Du 4 juillet 2026 au 3 janvier 2027, le musée Granet d’Aix-en-Provence présente « Paul McCartney Photographe 1963–1964 : Eyes of the Storm ». Conçue par la National Portrait Gallery de Londres à partir d’un ensemble de photographies redécouvertes dans les archives de l’ancien Beatles, cette exposition retrace les mois durant lesquels le groupe passe du statut de phénomène britannique à celui d’icône mondiale. Très attendue par une génération qui a vécu, de près ou de loin, la Beatlemania, elle devrait également séduire les amateurs de photographie documentaire et d’histoire culturelle des années 1960. Nul doute qu’elle attirera celles et ceux qui se bousculèrent il y a un peu plus de dix ans au Pavillon Populaire de Montpellier pour la rétrospective consacrée à Linda McCartney.
Un autre Paul au musée Granet
Après avoir consacré l’été 2025 à un autre Paul, celui du Jas de Bouffan, le musée Granet accueille cette fois Sir Paul McCartney. Le changement d’époque est sensible, mais l’ambition demeure comparable. Après les records de fréquentation de l’exposition « Cezanne au Jas de Bouffan », le musée aixois semble avoir trouvé une formule efficace : inviter des figures dont le seul prénom suffit à remplir les salles. Quant à savoir si Paul McCartney fera le déplacement pour le vernissage, la question anime sans doute les conversations locales. On imagine sans peine l’effet produit sur le cours Mirabeau et la Place Saint Jean de Malte.

« Paul McCartney Photographe 1963–1964 : Eyes of the Storm » est une exposition itinérante conçue en 2023 par la National Portrait Gallery de Londres en collaboration avec Paul McCartney. Le commissariat en était assuré par Sarah Brown pour MPL Communications et Rosie Broadley pour la National Portrait Gallery. Après Londres, l’exposition a circulé aux États-Unis, du Chrysler Museum of Art de Norfolk au Frist Art Museum de Nashville, en passant par le Brooklyn Museum, le Portland Art Museum et le de Young Museum de San Francisco. Elle a également été présentée au Japon, à Tokyo puis Osaka, avant son étape canadienne à l’Art Gallery of Ontario de Toronto. Le musée Granet constitue aujourd’hui sa première présentation européenne depuis son lancement.
L’exposition réunit près de 250 photographies réalisées par Paul McCartney entre la fin de l’année 1963 et le début de l’année 1964. Redécouvertes en 2020 dans ses archives personnelles, ces images n’existaient jusqu’alors que sous la forme de négatifs et de planches-contact. Elles documentent les quelques mois durant lesquels les Beatles passent du statut de phénomène britannique à celui de célébrité mondiale.
Dans les yeux du cyclone
Dans l’édito du dossier de presse, Rosie Broadley rappelle que l’exposition s’organise autour d’un moment précis : le passage des Beatles dans l’émission américaine « The Ed Sullivan Show » le 9 février 1964. Regardée par près de 73 millions de téléspectateurs, cette apparition marque l’entrée du groupe dans une nouvelle dimension médiatique. Les photographies de McCartney permettent d’observer cette bascule depuis l’intérieur même du phénomène. Elles montrent moins la fabrication d’une légende que l’expérience vécue par quatre jeunes musiciens emportés dans ce que McCartney décrira comme les « yeux du cyclone ».

