« Réattu Réinventé » – Accrochage audacieux et inventif des collections


Depuis le 6 décembre dernier, « Réattu Réinventé », nouvelle présentation des collections du Musée Réattu à Arles, marque un tournant important dans l’histoire récente de l’institution. Loin d’un simple ré-accrochage, ce projet s’affirme comme la traduction concrète, exigeante et assumée du projet scientifique et culturel du musée. Il propose une lecture renouvelée des collections autour de l’œuvre de Jacques Réattu, fondée sur un dialogue constant entre art ancien et création contemporaine, du XVIIIᵉ siècle à aujourd’hui.

Ce nouvel accrochage abandonne la présentation strictement chronologique et à sa place, il met en œuvre un parcours thématique et évolutif, fondé sur les œuvres elles-mêmes, leurs résonances, leurs écarts et leurs continuités. Une proposition audacieuse, qui engage une réflexion plus large sur ce que peut – et doit – être aujourd’hui un musée des Beaux-Arts.

La genèse du projet

À l’occasion de l’écriture de son nouveau Projet Scientifique et Culturel (PSC), l’institution a mené une réflexion de fond sur son identité et son rôle dans l’écosystème artistique arlésien. Plutôt que de paraphraser les intentions de la conservation, nous reproduisons ici une transcription de la présentation faite par Andy Neyrotti, responsable du pôle étude-conservation et commissaire de cet accrochage, lors de la visite de presse.

Réattu Réinventé - Andy Neyrotti, responsable du pôle étude-conservation et commissaire de cet accrochage, lors de la visite de presse
Andy Neyrotti, responsable du pôle étude-conservation et commissaire de cet accrochage, explique le projet Réattu Réinventé lors de la visite de presse

« attu inventé : Vous allez voir que nous sommes allés jusqu’au bout de l’idée. Cette allitération des “R” n’est pas un bégaiement : elle constitue un fil conducteur, presque un gimmick, destiné à accompagner le public dans la découverte des collections. Elle permet surtout d’expliquer très clairement la démarche. Il s’agit d’une exposition sur le projet lui-même. »

Cette exposition interroge d’abord une notion centrale mais souvent invisible pour le public : celle de projet de musée. « Qu’est-ce qu’un projet de musée ? C’est ce que l’on appelle, dans notre jargon, le Projet scientifique et culturel, le PSC. C’est une obligation pour les musées de France : il faut régulièrement redéfinir les axes et la stratégie de l’institution, afin que les services de tutelle — notamment le ministère — puissent comprendre où l’on va et quelles perspectives nous traçons pour l’avenir, qu’il s’agisse d’expositions, d’acquisitions, de restaurations, de médiation ou encore de publics ».

Ce travail, long et contraignant, suppose une analyse approfondie de l’institution elle-même. Andy Neyrotti parle d’« une forme de longue psychanalyse », mêlant bilan et projection, réalisme et ambition. Plutôt que de produire un document abstrait, il a choisi de mettre cette réflexion à l’épreuve du réel : « La meilleure manière d’avancer était de tester les choses concrètement, sur place ».

Le musée devient ainsi un terrain d’expérimentation. « Nous avons décidé de travailler en direct, à l’échelle du musée, en testant le parcours des collections in situ, sur pièce. Ce n’est pas totalement improvisé, bien sûr, mais un musée est une entité vivante : les collections vieillissent, des œuvres entrent, d’autres reviennent de restauration, et cela peut bouleverser toute une organisation, tout un récit. Il suffit parfois d’un grand tableau qui ne trouve plus sa place dans une salle pour que l’équilibre général vacille ».

