, jeu et cruauté, plaisir et souffrance. D’où, naturellement, l’impression que ses propres dessins, couplés souvent à d’autres sources, à des dessins d’autrui ou d’un autre âge, fonctionnent comme ces « machines désirantes » que Gilles Deleuze et Félix Guattari ont imaginées pour décrire l’inconscient non plus comme un théâtre mais comme « une usine, un lieu et un agent de production », et partant, le désir non plus comme manque mais comme « agencement ».

C’est qu’il ne faudrait pas voir, par exemple dans les trois dessins d’enfant que Benjamin Monti a choisi d’intégrer à son oeuvre, que le signe d’une perte et de l’absence de « mémé » perpétuellement rejouée sur la scène familiale. Car ce serait ignorer la place, évidente aujourd’hui, de ces dessins dans une vision qui inscrit, sans interruption depuis l’enfance, ses signes singuliers dans un monde, un univers ou un cosmos qui préexistent à la famille. « L’inconscient ne délire pas sur papa-maman, il délire sur les races, les tribus, les continents, l’histoire et la géographie, toujours un champ social ».

Denis Gielen (extrait)

Benjamin Monti est en 1970. Il vit et travaille à Liège

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