Rosie Broadley souligne également la singularité du regard porté par McCartney. Alors que les Beatles sont constamment photographiés par la presse, lui retourne l’objectif vers son entourage, les journalistes, les hôtels, les rues traversées ou les moments d’attente. Ses images témoignent de son intérêt précoce pour le photojournalisme, le cinéma documentaire et les nouvelles écritures visuelles du début des années 1960. Elles révèlent aussi une attention constante aux personnes croisées au fil des déplacements.
La conservatrice insiste enfin sur la dimension profondément personnelle de cet ensemble. McCartney a participé au choix des images et a accompagné leur présentation de nombreux souvenirs. Certaines photographies n’avaient jamais été tirées avant la préparation de l’exposition. Plus de soixante ans après leur prise de vue, elles lui sont ainsi réapparues presque comme des découvertes.
« Au départ, nous cherchions simplement un titre pour l’exposition. J’avais pensé à Eye of the Storm, au singulier, parce que les Beatles se trouvaient au cœur de leur propre tempête. Mais en regardant les photographies, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un seul moment. Il y en avait une multitude. Nous nous sommes retrouvés à plusieurs reprises au centre de ce phénomène. C’est ainsi que Eyes of the Storm s’est imposé. Ce titre rendait mieux compte de tous ces instants vécus au cœur du cyclone ». Paul McCartney
Derrière l’objectif

Le parcours suit un déroulement chronologique en sept sections. Une première salle, intitulée « Derrière l’objectif », revient sur la place de la photographie dans la vie de McCartney. L’exposition rappelle son intérêt ancien pour ce médium, nourri dès l’enfance par l’usage d’un Kodak Brownie familial et par la découverte du photojournalisme dans l’Angleterre de l’après-guerre. Des photographies réalisées par son frère Mike McCartney complètent cet ensemble introductif.
Liverpool, Londres et les débuts de la Beatlemania

La section consacrée aux premières années des Beatles replace les images dans le contexte du Merseybeat et de Liverpool. Les photographies prises lors de la tournée britannique de l’automne 1963 montrent les coulisses d’un groupe dont la popularité grandit rapidement. On y découvre les artistes de première partie, les moments de détente entre deux concerts et les premiers signes d’une Beatlemania encore récente. Le terme vient d’ailleurs d’être popularisé quelques semaines auparavant par le Daily Mirror.
Paris avant l’Amérique

Le séjour parisien occupe une place importante dans l’exposition. Installés à l’hôtel George V, les Beatles enchaînent concerts à l’Olympia, séances photographiques et enregistrements. McCartney photographie ses compagnons dans les chambres de l’hôtel ou dans les coulisses. Les images prennent aujourd’hui une résonance particulière lorsqu’on sait que c’est à Paris que le groupe apprend que « I Want to Hold Your Hand » vient d’atteindre la première place des ventes aux États-Unis. Dans le guide audio de l’exposition, McCartney se souvient de la joie presque enfantine qui accompagne la réception du télégramme annonçant cette nouvelle.
New York, le moment de bascule

La traversée de l’Atlantique constitue le point de bascule du parcours. Les photographies prises entre Londres et New York traduisent l’excitation du premier voyage américain. McCartney photographie depuis les avions, les voitures ou les fenêtres des hôtels. Les images de Manhattan saisies à travers les vitres des véhicules témoignent de son goût pour les cadrages spontanés et les reflets. Elles montrent aussi une ville découverte à toute vitesse, sous les cris des admirateurs massés sur leur passage.
L’étape new-yorkaise est naturellement dominée par « The Ed Sullivan Show ». Les photographies de Central Park, du Plaza Hotel ou des rues de Manhattan restituent l’intensité médiatique qui entoure désormais le groupe. Plus qu’un reportage sur les Beatles, McCartney réalise souvent un reportage sur ceux qui les regardent. Les photographes, les policiers, les passants et les fans deviennent des sujets à part entière.
Le regard de McCartney sur l’Amérique ordinaire

Le trajet en train vers Washington apporte un changement de rythme. Contraints d’abandonner l’avion en raison des intempéries, les Beatles traversent un paysage enneigé que McCartney photographie depuis son wagon. Ces images comptent parmi les plus attentives à la vie quotidienne. Les regards échangés avec les voyageurs et les scènes aperçues depuis les fenêtres révèlent une sensibilité documentaire qui dépasse largement le simple souvenir de tournée.
Miami en couleurs