Réattu Réinventé - Jacques Réattu - Narcisse se mirant dans les eaux de la fontaine Liriope Arles, 1826. Huile sur toile Legs Elisabeth Grange, 1868, inv. 868.1.63
Réattu RéinventéJacques Réattu – Narcisse se mirant dans les eaux de la fontaine Liriope Arles, 1826. Huile sur toile Legs Elisabeth Grange, 1868, inv. 868.1.63

Cette remarque prend une dimension très concrète avec le cas de Narcisse se mirant dans les eaux de la fontaine Liriope (1826), dernier grand tableau de Réattu. « Cette œuvre n’avait jamais bénéficié d’une restauration fondamentale ; elle est actuellement en cours de restauration et il fallait lui trouver une place — près de deux cents ans après sa création. C’est avec de fortes contraintes de ce genre que s’écrit le projet scientifique. Mais celui-ci traduit aussi un véritable désir de renouveau dans ce que nous souhaitons raconter ».

Le nouveau parcours est aussi né d’un constat critique sur l’ancienne organisation du musée. « Jusqu’à présent, le parcours du musée Réattu commençait toujours de la même manière, autour de Réattu et de ses contemporains. Puis il se trouvait interrompu par une césure assez brutale : on passait directement de la fin du XIXᵉ siècle à l’art moderne. Entre les deux guerres, il se passe très peu de choses dans les collections. Le saut vers le milieu du XXᵉ siècle était donc très abrupt. Ensuite venaient l’art contemporain, puis, tout à la fin du parcours, l’art sonore, dernier département créé. C’était une structure très rigide ».

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé – Allégories : Jacques Réattu – La liberté combattant la tyrannie, les Éléments et la rigueur des saisons, Marseille, 1795. Détrempe sur toile. Legs Élisabeth Grange, 1868 ; inv. 868.1.305 ; Jean Dedieu – Globe et Soleil de l’obélisque d’Arles, 1675. Bronze. Patrimoine de la Ville d’Arles, en dépôt au musée Réattu ; classé Monument Historique ; Anonyme – Moulage d’un des masques d’Hercule décorant la fontaine de l’obélisque de la place de la République à Arles, Vers 1866-1867. Plâtre. Provenance inconnue, collection musée Réattu et Javier Pérez – Souffle, 1993. Cibachrome. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Papillon, Paris

Cette rigidité avait des conséquences concrètes, notamment en matière d’acquisitions.
« Acheter de l’art ancien n’était plus du tout naturel pour nous. Depuis plus de soixante ans, cela revenait à enfermer Réattu et ses collections dans un passé figé, comme s’il s’agissait d’un ensemble qui n’avait plus besoin d’être réinventé.
Or, nous sommes engagés dans une dynamique tournée vers l’art moderne et contemporain. Aujourd’hui, notre action s’inscrit clairement dans le soutien à la création contemporaine, qu’il s’agisse de photographie, d’arts plastiques ou d’art sonore, et nous continuerons dans cette voie. Mais nous avions aussi envie de rompre avec cette organisation historique trop cloisonnée.

En arrivant ici, vous entrez dans un musée des Beaux-Arts, et c’est bien là notre rôle. Nous ne sommes ni un musée d’archéologie, ni un musée des traditions populaires, ni une grande fondation d’art contemporain. Nous sommes un lieu qui doit parler d’art à travers, autant que possible, toutes les périodes ».

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé – Figures arlésiennes : Candida Höfer – Madame Ginoux, Musée d’Orsay, Paris, 2008. Tirage cibachrome. Collection Fondation Vincent van Gogh Arles et Pablo Picasso – Portrait de Lee Miller en Arlésienne, 1937. Huile sur toile. Dépôt de l’état, Musée national Picasso, Paris, 1990 ; inv. D.1990.1.1

Le choix a donc été de repenser entièrement la structure du musée.
« Ne plus raconter l’histoire du musée uniquement à travers une chronologie des collections, mais réfléchir à la manière dont un musée d’art peut parler de ses collections à partir des œuvres elles-mêmes.
Plus précisément, nous sommes repartis de l’œuvre fondatrice du musée, celle de Réattu. Nous avons cherché à identifier ce qui est essentiel chez lui et à nous positionner par rapport à cela. De cette réflexion sont nées cinq grandes thématiques, qui structurent aujourd’hui le parcours
 ».