La dernière section conduit les visiteurs à Miami. Les photographies passent alors de la pellicule noir et blanc à la couleur. McCartney explique dans le guide audio qu’il souhaitait restituer la lumière, les palmiers et le ciel de Floride, après les journées passées sous la neige de Washington. Les images montrent un groupe momentanément soustrait à la pression médiatique. On y voit les Beatles au bord de la piscine, en excursion ou lors de sorties en bateau. Cette parenthèse lumineuse clôt le récit avant le retour au Royaume-Uni et l’entrée définitive du groupe dans une autre échelle de célébrité.
Une histoire des Beatles vue de l’intérieur
Au-delà de la fascination qu’exerce encore le nom des Beatles, l’intérêt de l’exposition tient à la position singulière de son auteur. Paul McCartney n’est ni photographe de presse ni observateur extérieur. Il photographie depuis l’intérieur du récit. Ses images ne documentent pas seulement la naissance d’une icône culturelle mondiale. Elles enregistrent aussi les moments d’attente, de fatigue, de surprise ou de curiosité qui accompagnent cette transformation. Plus de soixante ans après leur réalisation, elles conservent quelque chose de cette immédiateté.

Commissariat : Sarah Brown (MPL Communications Limited) et Rosie Broadley (National Portrait Gallery, Londres).
L’exposition « Paul McCartney Photographe 1963–1964 : Eyes of the Storm » s’inscrit dans les célébrations du Bicentenaire de la Photographie et elle est incluse dans la programmation des Rencontres de la photographie d’Arles.
Chronique à suivre après un passage par le Musée Granet.
Ci-dessous quelques repères sur le parcours annoncé. Les informations qui suivent sont reprises du dossier de presse et enrichies par les documents publiés par Art Gallery of Ontario. Les propos de McCartney sont extraits du guide audio de Bloomberg réalisé pour l’exposition de Toronto.
En savoir plus :
Sur le site du Musée Granet
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« Paul McCartney Photographe 1963–1964 : Eyes of the Storm » – Parcours de visite
Derrière l’objectif
L’intérêt de Paul McCartney pour la photographie remonte à son enfance et au premier appareil photo de sa famille, un Kodak Brownie. Adolescent dans l’Angleterre d’après-guerre, il est conscient des transformations de la culture populaire et des arts visuels, notamment grâce au travail des premiers photojournalistes dont il lit les reportages dans les journaux. Il partage son intérêt pour la photographie et la musique avec son frère Mike, qui réalise certains des premiers portraits de Paul McCartney et des Beatles, dont deux photographies sont présentées dans cette section.

Cet héritage photographique est encore renforcé lorsque Paul épouse la photographe professionnelle Linda Eastman en 1969. Cette histoire se perpétue aujourd’hui à travers le travail de leur fille, la photographe Mary McCartney.
« Je pense que la valeur de ces photographies est avant tout historique. Je ne cherche pas à être considéré comme un grand photographe, même si je crois qu’elles sont plutôt réussies. Je suis simplement heureux d’être vu comme quelqu’un qui s’est trouvé au bon endroit au bon moment avec un appareil photo.
J’ai une archiviste, Sarah Brown, qui travaille avec moi chez MPL. Elle s’occupait principalement des archives photographiques de Linda. Un jour, au cours d’une réunion consacrée à son travail, je lui ai dit : “Au fait, j’ai pris beaucoup de photos dans les années 1960. Je me demande si elles existent encore.” Elle m’a répondu : “Oui, elles sont toujours là.”
Sarah travaillait avec plusieurs institutions, notamment la National Portrait Gallery de Londres, où ma fille Mary avait elle-même collaboré par le passé. Elle m’a proposé de leur montrer les photographies. Ce qui avait commencé comme une simple curiosité est devenu une véritable redécouverte. Ils ont regardé les images et les ont immédiatement appréciées.
Cette expérience a été merveilleuse parce qu’elle m’a replongé dans cette période de ma vie. J’y ai retrouvé les Beatles, Jane Asher, qui était alors ma compagne, et beaucoup d’autres personnes qui comptaient pour moi à cette époque. Ce fut une surprise inattendue et très émouvante, comme si je retrouvais un album de famille que je n’avais pas ouvert depuis des décennies ». Paul McCartney
Les premières années des Beatles : Liverpool et Londres
À leurs débuts à Liverpool, les Beatles sont identifiés comme un groupe de Merseybeat, genre musical très en vogue à l’époque, qui tire son nom de la rivière locale Mersey.
La ville portuaire ouvrière du nord-ouest de l’Angleterre entretient alors des liens étroits avec les ports américains, ce qui permet à la musique des États-Unis de devenir populaire auprès de la jeunesse britannique. De ces échanges apparaît dès la fin des années 1950, le Merseybeat, mélange de musique traditionnelle, de musique pop et de skiffle britannique fortement influencé par le jazz, le rock’n’roll et le rhythm and blues américains.