« Ces thématiques interrogent notamment la manière de raconter l’histoire ou une histoire, la représentation de la figure à travers le portrait, celle du corps, du paysage, puis l’ensemble des problématiques liées à l’image. Sur ce dernier point, nous avons souhaité accorder une place importante à des pratiques vivantes et actuelles ; nous avons donc largement puisé dans les deux fonds les plus dynamiques, qui nécessitent aussi une rotation régulière : la photographie et l’art sonore ».

« Le parcours fait ainsi coexister, dans tout le musée, des œuvres anciennes et contemporaines. Cette mise en dialogue renvoie — à l’image du mythe de Narcisse et Écho — à un jeu d’images et de résonances à travers les époques. C’est une dimension constitutive de notre ADN.

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé – Corps érotiques : Ossip Zadkine – Projet de monument en hommage aux frères Van Gogh, 1956-1963. Bronze. Don de la galerie Fujikawa, Tokyo, 1995; inv. 1995.2.1 ; L’Odalisque, 1932. Bois polychrome. Don de l’artiste, 1956; inv. 56.2.1 et Torse de femme, 1935. Bois d’ébène, socle en marbre. Dépôt du Centre national des Arts Plastiques, 1956; inv. D.56.1 ; Katerina Jebb – Mother with child, 2023. Scan numérique sur papier. Collection de l’artiste

La structure classique d’un musée des Beaux-Arts, organisée par périodes ou par écoles, ne correspond ni à ce que nous pouvons faire, ni à ce que nous souhaitons faire. La solution retenue consiste donc à faire dialoguer l’ensemble des œuvres entre elles et à réfléchir, à chaque fois, de manière spécifique, aux artistes que nous invitons en regard des collections permanentes.

La structure générale du musée se veut ainsi permanente, tout en intégrant de nombreux espaces pensés pour permettre aux artistes d’aujourd’hui de s’exprimer ».

« Vous remarquerez enfin que nous avons opéré un léger retour vers le passé, en réintégrant certaines œuvres longtemps restées en réserve. C’est notamment le cas des chevaliers de l’Ordre de Malte. Pour diverses raisons, leur présentation était devenue complexe : il était difficile de leur trouver une place et des espaces adaptés. En repensant entièrement la structure du musée, leur réintégration s’est imposée presque naturellement.

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé – Figures tutélaires : Anonyme – Portrait présumé d’Emmanuel Pinto de Fonseca, grand maître de l’ordre de Malte de 1741 à 1773, vers 1750. Huile sur toile. Achat à M. Joseph Cartellier, 1963 ; inv. 63.2.3;
Pablo PicassoTête de mousquetaire IV, 2 février 1971. Encre de Chine et craie grasse sur carton ; inv. 72.2.44 – Tête de mousquetaire IV, 2 février 1971. Encre de Chine et craie grasse sur carton ; inv. 72.2.44 ;
Attribué à Louis-Ferdinand Elle, l’AînéPortrait d’Honoré III de Quiqueran de Beaujeu, dit l’écuyer de Beaujeu, milieu du XVIIE siècle. Huile sur toile. Don de Mme Diane de Quiqueran de Beaujeu, 2020 ; inv. 2020.4.1, l’Aîné – Portrait d’Honoré III de Quiqueran de Beaujeu, dit l’écuyer de Beaujeu, milieu du XVIIE siècle. Huile sur toile. Don de Mme Diane de Quiqueran de Beaujeu, 2020 ; inv. 2020.4.1 ; Yousuf Karsh – Winston Churchill, 1941. Tirage argentique. Don de l’artiste, 1975 ; inv. 75.10.2 et Anonyme – Portrait de Robert de Quiqueran de Beaujeu, début du XVIIe siècle. Huile sur toile. Don de Mme Diane de Quiqueran de Beaujeu, date ; inv. 2020.4.2

Les chevaliers de l’Ordre de Malte ont ainsi retrouvé leur place dans le parcours, inscrits dans une réflexion plus large autour du portrait, puisqu’il s’agit essentiellement, dans nos collections, de portraits liés à cet ordre ».