En 1960, sous le nom des Beatles, le groupe, alors composé de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, du bassiste Stuart Sutcliffe et du batteur Pete Best, se rend à Hambourg. Ce voyage sera révélateur et déterminera l’évolution musicale des Beatles vers le rock’n’roll. À leur retour à Liverpool, les Beatles commencent à se produire au célèbre Cavern Club, où ils se font connaître notamment grâce à leurs concerts donnés à l’heure du déjeuner. Au cours de ces premières années, ils reprennent de nombreuses chansons américaines, principalement de musiciens afro-américains, comme Little Richard, Chuck Berry et John Lee Hooker, ainsi que les Shirelles, les Marvelettes et les Miracles. Les Beatles sont découverts en 1961 par Brian Epstein, de North End Music Stores (NEMS), qui devient leur manager. En 1962, avec le départ de Stuart Sutcliffe et de Pete Best, et l’arrivée de Ringo Starr à la batterie la formation emblématique des Beatles composée de quatre membres est finalisée.
Les premières photographies de cette exposition sont prises lors de la tournée des Beatles, qui débute à l’Odeon de Cheltenham, au sud-ouest de l’Angleterre, le 1er novembre 1963. Le terme « Beatlemania » vient d’être inventé par le quotidien The Daily Mirror le 13 octobre 1963 en réponse à la réaction très enthousiaste des groupies lors d’une performance dans une émission de variétés.

McCartney immortalise les artistes qui se produisent sur scène en première partie des Beatles, notamment Peter Jay and the Jaywalkers et les Vernons Girls, groupe qui enregistrera plus tard une chanson intitulée We Love The Beatles. Les photographies montrent également les membres du groupe en coulisses, loin des fans en délire, avec leur entourage et les autres artistes de la tournée.

« C’est à peu près à ce moment-là que nous avons commencé à nous faire connaître. J’ai souvent dit que l’une des choses qui nous avait aidés était ce que j’appelle un « escalier vers les étoiles ». Aujourd’hui, beaucoup de personnes sont découvertes du jour au lendemain et connaissent une notoriété internationale grâce aux réseaux sociaux et à Internet. À l’époque, nous étions un petit groupe sans importance, d’abord à Hambourg, mais nous avons appris progressivement à faire notre métier : élargir notre répertoire, apprendre à divertir un public.
En revenant en Angleterre, nous avions gagné en expérience et pouvions jouer dans des salles plus grandes, des théâtres, et intervenir à la télévision.
Ces étapes successives ont été importantes : chaque palier nous permettait d’apprendre quelque chose qui facilitait le suivant. Cela nous préparait à ce qui devait venir ensuite. Nous avons commencé à recevoir des invitations pour la télévision, ce qui a rapidement accru notre notoriété, à une époque où la télévision était massivement regardée. Le samedi soir, il était presque certain que les gens étaient devant leur écran. Notre visibilité s’est ainsi développée assez rapidement ». Paul McCartney