« Il s’agit donc d’un va-et-vient constant entre les collections anciennes — dans lesquelles vous reconnaîtrez de nombreuses œuvres — et des interventions plus récentes, qui constituent presque de nouveaux pôles, voire de nouveaux « départements », notamment autour de la vidéo, de l’art sonore et de la photographie ».

Des espaces renouvelés pour accueillir des artistes invité·es

Le musée a profité de cette refonte pour aménager de nouveaux espaces dédiés aux expositions temporaires.

La Galerie Gothique, située à la jonction entre la Commanderie de Saliers et le Grand Prieuré, devient un lieu consacré à la photographie et aux arts graphiques. Katerina Jebb y présente, jusqu’à la fin mars 2026, sa série Untitled Nudes, corps recomposés à partir de scans qui convoquent les références à l’Antiquité et à l’histoire de la peinture.

Réattu Réinventé - Katerina Jebb - Untitled Nudes
Réattu Réinventé – Katerina Jebb – Untitled Nudes

Un Cabinet vidéo accueille dans une petite salle plongée dans l’obscurité deux « Aubes noires » de Caroline Duchatelet. Elle propose une expérience fondée sur le silence absolu et sur l’exigence de demeurer dans la salle jusqu’à la fin de la projection.

Réattu Réinventé - Jean-Pierre Formica - Traverser l’Histoire, 2025. Assemblage de céramiques brutes et émaillées. Collection de l’artiste
Réattu Réinventé – Jean-Pierre Formica – Traverser l’Histoire, 2025. Assemblage de céramiques brutes et émaillées. Collection de l’artiste

Bien qu’il ne soit pas un nouvel espace, l’ancien atelier de Réattu accueille Jean-Pierre Formica qui y présente jusqu’à la fin mars Traverser l’histoire. Cette installation évoque le fantôme d’une barge chargée de sculptures en faïence blanche et ocre que l’on avait vue au Méjan, il y a quelques années. L’œuvre dialogue avec les toiles inachevées de Réattu et François-Xavier Fabre, ainsi qu’avec une tapisserie du XVIe siècle des Sept merveilles du monde ayant appartenu aux chevaliers de l’Ordre de Malte. Elle renvoie également aux strates historiques du musée et de ses collections.

Cinq séquences pour explorer et interroger les collections

Le parcours s’articule donc en cinq séquences : Revisiter l’histoire, Réfléchir la figure, Représenter le corps, Réinventer le paysage et Repenser les images, dont les titres jouent avec l’allitération du préfixe « Re ».

Dès la première salle, l’installation Se rencontrer de Christine Crozat illustre les intentions du projet. Placée au pied du Portrait d’Élisabeth Grange, fille de Jacques Réattu qui lègue en 1868 à la Ville d’Arles les bâtiments et les collections à l’origine du musée, l’œuvre se présente sous la forme d’un carré de paillettes de savon d’Alep, marqué par l’empreinte des pas de l’artiste. En inscrivant l’œuvre au sol, Christine Crozat interroge le rapport traditionnel du tableau au mur comme celui de la sculpture au socle.

Réattu Réinventé - Rencontrer Réattu - Christine Crozat - Se rencontrer, 2018-2025 et Jean-Baptiste Fouque - Portrait d’Élisabeth Grange, 1848
Réattu Réinventé – Rencontrer Réattu – Christine Crozat – Se rencontrer, 2018-2025. Paillettes de savon d’Alep et Jean-Baptiste Fouque – Portrait d’Élisabeth Grange, 1848. Huile sur toile. Legs Élisabeth Grange, 1868 ; inv. 868.1.108. Photo Christine Crozat

Créée à la suite d’une exposition au Palais de Tokyo inspirée par l’œuvre de Paul Virilio, Se rencontrer fait également écho à Mine de rien, une collection de savons installée en 2002 sur le sol de la salle des archives, au-dessus de la chapelle du Grand Prieuré, sous le regard des chevaliers de l’Ordre de Malte. Première rencontre de Christine Crozat avec le musée Réattu pour une exposition personnelle dont il reste un catalogue avec des textes de Michèle Moutashar et Pierre Wat.