« Je trouve que George avec les deux chapeaux est intéressant, c’est un bon portrait. Il ne cherche pas à en faire trop. Il est simplement là, et il se trouve qu’il porte deux chapeaux. On a l’impression qu’il apprécie la blague, mais il garde un air impassible. J’aime beaucoup cette photo ». Paul McCartney
Paris
« Nous avons donc attendu, et nous étions justement à l’hôtel George V à Paris lorsque le télégramme de Capitol Records est arrivé des États-Unis. Nous avons crié, nous sommes sautés dessus, avons couru partout dans la chambre d’hôtel et avons dansé. C’était très amusant. » Paul McCartney

Paul McCartney, John Lennon et George Harrison arrivent de Londres le 14 janvier 1964. Ringo Starr prend l’avion depuis Liverpool le lendemain. Le programme des Beatles pendant leur séjour est intense : des séances photo et des sessions d’enregistrement sont prévues autour d’une série de dix-huit concerts à l’Olympia, avec parfois jusqu’à trois représentations par jour. Ils partagent l’affiche avec le chanteur américain Trini Lopez et la chanteuse bulgaro-française Sylvie Vartan, alors fiancée à la star du rock français Johnny Hallyday.


Paul McCartney, John Lennon, Paris, janvier 1964© 1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Les Beatles écrivent à cette époque des chansons pour leur prochain film, A Hard Day’s Night (1964). Richard Lester, le réalisateur du film, et Alun Owen, le scénariste, séjournent également à l’hôtel George V pour suivre le groupe. Lester se souvient : « Le film s’écrivait tout seul au fur et à mesure que nous avancions. »
C’est le 15 janvier que le groupe reçoit un télégramme annonçant que leur single I Want To Hold Your Hand vient d’atteindre la première place aux États-Unis, véritable tournant pour les Beatles, dont la renommée s’étend désormais à l’échelle internationale.
Départs et arrivées

Les Beatles s’envolent vers New York le 7 février 1964. C’est le premier vol transatlantique de Paul. Un programme chargé attend le groupe entre New York, Washington DC et Miami. Les photographies de cette section montrent les Beatles lors de leur voyage entre Heathrow, l’aéroport de Londres, et l’aéroport international John F. Kennedy de New York.
Elles évoquent leur joie et leur émerveillement alors qu’ils se lancent dans ce voyage qui va changer leur vie.
New York

À leur arrivée à New York, leur chanson I Want To Hold Your Hand est en tête des charts américains et ils doivent apparaître dans la célèbre émission « The Ed Sullivan Show« . Cela se produit le 9 février 1964 : 73 millions de téléspectateurs assistent à leur performance. C’est un moment historique pour la télévision et bien sûr pour le groupe.

Les premières photos de Manhattan par McCartney sont prises à travers la vitre de la voiture qui les conduit à travers la ville, immortalisant les fans qui les poursuivent sur la West 58th Street à Manhattan. Une chambre au Plaza Hotel leur est réservée sur la 5e avenue, et McCartney photographie depuis la voiture les policiers à cheval qui contiennent la foule alors qu’ils s’approchent de l’hôtel.
New York to Washington DC

En raison de fortes chutes de neige, le groupe se rend en train de New York à Washington DC, et non en avion comme prévu initialement. Le 11 février 1964, McCartney prend alors cette série de photos par la fenêtre de leur wagon puis depuis le véhicule qui les conduit de la gare Union Station au Washington Coliseum. C’est dans ce lieu devenu mythique que les Beatles donnent leur premier concert aux États-Unis, avant de retourner à New York le lendemain pour donner deux concerts au Carnegie Hall.