Réattu RéinventéChristine CrozatAmanohashidate, Japon, 2015. Vidéo en boucle, réalisée avec Pierre Thomé. Achat avec l’aide du Fonds régional d’Acquisition des Musées, 2019 ; inv. 2019.2.1 ; Les Sandales de saint Césaire, 2001-2002. Résine, huile d’olive. Don de Mme Pascale Triol, 2013 ; inv. 2013.1.3.1, 2, 3 ; Les Patins de Monsieur Van Eyck, 2001-2002. Cire d’abeille. Don de Mme Pascale Triol, 2013 ; inv. 2013.1.2.1 et 2 et Mine de rien (Vertèbre-visage), 2002. Résine. Don de l’artiste, 2002 ; inv. 2002.2.1

Au fil du parcours, une vidéo et trois autres sculptures de Christine Crozat qui apparaît comme une artiste fil-rouge sont également présentées. Ces dernières font l’objet de reproductions tactiles dans le « Musée Parallèle », situé au rez-de-chaussée de la Commanderie de Saliers.

Parmi les nombreuses interventions contemporaines présentées dans cette première version de Réattu réinventé, on peut notamment citer la série Gueules d’antique d’Hervé Hôte aux accents caravagesques. Trois Polaroids d’Ann Ray, portraits d’Alexander McQueen, évoquent avec dérision et humour macabre la décollation de saint Jean Baptiste. La photographie de Ton Zwerver, Sculpture for a moment, Musée Réattu, Arles, 30 mai 1989, offre un contrechamp singulier aux grisailles de Réattu. Celle d’Alain Fleischer (Maquette du plafond du hall d’accueil de l’hôtel de ville de Montpellier, 2011), fait écho aux projets de décors restés inaboutis de Réattu.

Réattu RéinventéHervé Hôte – série « Gueules d’antique », Arles, 2017. Série de 9 photographies. Papier hahnemühle fibre mat 200g. 20 x 27 cm. Édition de 8 et Jacques RéattuTête de jeune homme, Paris, vers 1790. Huile sur toile. Legs Élisabeth Grange, 1868 ; inv. 868.1.79

Plus loin, Laure Guilhot présente Rhizotopia (2011), une création textile qui envahit un fauteuil cabriolet du XVIIIe siècle ayant appartenu à Raspal. Il pourrait s’agir du siège dans lequel le peintre se représente dans Le Peintre et sa famille (vers 1780). Pour Andy Neyrotti, cette œuvre « est presque une allégorie de l’accrochage ». Elle montre comment greffer du contemporain sur une pièce historique « de façon invasive, mais subtile… »

Réattu RéinventéLaure GuilhotRhizotopia, 2011. Sculpture textile sur un fauteuil cabriolet Louis XV issu du legs élisabeth Grange de 1868. Achat du musée, 2011 ; inv. 2011.2.1 et Antoine RaspalLe peintre et sa famille, vers 1780. Huile sur toile. Legs Élisabeth Grange, 1868 ; inv. 868.1.132

Autre moment marquant, le rapprochement de trois tirages de la série Oda (2008) de Javier Pérez, mis en dialogue avec des études d’académie à la pierre noire et au fusain, ainsi qu’avec La Vision de Jacob de Réattu, peinte à Rome en 1792.

Réattu Réinventé
Réattu RéinventéJacques Réattu – La Vision de Jacob, Rome, 1792. Huile sur toile et Javier Pérez – Oda I, II et III (série), 2008. Tirages numériques sur papier métallisé, cadres en bois ébonisé.

Plus loin, la salle intitulée Corps contrariés constitue un temps fort du parcours. Elle réunit le Christ de Mas Thibert (vers 1330-1350), Le Griffu (1952) de Germaine Richier, Le Crucifix de Matisse (2022) de Jacqueline Salmon, issu de la série Le Point aveugle. Périzoniums, études et variations, ainsi que le magistral ensemble des 12 études de nu (1980-1982) de Rachel Théret.