Dans ces photographies, McCartney crée un lien avec les gens qu’il croise dans la rue, aux hasards de son trajet. L’artiste a déclaré avoir toujours été attiré par la représentation de la vie quotidienne des gens dans son travail créatif. Ayant grandi dans une famille ouvrière à Liverpool, où son père travaillait comme marchand de coton, dans l’une des principales industries commerciales de la ville, la photographie lui permet dès son plus jeune âge de capturer avec empathie toutes les facettes de cette humanité.

« Il est difficile de choisir une photographie préférée dans l’exposition, mais si je ne devais en choisir qu’une, je choisirais le portrait d’inconnue à Washington.
J’aime tout à ce sujet. Plus je le regarde, plus je vois. Tout d’abord, je pense que c’est fantastiquement composé. Lorsque vous regardez des vidéos de cette époque des Beatles en Amérique, la première chose qui vous frappe est le son accablant des fans qui crient et les poursuivent, pourchassant leurs voitures. Ensuite, les membres du groupe ont été un peu pressés et poussés dans des voitures pour traverser la foule. Pourtant, quand vous regardez cette photographie sereine, vous ne le sauriez pas.
Paul a pris la photo depuis l’intérieur d’une voiture. La porte est légèrement entrouverte. Les fenêtres encadraient une jeune fille. Elle est magnifiquement éclairée. C’est presque du style clair-obscur. Et elle rend aussi au photographe, Paul, son regard. Elle a un demi-sourire. Et ce que j’aime à ce sujet, c’est que ce n’est pas ce genre de sourire frénétique et hurlant que tant d’autres photographes ont capturé des fans des Beatles à l’époque. Elle est juste en train de le regarder avec curiosité comme il est elle. De plus, la façon dont la lumière frappe son foulard, c’est juste très serein, et cela apporte une paix à l’image que je trouve si convaincante, surtout quand on sait que ce qui entoure la photo est un chaos frénétique.
Je pense aussi que cette photographie montre comment il voyait et valorisait les passants, le travailleur, une jeune femme ou une jeune mère. Et qu’il les a photographiés avec le même respect et le même intérêt pour toutes les grandes stars qu’il aurait côtoyées à l’époque.
Pour moi, il y a une dignité là-dedans. Il y a quelque chose que les autres photographes n’ont pas capturé à l’époque des adolescents fans des Beatles. Ils les rendraient hystériques. Mais ici, on a une quiétude et une sérénité absolues.
Ensuite, l’autre aspect que je trouve génial dans cette image, ce sont les aperçus du style des années 60 et de la mode de l’époque. Ce sont les manteaux bien coupés et les lunettes de soleil cool ». Sarah Brown
Miami
Lorsque les Beatles arrivent à Miami, McCartney troque les pellicules en noir et blanc pour un film couleur afin de mieux capturer le ciel bleu, les palmiers et le sable doré de Miami. Le contraste est saisissant entre les tempêtes de neige qui ont sévi à Washington DC quelques jours auparavant et cette douceur solaire. Les Beatles viennent pour faire une deuxième apparition dans l’émission « The Ed Sullivan Show » le 16 février, cette fois-ci en direct depuis le prestigieux Deauville Beach Resort, où le groupe séjourne également.

À Miami Beach, les Beatles prennent quelques jours de repos. Paul McCartney en profite pour photographier ses amis au bord de la piscine, lors d’une excursion en bateau, se baignant, s’essayant au ski nautique. Le sergent Buddy Dresner, du département de police de Miami Beach, chargé de leur sécurité, facilitera en effet les moments de liberté et de repos pour que le groupe échappe à ses fans, comme notamment une partie de pêche immortalisée sur les clichés.