Réattu RéinventéAnonyme Christ de l’église de Mas-Thibert, vers 1330-1350. Bois, traces de polychromie. Dépôt de l’église de Mas-Thibert, 1995 ; inv. 1995.7.1 ; Jacqueline SalmonLe point aveugle. Périzoniums, études et variations. Le Crucifix de Matisse, 2022. Tirage numérique sur papier Fine Art. Achat avec l’aide du Fonds régional d’Acquisition des Musées, 2022 ; inv. 2022.5.2 ; Germaine RichierLe Griffu, 1952. Bronze. Achat du musée, 1967 ; inv. 67.1.1 et Rachel Théret12 études de nu, 1980-1982. Tirages argentiques, virage au sélénium. Don de l’artiste, 2025, en cours d’acquisition

Parmi les Corps érotiques présentés dans la galerie du Grand Prieuré, qui surplombe le Rhône, figure l’Odalisque d’Ossip Zadkine, mise en regard avec une photographie de Lucien Clergue montrant Picasso prenant la pose de l’odalisque devant sa belle fille Catherine Hutin, sur une plage à Cannes.

Réattu RéinventéOssip ZadkineL’Odalisque, 1932. Bois polychrome. Don de l’artiste, 1956; inv. 56.2.1 et Lucien ClerguePicasso et Catherine Hutin à la plage du Gonnet à Cannes, 1965. Tirage argentique. Collection Atelier Lucien Clergue, Arles

Un peu plus loin, le Torse de femme (1935) de Zadkine, dont la surface porte encore les marques du ciseau, semble trouver un prolongement dans le scan Mother with child (2023) de Katerina Jebb, à la fois énigmatique et troublant.

Réattu RéinventéOssip ZadkineTorse de femme, 1935. Bois d’ébène, socle en marbre. Dépôt du Centre national des Arts Plastiques, 1956; inv. D.56.1 et Katerina JebbMother with child, 2023. Scan numérique sur papier. Collection de l’artiste

Dans le Cabinet des Métamorphoses, le grand tableau Narcisse se mirant dans les eaux de la fontaine Liriope (1826) de Réattu, tout juste sorti de l’atelier de restauration, a remplacé J’aurais pu naître mouette (2018) de Gaspard Noël, vaste puzzle de photographies numériques présenté lors du vernissage.

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé – Cabinet des métamorphoses : Jacques Réattu – Narcisse se mirant dans les eaux de la fontaine Liriope Arles, 1826. Huile sur toile Legs Elisabeth Grange, 1868, inv. 868.1.63

L’œuvre est entourée de nombreuses esquisses et études. Les trois photographies issues de la série Née de la vague de Lucien Clergue. Répondent elles aux trois tirages de Gaëtan Viaris de Lesegno (La mort de Hyacinthe d’après un caravagesque inconnu, conservé au musée de Cherbourg, 2010) ? Le délicieux Imogen et Twinka à Yosemite (1974) de Judy Dater fait un joli clin d’œil à La toilette de Vénus (1820) inachevée de Réattu.

Seul espace conservant l’une des moquettes installées par Christian Lacroix en 2008, le Cabinet des Vanités confronte des tableaux de la collection de Réattu sur le thème de la vanité à un Rayogramme de Man Ray, un crâne photographié par Michèle Brabo et une vidéo de Mélina Jaouen. L’ensemble est accroché autour d’une vertèbre transpercée par une flèche, transformée en visage grotesque par Christine Crozat.

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé – Cabinet des Vanités

Dans Réinventer de paysage, on retient une vidéo silencieuse de Caroline Duchatelet (Mercredi 4 novembre, 2011) , une très belle Fresque (2020) gravée au carborundum sur papier de Astrid de la Forest, ainsi qu’une magnifique sculpture en céramique et verre soufflé de Françoise Vergier (Tu m’accompagnes, 2001-2002).