« Imprégnées de l’esprit des photos de vacances, les photographies de McCartney à Miami reflètent le plaisir et la nouveauté de leur séjour là-bas. Le groupe a assoupli ses codes vestimentaires habituels, troquant ses costumes contre des casquettes à l’effigie des Beatles et des chemises en tissu éponge fournies par le Deauville Beach Resort, décrit Rosie Broadley.
« Les photographies en couleur apparaissent véritablement lorsque nous arrivons à Miami. J’aime beaucoup cet aspect de l’exposition, parce qu’on a presque l’impression que tout ce qui précède se déroule dans un monde en noir et blanc. Puis, soudain, nous voilà en Floride, sous le soleil, au milieu des piscines et des palmiers.
Nous savions que nous allions passer quelques jours dans une station balnéaire baignée de lumière. Nous étions là pour participer à nouveau au Ed Sullivan Show, mais le soleil, la plage et l’océan faisaient aussi partie de l’aventure. Tout cela avait quelque chose d’extraordinaire.
Je me souviens que le constructeur britannique MG nous avait prêté une voiture à chacun. Du jour au lendemain, nous nous sommes tous retrouvés au volant de notre propre MG. On partait à un rendez-vous dans sa voiture, puis le soir on allait au cinéma en plein air. Nous n’avions jamais connu les drive-in auparavant et cela nous semblait fantastique.
Tout était nouveau pour nous. Nous étions encore assez jeunes pour nous émerveiller de chaque découverte. Nous n’étions pas devenus blasés. Au contraire, nous étions impressionnés par tout ce que nous découvrions.
C’est cela que je retiens de Miami : une forme d’excitation permanente. Bien sûr, participer au Ed Sullivan Show était un moment important, mais je crois que ce sont surtout toutes les expériences qui l’entouraient qui rendaient ce séjour si mémorable ». Paul McCartney

« Puis on entre dans la salle consacrée à Miami et, tout à coup, tout passe en Technicolor. Le ciel est d’un bleu éclatant, les garçons sont sur la plage, en short, sous le soleil. L’atmosphère change complètement. On est plongé dans ce moment extraordinaire vécu par ces quatre jeunes gens venus de Liverpool, qui n’avaient aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler un endroit comme Miami.
New York leur était déjà familier d’une certaine manière. Ils l’avaient vue au cinéma, ils pouvaient l’imaginer. Miami, en revanche, était une découverte totale. Le soleil, la mer, les voitures décapotables, cette culture des loisirs, tout cela appartenait à un univers nouveau pour eux.
Il faut aussi se souvenir qu’ils avaient travaillé sans relâche jusque-là. Cette parenthèse en Floride constitue en quelque sorte leur première véritable pause. Elle ne dure que quelques jours, mais tout laisse penser qu’ils en profitent pleinement. On les voit partir en bateau, aller pêcher, se détendre au bord de la piscine. Ils semblent vivre ce qu’ils imaginaient être le rêve américain.
Entre-temps, leur participation au Ed Sullivan Show, d’abord à New York puis à Miami Beach, les avait fait entrer dans les foyers de millions de téléspectateurs. Pendant qu’ils profitent de ces quelques jours de répit, leur existence est en train de changer définitivement. Après Miami, ils rentrent en Grande-Bretagne. Cette étape marque donc la conclusion de leur première aventure américaine et le début d’une nouvelle vie.
Les photographies prises à Miami dégagent une joie communicative. Elles donnent immédiatement le sourire tant on sent le plaisir qu’ils éprouvent à être là. Et ce bonheur paraît mérité. Lorsqu’on mesure le rythme auquel ils ont vécu durant ces mois, le nombre de concerts, les déplacements incessants et la discipline qu’imposait leur emploi du temps, on comprend ce que représentent ces quelques jours.
D’ailleurs, l’histoire ne commence pas avec cette tournée américaine. Derrière ces images se trouvent aussi les années passées à Hambourg, les soirées au Cavern Club de Liverpool et tout le travail accompli avant la célébrité. C’est sans doute pour cela que ces photographies de Miami sont si touchantes : elles donnent le sentiment d’un moment de bonheur enfin gagné ». Rosie Broadley, commissaire de l’exposition
Le parcours à Aix se conclut avec un film produit et réalisé par McCartney qui en compose aussi la bande-son, inspiré par toutes les photographies de cette exposition.