Réattu Réinventé – Paysages inventés, Paysages observés

Ces trois œuvres dialoguent avec un ensemble de paysages inventés ou observés des XVIIe et XVIIIe siècles. Un peu plus loin, on remarque une belle proximité entre Bernard Pagès et Veronique Ellena et de très belles pièces de Roger Ackling qui jouent avec la lumière naturelle. On retrouve également les incontournables œuvres de Mario Prassinos et Pierre Alechinsky.

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé
Réattu Réinventé
Réattu Réinventé

Repenser les images présente dans la salle des Archives un superbe accrochage temporaire qui propose de (re)découvrir différentes manières contemporaines « d’écrire avec la lumière ».
Parmi ces images réfléchies et ces images surgies, on retrouve les Gemelles de Patrick Mailly-Maître-Grand, les Miroirs de Venise de Jacqueline Salmon, un surprenant miroir d’Evan Rubinstein et un autre de Bernard Descamps.

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé
Réattu Réinventé
Réattu Réinventé

Accompagnés par La face du Christ imprimée sur le voile de Véronique, transcrite en gravure par Claude Mellan au XVIIe siècle, on retrouve plusieurs tirages remarquables des collections. Face aux jours heureux avec Velázquez d’Alain Fleischer, on retient un Auto-chimigramme de Pierre Cordier, un captivant portrait de Julie Stouvenel par Sarah Moon et les inoubliables Desvoilés de Annabel Aoun Blanco.

Au deuxième étage, face au Rhône, une partie des Arlésiennes de Katerina Jebb est rendue presque invisible par les insupportables effets de reflet et de miroir. Les Suites arlésiennes de Corinne Mercadier souffrent un peu moins de cet éclairage mal maîtrisé, mais leur visibilité reste malheureusement assez aléatoire selon la luminosité extérieure.

Réattu Réinventé
Réattu Réinventé

La dernière salle avec vue sur le Rhône devrait être de manière pérenne une chambre d’écoute, dédiée aux œuvres du département d’art sonore. Pour ce premier accrochage de « Réattu Réinventé», elle accueille l’installation Métamorphoses de Julie Rousse. On garde le souvenir de AURAL, wild is the wind que l’on avait découvert en début d’année dans la cour de l’hôtel de Montfaucon à la Collection Lambert dans le cadre de l’exposition « Même les soleils sont ivres ».

Un accrochage évolutif et à réinventer

Cette première présentation de « Réattu Réinventé » a été imaginée pour ne pas rester figée. Autour d’une structure permanente, l’accrochage sera largement remanié après le 29 mars prochain. De nouvelles œuvres contemporaines devraient venir interroger celles de Réattu et de sa collection.

Les sections Réinventer le paysage et Repenser les images seront profondément remaniées pour laisser place aux expositions temporaires, d’abord pour le Festival de Dessin, puis pour les Rencontres d’Arles.

Cette souplesse témoigne d’une vision dynamique du musée comme organisme vivant.
Ce projet marque une étape décisive pour le Musée Réattu : celle d’un musée qui accepte de se repenser à partir de ses œuvres, de ses contraintes et de ses désirs…
Le pari est réussi. Réattu assume pleinement son statut de musée des Beaux-Arts tout en s’inscrivant résolument dans le soutien à la création contemporaine. Il affirme, sans emphase, mais avec détermination, qu’il est un lieu vivant où l’histoire de l’art ne se fige pas, mais devient une source constante d’inspiration et de dialogue.

Une visite s’impose avant le remaniement prévu fin mars 2026 pour les prochaines expositions temporaires (Festival du Dessin du 18 avril au 17 mai 2026 ; Christian Lacroix dessinateur du 4 juillet au 4 octobre 2026 ; Annabel Aoun Blanco, « Reviens » – Photographie et art vidéo du 7 novembre 2026 au 28 mars 2027).

Cette première chronique sur « Réattu Réinventé » est prolongée par des regards sur les œuvres de Katerina Jebb et Caroline Duchatelet, puis prochainement sur l’installation de Jean-Pierre Formica.

En savoir plus :
Sur le site du Musée Réattu
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